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L'Éternelle blessée

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280 pages

CE fut une belle soirée que celle donnée par M. le président Gastambide et Mme Gastambide à l’occasion de leurs noces d’or. On en parle et on en parlera longtemps encore à Lodève.

Tous les bonheurs, toutes les joies intimes qu’une femme peut éprouver vers la soixante-huitième année de son âge, Mme Gastambide devait les savourer ce soir-là.

Durant les quelques jours qui précédèrent cette date mémorable, la bonne femme ne s’arrêta pas ; la vieille et spacieuse maison du premier Président fut par elle bouleversée.

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Paul Vigné d'Octon

L'Éternelle blessée

DÉDICACE

 

A FRANÇOIS COPPÉE

 

TRÈS honoré Maître, lorsque, il y a deux ans, je publiai Chair Noire, vous me fîtes l’honneur de m’écrire ceci.

« C’est bien triste, mais, j’en ai peur, trop vrai, cette impossibilité d’union entre races humaines. Plaise au Ciel que ne se réalise jamais la prédiction de Gustave Flaubert, la grande hégire de l’est à l’ouest, la formidable invasion des jaunes en Europe ! Après avoir conté les navrantes amours de Frantz Varnet et d’Aïssata-Lô, vous devez éprouver une double satisfaction, celle d’avoir écrit un beau livre d’art et de style et celle d’avoir dit une vérité. »

 

Ces lignes que je n’avais ni sollicitées, ni prévues, furent pour moi la parole qui réconforte et soutient dans les affres et les incertitudes d’un début. Aussi c’est avec un profond sentiment de gratitude que je vous offre aujourd’hui ce nouveau livre, en lequel, comme dans Chair Noire, j’ai tenté d’étudier, sous une de ses faces, peut-être curieuse, ce torturant et insoluble problème qui s’appelle le Mal d’aimer.

Veuillez aussi, très honoré Maitre, agréer cette dédicace comme un témoignage de ma très grande admiration.

 

P.V. D’OC.

Paris, 6 janvier 1891.

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PREMIÈRE PARTIE

I

CE fut une belle soirée que celle donnée par M. le président Gastambide et Mme Gastambide à l’occasion de leurs noces d’or. On en parle et on en parlera longtemps encore à Lodève.

Tous les bonheurs, toutes les joies intimes qu’une femme peut éprouver vers la soixante-huitième année de son âge, Mme Gastambide devait les savourer ce soir-là.

Durant les quelques jours qui précédèrent cette date mémorable, la bonne femme ne s’arrêta pas ; la vieille et spacieuse maison du premier Président fut par elle bouleversée. Elle reposait depuis si longtemps tranquille dans sa majestueuse solennité, cette antique demeure, l’hôtel Gastambide comme on l’appelait pompeusement à Lodève, alignant correctement sa grande porte cochère où brillait une énorme main de cuivre, et sa triple rangée de fenêtres toujours closes sur la mélancolique rue des Platanes.

« Il y avait plus de trente ans, » assurait M. Bladou, le pharmacien d’en face, « que le lourd portail de l’hôtel n’avait pas ouvert ses deux battants. » Et l’on pouvait en croire M. Bladou, le fournisseur de la famille Gastambide.

D’ailleurs son assertion était rendue incontestable par un bourdonnement aigre, strident, coléreux, qui s’élevait toutes les fois que Marianne, la femme de chambre, Benoît, le valet de pied, ou Baptistin, le concierge, passaient, un volumineux paquet au bras, sous le porche séculaire.

Ce bourdonnement menaçant et tumultueux qui faisait s’arrêter — par bandes — les gamins sortant de l’école laïque, était l’énergique protestation d’un monstrueux essaim de guêpes dont ce va-et-vient inusité dérangeait les nombreuses colonies minuscules, établies sous les pilastres, dans les yeux, la bouche et le nombril de deux cariatides effritées.

Et dans l’intérieur de l’hôtel, quel remue-ménage, mon Dieu ! Des fenêtres, que les voisins n’avaient jamais vues qu’entre-closes, s’ouvraient bruyamment, avec l’effroyable grincement de leurs volets dont les ferrures et les gonds, disparaissaient sous la rouille de plusieurs siècles ; et dans des appartements, où, de temps immémorial personne n’avait pénétré, le soleil de juin s’engouffrait, éclairant des choses très vieilles et très belles.

Ce matin même, M. Domec, le plus habile horloger de Lodève, avait soigneusement inspecté toutes les pendules de l’hôtel ; le piano venait d’être accordé par M. Pignol, l’organiste de Saint-Fulcran ; et, dans le jardin qui gracieusement dominait la Lergue somnolente, le père Alingri, surveillant chef du parc municipal, avait passé minutieusement en revue les plates-bandes de M. le premier Président.

M. Gastambide était ahuri ; et son ahurissement fut tel que, durant les trois jours de cet incroyable bouleversement, il se trouva incapable d’ouvrir la bouche pour en demander la raison ; mais, lorsqu’il vit sortir des serres les fleurs précieuses, ses chères fleurs — toute la passion de sa vie — au moment où les matinées encore fraîches de juin pouvaient les tuer, il ne se contint plus, et secouant sa stupeur :

  •  — « Voyons, Zénobie, » risqua-t-il timidement, « n’est-ce pas un peu trop, ce que tu fais pour célébrer nos noces d’or ; il me semble que tu te fatigues beaucoup ; sans doute il est peu de vieux ménages aussi unis que le nôtre, et nous avons, s’il plaît a Dieu, de longs jours à nous aimer encore, mais... »

L’excellente Zénobie, qui, ses préparatifs maintenant terminés, attendait avec impatience cette demande d’explications, l’interrompit brusquement en lui présentant tout ouvert un numéro du Temps, dont une des colonnes était encadrée au crayon rouge :

  •  — « Lis, » dit-elle simplement.

Et M. le premier Président Gastambide lut :

Réception de l’explorateur Jacques Fronty à la Société de géographie.

« Après l’ovation chaleureuse qui a salué son arrivée à Paris, le jeune lieutenant de vaisseau Jacques Fronty, déjà illustre par ses hardies explorations dans l’Afrique centrale, a été l’objet, à la Société de géographie, d’une manifestation sympathique organisée par tout ce que Paris compte de célébrités.

En termes empreints de la plus cordiale bonhomie, M. de Lesseps, qui présidait la séance, a souhaité la bienvenue au voyageur ; après l’avoir remercié, au nom de l’assemblée, des éminents services qu’il venait de rendre à la science, en explorant les pays jusque-là inconnus des Bambaras et des Mandingues, de l’éclat que ses travaux faisaient rejaillir sur la patrie, il lui a donné la parole. »

Suivait le récit de l’explorateur.

L’article, très élogieux, se terminait par ces mots :

« L’accueil fait par les illustrations de la capitale à M. Jacques Fronty est un spectacle consolant et capable de susciter de nobles émulations. Que la France continue à ne pas marchander la gloire à ceux de ses enfants qui la méritent, et l’effrayant problème du grand continent noir sera bientôt résolu.

M. Fronty, chevalier de la Légion d’honneur, lieutenant de vaisseau, entre à peine dans sa vingt-septième année, »

Là-dessus, M. Gastambide déposa soigneusement le journal sur un guéridon près de lui, leva la tête, et regardant sa femme avec des yeux où l’étonnement semblait avoir doublé :

  •  — « Eh bien, ma chère, » s’exclama-t-il, « quel rapport peuvent avoir les Mandingues de M. Fronty avec le bouleversement de ma maison et le pillage de mes serres ? Quel rapport M. de Lesseps avec mes pauvres fleurs qu’on a sorties par la froideur du matin et qui sûrement... »

Mme Gastambide, indignée du peu de compréhension de son mari, ne le laissa pas achever :

  •  — « Comment ! » fit-elle sèchement, « quel rapport ?... Vous ne connaissez donc pas M. Jacques Fronty ? »
  •  — « Mais si, ma toute belle, je connais comme toi M. Fronty ; comme toi, je l’ai vu naître. Son père, Stanislas Fronty, a été mon condisciple et mon meilleur ami, comme sa mère fut ta compagne bien aimée du couvent ; et c’est pourquoi je l’ai suivi avec le plus vif intérêt dans sa pénible et glorieuse carrière, heureux de la célébrité qui lui venait si jeune, et dont je recherchais les témoignages dans tous les journaux que je lisais ; c’est même étonnant que cet article du Temps m’ait échappé. »
  •  — « Puisque vous n’avez pas oublié votre petit Jacques, comme vous l’appeliez, vous devez vous rappeler que vers sa vingtième année, il tomba éperdument amoureux de notre nièce et pupille Marcelle. »
  •  — « Oh ! cela remontait même plus haut ; ces deux enfants se sont aimés dès l’âge de raison ; je me souviens de tout cela, Zénobie ; j’ai même à me reprocher de les avoir encouragés dans leurs amours ; et tu conviendras que je désavouai vivement mon beau-frère de ne pas donner suite — sur un simple caprice — à un mariage qui aurait rendu ces deux êtres absolument heureux. »
  •  — « Et pensez-vous, monsieur Gastambide, que ce qui ne se fit pas alors ne se fera pas un jour ? »
  •  — « Mon Dieu, Zénobie, je ne pense rien, je n’avance rien, et je commence à m’apercevoir qu’il y a un mariage sous roche ; mais êtes-vous sûre au moins de ne pas vous embarquer en quelque sotte affaire ? Croyez-vous que Marcelle soit disposée à suivre Jacques chez les Bambaras et les Mandingues, car il y retournera apparemment ? »
  •  — « M. Fronty donnera sa démission de lieutenant de vaisseau, et n’explorera plus que le cœur de sa femme, » répondit péremptoirement Mme Gastambide.
  •  — « Et je l’en félicite, » ajouta le premier Président. « Il le trouvera aussi vierge que ses forêts africaines. Mais Jacques aime-t-il encore Marcelle ? »
  •  — « M. Fronty adore toujours notre nièce. »
  •  — « Et notre nièce de son côté... »
  •  — « N’a jamais cessé d’aimer Jacques, ce qui vous explique son persistant refus de se marier. »

Le vieillard eut un froncement des sourcils :

  •  — « Mais où donc, Mme Gastambide, avez-vous puisé tous ces renseignements ? »
  •  — « A la source même, monsieur Gastambide. Jacques n’a cessé de m’écrire depuis son départ. Sept ans bientôt. »
  •  — « Ah ! Zénobie, » fit-il alors avec un bon sourire, « comme je te reconnais là, romanesque jusque dans ta vieillesse, toujours éprise de nobles aventures... »
  •  — « Aventures ! voilà bien votre mot dédaigneux d’il y a cinq ans, lorsque vous prîtes la tutelle de Marcelle devenue orpheline, et que je vous parlai de son mariage redevenu possible avec M. Fronty ; et vous vouliez que vous sachant hostile à nos projets, on vous introduisît dans la place ; d’ailleurs à quoi cela aurait-il servi ? Aujourd’hui Marcelle est majeure et parfaitement décidée à devenir Mme Fronty. »
  •  — « Vous avez réponse à tout, ma chère ; il ne me reste plus qu’à vous demander à quand le mariage, et à m’étonner du silence de Jacques à mon égard. »
  •  — « Demain soir, les fiançailles avec nos noces d’or ; comprenez-vous maintenant ce que vous appelez le bouleversement de votre maison et le pillage de vos serres ? Quant au silence de Jacques... »

Elle fut interrompue par une petite voix flûtée qui cria :

  •  — « Puis-je entrer, mon oncle ? »
  •  — « Entre, Marcelle, entre, » répondit M. Gastambide.

Mlle Marcelle entra, tenant un amas de lettres qu’elle présenta à son oncle, et un paquet soigneusement ficelé qu’elle remit à sa tante en lui disant :

  •  — « Ce sont les échantillons pour les housses. »

Et elle devint écarlate en apercevant, grand ouvert sur le guéridon, le journal dont elle avait, elle-même, encadré la colonne.

  •  — « Alors, Mademoiselle se marie ? » lui décocha à brûle-pourpoint le vieillard, incapable de retenir plus longtemps son humeur.

Marcelle se mordit les lèvres.

  • « Et avec un homme célèbre, encore, » continua malicieusement M. Gastambide, « s’il faut en croire le Temps, du moins. »
  •  — « Oh ! mon oncle, » s’écria impétueusement la jeune fille, « il n’y a pas que le Temps. Toutes les feuilles illustrées ont donné son portrait. Les plus grands journaux de Paris lui ont consacré leurs articles les plus élogieux : Le Figaro, le Siècle, le Soleil, la Patrie, la publique française, la Justice et la Liberté. »

Ce ne fut qu’à la fin de cette énumération, faite avec la plus chaleureuse volubilité, qu’elle s’avisa de son étourderie.

Elle s’arrêta, confuse, et n’osa plus regarder son oncle qui la dévisageait avec un léger sourire ironique.

  •  — « Tudieu, Marcelle, quel bon avocat tu fais ! Avec quelle ardeur tu défends une cause qui est gagnée d’avance, je crois. »

Et esquissant un geste paternel et bonhomme :

  •  — « Allons, mettons célèbre, mais pas convenable pour deux sous, ton explorateur qui prétend devenir mon neveu et ne m’adresse pas un mot la veille même de ses fiançailles. »
  •  — « Mais, mon oncle, » fit-elle aussitôt en redressant sa mignonne figure et en fixant d’une façon significative les lettres qu’elle venait de lui remettre, « peut-être que... »
  •  — « Tu crois ? » répliqua M. Gastambide ; et il se mit à chercher attentivement dans son courrier.
  •  — « Au fait, » ajouta-t-il au bout d’un instant, « en voici une, timbrée de Paris, à l’adresse drôlement écrite, et qui pourrait bien être la missive de l’explorateur. »

Et, l’ayant décachetée, il la lut lentement, silencieusement, devant les deux femmes qui souriaient, en sachant par cœur le contenu. Après avoir pris connaissance de la lettre, il releva la tête, jeta sur sa femme et sur sa nièce un regard attendri, presque mouillé.

  •  — « Je l’embrasserai tout de même avec bonheur, ce brave Jacques, » fit-il.

Et après une pause :

  •  — « Je suis sûr, » ajouta-t-il avec un fin sourire, « puisqu’il a parcouru l’Afrique en tous sens, qu’il vous dira, lui aussi, combien il est imprudent de sortir les fleurs des serres, par les matinées fraîches de juin. »

II

JACQUES avait six ans et la tête de plus que Marcelle ; pourtant Jacques n’était pas un géant, ni Marcelle une naine.

Rien de plus disgracieux à première et même à seconde vue qu’un couple dans lequel la femme est plus grande que l’homme d’un certain nombre de centimètres ; c’est pour l’homme une source d’humiliations dans la rue, car, de derrière, s’il est marié, il a toujours l’air d’être l’enfant de sa femme.

C’est pourquoi j’approuve fort Jacques Fronty d’être plus grand que Marcelle Portal.

Quand il était debout, son menton touchait le front de Marcelle, et, avec sa barbe brune, il effleurait les boucles frisottantes de ses cheveux blonds. Son front eût paru trop large sans les mèches rebelles plantées dru qui l’ombrageaient. Les yeux gris, un peu enfoncés sous des arcades proéminentes, faisaient un singulier contraste avec le teint foncé du visage que le soleil tropical avait brûlé, et sur lequel le vent du désert avait déposé son hâle. Le regard froid, un peu hautain, donnait à la physionomie une expression d’intimidante rudesse ; on avait, en le regardant, l’impression d’un être fort, dont la décision était prompte et l’énergie concentrée ; mais au bout de peu de temps on s’apercevait que cette dureté des traits, comme l’impénétrabilité du regard, n’étaient qu’apparentes, qu’elles étaient le résultat de son existence périlleuse, une sorte de masque dont il avait dû se couvrir pour regarder bien en face le danger et l’inconnu.

Avec ses amis ou dès qu’il se trouvait dans un milieu sympathique, sa belle figure martiale s’épanouissait, le sourire ne quittait plus ses lèvres fines, la plus exquise sensibilité, émoussée à dessein, reprenait possession de son être extraordinairement nerveux, et, à la première parole affectueuse, à la moindre délicate attention dont il était l’objet, son regard se mouillait, et, soudainement noyée dans une imperceptible larme, sa prunelle ne paraissait plus grise, mais bleue, d’un bleu tendre, de ce bleu de ciel lavé qui met tant de langoureuse douceur dans le regard des blondes.

Blonde, Marcelle l’était à rendre jaloux les blés mûrs, le pollen des fleurs et les rayons du soleil eux-mêmes ; pourtant elle avait les yeux noirs d’une Agathoise ou d’une Arlésienne ; des yeux plutôt grands que petits et tout remplis d’intelligence et de passion. Son nez droit, aux narines minces, n’avait rien d’incorrect ni de sensuel ; et sa bouche minuscule possédait toute la mignardise désirable.

La flexibilité de sa taille rappelait à Jacques la souplesse des félins d’Afrique ; devant la minceur de ses poignets, l’extrême finesse des attaches, il songeait aux biches graciles et aux gazelles filiformes ; et l’harmonieuse ondulation de sa marche évoquait les longues et élégantes couleuvres qu’il avait bien des fois rencontrées sur son chemin.

Ainsi que cela est fréquent chez les blondes du Midi, sa peau était à la fois blanche et colorée, et ne laissait pas voir, sous la neige de l’épiderme, le sillon bleuâtre des veines, ce qui eût été un indice de lymphatisme et d’anémie. Elle n’était ni mièvre, ni vaporeuse, ni romanesque comme la plupart des blondes, mais paraissait, au contraire, robuste, saine et bien équilibrée au physique comme au moral.

Aussi, quand ils se trouvèrent l’un près de l’autre, on s’écria qu’ils étaient assortis.

Et quand Jacques présenta à Marcelle le bouquet des fiançailles et lui mit la bague au doigt, tout le monde le trouva beau, élégant, distingué.

Le tout-Lodève était là. L’aristocratie industrielle et financière s’était fait représenter par ce qu’elle avait de plus solide et de plus élégant : M. et Mme Lenthéric (draps de troupe et couvertures), M. et Mme Rouveyrolis (cotonnades et tissus), M. Carolus Langogne, ancien sous-préfet, etc. Tous les habitués du salon Gastambide, les hauts fonctionnaires, le général et le préfet lui-même s’étaient rendus avec empressement à l’invitation du premier Président.

La cérémonie accomplie, on causa ; et naturellement Jacques devint le centre d’un cercle de questionneurs implacables et de faméliques auditeurs désireux d’apprendre de sa bouche les moindres détails de ses extraordinaires voyages.