L'Espagne en République

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l'auteur (Paris). 1868. 16 p. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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L'ESPAGNE
EN RÉPUBLIQUE!
Magnus erit inter omnes qui illud ir
règione sua instituent.
50 centimes,
*
PARIS
ARMAND LE CHEVALIER, ÉDITEUR
61, RUE RICHELIEU, 61
ET CHEZ L'AUTEUR, 27, RUE GUÉNÉGAUD
1868
L'ESPAGNE
EN RÉPUBLIQUE !
V- -
r» - ,\. * • -
Au moment où l'Espagne cherche à changer la
forme de son gouvernement, et où on y parle de
république, il serait peut-être curieux d'étudier cette
question :
Comment la forme républicaine peut-elle s'établir
d'une façon durable dans un grand pays?
La république est le gouvernement de tous' par
tous. De tous, la chose est facile ; mais par tous, la est
la difficulté. De tous par tous, c'est comme si l'on
disait du peuple par le peuple, puisque le peuple
comprend toute la nation; dans une république le
peuple est le souverain, le maître, c'est ce que j'ap-
pelle démocratie.
Pour résoudre la question, il n'y a qu'un moyen,
le suffrage universel; mais comment faire, participer
au gouvernement d'une manière efficace,^comment
faire voter (et promptemeiit) sur toutes "lés questions
importantes 20 millions de citoyens, par exemple"?
-4"-
« Le peuple assemblé, dira-t-on, quelle chimère!
C'est une chimère aujourd'hui, mais ce n'en était pas
une il y a deux mille ans. Les hommes ont-ils changé
de nature? Les bornes du possible sont moins étroites
que nous ne pensons, ce sont nos faiblesses qui -les
rétrécissent. »
C'est J.-J. Rousseau qui parle ainsi dans le Contrat
social. Et ailleurs :
« En général le gouvernement démocratique
convient aux petits États, l'aristocratique aux mé-
diocres et le monarchique aux grands. »
Il faudrait donc prouver, pratiquement surtout, que
le gouvernement démocratique, le seul logique et
juste, convient à tous les États, quel que soit le nom-
bre des habitants. A notre avis si Rousseau a entrevu
que l'on pouvait reculer les bornes du possible et les
moyens de le faire, il n'a fait qu'effleurer ce sujet,
comme on le voit au chap. 13 du livre III. Son temps,
du reste, n'avait pas les ressources dont nous dis-
posons.
Où chercherons-nous donc les sujets d'étude qui
nous feront découvrir les moyens convenables à notre
époque ?
Athènes et Sparte étaient bien des républiques : le
peuple y délibérait sur les affaires de l'État, et le vote
par tête était la sanction des lois et décrets. Mais
c'étaient de petits États, les assemblées du peuple sur
la place publique formaient en moyenne cinq mille
hommes. De plus, à Sparte, les habitants de la ville
même étaient seuls citoyens, le reste de la nation
-5-
n'avait aucune part aux affaires ; c'était donc le gou-
vernement de tous par un petit nombre, une oligo-
cratie.
Rome après les rois fut gouvernée d'abord par une
aristocratie de naissance, puis par une aristocratie de
fortune; enfin elle devint une véritable démocratie.
Tant que le peuple fut peu nombreux, la république
fut possible, parce qu'elle était composée de véritables
citoyens ; mais, plus tard, son accroissement dispro-
portionné et irrationnel, joint à une monstrueuse inéga-
lité de fortunes résultant de l'accaparement de toute
la richesse par quelques-uns, ramena le despotisme.
Il s'agit pour nous de faire mieux, eu égard aux
masses; et c'est possible puisque nous avons deux
mille ans de plus. — Certes il y a beaucoup à étudier
et même beaucoup à prendre dans la république ro-
maine, mais il ne faut pas tomber dans le travers de
89, qui eut le tort de vouloir être grec et romain au
lieu d'être moderne.
Arrivons aux États que nous voyons fonctionner
sous nos yeux.
La Suisse n' est pas encore le suj et qui nous con-
vient. Le pays non-seulement est relativement petit,
mais il n'est pas un tout homogène : c'est une confé-
dération de petits États et non une république démocra-
tique. Si l'esprit d'indépendance, naturel aux monta-
gnards, n'y maintenait pas et la liberté et la vertu, il y
a longtemps que ce pays aurait été subjugué.
L'Angleterre ne pourra devenir république qu'à la
condition d'une révolution qui renverse son aristo-
.- 6_-.
ccatie et tout ce qui lui reste du régime féodal. Consta-
tons cependant que , le gouvernement constitutionnel
est l'acheminement vers les grandes démocraties. ,\
— Et les États-Unis ? — J'y arrive: — C'est un pays
de 45 millions d'habitants, et c'est vraiment un pays
républicain. — Je conviens que la forme de gouver-
nement de ce pays approche beaucoup de la républi-
que démocratique ; seulement, il faudrait plus encore :
qui empêche que, au moins pour toutes les affaires
principales, le peuple ne vote lui-même, et par tête ?
C'est possible, même en Espagne.
Entendons-nous du reste sur le peuple américaiix.'ll
n'estjaulleDaent dans les mêmes conditions que l'Eu-
rope. Il s'est formé de trois sortes de gens : ceux qui se
sont établis dans le pays après la conquête; ceux qui,
chassés de leur pays natal par la misère, sont venus
beaucoup plus tard s'établir là pour faire fortune ; ceux
enfin qui, fuyant le despotisme maître de leur pays,
venaient là chercher la liberté. Ces gens venus de tous
les pays du monde ont apporté avec eux un peu du
génie particulier de tous les peuples. De cette diversité
infinie de races, de caractères, d'idées, bizarres quel-
quefois originales toujours, il est résulté chez ce peu-
ple une jeunesse, une séve qui n'existe pas dans notre
vieille Europe, où les masses sont habituées à avoir des
individus qui pensent pour elles et à être gouvernées. „
Tous ces colons de différentes époques avaient l'in-
stinct de la liberté, mais n'en avaient pas l'habitude.
L" obligation où ils étaient de se gouverner eux-mêmes
-la plupart du temps la leur a donnée.

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