L'Héritage des centaures

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Quintarlaz est en émoi : le Docteur Becki est de retour ! Les rumeurs disent qu'il aurait ramené un monstre des îles du Sud, à moitié humain, moitié animal !


Bien malgré lui, Alfred s'apprête à révéler au monde l'existence des centaures. Alors qu'il espère que sa découverte permettra de faire évoluer les mentalités, et, peut-être, mettre fin à la Grande Rage, il va être confronté à des puissances insoupçonnées qui ne veulent surtout pas voir leur secret révélé et ne reculeront devant rien pour l'en empêcher.


Alfred devra encore une fois compter sur son neveu Samuel, son jeune ami Lucas, Noxa et le Capitaine pour résoudre de nouveaux mystères et affronter de terribles épreuves. Plus que jamais, ils sont à deux doigts de percer l'énigme de la Grande Rage, alors que le monde des humains est sur le point de vaciller.


Après avoir exploré La Terre des centaures, ce deuxième tome nous entraîne dans une nouvelle aventure pleine de mystères et de rebondissements, où la guerre contre les animaux connaît un terrifiant regain de violence.


La découverte de nouveaux personnages extradordinaires vous entraînera toujours plus loin dans le monde fantastique imaginé par l'auteur. Les péripéties des Becki et leurs amis vous tiendront en haleine jusqu'à la dernière page !


Publié le : lundi 16 novembre 2015
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EAN13 : 9791093675084
Nombre de pages : 330
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L'HÉRITAGE DES CENTAURES
Le Cycle des centaures – Tome 2
de Paul A. GARANCE
Du même auteur, aux Éditions Callisto : Le Cycle des centaures TOME 1 : La Terre des centaures (2014) TOME 2 : L'Héritage des centaures (2015) Littérature jeunesse Erwan, l'elfe au canard (2014)
Suivre l'auteur :
www.paul-a-garance.fr mail : auteur@paul-a-garance.fr facebook.com/PaulAGarance Twitter : @PaulAGarance Image de couverture : © Paul André, 2015
Je dédie ce livre à vous, qui avez lu La Terre des centaures, et attendiez la suite avec impatience ! Merci pour votre enthousiasme.
PROLOGUE
Galoper, ne pas se retourner, ni s'arrêter ; de jour comme de nuit. Kiron n'avait cessé de parcourir l'île, des côtes du Levant à celles du Couchant, des falaises de la Gauche aux plages de la Droite. Il s'était même risqué dans les montagnes du Centre : un lieu qu'il redoutait et où il n'avait accepté d'y passer qu'une fois, pour aider ses amis humains. Depuis quand étaient-ils partis ? Les centaures n'avaient pas l'habitude de compter les jours, les semaines, les mois, mais ce dont Kiron pouvait avoir la certitude était que les feuilles commençaient à peine à tomber quand ils partirent, que l'écorce des arbres avait craqué depuis, et qu'aujourd'hui la neige avait recouvert les plaines d'un épais manteau blanc ; ou rouge, en certains endroits, du sang de ses frères et sœurs qui avait tant coulé depuis le départ des humains. De quelle couleur serait l'eau des rivières et des fleuves quand la neige aurait fondu ? La terre de ses ancêtres saignait d'une plaie béante, d'une hémorragie sans fin. La mère Nature souffrait, à cause des humains par qui le malheur était arrivé, ceux-là mêmes que Kiron avait protégés. Pour cela, le Sage risquait la mort chaque jour. Aux yeux de bien de ses semblables, il avait trahi et déshonoré toute l'espèce des centaures. Mais cela n'avait pas d'importance. Sa conviction d'agir dans le bien effaçait ce sentiment d'injustice. Kiron, après avoir jeté un dernier regard aux alentours, et certain de ne pas avoir été suivi, pénétra la grotte d'où il était parti voici deux lunes. — Mon roi, appela Kiron d'une voix essoufflée. Je suis revenu. J'ai accompli la mission que vous m'avez confiée. Vous serez en sécurité tant que vous resterez ici. — Pour combien de temps ? se fit entendre une voix faible dans l'ombre. Kiron entra plus profondément dans la grotte et aperçut son ancien disciple, se reposant à même le sol, adossé à la paroi rocheuse. Iznaë leva vers le Sage des yeux dépourvus d'espoir. Lui, si fort autrefois, faisait désormais peur à voir. Ses muscles n'arrondissaient plus les reliefs de son corps. Sa peau flasque peinait à cacher ses os saillants. S'il tremblait en permanence, il ne fallait pas en jeter la faute au froid qui régnait sur l'île, mais bien à la fièvre intense qui l'assaillait sans relâche. La blessure de son dernier combat était profonde. Iznaë ne comptait plus les coups reçus pour défendre son titre royal, mais celui-ci s'avérait différent. Ce n'était pas un sabot qui l'avait frappé, ni même la pointe d'une flèche en os, mais une arme bien plus terrifiante. Aucun centaure ne s'était préparé à devoir se battre contre une invention aussi dévastatrice pour leur monde. Effrayante comme la foudre quand vous l'entendiez pour la première fois, cette graine brillante qu'elle projetait se révélait être en réalité la semence de la mort. Si par malheur elle vous touchait, priez pour mourir de suite : y survivre ne présageait qu'une longue et douloureuse agonie. — Maudits soient les humains, gémit le roi. Au simple mot « humains », les autres occupants de la grotte hennirent de nervosité. Le roi s'était réfugié dans cet abri de fortune avec sa harde, ou du moins ce qu'il en restait : une trentaine de mâles et femelles, essentiellement des jeunes. La plupart des anciens n'avaient pas survécu. — Cette arme, poursuivit le roi d'une voix chargée de rage, ce sont eux qui l'ont amenée sur notre terre. Voyez, mon maître, ce qu'ont fait vos « amis ».
— Ils n'y sont pour rien, mon roi, réfuta Kiron d'une voix lasse en se caressant la barbe blanche, comme pour y puiser la sagesse qu'elle symbolisait. — Alors, qui l'a créée ? — Les humains, concéda Kiron. Vous avez raison encore une fois. Le vieux centaure n'avait pas envie de froisser la susceptibilité de son roi souffrant. Kiron, d'habitude si doué dans l'art de la polémique, préféra ne pas insister dans le débat et lui céda le dernier mot. Iznaë n'était pas dupe, mais il ricana, avant de tousser à s'en déchirer la gorge. Combien de fois Kiron avait-il eu cette conversation avec Iznaë ? Il ne le comptait même plus. Il serait tentant pour le Sage d'admettre qu'il avait tort, que le monde courait à sa perte, et que, tôt ou tard, lui et les siens ne seraient plus. Kiron se détourna de son roi et contempla, au dehors de la grotte, cet océan qui semblait si vaste. Autrefois, les centaures se croyaient seuls. Ils se figuraient leur île comme le centre du monde. Quant à l'océan qui les entourait et s'étendait à perte de vue, ils l'imaginaient comme étant la frontière entre eux et... À vrai dire, les centaures ne se posaient jamais trop de questions sur ce qu'il se trouvait au-delà. Tout ce qu'ils ne pouvaient pas voir ou palper n'était qu'imagination. Leur donner un nom paraissait alors bien futile. Désormais, ils avaient la preuve qu'un autre monde existait plus loin : celui des humains. Kiron se demandait à quoi ressemblait cette grande terre où vivaient ses amis Alfred, Samuel, Lucas et leurs compagnons. — Pourquoi veux-tu tellement croire en eux ? demanda de nouveau le roi. — Parce qu'ils m'ont promis de revenir, répondit le Sage. — Vous qui savez tant de choses, comment pouvez-vous vous montrer si naïf ? Votre foi envers les humains vous perdra. — Je sais tant de choses, oui... Et je ne sais rien. Le roi ricana de nouveau. — Vieux fou. Les lèvres de Kiron dessinèrent un sourire, tandis que ses yeux pleuraient.
Partie 1 D ÉSILLUSION
L'illusion est telle une mère dorlotant son enfant : aucun mal ne peut franchir le rempart de ses bras. On voudrait y rester éternellement. Hélas ! Il faut grandir. - Alfred Becki -
Chapitre 1 L ES RUMEURS
Les yeux de l'ours croisèrent ceux du moine. L'animal devait être magnifique avant sa capture. Depuis combien de temps tournait-il en rond dans ce lamentable enclos, sans foin, ni eau, ni nourriture ? Suffisamment longtemps en tout cas pour qu'il eût perdu de sa superbe. Amaigrie, la langue pendante, la créature arborait une fourrure sale, chargée de boue, mais aussi de sang séché, souvenir de sa capture qui avait dû être violente. Que l'animal semblait laid ainsi, mais rien n'était trop beau pour affirmer la supériorité des humains sur les bêtes. Si la jeunesse habitait encore le moine du'unig, il n'en avait pas moins fini son éducation, à en voir son crâne complètement dégarni en signe d'humilité. Plus tard, quand il occuperait une fonction de Guide, il serait autorisé à se laisser pousser la barbe, symbolisant alors l'expérience et la sagesse. Pour l'instant, il était encore revêtu d'une toge verte, mais, plus tard, en gravissant les échelons de la hiérarchie ecclésiastique, il pourrait en revêtir une de tissu orange. À sa ceinture pendait le fourreau d'une dague, dont le pommeau était décoré du symbole du'unig : un arc de cercle, dont les deux extrémités étaient orientées vers le ciel, et au centre duquel était dessinée une étoile à cinq branches, d'où partait une longue ligne verticale vers le sol. Officiellement, ce symbole représentait un être humain, debout, les bras vers le ciel et l'esprit illuminé. Mais les plus avertis ne se privaient pas d'indiquer que ce dessin se rapprochait aussi d'une épée pourvue d'une garde en coquille et dont l'étoile serait le pommeau. Une façon de rappeler que leur religion avait été longtemps guerrière, avant de devenir « officiellement » pacifiste. Sinon, à quoi lui servait une dague ? Pas pour éplucher les fruits de la Providence en tout cas. Tous les gestes du jeune homme, jusqu'au clignement des yeux, semblaient lents et calculés. Tout en observant l'ours avec amusement, il dandinait subtilement sa tête à la manière d'un reptile, tel un serpent guettant sa proie. Le genre d'individu qui vous mettait mal à l'aise. Un autre détail intriguait quiconque avait affaire au moine. Depuis des millénaires, l'hiver, alors que le froid et la neige sévissaient dans l'hémisphère sud, l'hémisphère nord subissait un climat chaud et humide. N'importe qui transpirerait dans de telles conditions. Mais pas le jeune disciple, revêtu pourtant de plusieurs mètres de tissu épais : pas une goutte de sueur. Pour les gens du peuple, les moines et les guides du'unigs avaient tous quelque chose de « surnaturel ». La voix de son maître se répercutait en écho sur les murs de l'arène. À entendre les acclamations déchaînées de la foule, le discours du Guide du'unig de Quintarlaz faisait fureur, comme d'habitude. Dans cette pièce obscure et puante qu'était l'animalerie, le moine n'en saisissait que des brides, mais il connaissait ces paroles par cœur pour les avoir entendues à chaque ouverture des spectacles de l'arène. — … et c'est pourquoi nous sommes réunis ici, mes frères et mes sœurs ! Pour faire couler le sang de ces abominables créatures ! Ces bêtes sauvages nous ont déclaré la guerre, mais elles ont oublié que nous sommes leurs maîtres ! Dü nous a créés pour dominer la Terre et ses créatures aussi stupides que muettes ! Dü est grand ! L'Homme est grand ! Nous vaincrons toutes ces créatures du Mal qui se sont abandonnées à la haine et à la cruauté plutôt que se soumettre à notre toute-puissance sur ce monde ! Mes frères et mes sœurs, je vous le dis, ne perdez pas espoir et continuez de vénérer Notre Père créateur. Par vos prières et vos offrandes, Dü rachètera vos péchés et rétablira l'ordre du monde, tel qu'il a toujours été, et continuera d'être !
Durant tout le discours, la foule n'avait cessé de crier des « Gloire à Dü ! » ou encore des « Dü est grand ! », mais à la fin du sermon, la clameur de la foule gagna encore plus de ferveur, telle une vague qui s'élevait, grossissait et s'abattait sur l'arène pour en éclabousser le Guide. S'il était chauve lui aussi, sa barbe blanche trahissait son âge avancé. Toutefois, au centre de l'arène, la ferveur des spectateurs semblait redonner au Guide l'ardeur d'un jeune homme. Sans être gêné le moins du monde par le poids de sa toge orange, il écartait les bras et les secouait vigoureusement pour exciter la foule. Ses yeux brillants et son sourire immense montraient avec quelle délectation il s'enivrait de l'adulation dont il faisait l'objet. Dans l'animalerie, les gardiens commençaient à s'agiter. Le premier était un garçon à peine pubère et plutôt gringalet. Il se posta près du levier qui ouvrirait bientôt l'enclos de l'ours du côté de l'arène. L'autre gardien devait être plus âgé et, contrairement à son collègue, arborait une charpente des plus solides, garnie d'une généreuse couche de graisse. Il tenait dans sa main un trident, assez long pour piquer l'animal s'il rechignait à sortir. Le jeune gardien au levier montrait des signes d'excitation tandis que son collègue n'affichait qu'une mine blasée. — C'est vrai ce qu'on dit ? fit le gringalet, histoire d'engager la conversation. Le docteur Becki est revenu du Sud avec un monstre ? Vous croyez qu'on pourra l'avoir dans l'arène ? Son collègue ne répondit pas. Toutefois, il expira bruyamment du nez, comme un soupir d'agacement. Alors, le jeune gardien se tourna vers le moine. — 'Scusez-le. 'N'est pas très causant. Ç'fait deux mois que j'suis là, et j'sais toujours pas son nom de famille. J'crois qu'il boude. Son ancien collègue s'est fait bouffer par un loup qu'a réussi à s'échapper de l'enclos. Du coup, je le remplace. Mais ce qu'énerve mon collègue, c'est mon « manque d'expérience », dit-il en mimant les guillemets. Alors, il me met toujours sur les tâches ingrates. C'té mignon, il veut me protéger, mais j'ai besoin de faire mes preuves ! ajouta-t-il en haussant la voix dans la dernière phrase, sans doute pour faire passer le message. Son collègue soupira de nouveau du nez. Pendant une seconde, le moine aurait presque pu lui trouver un air de ressemblance avec un taureau prêt à charger. Il voulut apaiser les tensions. — Votre collègue veut préserver votre jeune vie, dit le moine d'une voix lente et douce, presque féminine. Et Dü sait qu'elle est précieuse. Toute vie est précieuse. En vous éloignant des postes les plus dangereux, il vous offre l'opportunité de le regarder, d'apprendre de son expérience, et ceci en toute sécurité, pour qu'un jour, vous puissiez faire vos preuves. En réalité, votre collègue est d'une grande sagesse et vous fait un cadeau inestimable. Il croit en vous. Parce que s'il ne tenait pas à vous, je ne doute pas qu'il n'aurait aucun scrupule à vous jeter dans leurs gueules, conclut-il en désignant la mine patibulaire de l'ours. Flatter les deux parties, accorder à chacune la raison, et trouver la voie du milieu... Une des règles de base de la diplomatie. L'intervention du moine produisit son effet. Les yeux du jeune gardien se remplirent de fierté et de reconnaissance envers son collègue. Ce dernier par contre affichait une grimace sceptique. Son âge et son expérience d'une vie confrontée aux débuts de la Grande Rage avaient probablement cimenté son cœur d'une couche de désenchantement. Il ne se laissait plus facilement abuser par de belles paroles. Toutefois, il respectait le moine à la toge verte : il avait enfin cloué le bec à son collègue. Rien que pour cela, il lui retourna un sourire reconnaissant. Le moine se retourna vers l'ours et le regarda d'un air impérial. Il n'avait pas peur des animaux. Dü le protégeait grâce à son dévouement total à l'Église du'unigue. Et si par malheur il se faisait tuer par une bête sauvage, il partirait en martyr et jouirait de toutes les grâces dans le monde des anges. — Tu n'as pas l'air bien dangereux en fait, s'adressa-t-il à l'ours en s'approchant des barreaux.
L'animal, qui semblait jusqu'alors dans un état comateux, se jeta en une fraction de seconde sur la paroi métallique. Ses crocs manquèrent d'attraper la longue manche du moine dont le tissu débordait dans l'enclos. Heureusement, il avait reculé à temps. Maintenant, l'ours semblait être la proie d'une colère hystérique et frappait le sol de ses lourdes pattes en faisant voler un nuage de poussière. Son hurlement fit frissonner le moine. Dire que deux secondes plus tôt, il se croyait au-dessus de tout. L'ours venait de lui rappeler que, sans cette cage, il n'aurait fait qu'une bouchée de lui. — Méfie-toi toujours de l'animal, se fit entendre la voix du Guide qui arrivait derrière le moine. Une bête peut sembler dormir ou se soumettre, quand soudain le Mal s'empare d'elle pour vous dévorer vivant. Ce n'est pas un hasard si, dans le mot « animal », nous entendons « animé par le Mal ». Dü nous a confié la mission de faire régner la paix dans ce monde, et si ces créatures ne veulent pas y entendre raison... Hé bien... qu'elles meurent. Le Guide adressa un signe de la tête aux gardiens et ceux-ci ouvrirent la porte, celle qui menait vers l'arène. Au début réticent à sortir, quelques coups de trident finirent de jeter l'ours hors de l'enclos. Dehors, on entendit la foule acclamer l'entrée de l'animal. — Venez Ma'ad. Je n'ai pas envie de rater ça. Le moine suivit son maître et grimpa les escaliers qui les menaient vers les tribunes officielles. Ma'ad s'étonnait toujours de voir une foule aussi nombreuse. Pour rien au monde, le peuple ne raterait la mise à mort héroïque d'un animal, surtout quand ces spectacles se faisaient plus rares. Les plus gros animaux sauvages fuyaient les villes et les capturer exigeait une expédition de plusieurs jours. Au centre de l'arène, un homme faisait face à l'ours. Il était entièrement dévêtu. L'absence de tissu s'avérait sans doute appréciable par cette chaleur, mais la nudité avait surtout pour but de donner au combat un aspect plus primitif et spectaculaire : l'homme, l'être parfait, dans son plus simple élément, affrontant par sa seule intelligence les forces cruelles et sauvages de la Nature... Voici à quoi ressemblerait sans doute la réclame. Le héros du jour n'était armé que d'un simple couteau et se mettait en position de combat, bien campé sur ses jambes légèrement fléchies, prêt à bondir. L'ours, quant à lui, semblait stressé par les cris de la foule : il s'agitait sur place, nerveusement, balançant sa tête de droite à gauche tout en laissant couler un filet de bave de sa gueule ballante. Le chasseur affichait une certaine appréhension devant l'attitude pitoyable de la « féroce » créature. Si l'animal ne se décidait pas à attaquer, l'ours lui mâcherait le travail de mise à mort et le spectacle passerait pour truqué : aucune gloire en somme ; du beau gâchis. Les deux ecclésiastiques prirent place dans leurs confortables fauteuils revêtus de velours rouge. Ils étaient seuls dans leur loge et cela convenait très bien au Guide qui devait parler au moine en toute discrétion. — Merci d'être venu si vite, mon cher Ma'ad. — J'ai accouru dès que j'ai reçu votre lettre, mon maître, lui répondit le moine en montrant l'enveloppe cachetée d'un sceau de cire rouge, représentant un V enlacé d'un serpent. — J'irai droit au but : j'ai une mission pour vous. Les yeux de Ma'ad se mirent à briller : sa première mission, enfin ! Il venait de finir ses études et ne demandait désormais qu'à faire ses preuves. De plus, son maître était une personnalité hautement placée dans la hiérarchie ecclésiastique. La mission qu'il s'apprêtait à confier au novice devait être importante. Ma'ad trépignait d'impatience, mais se retint bien de le montrer : ce serait vu comme un signe de faiblesse. Il se contenta alors d'incliner légèrement sa tête en avant, en toute humilité. — Je vous remercie pour la confiance dont vous me faites l'honneur, lui répondit Ma'ad de sa voix douce. Trois coups retentirent à leur porte. Le Guide fit signe à son disciple d'observer le silence et autorisa
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