L'évangile selon l'athée

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Galilée, 2000 ans avant notre ère. Un homme a une idée qui pourrait changer la face du monde. Cet homme sera un jour reconnu comme le Messie et vénéré par plusieurs milliards de personnes, mais il n'est encore qu'un charpentier. Il sait son idée excellente. Il sait aussi que nul ne l'écoutera si rien ne le distingue des autres prédicateurs. Voici le récit de la décision qu'il va prendre, celle d'un mensonge abominable pour le bien du plus grand nombre. Il bouleversera sa vie et celle de tous ceux le côtoyant, et gravera à jamais son nom dans le marbre de l'Histoire. Une grande histoire humaine et une grande amitié entre deux hommes.

Publié le : lundi 11 mars 2013
Lecture(s) : 176
EAN13 : 9782368920077
Nombre de pages : 108
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L’évangile selon l’athée
Julie Bouchonville Roman Editions L’ivre-Book
A mon père
Introduction J'ai toujours aimé les classiques, ou plus exactement j'ai toujours aimém'en prendre aux classiques. C'est une idée fort arrogante que d'écrire son propre évangile, et c'est sans doute cela qui m'a séduite en elle lorsqu'elle s'est pour la première fois présentée à moi. L'année scolaire 2011-2012 fut pour moi des plus intéressantes, entre autre parce que je m'essayai à la médecine, et eus la possibilité de me frotter au cours de Sciences Religieuses – au demeurant rigoureusement dénué d'importance. Sa seule raison d'exister était que la faculté universitaire avait été fondée par des jésuites et que, pareils au minotaure d'autrefois, ils exigeaient un sacrifice régulier, sinon de jeunes gens, au moins de leur temps. Pour échapper à l'examen écrit qui m'aurait obligée à étudier pour un cours ne valant que deux crédits (là où la chimie, pour comparaison, en valait 16), je choisis l'option de rédiger un travail écrit. Toujours prompte à ignorer la devise de«Draco dormiens nunquam {1} titillandus» ,je pris pour thème l'athéisme. Je passai donc les huit dixièmes du travail à ne parler que de religion, et pour ce faire je dus lire quelques ouvrages aussi métaphoriquement que littéralement poussiéreux. La lecture d'évangiles apocryphes et de romans historiques directement basés sur leur interprétation, ainsi que quelques conversations toujours stimulantes avec mon compagnon, me donnèrent alors une étrange idée... Si quelqu'un, disons un Galiléen, ayant eu l'idée de rendre la religion accessible directement au peuple avait eu ce coup de génie d'admettre que l'on peut faire des erreurs et avoir droit à une seconde chance, alors probablement ne s'y serait-il pas pris autrement que comme nous l'enseignent les Écritures. Je pense sincèrement que quiconque ayant eu ce trait de génie dans le contexte de l'époque – que je ne me targue pas de pleinement comprendre, mais dont j'ai de mon mieux essayé de m'imprégner, je laisse le lecteur seul juge de la réussite de cette tentative – aurait fatalement dû, à un moment ou à un autre, invoquer le nom de Dieu, et pas en vain. S'il n'avait été qu'unbeau parleur de plus, sans doute ses idées ne lui auraient-elles pas survécu. Mais s'il se prétendait fils de Dieu, le Messie annoncé et attendu, alors son message devenait tout autre. Alors il transcendait sa nature même pour devenir bien plus qu'un homme – Le Sauveur, dont le nom serait encore prononcé avec respect des millénaires plus tard. C'est cela, je crois, qui m'a attirée dans l'idée d'écrire ce texte. Et si toute la partie religieuse du message de Jésus, ici appelé Yehoshua pour de simples raisons d'authenticité, n'avait au fond été quemarketing? Voilà qui serait ironique. Voilà qui serait amusant. A cette idée de départ, j'ai ajouté celle de Judas vu sous un jour nouveau, tel que certaines découvertes assez récentes (cf. L'Évangile de Judas) semblent le suggérer. Non pas traître mais préféré, choisi pour accomplir une tâche qui ne peut être confiée qu'à un homme de confiance. Enguise de postface, le lecteur intéressé pourra trouver, en plus d'un glossaire, une brève bibliographie fournissant de plus amples détails vis-à-vis de ce point et d'autres pouvant prêter le flanc à la polémique. Enfin, une fois de plus, c'est au lecteur de décider, en son âme et conscience, si mes théories lui semblent acceptables. Et si cela n'était pas le cas, qu'il se rassure – je ne suis, après tout, qu'une humble conteuse d'histoires. 29 août 2012, La Madeleine.
1. Il attendait, dans cette cellule froide de la forteresse Antonia où tant d'hommes avaient attendu leur mort. Les coups qu'il avait reçus le faisaient souffrir, mais il savait qu'ils ne seraient rien en comparaison du calvaire qui l'attendait, quelques heures plus tard. C'était une voie redoutable qu'il avait choisie, et s'il la savait être juste, il ne pouvait s'empêcher de douter. N'avait-il pas fait erreur ? Voulait-il réellement s'infliger cela ? N'aurait-il pas pu laisser les fous être fous et les ignorants être ignorants, et vivre une vie normale ? N'était-il pas lui-même ivre d'arrogance, à vouloir éclairer un monde parfaitement heureux de vivre dans les ténèbres, à vouloir crier une vérité à ceux qui n'étaient que trop contents de se boucher les oreilles ? Yehoshua soupira. Que de chemin parcouru depuis cette idée sur les rives de la Mer Morte, depuis les rites secrets et les initiations dans le désert, depuis sa si terrible décision de changer le monde, et de ce à quoi il lui faudrait renoncer pour y arriver... A la veille de ce qui allait peut-être se révéler être sa mort, il semblait approprié de considérer sa vie. Il chercha une position confortable, n'en trouva pas, mais s'en contenta.
2. Les différents courants du judaïsme étaientnombreux, et beaucoup se contredisaient. Chacun déclarait être le seul à avoir raison et à pouvoir sauver les âmes de ceux qui le suivraient sans poser de question. Yehoshua avait toujours trouvé cela douteux, d'aussi loin qu'il se souvienne. Si même deux personnes prêchant des idées radicalement opposées étaient révérées de la même manière, alors comment savoir, au fond, qui avait raison ? Quelle était la vérité ? Les religions l'intéressaient beaucoup. La sienne, et celle des peuplades voisines, qui honoraient des dieux différents de manières différentes. Un jour, à force de poser des questions et d'étudier des textes lorsqu'il n'était pas en train de raboter des planches, il finit par rencontrer un nazir, un juif ascétique, qui lui parla des Esséniens. Selon lui, ils détenaient des vérités secrètes, auxquelles seuls les sages pouvaient avoir accès et que l'on ne révélait qu'après de longs mois d'initiation tant leur impact était grand. Cela piqua la curiosité de Yehoshua, qui voulut en savoir plus. A ce moment Il l'ignorait bien sûr, mais sans doute était-ce là que tout avait commencé, alors qu'il approchait de l'âge adulte et qu'un inconnu lui promettait le savoir et la connaissance. Il partit pour Sokoka peu de temps après, plus par curiosité que pour autre chose, s'il devait être honnête. Il ignorait si ce que lui raconteraient les Esséniens serait plus valable que ce que prêchaient les Sadducéens ou les Pharisiens, mais il voulait comprendre ce en quoi ils différaient. Alors qu'il parlait avec le nazir au fort accent de Judée, ce dernier l'avait vu considérer avec pitié des femmes à la vertu discutable, que les braves gens esquivaient avec application. – Tu ne méprises pas ces prostituées ? avait demandé l'ascète. – Je n'ai encore jamais rencontré de femme qui se prostitue pour le plaisir, avait-il répondu avec tristesse. Peut-être ont-elles perdu un mari ou un frère, peut-être ont-elles des enfants à nourrir. Et ceux-là qui viennent les voir à la faveur de la nuit n'hésiteraient pas à leur cracher au visage en plein jour. Je les plains. – Les Esséniens te plairont, avait alors affirmé le nazir. Leur Yahweh pardonne les fautifs et leur accorde une seconde chance. – « Leur » Yahweh ? avait répété Yehoshua, amusé. Parce qu'ils n'ont pas le même Yahweh que tout le monde ? – Tu comprendras, avait souri le nazir. Va les trouver, et tu comprendras. C'était aussi pour cela qu'il était parti en laissant son frère Yaakov s'occuper de leur famille en son absence. L'idée d'une religion qui admettrait que les hommes soient imparfaits et n'aient parfois pas le choix, et qui le leur pardonnerait même, lui semblait excellente. Trop souvent il avait vu des nantis littéralement acheter leur pureté morale, tandis que les pauvres n'avaient que la souffrance pour tout horizon, tant dans cette vie que dans la suivante. Si quelqu'un enseignait que cela était une aberration, alors il se sentait tout prêt à l'écouter.
3. L'initiation fut longue. Il passa des mois dans le désert avec les Esséniens. Certains avaient toujours vécu à Sokoka, et sans doute y mourraient-ils. D'autres, comme lui, étaient venus spécialement pour être initiés, et comme lui ils repartiraient une fois que leur enseignement serait complet. Parmi ces derniers, il y avait un homme nommé Yehoudah, originaire de Kriyot en Judée, avec qui il sympathisa. Ensemble, ils firent les vœux contraignants de l'ascétisme, burent la mixture infâme qui libère l'âme et emmène vers Yahweh, et prirent les nombreux bains d'eau froide rituels, censés purifier tant l'esprit que le corps. Les enseignements esséniens étaient uniques. Basés sur une fine analyse des Écritures, ils expliquaient la différence entre Elohim, le Démiurge, un dieu imparfait qui était le créateur de toute chose, et Yahweh, sa création, seul dieu bon et digne d'être vénéré. Les Docteurs de la Loi n'avaient jamais fait cette distinction; raison pour laquelle les Esséniens leur vouaient une haine tenace, que Yehoshua vint petit à petit à comprendre, puis à partager. Ces textes sacrés au nom desquels ils tyrannisaient véritablement une partie de la population, les avaient-ils seulement lus ? Comment avaient-ils pu passer à côté des quelques lignes du Deutéronome, claires et sans ambigüité, qui annonçaient clairement qu'ils faisaient fausse route ? Les Esséniens enseignaient en outre la nature divine de chaque homme, chaque femme et chaque enfant, qui par la connaissance pouvaient s'élever et la reconquérir. Et que n'y avait-il pas à aimer dans un tel concept ? Quitte à choisir une religion parmi toutes celles qui peuplaient la Mésopotamie ou même le monde, ne valait-il pas mieux en choisir une convaincue de la nature sacrée de ses adeptes, et dont le but était de les faire pareils à des dieux ? Yehoudah riait parfois de son emportement, en particulier lorsqu'il se lançait dans de grands discours sur la nécessité de changer la vision que tous avaient de la religion ou sur celle de remettre les Pharisiens à leur place. Il se sentait toujours empli de fougue lorsqu'il pouvait parler librement à son ami, qui se contentait de lui signaler sans méchanceté aucune quand il allait trop loin. – Il est bon d'être convaincu de ce que tu dis, Yehoshua, mais là tu en fais de trop, disait-il, riant doucement. Tes paraboles sont moins agressives, et plus explicites pour les gens simples. Peut-être devrais-tu t'y tenir. – Mais nous ne pouvons pas changer les choses en étant timorés, Yehoudah ! – Être sage n'est pas être timoré, mon ami. Si tu agresses le sanhédrin, tu ne vivras pas assez longtemps pour que tous entendent ce que tu as à dire. Mais si tu es humble et aimable, ils ne pourront rien faire contre toi, et tu gagneras alors toutes les âmes dont tu auras envie. – Ce n'est pas qu'une question d'envie, mais dedevoir! Nous ne pouvons pas aider le peuple en restant cachés dans le désert, il nous faut aller vers les gens, les sauver du joug des Docteurs de la Loi, qu'ils comprennent que Yahweh est plein d'amour pour eux même dans leurs erreurs ! Ilfautque ce soit fait, il lefaut! Et Yehoudah riait de plus belle de son impétuosité.
Les commentaires (2)
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Fnacbookeur

L'auteure livre ici une hypothèse qui diffère du "canon officiel" d'une des principales religions monothéistes! C'est un pari audacieux et risqué. Au-delà de la polémique potentielle,il y a une histoire osée,très touchante,pleine d'humanité mais avec son lot de contradictions. Une proposition d'un point de vue qui ne plaira pas à tout le monde mais qui peut donner à réfléchir...

samedi 31 octobre 2015 - 17:21
lucinaire

Un superbe roman, une histoire merveilleuse d'humanité et de fraternité

jeudi 21 mars 2013 - 09:53

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