L'Hérédité, second mémoire, par Charles Piel de Troismonts

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Michel-Lévy frères (Paris). 1852. In-12, 42 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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L'HÉRÉDITÉ
SECOND MEMOIRE
Paris. — Typ. Je Mme V Dondey-Dupré é, rue St-Louis, 46.
SECOND MÉMOIRE
PAR
CHARLES PIEL DE TROISMONTS
Napoléon parut à l'entrée d'un
nouvel univers comme ces géants
que l'histoire profane et sacrée nous'
peint au berceau de ta société, et
qui se montrèrent à la terre après
le déluge.
CHATEAUBRIAND. (Études historiques.)
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIRRAIRES-ÉDITEURS,
BUE VIV1ENNE, 2 BIS.
1852
Dans un premier mémoire aux
hommes d'État d'Europe, j'ai éta-
bli la nécessité de l'Empire au
point de vue politique.. Dans ce
second mémoire, j'établis la né-
cessité de l'hérédité au point de
vue politique et au point de vue
de l'histoire.
Ce second écrit, comme le pre-
VI
mier, est une simple vérité, une
vérité en peu de mots, jetée au mi-
lieu des illusions et des mensonges
des vieux partis.
Les plus grands ennemis de la société,
les Communistes, puisqu'il faut les ap-
peler par leur nom, avaient inscrit en
tête de leur charte l'abolition de l'héri-
tage; ils avaient visé juste : la haine est
si clairvoyante !
La loi de l'héritage est donc la loi
fondamentale de la société, et les ennemis
de l'ordre social ont tracé leur ligne de
conduite aux conservateurs. Les vérités
politiques n'apparaissent tout entières et
dans leur splendeur que dans des mo-
ments de tempête. Lorsqu'on vit au jour
le jour, et dans un calme trompeur,
comme sous Louis - Philippe, le faux
n'existe qu'aux yeux de certains pen-
seurs; mais lorsque l'orage a grondé et
que la société a tremblé sur sa base, le
vrai apparaît aux yeux de tous, et c'est
alors le rôle et la mission des hommes
d'État de rétablir les principes et d'as-
seoir l'autorité sur ses bases natu-
relles.
Or, depuis 1848, nous avons vu,
l'Europe a vu jusqu'au fond de la société
française : notre monde s'est entr'ou-
vert, et nous a montré ses abîmes.
Ce que les hommes d'État de Louis-
Philippe n'eussent pu dire sans avoir-
l'air d'être en contradiction avec leur
temps, les hommes d'État d'aujourd'hui
— 9 —
doivent le faire pour se mettre d'accord
avec l'esprit et l'âme de tous.
Eh bien ! de toutes les vérités politi-
ques et sociales obscurcies si longtemps,
et qui sont aujourd'hui démontrées com-
me des axiomes mathématiques, après
quatre années de luttes, d'orages, d'hé-
sitations, de misères de toutes sortes, —
la première est la loi de l'hérédité, cette
loi qui a fait l'histoire de France, cette
loi qui nous a faits grands dans le passé
et qui seule peut nous sauver dans le pré-
sent et nous faire grands dans l'avenir.
L'hérédité en haut, tous les sages écri-
vains politiques l'ont dit, est la sauve-
garde de l'héritage en bas, dans une so-
ciété monarchique depuis son origine
jusques à nous.
Toutes les fois qu'on a touché en
France à l'hérédité du trône, l'héritage
1.
_ 10 —
du simple citoyen en a été ébranlé. Mais,
selon la loi des choses, peu d'abord,
beaucoup plus ensuite. Baboeuf ne fit
qu'une secte; mais cette secte, après
cinquante ans de sommeil, a failli, en
1848, être assez forte et assez nombreuse
pour dominer la situation et s'emparer
de la société tout entière.
Comparez le nombre des sectaires de
Baboeuf, dès le lendemain de la première
chute du trône, à cette terrible armée des
socialistes qui combattait derrière les
barricades de juin 1848, et qui a tenu
la civilisation en échec pendant quatre
jours ! Comparez le nombre de ces in-
surgés qui arborèrent le drapeau rouge
et que Lafayette balaya dans le Champ-
de-Mars, à cette insurrection formidable
maîtresse de la moitié de Paris et qui fut
à deux doigts du triomphe !
— 11 —
Donc l'hérédité dans le pouvoir est le
bouclier de la société actuelle.
Ceci n'est qu'un lieu commun, puis-
qu'il y a trois partis en France contre un
seul, qui prétendent que le droit hérédi-
taire est le droit français, le droit fonda-
mental de notre société.
On est d'accord sur le principe, on
n'est en désaccord que sur l'application,
et si l'esprit de parti disparaissait pour
un moment et que le simple bon sens eût
le dessus, toutes les divisions intestines
disparaîtraient comme par enchantement,
et la France serait replacée dans ses con-
ditions naturelles de gloire et de prospé-
rité. Voyons :
Que disent aujourd'hui les partisans
de ce qu'on appelle le droit divin?
Ils disent : « La France a un passé glo-
rieux et des traditions dont elle ne peut
pas se séparer. » ■
Il est très-vrai que la France a des
traditions dont elle ne veut pas se sépa-
rer; mais il est très-vrai aussi qu'elle a
des intérêts nouveaux qu'il faut marier à
ces traditions. Écoutons M. Augustin
Thierry, une des lumières de notre his-
toire :
— 14 —
« Entraînée par la violence de pas-
sions et d'opinions obstinément rétro-
grades, la royauté de saint Louis et de
Henri IV, puissance à qui la tradition et
sa propre nature faisaient une loi de
l'impartialité, ne pouvait plus remplir
son rôle et s'identifier avec la nation
tout entière. Un parti lié avec elle par la
fidélité et le malheur la revendiquait pour
lui seul avec une apparence de droits
acquis. Il fallait, de deux choses l'une,
ou qu'elle pesât sur la nation avec les
principes de ce parti, ou qu'elle luttât
contre lui pour se soustraire à la tyrannie
de ses exigences. C'est dans l'alternative
de ces deux tendances contraires qu'est
toute l'histoire de la monarchie restaurée;
là se trouve la fatalité qui la perdit, l'é-
cueil contre lequel elle se brisa au mo-
ment même où elle se croyait le plus
— 15 —
sûre de sa force et de son avenir. »
Qu'ajouter à cela? Rien, c'est la vérité
même. La monarchie du droit divin est
jugée par M. A. Thierry comme elle le
sera par la postérité.
Passons aux partisans de la monarchie
de 1830. Que disent ceux-ci?
Ils disent : «La vieille monarchie était
finie, la féodalité avait rendu le dernier
soupir; mais ce pays étant toujours mo-
narchique, il a fallu accommoder une
monarchie nouvelle aux besoins actuels,
et nous avons imaginé la monarchie
de 1830. ».
La monarchie de juillet, dit Château-

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