L'État de l'opinion 2016

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LES GRANDS SONDAGES DE TNS Sofres, analysés et commentés, pour comprendre l’opinion publique
POLITIQUE
Édouard Lecerf et Olivier Duhamel
10 faits de 2015 qui feront 2017
Emmanuel Rivière
Les élections régionales ou la consécration d’un tripartisme bancal
Marion Mourgue
Le phénomène Juppé est-il durable?
Pascal Perrineau
La résistible ascension du Front national
Flora Chanvril, Guy Michelat et Henri Rey
Systèmes d’attitudes, de représentations et de valeurs associés aux comportements politiques : l’inscription dans la durée
INTERNATIONAL
Julien Zalc
Les Européens et la crise migratoire : entre inquiétudes et attentes
Vicente Castellanos et Victor Sobrino
L’année électorale qui a changé le visage de l’Espagne
Solveig Gram Jensen
Les populistes au pouvoir dans les pays scandinaves
François Backman
Retour sur quelques campagnes présidentielles en Afrique de l’Ouest
SOCIÉTÉ
Guénaëlle Gault
Marketing et politique : parallélismes numériques
Laure Salvaing, Guillaume Caline, sous la direction de François de Singly
Les adolescents en France aujourd’hui
Laurent Berger
L’avenir du syndicalisme
Maria-Giuseppina Bruna et Sophie Vernay
Capital confiance : briques et leviers de confiance dans les grandes entreprises et ETI françaises
Sylvain Brouard et Martial Foucault
Comment diminuer les dépenses publiques ? Les préférences budgétaires des citoyens sous contrainte
OPINION ET MÉTHODES
Guillaume Caline
Behaviour change : comprendre et accompagner les changements de comportement
Édouard Lecerf
Sondages électoraux : nouveaux défis, nouvelles approches
Carine Marcé
Popularités 2012-2015
ABÉCÉDAIRE DE L'OPINION
Juliette Besson, Mickael Blot, Chloé Leita, Camille Morisson, Lucie Mougne et Eddy Vautrin-Dumaine
Publié le : jeudi 7 avril 2016
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021212440
Nombre de pages : 320
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couverture

AUX ÉDITIONS GALLIMARD

SOFRES Opinion publique 1984

SOFRES Opinion publique 1985

SOFRES Opinion publique 1986

AUX ÉDITIONS DU SEUIL

SOFRES L’état de l’opinion 1987

SOFRES L’état de l’opinion 1988

SOFRES L’état de l’opinion 1989

SOFRES L’état de l’opinion 1990

SOFRES L’état de l’opinion 1991

SOFRES L’état de l’opinion 1992

SOFRES L’état de l’opinion 1993

SOFRES L’état de l’opinion 1994

SOFRES L’état de l’opinion 1995

SOFRES L’état de l’opinion 1996

SOFRES L’état de l’opinion 1997

SOFRES L’état de l’opinion 1998

SOFRES L’état de l’opinion 1999

SOFRES L’état de l’opinion 2000

SOFRES L’état de l’opinion 2001

SOFRES L’état de l’opinion 2002

SOFRES L’état de l’opinion 2003

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2004

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2005

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2006

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2007

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2008

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2009

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2010

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2011

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2012

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2013

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2014

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2015

Avec la participation de :

FRANÇOIS BACKMAN

Vice-président d’Afrikamaono

LAURENT BERGER

Secrétaire général de la CFDT

JULIETTE BESSON

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

MICKAEL BLOT

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

SYLVAIN BROUARD

Chargé de recherche à la FNSP

MARIA GIUSEPPINA BRUNA

Professeure en management à l’IPAG Business School

GUILLAUME CALINE

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

VICENTE CASTELLANOS

Directeur à TNS DEMOSCOPIA

FLORA CHANVRIL

Chargée d’études statistiques au CEVIPOF

MARTIAL FOUCAULT

Directeur du CEVIPOF

GUÉNAËLLE GAULT

Chief Digital Officer, TNS Europe du Sud, France et Benelux

SOLVEIG GRAM JENSEN

Journaliste au Jyllands-Posten

CHLOÉ LEITA

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

CARINE MARCÉ

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

GUY MICHELAT

Directeur de recherche émérite au CNRS

CAMILLE MORISSON

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

LUCIE MOUGNE

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

MARION MOURGUE

Journaliste politique au Figaro Magazine

PASCAL PERRINEAU

Professeur des universités à Sciences Po Paris

HENRI REY

Directeur de recherches à la FNSP

EMMANUEL RIVIÈRE

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

LAURE SALVAING

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

FRANÇOIS DE SINGLY

Professeur à l’université Paris-Descartes

VÍCTOR SOBRINO

Directeur à TNS DEMOSCOPIA

EDDY VAUTRIN-DUMAINE

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

SOPHIE VERNAY

Fondatrice du programme Confiance & croissance

JULIEN ZALC

Consultant, TNS OPINION

Nous remercions les journaux, médias, associations, institutions et entreprises grâce auxquels les enquêtes présentées dans ce livre ont été réalisées :

 

ABILWAYS DIGITAL, ASSOCIATION NOS QUARTIERS ONT DES TALENTS, AXA BANQUE, AXA PRÉVENTION, BANQUE DE FRANCE, BUTAGAZ, COGEDIM, LA COMMISSION EUROPÉENNE /LE PARLEMENT EUROPÉEN, DÉLÉGATION AUX COLLECTIVITÉS TERRITORIALES DU SÉNAT, ENTREPRISE BRUNEAU, FÉDÉRATION DES PEP, INSTITUT DE LA GOUVERNANCE TERRITORIALE ET DE LA DÉCENTRALISATION, INSTITUT PAUL DELOUVRIER, L’ÉQUIPE MAGAZINE, LA CROIX, LINKEDIN, MARMARA, MERCURE, PMU, SMACL ASSURANCES, SMILE MAKERS, VILLES DE FRANCE.

 

Nous tenons également à remercier en particulier ONEPOINT, notre partenaire pour l’ensemble des opérations électorales.

1

Dix faits de 2015 qui feront 2017


par Édouard Lecerf et Olivier Duhamel

l’année dernière, alors que nous nous apprêtions à boucler la précédente édition de notre collection plus que trentenaire, les attaques terroristes de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher nous faisaient brutalement rouvrir les pages de L’état de l’opinion 2015. Un an plus tard, la barbarie qui a frappé la France le 13 novembre, au Bataclan et dans les rues de Paris, résonne de nouveau et pour longtemps.

Notre métier est de tenter de rendre compte de l’état de l’opinion. Les dix faits marquants de 2015 présentés ci-dessous, comme l’ensemble des articles de cette édition 2016, s’inscrivent dans cette démarche d’analyse et de mise en perspective. Des dimensions auxquelles il faut, modestement, ajouter cette année encore celles du respect et de la mémoire.

ATTENTATS

Deux séries d’attentats écrasent l’année 2015 (pour mémoire, le 7 janvier 2015 : Charlie Hebdo, le 8 janvier : Montrouge, le 9 janvier : Hyper Cacher porte de Vincennes, le 13 novembre : Stade de France, terrasses de Paris et Bataclan). Des chocs monstrueux et majeurs. Des commotions dont on ne peut douter ni de la profondeur ni de la durabilité de l’impact sur la population de France. Deux secousses qui percutent les opinions dans au moins deux domaines.

D’abord dans la perception de l’exécutif : au lendemain des attentats de janvier, la cote de popularité du chef de l’État gagne 5 points (de 15 % à 20 %), puis de nouveau 3 points en février (23 %). Le mouvement est puissant, presque aussi inédit que peu durable. Sur la même période de deux mois celle de Manuel Valls progresse de 14 points (de 34 % à 48 %, soit son record depuis son arrivée à Matignon). Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, passe, de décembre 2014 à janvier 2015, de la 36e à la 10e place dans le classement des cotes d’avenir (25 %, + 12 points).

Mais ce mouvement semble presque mineur au regard de celui enregistré après les attentats du vendredi 13 novembre 2015 : la cote de confiance de François Hollande prend cette fois 20 points (de 15 % à 35 %), celle du Premier ministre 11 points (de 32 % à 43 %), Bernard Cazeneuve fait un bond de 8 points (29 %). Jamais un exécutif n’avait connu pareil sursaut, notable dans l’ensemble des catégories de la population (le chef de l’État gagne 18 points auprès des sympathisants des Républicains). Le précédent record date de la réélection de Jacques Chirac en 2002 (+ 12 points).

L’ensemble des enquêtes d’opinion réalisées après les attentats dit le soutien des Français à la manière dont le pouvoir a réagi, tant dans l’émotion que dans la décision, notamment celle de la mise en place de l’état d’urgence. Certains voudraient y voir la base d’une popularité durablement retrouvée pour le président de la République. Il s’agit pourtant d’abord d’un mouvement d’opinion contextuel. La tête de l’exécutif est largement valorisée mais sans que ceux qui l’incarnent puissent miser sur un crédit plus personnel à long terme, notamment dans la perspective de 2017. Pour mémoire : il avait suffi de quelques mois pour que les actifs de popularité gagnés en début d’année s’érodent. La cote de popularité de François Hollande était de 15 % en novembre 2015, soit exactement son niveau de décembre 2014.

Le second domaine dans lequel les deux séries d’attentats impactent l’opinion est celui de la perception du problème principal qui se pose au pays. Le thème du terrorisme a évidemment bondi (comme celui de l’immigration) après les attentats ; en attestent les mesures régulières effectuées à travers l’Eurobaromètre pour la Commission européenne et le Parlement européen. Mais les chiffres sont formels : rien ne fait oublier en France le mal profond d’un chômage massif et durable. L’enquête Eurobaromètre réalisée en fin d’année 2015 reflète bien sûr la montée en importance de la question du terrorisme (de 13 % à 18 %). Dans la vague de septembre du « Parlemètre » (dispositif spécifique du Parlement européen), cette question rejoint même en niveau (26 %) d’autres sujets importants comme les inégalités sociales (33 %), l’emploi des jeunes (30 %), l’immigration (28 %) ou la dette publique (26 %).

Les deux enquêtes cependant continuent de marteler l’écrasante domination de la question du chômage en France et pour la France (à 54 % dans l’Eurobaromètre de fin d’année, à 63 % dans le Parlemètre de septembre 2015).

L’impact est en revanche nettement plus significatif lorsque l’on parle des problèmes « auxquels doit faire face l’Union européenne ». En un an, la proportion de Français faisant du terrorisme le principal problème pour l’Union a doublé (de 13 % à 27 % de la fin 2014 à la fin 2015). Il se situe aujourd’hui en seconde position, derrière la question de l’immigration (49 %, contre 20 % fin 2014 ; voir dans le détail le chapitre 6, consacré à ce sujet par Julien Zalc) et devant celle du chômage (22 %) ou de la situation économique en général (22 %).

En d’autres termes, à l’échelle nationale, la question du terrorisme vient s’ajouter à d’autres problèmes profondément ancrés, elle ne s’y substitue pas. Elle prend en revanche, à l’échelle européenne, une ampleur jamais atteinte, modifiant par là même la perception de l’agenda des priorités pour l’Europe et ceux qui la dirigent.

RÉFUGIÉS

Plus d’un million de réfugiés sont arrivés en Europe en 2015, la plupart par voie maritime, indiquait fin 2015 le Haut-Commissariat aux réfugiés. Un chiffre massif, en augmentation considérable par rapport aux années précédentes. Une tendance qui ne devrait pas refluer rapidement. Entendant ces chiffres et découvrant des images souvent terribles, les opinions européennes continuent d’osciller entre émotion et inquiétude, entre élans de solidarité et questions sur la gestion à l’échelle nationale comme européenne, entre bouleversement devant l’image d’un enfant noyé sur une plage et indignation à la découverte d’agressions sexuelles par des migrants, entre ouverture (conjoncturelle) et fermeture (structurelle).

L’ampleur de ce phénomène bouscule logiquement la hiérarchie des problèmes jugés les plus importants par l’ensemble des Européens. Pour la première fois depuis que cet indicateur existe, la question de l’immigration se trouve ainsi projetée à la première place des problèmes les plus importants pour l’Union européenne. Entre les deux dernières vagues de l’Eurobaromètre (printemps et automne 2015), l’immigration gagne 20 points (58 %), devançant désormais le terrorisme (25 %, + 8 points), la situation économique (21 %, – 6 points) et le chômage (17 %, – 7 points), qui refluent mécaniquement. Ce sentiment d’urgence à l’échelle européenne se retrouve également à l’échelle nationale (« principal problème qui se pose dans votre pays »), où la question migratoire fait aujourd’hui jeu égal (36 %, + 13 points en six mois) avec celle du chômage en moyenne dans les 28 pays de l’Union européenne. Elle progresse même de plus de 30 points en Finlande (+ 35), aux Pays-Bas (+ 33) et évidemment en Allemagne (+ 30).

L’opinion française participe au mouvement, même s’il apparaît atténué dans son ampleur, puisque le chômage constitue ici toujours le principal sujet d’angoisse (54 %), devant l’immigration (22 %) et le terrorisme (18 %).

Désemparée, la population française estime que c’est à l’Europe de décider et d’agir sur ce problème qui secoue frontières et perceptions identitaires. 70 % des Français souhaitent ainsi que de plus nombreuses décisions soient prises par l’Union selon la vague d’automne du Parlemètre réalisé à l’échelle européenne par TNS OPINION. Ils sont encore 61 % à considérer plus précisément que la répartition des demandeurs d’asile devrait être tranchée au niveau de l’Union sur la base de quotas contraignants (75 % au niveau européen, 89 % en Allemagne).

CHÔMAGE

Si coïncidence ne vaut pas corrélation, la comparaison de l’évolution de la courbe du chômage avec celle de l’évolution de la popularité de François Hollande depuis son élection ne laisse pas place au doute. Alors que la première ne cesse de progresser, la seconde s’enfonce à un rythme entêté. Le nombre de chômeurs a progressé de 670 000 depuis le printemps 2012, s’établissant à 3,83 millions en novembre 2015 (catégorie A). Sur la même période, la proportion de Français accordant leur confiance à François Hollande comme président de la République pour « résoudre les problèmes qui se posent à la France actuellement », comme l’énonce la question du baromètre TNS SOFRES pour Le Figaro Magazine, passe de 55 % (un niveau de départ déjà faible) à 15 %. Si l’on intègre les demandeurs d’emploi de catégories B et C (exerçant une activité réduite), c’est plus d’un million de chômeurs supplémentaires. Et 40 points de popularité évaporés.

C’est pourtant bien la question de l’« inversion de la courbe du chômage » que François Hollande a choisie, à la fois pour symboliser la réussite de son action, sa potentielle candidature en 2017 et ses chances de l’emporter. Dès septembre 2012, il dit sa conviction (sur TF1, dans une interview avec Claire Chazal) de voir le nombre de chômeurs diminuer au cours des douze mois qui suivent. En avril 2014, alors qu’il déjeune avec des salariés de Michelin, il lie pour la première fois ce résultat à son avenir personnel de candidat : « Si le chômage ne baisse pas d’ici 2017, je n’ai aucune raison d’être candidat, ou aucune chance d’être élu. » Une posture qu’il réaffirme lors de l’interview du 14 juillet 2015 : « S’il n’y a pas de résultat, il ne peut pas y avoir de crédibilité sur une candidature. C’est dans l’année 2016 que cette baisse crédible doit apparaître. » L’utilisation du terme « crédibilité » dans les deux registres – celui de la candidature et celui de la baisse – est moins anodine qu’elle en a l’air. Sans en fixer les bornes, François Hollande prend acte de la nécessité d’une décrue « crédible ». Or les Français ne se contenteront pas du chiffre d’un mois pour modifier leur jugement. Ils attendront des preuves notables et répétées de la baisse pour la juger crédible. Et éventuellement étendre cette crédibilité à celle de la nouvelle candidature potentielle du président de la République.

Dans l’hypothèse où la courbe du chômage prenait enfin une allure suffisamment à la baisse pour que le président de la République juge, lui, désormais envisageable sa candidature, rien n’indique que cela puisse peser positivement sur ses chances de l’emporter. Au moment du bilan, le mouvement comptera certes, mais le niveau également : même en cas de baisse en 2016, le niveau du chômage restera en 2017 largement supérieur à celui de 2012.

COP21

Au moment où les élections régionales mobilisaient les électeurs français, Paris accueillait du 30 novembre au 12 décembre 2015 la COP21, 21e Conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies consacrée aux changements climatiques. Malgré l’engagement des parties prenantes, la présence de très nombreux chefs d’État et de gouvernement, la très forte couverture médiatique, l’émotion d’un Laurent Fabius au moment de l’annonce d’un accord, on ne peut s’empêcher de qualifier de « froid » cet événement mondial et majeur.

Interrogés sur le sujet en amont du sommet, les Français et les Européens se montrent pourtant concernés et impliqués. Le changement climatique apparaît comme un problème important à près de sept Français sur dix (69 %) et 57 % d’entre eux disent même avoir agi concrètement pour tenter de lutter contre le réchauffement de la planète et ses conséquences. Si elle se montre donc active (plus que la moyenne européenne), dans la même enquête réalisée par TNS OPINION pour la Commission européenne, l’opinion française considère que la prise en charge du problème doit d’abord être du ressort des pouvoirs publics, Union européenne (43 %) et gouvernements (42 %) en tête, et des entreprises (33 %), devant les citoyens eux-mêmes (22 %). Comment dès lors expliquer le relatif manque d’enthousiasme de l’opinion à l’annonce de l’accord ?

La première hypothèse est contextuelle. La COP21 se clôt un mois seulement après les attentats de Paris, au moment des élections régionales.

Seconde hypothèse : les questions relatives à l’environnement et à l’énergie, si elles sont jugées importantes par les personnes interrogées spécifiquement sur le sujet, sont généralement reléguées au rang des priorités « secondaires », loin derrière les questions économiques, sociétales et sécuritaires. En France, de 2011 à 2015, la préservation de l’environnement n’obtient que 7 % des avis exprimés, soit huit fois moins que les préoccupations relatives au chômage. Et si l’on aborde plus frontalement la question du changement climatique parmi une série de problèmes qui se posent à l’échelle européenne, celle-ci obtient 11 % des citations des Français interrogés fin 2015. Dans la même enquête, la question de l’immigration recueille 49 %, celle du terrorisme 27 %, celle de l’emploi 22 %.

Troisième hypothèse : la dissonance cognitive et temporelle entre le sentiment d’urgence, largement exprimé en amont et pendant la conférence sur le climat, et l’accord qui se projette cinq années plus tard et ses résultats attendus plus loin encore dans le temps.

Dernière hypothèse : la difficile incarnation politique des problèmes liés à l’environnement et au climat. Les déchirements des écologistes au cours de l’année 2015, leur score faible et brouillé par les alliances lors des élections régionales en sont à la fois le symptôme et la conséquence. D’aucuns rêvaient que la COP21 puisse réchauffer leur électorat. Il n’en fut rien.

ÉLECTIONSAU ROYAUME-UNI

Surprise(s) ! À rebours de l’ensemble des sondages préélectoraux publiés, y compris quelques heures avant le scrutin, les élections législatives de 2015 au Royaume-Uni ont vu un chef de gouvernement européen confirmé dans ses fonctions. Utile rappel du fait que toute élection peut surprendre.

Lorsque tombent les premiers résultats des exit polls (sondages sortie des urnes) le 7 mai 2015, annonçant une victoire nette des Tories de David Cameron, l’ensemble des observateurs fait aussitôt référence au précédent de 1992. À cette époque, le parti de John Major remportait les quatrièmes « general elections » de suite alors que tous les sondages donnaient l’avantage au Labour de Neil Kinnock. Sondeurs et spécialistes en pséphologie1, amenés à s’expliquer (tous annonçaient un scrutin très serré), avancent que d’autres tendances majeures de ce scrutin ont été à la fois identifiées de longue date et très actives dans le basculement final : poussée du Scottish National Party de la charismatique Nicola Sturgeon, reflux sensible du UKIP. Ils font encore référence au vote caché des conservateurs (« shy tory effect ») et admettent de concert une sous-estimation de l’appréciation positive de la politique économique de David Cameron. Intéressante hypothèse (et inquiétante pour les sondeurs) selon laquelle, loin de reculer, le vote caché s’étendrait et se diversifierait.

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