//img.uscri.be/pth/0a760cdf5111d987e6e86b5337e23c9449211049
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'HOMME AUX MILLE MÉSAVENTURES

De
652 pages
Ce grand roman picaresque européen, paru à Athènes en 1839, est la fiction la plus ambitieuse des débuts de la littérature grecque moderne. Le héros, ou plutôt l'antihéros, Alexandre Favinis, Grec de Constantinople mâtiné de Français, nous entraîne sur un rythme endiablé à travers les principautés danubiennes, la Russie, la Turquie, l'Italie, la France et l'Angleterre au gré de ses bonnes fortunes et de ses mésaventures.
Voir plus Voir moins

'O 11oXincae1iç
L'homme aux mille mésaventures
Texte établi, traduit et annoté
par Henri Tonnet Collection "Etudes grecques"
dirigée par Renée-Paule Debaisieux
[réédition, — Edmond ABOUT, La Grèce contemporaine, 1854
présentée et annotée par J. Tucoo-Chala] - 304p.
Problèmes d'identité dans la prose grecque - Venetia BALTA,
contemporaine de la migration - 234p.
— Paul CALLIGAS,
Thanos Vlécas [Traduit, présenté et annoté par M.P.
Masson-Vincourt] - 320 p.
En ouvrages bilingues : textes traduits, présentés et annotés par
MariePaule Masson-Vincourt :
Des Prisons - 112p.
Réflexions historiographiques - 174p.
Voyage à Syros, à Smyrne et à Constantinople - 222 p.
Dans l'obscurité et autres - Constantin CHATZOPOULOS,
[Nouvelles traduites par C. Barland-Albouy, R.P. nouvelles
Debaisieux, Y. Gineste, P. Jacquemin, A. Martin, Ch. Perromat, Ch.
Vita] - 90p.
—Joëlle DALÈGRE, La Thrace grecque, populations et territoire
— Renée-Paule DEBAISIEUX,
Le Décadentisme grec (1894-1912) - 272p.
Le Décadentisme grec, une esthétique de la déformation
186p.
- Ioannis KONDYLAKIS, Patoukhas [Traduit, présenté et annoté
par Vassiliki et Pierre Coavoux] - 206p.
—Marie-Paule MASSON-VINCOURT, Paul Calligas (1814-1896)
et la fondation de l'Etat grec - 658 p.
—Charles-Sigisbert SONNINI, Voyage en Grèce et en Turquie
[Présenté et annoté par Patrice Brun] - 253 p. (1801)
—Henri TONNET, Histoire du roman grec, des origines à
1960304p.
— Irini TSAMADOU-JACOBERGER,Le nom en grec moderne,
Marqueurs et opérations de détermination - 336p.
Introduction à la poésie de Georges Séféris [Traduit - Mario VITTI,
du gre,c]- 256p.
© L'Harmattan, 2000
ISBN : 2-7384-9593-1 Grégoire Palaiologue
`0 TIo2t..intaeiiç
L'homme aux mille mésaventures
Texte établi, traduit et annoté
par Henri Tonner
Le financement a été rendu possible grâce au concours du
Ministère de la Culture de la Grèce
Editions L'Harmattan L'Harmattan INC
5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 55, rue Saint Jacques
75005 Paris Montréal (Qc) Canada H2Y
Du même auteur :
Paris, Klincksieck, Manuel d'accentuation grecque moderne,
1984
Recherches sur Arrien. Sa personnalité et ses écrits atticistes,
Amsterdam, Hakkert, 1988
Paris, Histoire du grec moderne. La formation d'une langue,
Icrropia rnç Néaç L'Asiathèque, 1993 (trad. grecque sous le titre
E),Ânvixiiç lilcbaaa;-. H btaktôpcpcocM rnç, Athènes, Papadimas,
1995)
Paris, Histoire du roman grec des origines à 1960,
ICITOeia TOU l'Harmattan, 1996 (trad. grecque sous le titre
E)171/1,1iall mvOto -ropnyaroç cur6 rnv ctexcaôrnza Wei criecepa,
Athènes, Patakis, à paraître)
Méthode de grec, 2 (en collaboration avec Georges Galanes),
volumes, Paris, L'Asiathèque, 1995-1996 INTRODUCTION 1
à Marc, qui est toujours avec nous
1. Grégoire Palaiologue. Sa vie (1794- 1844)
Etablir, aussi précisément que possible, les circonstances
de la vie de l'auteur est une tâche s'imposant tout
particulièrement pour une oeuvre comme l'Homme aux mille
mésaventures (désormais H.m.m.) qui est manifestement une
autobiographie transposée et une oeuvre à clefs.
Malheureusement, si les mésaventures de Voltaire à la cour se
reflètent assez bien pour nous dans Zadig, il n'en est pas de
même pour les rapports entre la vie de Grégoire Palaiologue —
c'est ainsi qu'il orthographie son nom dans un de ses livres
écrit en française — et son oeuvre. Les documents relatifs à la
vie de G. P. ont été réunis par Alkis Angélou 3. Ils constituent la
base de cette courte biographie que nous complétons par
quelques hypothèses et plusieurs détails tirés de l'ceuvre
ellemême, permettant en particulier de préciser la période
française de la vie de notre auteur.
Grégoire Palaiologue naquit à la fin du XVI1Ie siècle, en
1794 selon Alkis Angélou4, ou peut-être en 1793 5, à
1Je tiens à remercier chaleureusement ici tous ceux qui m'ont aidé dans
cette édition, en ire fournissant des renseignements précieux dans des
domaines que j'ignore, en premier lieu le Pr. Matei Cazacu pour ce qui
concerne les familles phanariotes de Roumanie, le Pr. Johann Strauss et
Faruk Bilici pour les realia ottomans, monsieur Claude Savard pour
l'histoire de l'église catholique au XIXe siècle et, bien sûr, Eliane
Tonnet-Lacroix pour tout ce qui concerne la littérature française.
2Esquisses des mœurs turques [...] par Grégoire Palaiologue, Paris 1827.
kerryoeCou 11akmok6you, 'O Zcoyoétcpoç, NeoeX?divixii Bi(i) io6iixn,
Ke.)010( xcd 'Elévng Meetvn, Athènes, 1989, pp.22-23.
4Ce renseignement peut se tirer de la nécrologie de G.P. dans le journal
A vaitevcpcoutg, Constantinople 12.4.1844. Au moment de sa mort, il
avait cinquante ans.
5Cette date se déduit d'une liste des Grecs résidant à Paris en 1828 où Constantinople. Son père, qui devait appartenir à une bonne
famille phanariote, était « chargé d'affaires (kapu-kehaïa)
de l'hospodar (-=`Flycp.ci)v) de Valachie auprès de la Porte
Ottomane » 1. Cette précision nous permet d'identifier la
famille de notre auteur avec celle des Gulianà 2, Grecs de
Constantinople, dont un des membres, dignitaire moldave,
portait le prénom de Palaiologos que ses descendants prirent
ensuite comme nom de famille. Un grand armas, nommé grand
ispravnic de la frontière en 1739 est cité plusieurs fois dans les
Ephémérides Daces de Dapontès sous le nom de IlaXcaoX6 -yoç.
Son fils Thomas, qui fut kapu-kehaïa, mourut en 1753 et ne
peut être le père de notre auteur. Grégoire Gulianô Palaiologue
est stolnic (=sénéchal) de Valachie en 1797, sous le règne
d'Alexandre Hypsilantis. Bien que notre Grégoire Palaiologue
semble lui être apparenté, je ne suis pas en mesure de préciser
comment.
Dans ses Esquisses des moeurs turques (1827), G.P. indique
nettement qu'il a vécu toute son enfance et sa jeunesse à
Constantinople et qu'il connaissait le turc 3. On trouve dans
l'H.m.m de nombreuses indications prouvant la familiarité de
G.P. avec la topographie de Constantinople, les Eaux douces
d'Europe (Keat ha na, 1.209), Psomathia, le jardin des
G.P. est mentionné comme âgé de 35 ans (Eléni Koukkou, Jean
Capodistria. L'homme - le diplomate [liocivvriç Kcuroôicrieag.. '0
àleporrog - ô 6ilaw it.térng, 2e éd. 19841, p.388).
1Revue encyclopédique, 36, 1827, pp.759-761. G.P. fait allusion à cette
charge occupée par un Postelnik en H.m.m. 1.108 : ô eÔuxôg !un)
flootékvuxoç rixe ileivet, etg Kwvotavrivoie -cokiv, d eni -t9onoç toi)
`11yeuôvog.
2Tous les détails concernant la famille Gulianè Palaiologue m'ont été
très aimablement communiqués par le Pr. Matéi Cazacu.
3 Esquisses, p. VII, « Né et élevé dans la capitale de la Turquie, y ayant
passé presque toute ma jeunesse, connaissant la langue du pays ... »
Dans son traité d'agriculture G.P. a fréquemment recours à des mots
turcs pour désigner des substances ou des végétaux que les termes grecs
savants ne permettent pas d'identifier avec assez de précision
(vinectég= amidon, xecbuot Tub [LEVEÉ = violet clair, xutor oewet =
belle de nuit, cpoukp.nctxào, = clématite). A la fin de sa vie, il travaillera
dans l'administration ottomane (cf. infra).
8 Mnimatakia (1.34) etc. Il a très probablement eu une carrière
scolaire comparable à celle d'Alexandre Favinis, classes
primaires auprès du curé de sa paroisse, enseignement
secondaire chez un helléniste, comme le Philarète mentionné
dans l'H.m.m, puis dans un établissement d'enseignement
collectif plus important, l'Académie patriarcale. Il semble
qu'il ait appris très tôt le français, langue qu'il utilise dans sa
correspondance et dans laquelle il a écrit ses Esquisses des
moeurs turques. 1 Son niveau de compétence n'est cependant pas
de nature à faire supposer qu'on parlait cette langue dans sa
famille2 .
Durant cette première partie de sa vie, qui n'est pas
documentée, il me semble qu'il a dû faire avec son père des
séjours en Valachie. Cela a pu avoir lieu entre 1812 et 1818,
sous le règne de Ioannis Karatzas (Joan Gh. Caragea) auquel
Palaiologue dédiera l'H.m.m. Notre auteur est très au fait de
l'étiquette et des moeurs de la cour princière de Bucarest 3. I1
montre aussi, dans son traité d'agriculture (désormais Agric.)
et ailleurs 4, un intérêt tout particulier pour l'agriculture de
Valachie-Moldavie. Et nous savons, par une lettre qu'il
1La comparaison du français impeccable des Esquisses (1827) avec la
langue spontanée de sa correspondance, en 1824, montre, soit que G.P.
avait fait d'énormes progrès en trois ans, soit, plus probablement, que le
texte des Esquisses a été très soigneusement revu par un Français.Voici
un échantillon du français écrit de G.P. : « je rre proposais de rester en
Angleterre pour ne perfectuer dans la langue Anglois j'etais
embarassé quoi faire ... je pourrai me profitter en meme temps mieux à la
cause de l'étude. »
2Bien que le père de Favinis soit d'origine française et ait exercé le
métier d'interprète à l'Ambassade de France, le héros de l'H.m.m. est
élevé en grec et doit apprendre le français auprès d'un prêtre catholique
(1.28).
3Cf. H.m.m., livre II, chap.l.
4Cf. 1.105: « Les gens bien nés de Dacie sont en général
propriétaires de grands domaines, bien qu'ils soient peu nombreux à
s'adonner à l'amélioration de leurs terres ». G.M. connaissait des
agriculteurs en Bessarabie et en Valachie-Moldavie auxquels il se
ropose, en 1828, d'envoyer son livre sur la pomme de terre (p.39).
Même chosepour Agric., de 1833, p.199 : nueeiv oirywujtjta bau
buctôo0 -ii eiç Blaxiav, Mabautav
9 adressa le 26 décembre 1824 à sir John Bowring, 1 secrétaire du
Comité Philhellénique de Londres, que sa famille avait des
propriétés en Valachie. On peut formuler l'hypothèse
qu'avant même le début de son voyage de formation en Europe
— âgé de vingt-sept ans, il n'était plus alors un tout jeune
homme — il se destinait à la gestion de propriétés agricoles
familiales en Valachie.
Le déclenchement de l'insurrection grecque, en 1821, et
l'échec du mouvement d'Hypsilantis, qui marque la fin de la
prépondérance grecque en Roumanie 2, détermine une nouvelle
orientation de sa vie. Les propriétés roumaines de G.P. sont
confisquées. 3 Il ne peut peut même pas les vendre pour en tirer
de quoi payer ses études. Ce premier retournement de la fortune
est déjà une mésaventure digne de celles de Favinis. Il entame
alors une longue période de formation tardive qui va l'amener
à visiter des exploitations agricoles dans toute l'Europe du
nord. En 1827, dans un esprit philhellénique qui déforme
sûrement un peu la réalité, il prétendra que l'unique but de ce
voyage d'études était patriotique ; il se proposait, dit-il, de
un « chercher les connaissances utiles qui puissent [le] mettre
en état de [s'] acquitter d'un devoir que la faiblesse de [sa] jour
constitution ne [lui] a pas permis de remplir » 4. Nous ne savons
pas comment il finança ce long voyage de près de dix ans. I 1
semble avoir vécu d'expédients, comme Alexandre Favinis.
1Lettre en anglais du 26 déc. 1824, citée en entier dans l'étude de M. H.
Hadziioannou, Mv))/low 9, 1984.
2Cf. H.m.m. 2.251. Stéphanos est emprisonné et ses biens confisqués.
Hypsilantis, vaincu en juillet 1821, passa en Autriche où Metternich le
fit emprisonner. Ce fut la fin du régime phanariote dans les
Principautés. A partir de 1829 les hospodars sont élus par les boyards
roumains.
intention in coming to 3Cf. lettre à sir Bowring, citat. supra : «My
England [...] was to ask the assistance of this governrnent for
recovering my possessions in Valachia. »
4Esquisses, p.VII. A peu de choses près, le rria -r' e texte est repris dans
l'introduction d'Agric. : uetéBriv ers TirV Ei)e6MT1V Ôtà. vàLaBco 'Cà;
là.vayxod,ag yvd)oet; - enr oxon(1) và ibuvuOCo' play riuéeav và yivu) (1xpéktuoç
el; Toi); ÈkeuOéeoug ouultaTeubtag ,to)) (pa0 ).
10 C'est ainsi qu'on l'aperçoit en 1824, en Angleterre, cherchant à
donner des leçons de grec moderne à Cambridge et ne trouvant
qu'un seul élève, puis traduisant, à l'instigation du
philhellène T.S. Hughes, dans un anglais rudimentaire,
corrigé par la suite, une pièce grecque inédite qu'il cherche à
vendre aux amis de la Grèce. Peut-être T.S. Hughes, comme le
milord dont Favinis traduisait les Mémoires, faisait-il
semblant de ne pas voir les fautes d'anglais de G.P. (H.m.m.
2.82).
Selon un ordre et une chronologie dont le détail nous
échapper, G.P. réside plus ou moins longtemps en Angleterre,
en Allemagne2, en Suisse et en France. Sur son séjour en
Angleterre nous avons plusieurs témoignages. G.P. nous dit
incidemment, en Agric. 1.303, s'être entretenu avec in
propriétaire d'exploitation agricole anglaisa. Il se trouvait en
Angleterre en 1824, puisqu'il publie à cette date à Cambridge
une traduction en anglais de la tragédie en quatre actes de
Nicolas Piccolos, La Mort de Démosthène. Les archives de
Grèce conservent deux lettres de la fin 1824, l'une en mauvais
français et l'autre en anglais médiocre, envoyées de
Cambridge à sir John Bowring à Londres. En 1833, notre auteur
continuait à pratiquer l'anglais en lisant la presse
britannique4 .
Nous apprenons également que G.P. a séjourné en Saxe
(Agric. 1.292) et dans la ferme modèle du Wurtemberg dirigée
par un certain Schwartz (E(3Éetog ?) (ibid. 1.259) ; il a aussi
1Par exemple, G.P. indique vaguement dans Agric. 1.54, qu'il « visita de
nombreuses fermes dans divers pays » [1tokIag ayeotxiaç bicapéecov
iffinov LiteoxécpOnv].
2G.P. ne parle pas, dans son traité sur la culture de la pomme de terre de
« séjours » en Angleterre et en Allemagne mais seulement d'un
« voyage » : n ers 'Ayykiev xai Feejtaviav neetil ynaiç [tau. Malgré tout,
G.P. a dû rester au moins six mois en Allemagne, car il avoue n'avoir
durant ce temps mangé le soir que des pommes de terre [°E4 utivag ci; tily
reeaaviav Sèv èôeinvitct Itaeà aine , là wayi], Pomme de t., p.49.
3Nag xnntaTiaç 'Ayykog ekeyev...
4Agric. 1.33: avéyvtooet èoxentog ci; jtiav ètyykixilv écp -reteeiba...
11 connu des agriculteurs suissesl. On remarque que G.P. ne visite
pas les pays méditerranéens, où pourtant les conditions de
l'agriculture sont semblables à celles de la Grèce, — mais
s'intéresse-t-il alors en priorité à la Grèce ? — et qu'il s'occupe
déjà des fermes modèles où l'on s'efforce de dépasser les
préjugés du savoir paysan empirique. Tout cela s'accorde bien
avec la philosophie des Lumières dont Palaiologue s'est
imprégné définitivement durant sa période « phanariote ».
L'itinéraire de G.P. s'éclaire pour nous à partir de 1825
et de la création à Paris de la Société philanthropique en
faveur des Grecs. Cette société prend en charge ses études et
semble le « programmer » pour devenir le premier agronome
de la Grèce indépendante. Il obtient une bourse pour suivre
pendant deux anse les cours de ce qui est alors la meilleure
école agronomique de France, la ferme de Roville, près de
Nancy, dirigée par l'illustre Mathieu de Dombasle
(17771843). Ces deux années de séjour régulier doivent se situer en
18253 et 1826. Toujours est-il que lorsque G.P. publie les
Esquisses des moeurs turques en 1827, il dit avoir terminé ses
études4 et n'est pas encore parti pour la Grèce. Les deux années
passées à Roville seront essentielles pour l'agronome
Palaiologue. Il citera contamment Mathieu de Dombasle e t
l'imitera de toutes les façons. Il lui doit par exemple son
libid. 1.205 : Evag `EX3etôs tbv Ô3101,011 èmbeinn...
2 Pomme de t., p.9 : il &mei; burteLf311 1101) els te, ymeyix6v xonewiNta,
101 TOt3i7.,Xt011
3lbid, p.29 : Eiba xatà. rois 1825 ers tb »Cada -MM roi) Pof3L7,,Xtou toi
Kueiou Aojtee.ou... Dans son traité d'agriculture (1833) G.P. précise
que la ferme modèle existait alors depuis huit ans.
4 Esquisses, (1827) : « ayant fini ires études ... » Dans son livre Jean
Capodistria. L'homme - le diplomate Plweivvriç Kazo&crituag. '0
AvOptoirog - ô butiltonetru;,r éd. 1984], p. 404, Eléni Koukkou, cite une
lettre du comte de Lasteyrie à Capodistria, datant du 10 juin 1829, où le
séjour de G.P. auprès de Mathieu de Dombasle est présenté (n'urne
achevé : « Le Comité n'a eu qu'à s'applaudir de la conduite et des
progrès [...] de Paléologue qui avait eté placé chez Mr Mathieu de
Dombasle pour étudier l'agriculture. Il serait à désirer qu'il retournât
dans sa patrie et que le Gouvernement le mît à la tête d'une ferme
expérimentale. »
12 engouement pour la betterave à sucre et pour la charrue
anglaise modernisée qu'il importera en Grèce. 11 lui doit
surtout l'idée de vulgariser la science agronomique auprès des
paysans en mettant à leur disposition gratuitement des
ouvrages écrits en langue simple, comme son opuscule sur 1 a
culture de la pomme de terre (1828) 1. La revue à contenu
agricole, Triptolème, qu'il fondera à Nauplie en 1833 est, dans
son principe, une imitation des Annales agricoles de Roville
(1824-1837).
C'est probablement au terme de sa scolarité à Roville
que G.P. a ses premiers contacts féconds d'agronome avec
l'agriculture méditerranéenne, et en particulier la viticulture
sur laquelle il écrira plus tard. Il dit avoir vu en France des
vignes plantées « sur de hautes montagnes difficilement
accessibles » 2. Cela ne peut guère être que dans le sud-est ou en
Corse. Or justement Palaiologue nous dit avoir séjourné, en
18293 et 1830, dans les propriétés corses du Général Comte
Pozzo di Borgo, ambassadeur de Russie en France 4. Un peu
auparavant, en 1828, il a commencé sa carrière de
vulgarisateur agricole en publiant à Paris, chez Didot, aux
frais des philhellènes français 5, un ouvrage sur la culture de la
1L'intérêt de C.P. pour lade terre rencontre une préoccupation
de Capodistria qui, dès 18P2°171,7rit : « Ne serait-il pas sage de porter
cette population à adopter enfin la nourriture de la pomme de terre »
(Lettre de Capodistria a Pictet-Cazenove 11/23 nov. 1827, citéepar M.
Bouvier-Bron, Jean-Gabriel Eynard (1775-1863) et le philhellénisme
genevois, 1963, p.51).
2Agric. 1.314: etba eiç trrv fakkiav ùwrékoug etç iyek&tato, xai
8lja(3o:ra Povv(i.
3Cette date est confirmée par la lettre du Président du Comité parisien à
Capodistria datée du 10 juin 1829 (citée par Eléni Koukkou,
Capodistria, p.48) : « on dit qu il est en Corse ».
4Cet Ambassadeur était lié à Capodistria, à Eynard et au Comité
français. Au moment où, en 1829, Capodistria cherche à emprunter de
l'argent, Pozzo di Borgo sert de truchement entre Eynard et le ministère
français de Polignac ; mais il refuse de faire un prêt au nom de la Russie,
ou en son propre mm (Michelle Bouvier-Bron, p.56-69). Allusion à ce
séjour dans Agric. 2.288: Et; i1w KééeoLxav xavi 111v exei bicureifrrlv uov .
511 faudrait élucider les rapports entre G.P. et le Comité français. Est-ce
13 pomme de terre. Il est désormais un personnage relativement
important, « membre correspondant des Sociétés d'agriculture
et d'horticulture » de Parisl.
2 le nomme, en C'est tout naturellement que Capodristria
1829, « éphore des propriétés nationales 3 et directeur de la
ferme modèle de Tirynthe ». Le financement de l'opération est
assuré en grande partie par le philhellène genevois
JeanGabriel Eynard 4 en liaison avec la Société philanthropique en
et le Gouvemeur 5 qui, dans les débuts du faveur des Grecs
moins, indique dans sa correspondance qu'il est satisfait de
Palaiologue. Le retour de G.P. en Grèce est sûrement postérieur
au 8 septembre 1829, car à cette date une lettre du comte de
Lasteyrie indique son départ pour la Grèce comme imminent.
Le Comité français devait lui confier des instruments
agricoles, des échantillons de semences et 1200 francs 6 .
Ce n'est pas le lieu ici de présenter toute l'activité
foisonnante de G.P. de 1830 à 1832, période où il dirigea
l'établissement de Tirynthe ; on en trouvera le détail dans
dans ce cadre qu'il a connu le Lieutenant Général Alexandre Lameth
qui, selon la dedicace qu'il lui consacre dans les Esquisses « avait été
un des plus zélés et des plus constants défenseurs de notre sainte
cause » ?
1Si l'on excepte les références professionnelles à l'agriculture française
et les lieux communs littéraires sur la superficialité des Français, la
légèreté des actrices et les duels, G.P. ne donne que peu de témoignages
vecus sur la France ; cf. cependant dans Agric. 1.332 les détails sur les
attelages de chiens à Paris et, en 2.173, sur le petit déjeuner des Français
à base de radis et de beurre frais.
2Dans son traité sur la Inn ne de terre, G.P. fait un éloge appuyé du
Gouverneur qui est qualifié de « chef vertueux, patriote, expenmenté »
[à@xnyciv èveceetov, cptXonectet6a, 'è'f.trceceovl.
3Il s'agit des anciens avoirs turcs en Morée.
4 Sur Eynard, lire E. Chapuisat, Jean-Gabriel Eynard et son temps
(1775-1863), Genève 1952 et Michelle Bouvier-Bron, op. cit. Il apparaît
dans cette dernière étude qu'Eynard faisait la liaison entre le comité de
Genève et celui de Paris auquel il appartenait é,3alement. L'affaire de
l'école d'agriculture de Tirynthe est évoquée rapic..ement, ibid., p.52.
5L'amitié des deux hommes date de l'époque du Congrès de Vienne
(1814-1815).
6Voir l'ouvrage d'Eléni Koukkou sur Capodistria cité plus haut, p. 316
et p.406, (avec la lettre de Lasteyrie contenant ces renseignements).
14 L'Histoire de l'agriculture grecque de Dimitris L. Zographosl.
Entre autres initiatives généreuses, comme la création d'un
orphelinat, Palaiologue, accueille, en décembre 1830, sur les
terres dont il est responsable deux cents familles de réfugiés de
Crète. Les circonstances dans lesquelles il fut amené à
démissionner ne sont pas très claires 2. Du vivant de
Capodistria, la gestion financière de G.P. fut mise en cause. En
mars 1831, on désigna une commission pour examiner ses
comptes et on lui adjoignit un économe, Dimitris Ampélas.
Après l'assassinat du Gouverneur, en octobre 1831, Palaiologue
fut confirmé dans ses fonctions par la commission présidée par
Coundouriotis. Durant l'année 1831, G.P. collabore à la revue
Athina sur des sujets d'économie domestique.
On retrouve Palaiologue, en août 1832, comme Candide
ou Favinis, son héros, en train de cultiver son jardin, au propre
cette fois, à Angelokipi (Ampelokipi ?) près d'Athènes 3. Il y
est encore, en 1835, quand il fait paraître le deuxième volume
de son traité d'agriculture.
Pour ce jeune retraité d'à peine quarante ans, la période
allant de 1832 à 1840 est celle des bilans et de l'écriture. I 1
reprend la substance des cours de Roville et de son expérience
de Tirynthe dans son grand traité d'Agriculture et d'économie
domestique (deux volumes 1833-1835). 11 poursuit la
publication d'opuscules sur la vigne, le chanvre (1836), le ver à
soie (1838) etc. Et il occupe divers postes officiels de second
plan. Il est, en 1833, employé au secrétariat du Ministère de
l'Intérieur et, en 1837, secrétaire à la Commission pour
llaropia rfig yccopylag ., 1921-1924, en particulier, p.311-367.
2Dans l'introduction d'Agric. il parle de « contrariétés provenant de
personnes malintentionnées de l'entourage » de Capodistra [baie) geoug
tant neet 16V ptaxaettiv KteeevIrtiv taooxâXwv ?rrequov truocteeoxetat]
qui l'auraient contraint à la démission. Il est aussi évident que les
adversaires du Gouverneur devaient lui faire la guerre. On aperçoit un
écho de cette hostilité dans L'Exilé de 1831 (1835) d'Alexandre
Soutsos, pp. 169 et 193-194 de l'édition Droulia, Fondation Ouranis,
1994, où 1 on ironise sur les frondaisons de Tirynthe, sur les légumes
qui y poussent hiver comme été et sur l'éditeur de la revue Triptolemos.
3Agric. 2, 'Exantéeynoa elg roi); 'Arekoxfilroug I(70 - V 'AOnvc-ùv yeé
15
l'Encouragement de l'Industrie nationale'. Surtout, il se lance
dans une forme de littérature autrement plus ambitieuse que
celle qu'il avait pratiquée jusqu'alors. Le vrai bilan de sa vie
(1839-est son grand roman, L'Homme aux mille mésaventures
1840), roman de formation et roman picaresque tout à la fois, où
il incorpore sous une forme satirique un part importante —
mais le plus souvent impossible à déterminer — de son
existence antérieure. Ce livre marque pour lui la fin d'une
période de sa vie — il n'y parle presque jamais d'agriculture
2— et peut-être un adieu à la Grèce indépendante — c'est ce que
me semble indiquer l'inquiétude apocalyptique de la fin de
l'oeuvre à propos de la situation de la Grèce en 1840 3 .
Les dernières armées de la vie de Palaiologue sont
obscures. En 1839, il est de retour dans sa ville natale 4, où i 1
travaille à l'Ambassade de Grèce. C'est là qu'Alexandre Rizos
Rangavis5 le rencontra. L'année suivante, il annonce 1 a
parution d'une pièce de théâtre comique Le Très Lettré
Diplomate et les instructions secrètes qui devait peut -être
présenter de façon satirique son passage à l'ambassade de
Grèce. Deux ans après, Le Peintre (1842), roman publié à
Constantinople, reprend, avec beaucoup moins de réussite, la
'Peintre, p.252-253 (éd.Angélou) : Ilov èymtvaoGriv et; cptkokoyiav
1.. .] ci; tfiv yeap.p.caeiciv teiiv 'EouiteetxCov, fl etç tfiv Tact tfig èluinuoliouog
tris È0vuxfig f3tomixaviciç 'Eniteonfiv; Les dates où il exerça ces fonctions
sont données par D.L. Zografos, op. cit.
211 reviendra pourtant sur le sujet en 1842 dans Le Peintre ch. 2, éd.
Angélou, Fondation Ouranis, pp. 42-43, où l'on trouve un éloge de
l'agriculture : « On néglige 1 agriculture qui a besoin d'hommes
intelligents pour se développer dans notre pays, où elle a été laissée à la
classe des paysans incultes, alors que dans d'autres pays elle est
l'occupation d'hommes savants et éclairés. [...] Consacre-toi à
l'agriculture ; je n'échangerais pas la vie calme et indépendante du
paysan contre des sièges ministeriels, des uniformes dorés ou même des
sceptres et des diadèmes. »
La Divine Providence va-t-elle abandonner la Grèce ? » H.m.m. 3«
2.288.
H.m.m. 1.53 : 40n a peut-être un écho de ce « retour aux sources » dans
et; tfiv Kcovotavtivolbtoktv, ami eixov êmoteévei, kixectcog...
5'Azopvnuovniyara, vol. 2, p.64.
16
formule de L'Homme aux mille mésaventures dans le contexte
de la Grèce indépendante cette fois.
A la fin de sa vie, G.P. semble être passé au service de
l'Empire Ottoman, pour lequel ce phanariote, qui paraît avoir
attendu beaucoup des Tanzimat (Réformes) 1, du sultan
AbdulMedjit, n'a jamais manifesté d'hostilité particulière 2. 11 se
serait occupé de moderniser les postes ottomanes 3. On peut
penser qu'il s'intéressait déjà à ce sujet dès 1843, époque où i 1
publia un manuel de Correspondance ('EniutoXe(eiov)
comportant des formules de lettres fictives pour diverses
circonstances et des indications très précises sur
l'affranchissement du courrier dans l'empire ottoman. Même
dans un genre aussi technique, Palaiologue n'oubliait pas sa
veine satirique. Certaines de ses lettres sont pleines d'humour
et reprennent la thématique de / 'H.m.m . 4 Grégoire
Palaiologue meurt en 1844.
1Voir, dans la note à 1.234 (a), l'éloge de la politique de progrès
d'Abdul Medjit : « Le Sultan Abdul Mediit, non seulement poursuit la
politique de progrès engagée par son pere, mais donne des exemples
méritant d'être imités par certaines des Puissances Européennes et
Chrétiennes. » Au moment où G.P. écrit cela, les Tanzimat qui mettent fin
théoriquement au statut inférieur des sujets chrétiens de l'Empire, sont
tout récents ou imminents (3 nov. 1839).
2Cf. par exemple H.m.m., 1.152: « Ce bateau était ottoman. Son
capitaine nous accueillit charitablement », et 1.234: « les Ottomans [...]
sont plus sincères en amitié et plus honnêtes en affaires que beaucoup
de nations chrétiennes ».
30n lit dans sa nécrologieparue dans le journal 'Avaitelopcoatç de
Constantinople (12/4/1844) : nacyyékOn &TM Tfiv touexixiiv
xuf3éQvncYt,v va ôeyawboi tà taxubeogta, xai, oUomotg ips èv Touextà ii
Tctxuabeotaxfig trneeoLag à(peikutat dg «Indy.
4G.P. donne un exemple de lettre de demande de renseignements sur un
monsieur d'âge mûr qui cherche à se marier, ce qui est supposé être la
situation de Favinis a la fin de sa vie (H.m.m., livre VI, chap.4). Dans
une autre lettre, un candidat au mariage ne souhaite pas qu'on lui
trouve un bas-bleu : « Je ne désire pas que mon épouse soit illettrée, mais
je ne veux pas ait des prétentions à un savoir encyclopédique,
car je n'ai pas 1 intention de la nommer directrice d'école »(p.52). C'est
aussi le point de vue de Stéphanos, l'ami de Favinis (H.m.m. livre VI
chap.3). Ailleurs, un prétendant à la main d'une veuve exprime son
impatience d'une façon comiquement ampoulée : « Respectant votre
deuil, j'ai supporté vos douleurs en silence. Mais trois ans déjà ont
17 2. Son oeuvre
1824. The Death of Demosthenes. A Tragedy In four Acts ; —
In prose. Translated from the Modem Greek By Gregorios
Palœologus of Constantinople iTuot Oàvarog rofi
zlnitoo -Oévovg, TeotyceLot et; 4 7teeteig.—Etg Tce6v.
MeracpectoOdoa éx tfiç NeocUrivt,xfig y)Aocmg in -tà fenyoeiou
IlakatoXàyou cof Éx Kurvaravrivointamç. Cambridge. Printed
for the Author; and sold by Richard Newby, Trinity-Street.
1827. Esquisses des moeurs turques au XIXe siècle ou scènes
populaires, usages religieux, cérémonies publiques, v i e
intérieure, habitudes sociales, idées politiques des
Mahométans, en forme de dialogues par Grégoire Palaiologue
né à Constantinople, Moutardier, Libraire, rue Gît-le-coeur n°4,
408 pp., Paris (traduit en hollandais, en 1829, et partiellement
en anglais dans The Oriental Herald, 43, juillet 117).
1828. To.invela ri); xaÂAteeyeiaç roi) yecopeov >cal, len'
cbcpautgorréporv cd)roi") eilcrecov nueà feilyoe(cw lictXcuoX6you
jtÉkoug àvrEJILOTÉU,0110g TCOV ÉN/ 11ClQ10i,o1Ç FECOeyixfig xat
geuroxopuxfig Traieciag, êx 'il; î royeacpiag Toi) EPLeitiV01/
A1156'1011 r*toLg ÉX600d0Ot Sultàvu tins °d'IO& clju) ,e7,,2,.rivt,xiig
`Etaieei,ag, Paris.
1833. Fecopyosii xai Oixtaxi) oixovogia irapà Fpnyopiov
év Ilaptatotç HaAatoÂôyov, ité1Lovç àvrezturéUovrog rcin
Fecopywilç xai Kniroxopoolç ércupEurw, 2 vol. de 358 et 374 pp.,
passé depuis le décès de votre époux et il est temps que vous ouvriez
votre coeur à de plus tendres sentiments » (p.58). On trouve même, dans
une des lettres, l'expression de l'hypocrisie la plus effrontée. Voici
comment s'exprime le candidat à la main d'une riche veuve d'âge avancé :
« Jusqu'à quand resterez-vous insensible aux soupirs de ceux qui
souhaitent jouir de vos charmes ? Ayez pitié de votre jeunesse et de
votre beauté ! »(p.63).
18
nParis. (Mme Farinou-Malamatari signale une éd. de 1833 à
Nauplie et une éd. athénienne en 1835).
1833. TpurTCUE1,10Ç, FEctieyixii xai otxtaxii oixovoi.tia, Nauplie.
1836. Heei aityre2..oveyiaç xai oivalrotraç 7rapà Fonyopiov
IlaÂatoylôyov .7reôç Affiutv ràiv yecopyffiv rflg TUabog xarà
Baotil.txnv Atarayiiv, Éx tes BaaiXixilç Twroyeacpiag, Athènes,
64 pp.
1836. IleQi xaUteoyeiag xai Jrapauxemlg rfiç xavval3ecoç,
Athènes.
1836. Ilegi xaÂilteoyeiaç rai) izrvocpôpov fujxorvoç xai rîjç
xaraaxeviiç roi) itnxcoviov (ôziov), Athènes.
1838. Tottivela lreoi àvareocpfiç rov ,tteraoctxclA,n,cog - xai
xaUteeyElaç riiç ticticiéaç, Athènes.
1838. Teunveia Irepi xaUtepyeiaç rt); ttnbtxfig, Athènes (sur 1 a
culture du citronnier).
1839. '0 IloAwraOtniç Jrapà Fpnyoplov IlaÂatoAôyov, èx
runoyeacpiag K. 'Avriovieiàou (`OSES `Eg!.teii âvui tfig
Kanvixaeéa;), deux vol. de 288 et 290 pp. (traduction et très
importants suppléments en turc écrit en caractères grecs
[xaectitavXibixal par Evangelinàs Misaïlidis en quatre volumes
sous le titre (sans signes diacritiques) Tolima« zlovvytà
zgapaxiap-ov .ee(paxeç. MiXem, aavi. KOUXOM Eamyyekivog
MiaariXierriabev tceXicp Unvaeax, xevbai) t.tatitaacinvbè plut
IotawroMot.1872 [Le Spectacle du monde ou 1 e
Tourmenté]. Une transcription en caractères latins a paru en
1986 par les soins de R.F. M Anhegger-Vedat Günyol, 620
pp ) . 1
lOn trouvera la bibliographie grecque et turque de ce texte curieux
dans Georges Kehayogrou, 00wpavocer atfluppaOtteva EAÂnvociç
19
1840. yloyto'n-aroç ôt70.copeanç xai ai yvarixai (56nyiat,
comédie dont la parution est annoncée dans le journal 'H Of/ mi
Le Peintre, du 2 mars 1840 mais qui, selon A. Angélou (intr.
p.18), ne fut pas publiée.
1842. Y) Zwyeacpog . ;mea fpny. Fla.lato/16yov, èx
riutoyeawiag 'H 'Ayaaii 'EX ris, deux vol. de 304 et 298 pp.,
Constantinople.
'Earturoylaptov flux ivrobeiyitara Stacp(Secov èzcaro/lcin , 1843.
-roativ, Ivyyevtxtov, Olitxdw, Ixerneicov, OtÂoçopovrtrixCov, Ila0n
FaynAitov, Ivyxapurneicov, Ileve4cwv, 1lapapv0ti1txcin,
Eincriptiov, TipocrxÂnrnokov, Xvararve&v, Ilapatvertx(rw xai
Ewropixio - v ràç àiravrtiortç nov. Ileôç rotirot;: Tvrcoc µé
AvatpopCiw irpàç Stacp6pov; 'Apzetç, Ivlicpcovtirtxciw,
`OpoÂoyui) v, EyxvxÀicov, Ileotwouvp,cpo'rnov, Atathixéi»,
NavÂoaviupownrixtin, Evotxkov, IlwAnrnpicov Euvraxeèv
intà F. IlaXatokôyou. Nous n'avons pu consulter à 1 a
Bibliothèque de l'INALCO que l'éd. athénienne de 1863, 149
pp, avec de « petites corrections de langue ». L'ouvrage est
dédié au Sultan et au Patriarche OEcuménique. D.L. Zografos
mentionne une édition constantinopolitaine à l'imprimerie I.
Lazaridis, en 1846 et deux autres éditions athéniennes chez
Andréas Koromilas, en 1856 et 1872. Mme G.
FarinouMalamatari signale une cinquième édition en 1851 de I.
Lazaridis et une deuxième éd. athénienne de 1865.
3. L'Homme aux mille mésaventures.
3.1 L'édition de 1839-1840
Le texte de L'Homme aux mille mésaventures [D
IloÂwraerM figure dans deux volumes, datés tous deux de 1839,
évrwrnç ar*ypacpiaç. An-ô rov Foyévto HaÂatoÂôyo ce.> rov
Evayyti.tve , MtoritÂiân in Alr6 rov Aéavôeo arov Aovxri Acipa,
Heraklion, 1997, pp.90.
20
portant le titre suivant : '0 llokwraOilç Itaeà feireioro
flakaio),6you, tni.tog nedirog (et naturellement TO!.tog ÔEineeog
dans le second volume). 'Ev tris tutoyeacpiug K.
'Avuovui&n, COM; 'Eo.toù è'tvco tris Kcavt,xueéag), 1839. Bien
que le second volume soit aussi daté de 1839, tout porte à croire
qu'il a paru l'année suivante. A la fin du texte, après avoir
exprimé des inquiétudes concernant les catastrophes annoncées
pour l'année 1840, le héros-narrateur marque son soulagement :
« Nous sommes maintenant à la fin de 39, [...] 22 décembre. On
a découvert des sociétés secrètes. [...] La Divine Providence
vat-elle donc abandonner la Grèce ? ... Je tremble ! ... Mille huit
cent quarante. Non, elle ne l'a pas abandonnée. » Ces
indications du texte sont confirmées par les articles parus dans
les journaux et revues à cette époque. Ils montrent nettement que
seul le premier volume fut publié à la fin de 1839. Le 16
décembre 1839, Palaiologue annonce dans le journal Athéna que
le premier volume est imprimé et qu'il sera vendu pour les
fêtes de fin d'années. La première critique anonyme qui paraît
dans le même journal, le 20 janvier 1840, indique bien qu'au
moment de sa rédaction le deuxième volume n'est pas encore
sorti : « Quand nous verrons le second volume nous tenterons une
analyse plus méthodique et plus étendue de cet ouvrage » 2. En
revanche, en fin février 1840, le second volume à sûrement été
publié, car l'auteur de la critique ironique parue dans L'Ami du
peuple [V Oidloç rab Aaol, le 27 février, parle du « double
produit dont l'esprit de G. P. a accouché » 3. Le second volume a
dû paraître entre fin janvier et fin février 1840.
Ce livre rare, dont on n'a jusqu'à présent repéré que trois
exemplaires4, se présente sous la forme de deux petits volumes
1Voir le texte de cet article parmi les " textes d'accompagnement " de
l'édition Hermis du lloylurraOriç, p.249.
2 Ibid. `Olav iMp.ev TM/ banEe0V T6t1OV 0ÉkOREV blieLel,0017 1
ii,COOSIXCOTée« xai êxteTailévriv ètvetkuatv toi) oureewatoç.
3lbid. p.251 : «Tô Utmlov voiraxerv ximeat toi) KM.»
4Alkis Angélou mentionne, p.12* de l'éd. Hennis, un exemplaire à la
Bibliothèque " Vikélas " d'Heraclion, un à la bibliothèque de PAcadémie
21 reliés, de 13 cm 50 x 9 cm, comptant 288 pp. et 301 pp.
réciproquement.
3.2 Les rééditions
Après un oubli totale, le premier roman de Grégoire
Palaiologue a été redécouvert et a fait l'objet de deux
rééditions en 1989. Il s'agit de l'édition de Manolis
2 et de celle d'Alkis Angélou chez Anagnostakis chez Néféli
. De l'aveu d'Alkis Angélou, l'édition Néféli est Hermis3
antérieure à la sienne. Elle a paru avant décembre 1989. Cette
première édition, soigneusement faite, procure le texte seul à
partir de l'exemplaire de la bibliothèque Vikélas
d'Heraclion. Elle est accompagnée d'extraits d'un texte relatif
L'édition d'Alkis Angélou a les à la vie de G.P. 4
caractéristiques d'un travail scientifique. Elle comprend, outre
le texte sans apparat critique, un tableau chronologique
de Roumanie et un autre à la Bibliothèque Interuniversitaire des
Langues Orientales, qui a servi à l'édition Hermis et à l'édition de
l'Harmattan ; ce dernier exemplaire a appartenu au professeur
Wladimir Brunet de Presle, fonds -Brunet n°1363, et porte la cote R VII
67.
I1 est caractéristique que les diverses histoires de la littérature grecque 1
moderne de Voutieridis, de Constantin Th. Dimaras, de Linos Politis et
de Mario Vitti, quand elles se réfèrent à Grégoire Palaiologue ne
[0 Zwyeacpog], 1842. Voutiéridis connaissent que son roman Le Peintre
Le Peintre qu'il considère comme un roman « injustement (p.335) cite
oublié » L. Politis ne mentionne pas G.P. Dimaras (p.328) ne parle que
Mais une réévaluation de l'auteur et de l'ceuvre est en cours. du Peintre.
Outre des articles précis, en particulier ceux de Mme G. Malamatari
Farinou, Mario Vitti, dans la troisième édition de son célèbre ouvrage
. ii0oypaçoiag, sur l'flOoyempie, 1.5e&Loytx» ilEtrovoyia nig alnvoirjg
1991, consacre, dans un nouveau chapitre sur l'état de la recherche en
1990, un développement pénétrant, p.150-151, au type d'ffloyempie non
I'H.m.m. réaliste pratiquée par Palaiologos dans
HohvtaBliç, éd. Néféli, coll. «`H 2Feir6etog IIakataôyog,
Itoyeacptx -ii [ta; meaboun», Athènes, 1989, 373 pp.
3Feinfôeto5 flakat,okàyoç, '0 PloÂvytaBilç, 'Ent.i.tékuu 'AyyÉkom,
éd. Hermis, coll. Néa Beao0fIxii, Athènes, décembre 1989,
269 pp.
4I1 s'agit de passages du livre de Démétrios L. Zografos sur l'histoire de
laropia rfig ;cap' yEareyoctiç l'éducation agricole en Grèce,
ixn-ou6efrrecoç, 1937.
22
synoptique « Grégoire Palaiologue et son époque », des
indications bibliographiques sur les éditions antérieures, une
très importante introduction de l'éditeur qui situe l'oeuvre dans
l'histoire du roman grec (« Le roman du roman grec moderne »
toi) veoeUtivixoi) iwOiotoeleiatogl, pp.13*-176*), e0 1,1AVT00
un court texte où je tente une première approche des sources
françaises du roman de G.P. [0i yak?1/4,ixèg èrnheàcreig (nen/
Ilokurta0r1 toi) Fe. lIctkoctoX6you, pp.177-186]. Le texte
comprend aussi comme « textes d'accompagnement », les
Athéna du 22 annonces du roman parues dans le journal
novembre et du 16 décembre 1839 et des jugements sur le livre
publiés dans Athéna du 20 janvier 1840, dans la revue
L'Ami du Eiipaeraïxôç éeavtartjg de 1840 et dans le journal
Peuple r0 cPiÂoç Acioil de février 1840, ainsi que la réponse
de Palaiologue dans les colonnes du même journal, le 11
décemble 1840. Le tout est complété par un très précieux
glossaire des mots difficiles. C'est pour cela que l'éd. Angélou,
bien que postérieure à celle d'Anagnostakis, est
incontestablement la première présentation philologique du texte.
Quand il y a concurrence entre les lectures de l'éd.
Anagnostakis (= Anag.) et celles de l'éd. Angélou (= Ang.),
c'est l'édition Ang. que nous mentionnons en premier.
3.2.1 Principes de l'édition Angélou
Comme pour son édition du second roman de Grégoire
Palaiologue, Le Peintre (1842) 1, A. Angélou a le plus souvent
respecté l'orthographe de l'édition de 1839-1840 (désormais
soit ed. pr.). Ce principe a le grand avantage editio princeps,
de nous procurer une impression de lecture équivalente à celle
de l'original. Cependant, appliquée sans discernement, cette
façon de faire aurait pour effet de conserver des fautes
typographiques et des incohérence orthographiques qui n'ont
pas été voulues par l'auteur. Cela se produit, rarement
Ilakatokôyog, '0 Zcoyek(pog, Neoekk-rntixii B1f3Xi.o011x11
"Ibenta K6)(Tra, xat 'aévng 0i,eàvn, Athènes, 1989.
23 cependant. C'est ainsi qu'on trouve, dans la même p. 24 de l'éd.
Hermis, deux orthographes différentes de l'aoriste du verbe
xeLxSico : Èxéèôtea, và xeefiow. La deuxième personne du
pluriel du présent du verbe " être " est orthographiée &tollé,
p.31 (=1.66) et doOciti, p.198 (=2.174).
En fait, on trouve dans cette édition des corrections
tacites — puisqu'il n'y a pas d'apparat critique — mais
parfaitement justifiées. Ainsi, p.19 et p.91, A. Angélou écrit
correctement Jtelei.CATa et It11i,ewl, alors que l'ed. pr. porte
Jtelli.l.tata et Inii,bcc. Palaiologue, ou son typographe,
confondent le plus souvent les adjectifs en -éog avec les
adjectifs en -etiog. A. Angélou rétablit avec raison les
orthographes correctes, par exemple, p.21, xeebakéov et, p.78,
éùJp.a) .É011ç pour xe@bakotiov et écoile.clioug de l'ed. pr.
Les modernisations de l'accentuation et de
l'orthographe sont, à mon sens, plus contestables. Il me semble
préférable, dans une édition de texte du XIXe siècle, de
conserver tous les accents graves, y compris ceux qui se trouvent
devant une ponctuation légère comme la virgule, car cela
correspond à la pratique constante des éditions de l'époque. I 1
faut aussi garder tous les iotas souscrits (et les restituer quand
e initiaux et ils manquent), tous les esprits rudes sur les
l'écriture èé. Il n'y a pas lieu de moderniser l'orthographe en
écrivant, par exemple, xaXirreea et XOLTà>, là où l'ed.pr. a
XUTT64.0 et xockfiteea, car ce sont les orthographes alors
régulières. Il est aussi souhaitable de conserver et de rétablir
être » : và ietat, và les formes de « subjonctifs » du verbe «
và Vivat. Dans les quelques passages en démotique que
contient le roman, il ne me paraît pas indiqué d'appliquer les
règles orthographiques de la démotique scolaire actuelle.
Encore une fois, il est préférable de se conformer aux habitudes
du temps et d'écrire, pp.233-235, dans le discours de l'ancien
combattant de 1821, Seantaig, taig, rfig noXiteiaug,
otaig yvvaixeg, au lieu de corriger beantig, tég, Jtkmég, tig
natteieg, otég yvvaixeg. Il existait aussi une accentuation
« première » d'époque qui a été tacitement modifiée dans l'éd.
24
nAngélou, sans doute pour ne pas surprendre le lecteur
d'aujourd'hui — mais de toute façon, ces éditions de textes en
xodiaecovola s'adressent à des lecteurs familiers de la langue
écrite du XIXe. Il est donc préférable de conserver
l'accentuation oxytone de cruvabekcpôg qui se trouve partout
dans les textes du temps, ainsi que tous les accents d'enclise sur
la finale des propérispomènes. Angelou écrit, par exemple,
p.91, qx TOU et, p.147, tous cruvabéXcpovg I.tou au lieu de
uuvabekcpôg tau et toilç ovvotbekcpoilç toi de l'ed.pr. Il ne paraît
pas non plus nécessaire d'écrire cptkaoyog conformément à
l'étymologie et à l'usage actuel. Les deux seules occurrences du
mot dans le texte de Palaiologue, p.190 (=2.153) et p.196 (=
2.165) sont sous la forme cpikokôyog. On omet systématiquement
dans l'éd. Hermis l'accent d'enclise dans des cas comme, p.11,
ot cruvffluxuircat itou. Bien sûr, cette orthographe est conforme à
la prononciation du grec depuis le début de l'ère chrétienne,
mais elle ne tient pas compte du caractère essentiellement
visuel de l'orthographe de la langue savante. Il faut donc
écrire, comme dans l'ed. pr., ot uuvikixicinai itou.
3.2.2 Principes de l'édition Anagnostakis
Cette édition, faite directement sur l'exemplaire de 1 a
Bute?mict d'Héraclion, contient en moyenne moins de
fautes de lecture que la précédente. L'éditeur a adopté
tacitement un point de vue critique à l'égard de l'ed.pr.,
n'hésitant jamais à la corriger si nécessaire. L'absence d'un
apparat critique interdit cependant au lecteur d'apprécier
l'étendue exacte des interventions sur le texte. M.
Anagnostakis — ou la personne qui a travaillé sous sa direction
— s'est efforcé de restituer une xa0a@ei)mia du XIXe siècle qui
soit vraisemblable et régulière. C'est ainsi qu'il a, à juste titre,
normalisé les orthographes des infinitifs dans les formes
périphrastiques, alors que le texte de l'ed.pr. ne présente
aucune régularité sur ce point. Les infinitifs médio-passifs ont
donc la terminaison issue de -fivui en grec ancien, alors que
25 les infinitifs actifs prennent la terminaison -et dérivée de -Euvl.
En revanche, la correction en -cùvco des finales de verbes qu'on
trouve orthographiées en -ôvw dans l'ed.pr. ne nous paraît pas
indiquée. La terminaison -ôvw pour ces anciens verbes
contractes en -6co est, en effet, très fréquente dans les éditions
de l'époque2 .
3.3. Principes de cette édition
3.3.1 La signalisation du texte
Une des premières nécessités de l'édition philologique
des textes est une signalisation aussi commode et précise que
L'Homme aux mille mésaventures, qui possible. Le texte de
n'est pas un classique, ne comporte pas de numérotation des
paragraphes à laquelle cet puisse renvoyer commodément. I1
nous a paru plus opportun de nous référer aux pages d'une
édition antérieure. Nous donnons entre parenthèses 1 a
pagination de l'édition Angélou. Mais le renvoi aux pages de
l'ed. pr. permet une localisation plus précise des passages.
Nous avons dû indiquer aussi le numéro du volume, puisque la
numérotation de l'édition 1839-1840 n'est pas continue. Plutôt
que de porter tout cela dans la marge, ce qui posait des
problèmes techniques, nous avons préféré signaler le
changement de page par une double barre verticale dans le
texte, avec le numéro de la page en exposant, comme cela se
fait déjà en Grèce pour certains textes de cette époque 3 .
Nous corrigeons ces terminaisons comme Anagnostakis, sauf 1
éventuellement dans les futurs précédés de Oa des styles directs où la
terminaison -ci„ qui est régulière (cf. 1.39,1.56,1.79, 1.95, 1.102, 1.115),
pourrait être un « vulgarisme ».
sujet, l'utile Apparat philologique (4)0..o7,,oyixe inr6uvrip,a) 2Voir, à ce
de l'édition de Léandre de Panayotis Soutsos par Georges Veloudis,
Athènes, p.190, où l'éditeur relève pour les conserver les formes
OUVEVÔVEL, IreeiVevet„ Évôvov, àVirli)(5VEL, mixéevr).
3Voir l'édition de Léandre, citat. supra. L'édition des Mille et une nuits
grecques par Georges Kehayoglou, Hermis, 1988, comporte un système
mixte. Indication du changement de page par une barre oblique,
éventuellement à l'intérieur d'un mot, et pagination de l'édition de base
26 Appliqué dans toute sa rigueur, ce système conduit à séparer
des mots en deux tronçons, ce qui gêne la lecture ; dans les cas de
mots coupés dans l'ed. pr., nous avons placé la double barre
verticale et les indications chiffrées du numéro du volume et
de celui de la page avant ou après le mot.
3.3.2 L'établissement du texte et l'apparat critique
Ce qui précède laisse déjà apparaître les lacunes des
éditions des textes grecs du XIXe siècle que nous souhaiterions
combler. Notre édition comporte une signalisation permettant
des renvois plus précis. Elle est aussi dotée d'un apparat
critique rudimentaire. Le but de cet apparat léger — il ne
concerne jamais plus de trois ou quatre mots par page — est
d'informer le lecteur de façon assez complète sur ce qu'on lit
dans l'édition de 1839-1840, ainsi que sur l'origine des
corrections, le plus souvent orthographiques, que nous
introduisons dans le texte. C'est pourquoi nous avons adopté un
apparat positif, qui est de toute façon bien plus lisibles. Nous
avons, pour la même raison, décidé d'écrire toujours en entier
les formes faisant l'objet de variantes.
Pour faciliter la localisation de ces mots, nous nous
sommes, peut-être à tort, éloigné de la rédaction classique des
apparats ; nous n'avons pas adopté le système des unités
critiques séparées par des barres verticales doubles avec
renvoi au numéro de la ligne où se trouve le lemme. Le mot
concerné par la correction est ici signalé par un appel de note,
comme, par exemple, dans les éditions de la Loeb Classical
Library.
Théoriquement, toute différence par rapport au texte de
l'ed.pr. est mentionnée dans l'apparat. Cependant nous
corrigeons tacitement les erreurs d'esprits et d'accents quand elles
n'ont aucune importance morphologique 2 .
en marge.
1Lire là-dessus [Jean Irigoin], Règles et recommandations pour les
éditions critiques (série grecque), 1972, p.21.
27bid., p.25: «On passera sous silence [...[ le plus souvent les erreurs
27 Bien que les corrections introduites dans le texte par
Angélou et Anagnostakis ne soient, le plus souvent, que des
options orthographiques, nous les signalons toujours avec le
nom de leur auteur. La grande variété qui règne en ce domaine
montre bien qu'il existe une véritable « question
orthographique » dans la pratique de ce genre d'éditions.
Nous suivons généralement en cette matière les
suggestions de quelques bons éditeurs antérieurs comme Georges
Kéhayogloul et Georges Véloudis 2. Nous ne nous proposons pas
de reproduire sans changement le texte d'une édition du XIXe
siècle, mais de restituer, dans la mesure du possible, un texte
qui soit conforme 1) aux choix orthographiques délibérés de
l'auteur, et 2) aux habitudes de l'écriture du grec tant puriste
que vulgaire au XIXe siècle. Ainsi, lorsque l'auteur est constant
dans une orthographe et qu'il s'accorde sur ce point avec ses
contemporains, il n'y a aucune raison de corriger ses formes en
fonction de ce que nous savons aujourd'hui de l'étymologie ; i 1
n'y a donc pas lieu de transformer tacitement xirrnicti en
xoit«oa (201 = 2.183) ou oPvw en o(3fivw (13 = 1.20). Lorsque
l'auteur fait constamment la même « faute », on est en droit de
penser qu'il s'agit chez lui d'un choix délibéré. Ainsi quand
Grégoire Palaiologue préfère partout yeo0oxôlny,a au lieu de
yeov0oxearga, qui est plus conforme à l'étymologie et à ce que
donnent les dictionnaires du temps 3, il faut respecter son
d'esprits ou d'accents. »
'Lire le texte nourri que G. Kéhayoglou consacre à cette question dans
le premier volume de son édition des Mille et une nuits grecques chez
Hermis, Ta IlapaunOta rnç Xcaquiç, Apaf3tx6v MvOcAoytx15v, r. A ', B ,
1988, p.365-373.
2Voir l'Apparat philologique de l'éd. de Léandre par Georges Véloudis
cit. supra, pp.189-192.
3La consultation des dictionnaires du XIXe siècle permet de régler
quelques questions. Parfois aussi elle augmente notre perplexité. Nous
utilisons le Aei,xc'w xai ya»,oeUnvi.xôv de Scarlatos
D. Vyzantios dont la première édition date de 1856. Sur la question de
savoir s'il fallait écrire l'adverbe è&i) ou èôcb, puisque notre auteur
donne les deux orthographes, nous avons été surpris de trouver dans le
Scarlatos Vyzantios ... une troisième orthographe : M. De la
façon, Rangavis (voir note suivante) oscille entre les deux
28 orthographe. On a assez souvent des raisons d'hésiter. Ainsi
G.P. écrit presque partout èxCtOrioa et une fois buietua, en 1.128.
La comparaison avec l'édition de Léandre de Panayotis
Soutsos conduit à corriger en èxedirlua cet exemple unique. C'est
là, en quelque sorte, un traitement statistique des questions
orthographiques. Nous avons fait de même pour èv (i) et èvo) :
la deuxième orthographe apparaissant plus rarement, nous
avons régularisé la première qui est préférée dans le
dictionnaire de Scarlatos Vyzantios et dans les écrits d'un
contemporain représentatif comme Alexandros Rizos
Rangavisl. Nous avons fait de même, mais après beaucoup
d'hésitations, pour xçw au lieu de xikv. Il est vrai que les
formes sans iota souscrit sont plus fréquentes chez G.P. Mais
puisqu'il écrit aussi x tv et que seule cette forme a la faveur du
dictionnaire de Scarlatos Vyzantios, nous avons écrit partout
Nous avons aussi généralisé l'orthographe fi eùyevia Gag
au lieu de fi eiryeveia oug qui est une faute fréquente dans
l'ed.pr. En revanche dans les cas où, chez G.P. et ses
contemporains, les orthographes semblent varier de façon
aléatoire, comme dans les cas de èôci) / Md), »ad:rot / xai trot et
bvo / Mco nous reproduisons exactement l'ed. pr.
3.3.3. La traduction française et le titre
La traduction française ne vise pas seulement à faciliter
la compréhension du texte grec, comme par exemple dans les
éditions bilingues de la Collection des Universités de France.
Dans ce cas, il aurait fallu utiliser le français moderne le plus
courant, et traduire, par exemple, guxobttnstrlL par « voyou »,
alors que ce mot n'apparaît en français que vers 1870. Mais la
langue de l'H.m.m. qui est à la fois modérément (parfois
maladroitement 2) puriste et chargée de gallicismes, produit
accentuations, avec cependant une préférence pour è66).
1Voir maintenant pour le texte de la plupart des nouvelles l'édition en
deux volumes de Dimitris Tziovas, 'Akéavbeog fgog Potyxu13fig,
Atnyiiitara, Athènes, "Ibeuta KO.KYTO. xat `Elévrig Oileàvn, 1999.
2L'emploi du « nominatif absolu » à la française est un exemple parmi
29 sur le lecteur moderne un effet pittoresque que l'on peut tenter
de rendre dans une certaine mesure. Bien sûr, ici comme
ailleurs, il n'est pas question de fournir un équivalent de 1 a
langue puriste (xaOcteE6ovou), ce qui sera toujours impossible. II
n'est pas question, non plus, de tenter un pastiche entièrement
convaincant du français de XIXe siècle. En revanche, nous
avons essayé de donner au vocabulaire et aux constructions de
notre version quelque chose qui rappelles la prose des XVIIIe et
XIXe siècles que l'auteur connaissait et pratiquait. Lorsque
G.P. paraphrase Lesage, il est aisé de retrouver les tournures
du modèle. Ailleurs, on s'inspire de l'excellent français qu'il
utilise lui-même dans les Esquisses. Ailleurs encore, on a
Dictionnaire recours aux équivalents français fournis par le
grec-français de Scarlatos Vyzantios (1846). Nous avons, dans
l'orthographe, conservé l'usage des majuscules pour certains
noms communs, en suivant et systématisant les conventions du
texte grec. Nous rétablissons la graphie «long-temps » selon
l'usage de l'époque et de Palaiologue lui-même.
La traduction reprend la signalisation du texte grec,
afin, bien sûr, de faciliter la lecture parallèle des deux textes
que la mise en page peut quelquefois gêner. Les mots qui font
l'objet d'une note en fin de volume sont signalés par un
astérisque.
Notre rendu du titre, qui pourra surprendre, requiert une
explication, voire une justification. Il est manifeste que 1 a
caractérisation d'Alexandre Favinis comme le nokwtaefig est
d'abord une allusion aux vers 3 et 4 de l'Odyssée:
beaucoup d'autres de la maîtrise insuffisante des règles de la
xia0acidioouoa par notre auteur (2.273) : Èxcieoxemoev ouvteocpie, fl
&knout id avvOnua ai unrépeg [la compagnie applaudit, les mères
ayant donné le signal].
1Nous n'avons pas la chance de M. Molho et J.-F. Reille qui ont pu
retraduire les Romans picaresques espagnols, Paris, Pléiade, 1968, à
partir de traductions françaises des XVIe et XVIIe siècles. Mais nous
partageons leur point de vue quant à la « fadeur » d'une traduction en
français strictement contemporain et la nécessité de se rapprocher d'un
français d'époque (p.CLXXII).
30 3TOkk(i)V ô' àvOecimov itiEv èiotea xai vôov eyvco
ôg y' èv novtod netthv è'ti.yea ôv xatà Ouji.ov nollà
« Celui qui visita les cités de tant d'hommes et connut leur
esprit, Celui qui sur les mers passa par tant d'angoisses... »
(trad. Victor Bérard). Le prologue de l'Odyssée pourrait servir
de résumé au roman de C.P. Favinis est un témoin (il « voit »)
et une victime multiple (il « passe par » beaucoup de
souffrances). Remarquons, cependant, que c'est l'objet ôtkyea qui
fait basculer le sens de la phrase d'Homère du côté de 1 a
douleur. L'adjectif itokluta0fig est aussi lié à l'expression
courante etba xai enatia que l'on pourrait rendre par « je m'en
suis vu » ou même, plus familièrement, « j'en ai bavé ». La
traduction oscille entre ces deux interprétations. L'une fait de
épreuves, te Favinis un héros subissant de douloureuses
« éprouvé » 1, l'autre voit en lui un malchanceux, un peu
gaffeur, qui se prend bien souvent « les pieds dans le tapis ».
La première interprétation a pour elle la tradition romanesque
grecque. Le héros, bien peu héroïque, du roman grec
hellénistique et médiéval, est un être innocent et passif
poursuivi par la vengeance d'Aphrodite, comme Ulysse l'était
par celle de Poséidon, qui subit malheur sur malheur et vit
cela sur le mode de la déploration. Dans ses moments de
désespoir Favinis se voit ainsi 2. Mais le plus souvent il ne
prend pas ses mésaventures au tragique et il pense
constamment que ses misères, dont il est parfois en partie
responsable, lui apprennent quelque chose (31a0fJWIla
putifIktata). Tout cet aspect positif et humoristique du
personnage passerait par profits et pertes si l'on en faisait,
111 va de soi que la traduction « Le misérable » avancée par Mme M.-P.
Masson, Paul Calligas (1814-1896) et la fondation de l'Etat grec, p.305,
implique un état de grande pauvreté et de déchéance — rendu par ô
602,.toç en grec — qui ne convient pas aux mésaventures d'un ancien
hospodar, conseiller d'un pacha, et collaborateur d'un ministre anglais.
20n pense au début du roman dans lequel il raconte dans quelles
circonstances il se vit « infliger la vie » et fut « tourmenté pendant
soixante-dix ans dans un monde plein de tristesses et de maux » (1.6) ;
cf. aussi cette réflexion désespéree, en 2.185, « devenir immortel, pour
souffrir éternellement dans ce monde abject ».
31 par exemple, un « grand éprouvé » ou un « tourmenté de
multiples façons », traductions suggérées par les dictionnaires.
En fait, à côté de la tradition grecque, Palaiologue suit in
courant picaresque européen, plus sensible aux retournements
absurdes de la vie. Pense-t-il, par exemple, au titre du
Lazarillo, La Vida de Lazarillo de Tormes y sus fortunas y
The Fortunes and adversidades ou à celui du roman de Defoé,
Dans nain-m(41g Misfortunes of the famous Moll Flanders?
sont, à notre avis, contenues à la fois les « fortunes » et les
adversités » 1 et l'élément de composition -nctefig renvoie à «
arrivée au héros et pas seulement à ce qu'il a souffert. ce qui est
C'est ce qui nous a fait préférer la notion « dédramatisée » de
« mésaventures ».
Il nous a semblé aussi que le premier élément de
composition noku- serait mieux rendu par « mille » que par
« multiple », parce qu'il fait mieux sentir la référence
odysséenne (cf. Ito)drceonog rendu traditionnellement en
français par « aux mille tours »).
Il reste qu'un rendu en un seul mot est impossible en
français et que l'on perd dans « l'homme aux mille
mésaventures » cet aspect de qualificatif unique qui s'adjoint
au nom et définit le caractère ou le destin de la personne.
Alexandre Favinis est « polypathis », un peu comme Basile
est « Digénis ». Malgré tout, contrairement à Candide,
Alexandre Favinis a une identité héritée. Polypathis n'est
pas le surnom qu'on lui a donné. Il n'est pas monsieur
Mésaventures ou monsieur Pas-de-chance. Il est, si l'on veut,
monsieur Favinis qui a eu bien des mésaventures. Cela justifie
un peu notre traduction analytique.
Ces deux aspects opposés du composant na0fiç semblent apparaître 1
dans le qualificatif turc apparemment double Cefakâr-u Cefakes mais
que l'on traduit par une notion synthétique « tourmenté » que
l'adaptateur Evangelinos Misaïlidis, a donné comme sous-titre à son
livre en 1872.
2Cf. à l'appui de cette interprétation 2.62: « il m'est arrivé bien des
èavvéf3ncrav noUà el; Tin/ >fiv itou]. Et le récit choses dans ma vie »
qu'il fait de ses mésaventures est spirituel et amusant.
32 3.4 Argument du roman
Alexandre Favinis a une origine sinon infâme, comme les
héros de la picaresca espagnole, du moins dramatique. Son
père, Constantinopolitain d'une famille italo-française,
croyant à tort que sa femme enceinte l'a trompé, lui enfonce son
épée dans le ventre et disparaît. L'innocente victime vit juste
assez pour mettre son fils au monde (1774). L'éducation
d'Alexandre est confiée à ses grands-parents qui n'ont pas
assez d'autorité sur lui pour l'empêcher de contracter les plus
mauvaises habitudes. Le curé de la paroisse, qui lui inculque
les rudiments de la lecture, est une brute qui le bat
sauvagement. L'enseignement secondaire qu'il reçoit est de
qualité médiocre. Ses premières tentatives amoureuses
aboutissent à des échecs où il se ridiculise ou se fait exploiter.
Intelligent, il apprend rapidement le métier d'avocat sous 1 a
direction de son grand-père. Peu scrupuleux, comme, du reste,
l'ensemble de ses confrères de Constantinople, il acquiert par
des procédés discutables une importante fortune. Il en profite
pour vivre une vie de plaisirs dans la société grecque des îles
des Princes, mais il tombe malade et se fait plumer par
Anastasie, une intrigante qui fait passer son « protecteur »
Dimitrios pour son frère. Favinis rencontre alors Stéphanos qui
sera son meilleur ami et dont les aventures seront parallèles
aux siennes. Stéphanos est un intellectuel pauvre qui vit de
leçons et finit par s'enrichir en participant aux exactions du
tyran Ali Pacha. Les deux amis partent faire fortune à la cour
d'un Prince de Valachie. Alexandre devient le favori du fils
du Prince dont il écrit les billets amoureux, puis le ministre
(Postelnik) du Prince... auquel il rend les mêmes services.
Distribuant les places moyennant finance, il partage sans
remords la corruption générale de la classe dirigeante grecque
en Valachie. Durant cette période de prospérité, Alexandre
tombe amoureux de la vertueuse Roxane Ploescu (née en 1794)
qu'il compte épouser. Mais il tombe en disgrâce et doit s'exiler.
Dans le voyage qui le ramène à Constantinople, il fait
33 naufrage. Il est recueilli par un charitable capitaine de navire
turc ; mais le bateau est arraisonné par les Russes et tous les
passagers sont faits prisonniers, car une guerre russo-turque
(1806-1812) 1 a éclaté entre-temps. Déporté à Kharkov,
Favinis devient professeur d'arithmétique d'un Russe très
pieux et très cupide. La femme du Russe fait des avances au
jeune Grec ... pour inspirer de la jalousie à son mari et être
battue. C'est ce qui arrive. Favinis s'emploie ensuite comme
comptable d'un banquier malhonnête et avare. La banquier
meurt, ses héritiers s'entretuent et son trésor est emporté par
des voleurs. Au bout de deux ans de captivité, Favinis s'engage
dans l'armée russe avec l'intention de déserter et de regagner
Constantinople. En route vers le front, il passe à Bucarest et
retrouve Roxane quelques heures. Il subit dans le camp russe
une instruction militaire brutale, tente de s'échapper, est
sauvagement battu et manque mourir ; puis il participe à une
bataille durant laquelle il s'évanouit de peur. Après le
combat, il déserte et passe du côté turc ; le transfuge
accompagne à Constantinople un chargement de têtes et
d'oreilles salées supposées prélevées sur les Russes après 1 a
bataille. Dans la capitale, le jeune Grec a l'imprudence de
regarder avec insistance une dame turque ; il est arrêté pour
être envoyé en prison ; afin d'échapper à son sort, il contrefait
la folie et se retrouve à l'asile. Il découvre là in
échantillonnage varié des passions et bizarreries humaines.
Libéré, Favinis est l'objet des avances amoureuses de la femme
d'un pacha. Il doit, pour poursuivre son intrigue dans la maison
de l'Ottomane, se déguiser en revendeuse. Mais tout se
découvre et le séducteur chrétien est envoyé en prison avant
d'être exécuté. Pour échapper à la mort, notre courageux héros
préfère se faire musulman. Il entre au service d'un pacha qui le
prend en amitié, lui procure un emploi de juge et l'oblige à
épouser sa nièce qui est d'une laideur épouvantable. Pour se
soustraire à ses devoirs conjugaux, Favinis se constitue un
11i ne peut pas s'agir de la première guerre de 1788 à 1792.
34 harem, ce qui lui permet de se partager équitablement entre ses
épouses. La peste survenant libère Favinis de ses obligations
envers sa repoussante moitié, mais le prive de son harem. Son
protecteur turc meurt durant la révolte des janissaires contre le
sultan Selim III 1. Favinis quitte alors la Turquie où il lui est
impossible de redevenir chrétien. Il embarque pour Naples et
se fait baptiser catholique durant le voyage. Près de Naples,
voulant avouer ses péchés, il découvre que le pieux ascète qui
entend sa confession n'est autre que son père qui s'était
entretemps repenti de son crime. Revoyant un fils qu'il croyait avoir
tué, l'ancien assassin meurt ; on le tient désormais pour un saint
et sa gloire rejaillit sur son fils. Favinis rend visite au Pape
qui le convainc d'entrer dans les ordres. Sous le nom de père
Joseph, il est chargé d'une cure par un cardinal, avorton
amateur de bonne chère et de jeunes filles. Le ministère de la
confession permet à Favinis de compléter sa documentation sur
la perversité, l'hypocrisie et la bizarrerie des êtres humains.
Il assiste à un autodafé de « mauvais livres ». Refusant de
fournir son cardinal en chair fraîche de jeunes pénitentes, i 1
tombe en disgrâce. En route pour Naples, il s'arrête dans une
auberge où l'on sert du chat sous le nom de lièvre. Mais il est
fait prisonnier par des bandits de grands chemins ; il retrouve
parmi eux Dimitrios qui l'avait escroqué dans les îles des
Princes. Cinq voleurs, dont Dimitrios, racontent chacun sa vie
et les mésaventures qui l'ont conduit à exercer son « honorable
métier ». Ces bandits soulignent leur innocence et 1 a
responsabilité de leurs parents et de la société. Favinis
parvient à s'échapper et à libérer un gendarme prisonnier des
bandits. Il est récompensé de cette bonne action par un
emprisonnement, car on le soupçonne d'appartenir à la bande
des voleurs. Notre héros découvre les méfaits de la prison, « ce
mauvais lieu de toutes les débauches ». Désespéré, il en vient
1Le sultan Selim III régna de 1789 à 1807. Une première révolte eut lieu
en 1803. Il doit s'agir ici de la révolte de Kabakchioglou (1807) qui
aboutit à la destitution de Selim. Cela permettrait de situer l'épisode
constantinopolitain en 1806-1807.
35 à douter de la justice de la société et même de la Providence. A
Florence, il devient le chef du personnel d'un comte dont i 1
s'attire la bienveillance en lui racontant ses aventures. Mais i 1
met à jour la malhonnêteté de l'intendant des propriétés qui se
venge en le faisant renvoyer. Favinis est alors engagé comme
aide par un médecin magnétiseur qui lui apprend son art et se
sert de lui comme cobaye. Craignant pour sa santé, Favinis le
quitte et se rend à Livourne où il travaille comme secrétaire
d'un commerçant qui pratique l'escroquerie à l'assurance et la
banqueroute frauduleuse. Favinis perd presque tout son salaire
dans l'aventure. Pour se distraire, il se rend au carnaval de
Milan où il aperçoit représentés et travestis les défauts de
l'espèce humaine qu'il a connus jusqu'alors. Contraint à
nouveau de travailler, il entre au service d'un vieux lord
anglais très délabré qui se croit adoré de sa maîtresse. La soeur
du lord, qui a elle-même une cinquantaine d'années, tombe
amoureuse du jeune Grec qu'elle poursuit de ses assiduités, ce
grotesques. Favinis accompagne à qui donne lieu à des scènes
Londres le Lord qui vient d'être nommé ministre du commerce et
des colonies. Le jeune Grec apprend à connaître les bizarreries
anglaises, la manie des paris, la boxe, les clubs de la Hight
Society et l'hypocrisie de leurs membres. Il a un début de
liaison avec une Anglaise divorcée qui lui raconte son histoire
son et celle de ses soeurs émigrées en Amérique. Découvrant que
amie anglaise dissimule par des postiches l'« irréparable
outrage » des ans, il la quitte. Mais le Milord meurt et Favinis
va chercher fortune à Paris. D'abord journaliste, il devient
auteur dramatique et acteur. Dans la capitale française i 1
aperçoit les célébrités du temps, Béranger, Lamartine et Gall ;
il y fréquente des auteurs ridicules et des actrices entretenues.
Impliqué malgré lui dans un duel, il décide d'apprendre
l'escrime ... pour ne pas se faire tuer. Une exécution capitale en
place de Grève à laquelle il assiste provoque son indignation.
Il découvre dans un salon quelques autres spécimens bizarres de
l'espèce humaine, un astronome, un alchimiste, un prédicateur
jésuite et un auteur de vers de circonstances. Apprenant que son
36 grand-père, dont il est le seul héritier, vient de mourir, i 1
rentre à Constantinople. Mais, durant la traversée, des pirates
barbaresques s'emparent de son bateau et il est vendu à Tunis à
un agha turc auquel il fait croire qu'il connaît la médecine.
Appelé à soigner la favorite de son maître, il découvre qu'elle
n'est autre que Roxane qui feint d'être malade pour éviter le lit
de l'agha. Il n'a, bien sûr, pas de mal à guérir Roxane, ce qui
lui permet d'être libéré et d'organiser l'évasion de sa fiancée.
Mais la tentative échoue et Favinis est mis en prison. Grâce à
ses connaissances médicales rudimentaires, il soigne le
directeur de la prison d'un grave embarras intestinal en lui
administrant un clystère. Mais il est contraint de prendre 1 e
bateau pour Constantinople et d'abandonner Roxane à son
triste sort. Rentré en possession d'une partie de sa fortune,
Favinis décide de se fixer à Athènes où l'ordre est revenu avec
l'arrivée du roi Othon (1833). Il y retrouve Stéphanos qui
s'était installé en Valachie et marié à une riche aristocrate
phanariote. L'ami de Favinis était parvenu à ramener son
épouse, un bas-bleu plein de morgue aristocratique, à une plus
saine conception de ses devoirs d'épouse et de mère (!). Mais
survient la révolution de 1821 qui est un échec pour les Grecs en
Valachie. Stéphanos est emprisonné ; on lui confisque ses
propriétés et sa femme meurt. Il descend alors en Grèce où i 1
recommence une carrière de fonctionnaire, mais comme i 1
critique les Bavarois, il est faussement accusé de corruption et
chassé de son emploi. Les deux amis rencontrent à Athènes un
ancien combattant de la guerre de l'Indépendance qui leur
décrit dans une langue populaire savoureuse la misère et
l'amertume des héros de 1821, hommes simples qui se sont
sacrifiés pour leur patrie et se voient préférer des étrangers
plus compétents qu'eux. Favinis, qui est riche et célibataire,
est demandé en mariage, en particulier par des vieilles filles
ridicules, mais il décline ces offres, car il espère encore
retrouver Roxane. Apprenant qu'un bateau arrive d'Alger avec
à son bord des femmes libérées des geôles barbaresques, il se
rend au Pirée dans une petite embarcation qui chavire. Notre
37 héros se noie. On le transporte dans une église en attendant de
l'enterrer. Or Roxane était bien dans le bateau d'Alger.
Apprenant la noyade de son fiancé, elle se précipite dans
l'église et, désespérée, se jette sur le corps d'Alexandre qui,
sous l'effet conjugué de la chaleur et de l'amour ,... revient à la
vie. Favinis a soixante-cinq ans et Roxane en a
quarantequatre. Ils se marient, ont un enfant et se retirent à 1 a
campagne en Eubée où ils vivent heureux en pratiquant
l'agriculture, la lecture des journaux et la littérature.
Alexandre dicte à Roxane le récit de sa vie.
3. 5 Appréciation littéraire
Le roman de Palaiologue doit tant au Diable Boiteux et
à Gil Blas de Lesage que l'on risque fort, en croyant parler de
l'auteur grec, de reprendre des analyses traditionnelles sur le
genre picaresque dans sa variante européenne. Il suffira, pour
s'informer là-dessus, de lire les excellentes études de Mme
Georgia Malamatari-Farinou (citées dans la bibliographie
générale) et de consulter les notes de fin de volume qui
recensent les sources et influences que nous avons pu repérer.
Nous envisageons ici le texte comme oeuvre autonome.
Puisqu'une étude complète, qui reste à faire, demanderait
beaucoup de place, nous nous limitons à trois points : a) le récit
dans le récit, b) la vision (réaliste ?) du monde et c) 1 a
« morale » de cette histoire.
Le récit dans le récit 3.5.1
Même si le livre est écrit, il est d'abord un récit
rétrospectif adressé à Roxane. Cette voix narrative de Favinis
s'entend aussi comme en écho à l'intérieur du récit lui-même,
puisque d'autres récits similaires sont faits au cours du livre à
d'autres personnages ou même à Roxane elle-même. Favinis
n'est pas seulement « l'homme au mille mésaventures », il est
aussi l'homme aux mille récits. Ces récits — qui pour nous ne
sont que des allusions — affectent des formes variées et sont
accueillis par leurs auditeurs de diverses façons. Ainsi quand
38 le héros raconte sa vie aux voleurs italiens cela les met « de
fort bonne humeur » (2.10). Le pacha turc « qui goûtait fort les
anecdotes plaisantes a tant de plaisir aux récits [de Favinis]
qu'il le prend en faveur » (1.232). La même chose arrive avec
le fils du Prince de Valachie (1.108-109) et avec le cardinal
romain qui décide, à la suite d'un récit sans doute piquant, de
faire de Favinis son recruteur de jeunes pénitentes (1.264).
Quelquefois le héros ne raconte pas ses propres aventures, mais
les contes de sa grand-mère ou l'histoire héroïque de 1 a
Révolution grecque. Mais le résultat est toujours le même. Les
histoires de Favinis lui valent toujours le succès, et parfois
l'ascension sociale. Favinis est à sa façon comme
Schéhérazade, il se sert du récit pour « gagner sa vie ». Il n'y
a que deux exceptions, et c'est lorsqu'il est parfaitement
sincère, soit qu'il parle sous serment, soit qu'il se confesse à
Roxane. Ici le récit tourne à sa condamnation ou à sa confusion.
Quand il raconte sa vie au procureur toscan, sa déposition, qui
est au fond une première forme écrite de son roman, aboutit à sa
condamnations. Loin de lui rapporter de l'argent, son récit lui
est chèrement facturé (2.45). Le résultat est différent lorqu'il
raconte ses aventures à Roxane retrouvée à Tunis :
Je lui narrai en bref mes aventures, sans lui celer
certaines circonstances de ma vie, bien que je rougisse en
les racontant. La bonne Roxane m'entendit sans se
départir de sa sérénité, cherchant même à justifier mes
déportements en disant que les hommes, dans les
circonstances diverses où ils se trouvent, sont sujets à plus
de tentations. (2.229-230).
Ici Favinis n'est pas condamné, il obtient son absolution.
Anecdote plaisamment racontée, déposition sous serment
ou difficile aveu de ses fautes, le récit n'est jamais rien d'autre
que de la littérature. Et G.P. qui, comme Sterne ou Diderot, se
1Aris Alexandrou aurait sans doute été surpris de trouver un ancêtre
littéraire grec si ancien à son roman La Caisse [To Ken-to - 1974]
« nouveau roman » fait de dépositions multiples présentant chaque fois
les mêmes événements sous un jour différent.
39 plaît à jouer avec la convention romanesque, nous le rappelle
parfois sans crainte de briser l'effet de réel. Ainsi Favinis
s'entend dire par son ami Stéphanos : « Le récit de ta vie
ressemble à un roman »(2.244). Et lorsque finalement
Alexandre et Roxane se croisent au Pirée au moment où le héros
se noie, Palaiologue remarque ironiquement : « Etrange
coïncidence ! qu'à vrai dire l'on ne rencontre que dans les
romans. »(2.281)
Un écrivain qui a une conscience si aiguë, si moderne
pourrait-on dire, de la convention qu'est la littérature, peut
difficilement prendre très au sérieux cet ensemble d'illusions
que l'on appelle « réalisme ».
3.5.2 La vision (réaliste ?) du monde.
L'histoire littéraire grecque accorde, en effet, une
grande place — une place sans doute excessive — à
l'apparition du réalisme dans le roman national. La période
précédant Thanos Vlékas (1855) de Paul Calligas ignorerait
toute vision critique de la réalité. Dans cette perspective
étroitement chronologique l'oeuvre d'un écrivain qui intitule Le
Peintre un de ses romans pose problème.
En fait, la notion de réalité est bien plus large que le
monde physiologique et social auquel le naturalisme a
prétendu la confiner. Selon leur époque et leur tempérament,
les romanciers appliquent leur attention à des objets divers
tout aussi réels1 les uns que les autres, qui peuvent être moraux,
psychologiques, économiques, sociaux, physiologiques et
matériels.
Palaiologue s'intéresse aux mondes moral et social et,
dans une moindre mesure, à l'aspect physique de ses
personnages. 2
1Sur cette question du réalisme dans le roman grec, on aura intérêt à lire
latéreo Ireoypa(pia pa; la mise au point nette de Pan. Moullas, 'H za
Etaaywni, vol.A, 1998, pp.189-190.
211 va de soi qu'affirmer, comme A. Sahinis, Oecoola xai àywourn io-ropia
TOÙ iivOtalopietaroç, 1992, p.126, que G.P « veut être un prosateur
40
n3.5.2.1 Le corps.
Contrairement aux personnages des romans antiques et
classiques (en France), ceux de l'H.m.m. ont parfois un corps qui
ne se laisse pas ignorer. L'aspect physiologique de la vie
humaine joue ici un rôle évident. En réaction contre le
romantisme déjà implanté en Grèce, notre auteur se plaît,
comme bien plus tard Emmanuel Rhoïdis, à souligner
malignement que l'âme n'est pas toute puissante et que le corps
peut lui jouer quelques mauvais tours. L'âme voudrait que les
chagrins soient éternels, mais le corps a faim, soif et sommeil ;
et il craint la mort. Ainsi, après un déboire amoureux, Favinis
traverse une crise sporadique de désespoir existentiel qui le
conduit au bord du suicide. Mais tout cela n'est pas très grave :
« Pendant que je me demandais quel genre de mort je choisirais,
le sommeil bienfaisant vint me surprendre. »(1.42). Lorsque
Favinis est séparé de Roxane, qu'il avait retrouvée en Tunisie,
il éprouve le même désespoir aussi facilement oublié : « Je
pleurai, me lamentai, soupirai et finalement m'endormis »
(2.237). Et voici décrite avec humour la prompte consolation de
Favinis, qui fait un peu penser à celle de la matrone d'Ephèse :
Le premier jour de notre traversée, mon chagrin
m'empêcha de toucher à la moindre nourriture, le
deuxième jour, je mangeai un peu de biscuit, 1 e
troisième jour je me mis à table et le quatrième jour je
m'enivrai pour ne pas penser à ma fiancée.(2.239)
De l'aspect physique de Favinis on ne sait rien et 1 a
description détaillée de Roxane est tout aussi idéalisée que
celle des héroïnes de romans de l'époque hellénistique. Mais
parmi les autres personnages, on trouve une belle galerie de
nabots et de monstres présentés avec une certaine délectation
dans l'horreur. Voici, par exemple, le portrait de la première
femme musulmane du héros :
une femme au visage ridé et couvert de rouge comme
d'un emplâtre, avec les yeux qui louchent, [...] un nez
réaliste [Oart vet aven eeaktotiig J -teoyeà(pog] », sans se préoccuper de
savoir de quelle réalité il s'agit, n'a guère de sens.
41 couvrant la moitié d'une bouche grande comme un puits
entourée par deux excroissances de chair rouge et noire
appelées lèvres.(2.238)
Et les vieilles filles anglaises sont aussi peu flattées : vieilles
et laides, elles s'habillent comme des jeunes filles (2.97). Le
vieux lord anglais a un crâne allongé comme un melon ; il est si
maigre et dégingandé qu'il risque d'être emporté par le vent
(2.83). Ajoutons le cardinal italien, un avorton à la tête
enfoncée dans les épaules « si ventru qu'on l'aurait pris pour in
joueur de tambour en action »(1.261).
Ces descriptions entrent au fond dans la catégorie
antique des èxcpeetueig. Elles sont encore à leur façon des oeuvres
d'art représentant une belle laideurs. Elles ne relèvent
nullement d'une option théorique qui accorderait à l'aspect
extérieur des choses et des gens une quelconque signification. Le
physique et le physiologique sont présents dans le monde de
G.P. ; ils n'en constituent pas pour autant l'explication ultime.
On le voit bien dans l'éloignement que notre auteur affiche
pour les théories de Gall qui était supposé déduire le caractère
des hommes à partir des protubérances de leur crâne
(2.161162). A la même époque, ou un peu avant, Balzac
s'enthousiasme pour ces idées, et pour celles de Lavater.
En fait — et c'est là l'originalité de l'approche de G.P.
— l'aspect physique des êtres humains ne compte,
négativement, que comme apparence trompeuse. C'est pourquoi
un des motifs littéraires récurrents de est celui des
postiches. Pour Palaiologue tout n'est qu'apparence et ni le
corps ni l'âme des hommes ne sont ce qu'ils paraissent être.
D'où cette forme tout à fait particulière de la déception
(desengario) baroque qui est liée au délabrement physique. On
observe dans le roman le retour insistant d'une scène, certes
empruntée au Diable b., mais qui est chez notre auteur investie
d'une plus profonde signification. Le fringant vieil Anglais,
10n peut les rapprocher des sculptures représentant des vieillards
décharnés en vogue à l'époque hellénistique.
42 supposé adoré de sa jeune maîtresse, est fait de pièces et de
morceaux et nous le voyons se défaire sous nos yeux :
Milord passait dans sa chambre à coucher et, après
avoir déposé une de ses jambes, sa moustache, ses dents
et sa perruque sur une chaise, il se dirigeait vers sa
couche.(2.88)
Le pendant féminin du lord est une Anglaise divorcée qui reçoit
familièrement Favinis chez elle et qui est un jour surprise par
lui à sa toilette :
Je la trouvai un jour à demi nue occupée devant son
miroir à se constituer des charmes empruntés. je
remarquai [...] que diverses autres parties de son corps
étaient à ce point décharnées qu'elle ne pouvait se
dispenser de recourir à la méthode de sa soeur à 1 a
grossesse fictive pour les amener dans l'état où elles
paraissaient habituellement.(2.146)
Cette Anglaise remplace donc par des coussins les rondeurs qui
lui manquent. C'est aussi ce que fait la soeur du Milord, comme
Favinis peut s'en rendre compte quand elle se met en colère
contre luis.
Si la plupart des gens veulent paraître plus jeunes et
plus beaux qu'ils ne le sont, il en est au contraire qui affectent
des laideurs et des infirmités qu'ils n'ont pas. Ce sont les
mendiants. Ils sont exactement l'inverse du Milord. Eux se
portent comme des charmes, mais se couvrent de haillons et
collent de fausses plaies sur des emplâtres (2.33).
Tout cela vient d'abord du roman français du XVIIIe
siècle. Et l'on peut reprendre à propos de l'H. m. m. tout ce que
par exemple Mme B. Didier 2 écrit du roman français de ce
siècle. Mais avec le thème des postiches on atteint une
conception autrement plus corrosive du personnage de roman.
Quelle épaisseur de réel reste-t-il à la création du romancier,
1« Dans cette agitation, je vis tomber de sa personne une pièce de drap
fort épais, et il s'opéra dans l'instant un changement important dans la
corpulence de Milady. » (2.111)
2Le Roman français au XVIlle siècle, Ellipses, 1998, pp.73-80.
43 lorsqu'elle est privée de ses fards, de ses masques et de ses
rembourrages ? Ce ne sont plus que les quelques morceaux de
bois d'une marionnette que le romancier mène à sa guises.
3.5.2.2. Le monde moral et la société.
Avec ces personnages sans consistance Palaiologue a
l'ambition — sans rapport avec ses capacités — de peindre une
immense fresque des passions et de la comédie humaine. Les
passions dominantes dépeintes par Palaiologue sont 1 a
sensualité et la cupidité ; le fanatisme et la vanité ne viennent
qu'après.
Dans le roman le nombre des personnages gouvernés par
leur passion pour l'autre sexe est considérable. Citons le neveu
du père de Favinis amoureux de sa tante, le baron Horntrager
« satyre » qui entretient une actrice, le fils du prince de
Valachie qui exerce sans vergogne son droit de cuissage, le
cardinal romain qui fait de même avec ses jeunes pénitentes, la
femme du maître russe du héros qui désire avoir des raisons
d'être battue, la femme musulmane de Favinis qui se console
avec de robustes rameurs, toutes les Italiennes qui se confessent
au père Joseph et les vieilles filles anglaises en proie aux pires
frustrations. La sensualité des riches est exploitée par les
pauvres, selon un schéma qui rappelle Turcaret. L'ensemble du
spectacle est réjouissant. Mais quelle est la moralité de tout
cela ?
Il semble que G.P. veuille surtout montrer la
toutepuissance de l'argent. Car la galerie des escrocs est encore plus
fournie que celle des amoureux ridicules. Presque toutes les
formes de malhonnêteté qui rapportent de l'argent sont ici
recensées : celle des maîtres d'école qui multiplient les classes
pour gagner davantage, celle de l'avocat qui se fait payer par
les deux parties, celle de la fausse vierge qui monnaye ses
charmes, celle du tricheur aux cartes, celle des
1 On évoquera à ce propos l'argument du Grand Air de Figaro (1938) de
Yannis Skarimbas.
44 administrateurs grecs de la Valachie qui font argent de tout,
celle des usuriers russes, celle des juges ottomans corrompus,
celle des juges toscans qui vivent aux crochets du justiciable,
celle de l'intendant florentin qui vole son maître et celle du
commerçant de Livourne qui fait une banqueroute frauduleuse.
Serait-ce que l'homme est né mauvais ou, pire, qu'il soit
abandonné de Dieu. Avec une bonne dose d'hypocrisie,
Palaiologue refuse de s'engager dans la voie de ces réflexions
dangereuses. Il admet, dit-il, toutes les vérités de la Religion
« sans examiner ». Mais il est manifeste que, malgré ces
protestations fidéistes, notre auteur est un adepte convaincu de
la philosophie des Lumières, comme on pouvait l'être dans les
Principautés danubiennes à la fin du XVIlle siècle.
Manifestement anticlérical, il affecte de ne s'en prendre qu'au
clergé occidental, aux cardinaux corrompus, aux prédicateurs
Jésuites et à l'Inquisition qui fait brûler livres et gens. On
pourrait dire que sur ces points il retarde un peu. Du reste, ses
références en la matière sont Molière et Voltaire. Mais, en
1866, les thèses de Rhoïdis dans la Papesse Jeanne n'auront
guère évolué ...
Palaiologue est aussi un libéral du XIXe siècle. 11 milite
pour la liberté de conscience (1.283) et celle de la Presse, contre
la peine de mort et la prison et pour la régénération des
prisonniers par le travail agricole (2.52) 1. Ce libéralisme a ses
limites, en particulier en ce qui concerne l'émancipation des
femmes. L'auteur grec affirme qu'une femme ne doit pas être
trop savante et qu'il ne faut pas que son mari lui laisse « la
bride sur le cou » 2. Le libéralisme de G.P., comme celui des
1Ces idées sur les colonies pénitentiaires étaient alors « dans l'air ». On
évoque, par exemple, la figure du chevalier B. Appert qui venait de
publier en 1836 une important ouvrage en 4 volumes intitulé Bagnes,
prisons et criminels. Appert tentera sans succès d'appliquer ses théories
en Grèce, dans le fort de Méthoni.
2 « Cette grande liberté n'est pas de mon goût; j'en viens à préférer les
moeurs des Asiatiques. [...] La liberté illimitée, tout comme la tyrannie,
sont choses également dangereuses pour les êtres humains, surtout pour
les femmes, qui, étant par nature de caractère plus faible, peuvent plus
45 Phanariotes en général, s'accompagne de pas mal de
conservatisme social.
Sa conception de la société est, en fait, entièrement
opposée à celle, manichéenne, des Romantiques. S'il admet que
la vertu puisse exister, il ne la croit pas fréquente. « La vertu
est tellement rare »(1.138). L'homme est d'ordinaire médiocre
et lâche, comme Favinis. Bien sûr, on pourrait attribuer à
l'action de Satan tout le mal qui se trouve dans l'homme et
dans la société. Et les allusions à Lucifer ne manquent pas.
Mais ce n'est qu'une bonne excuse de pécheur : « Sa conscience
lui reprochait ce péché auquel, disait-il, Belzébuth l'avait
poussé»(1.271). La philosophie de Palaiologue fait l'économie
de Dieu comme celle de Satan. Les vices des hommes sont dus à
la mauvaise éducation, à l'injustice de la société, à des
systèmes pénitentiaires mal adaptés et parfois à des mariages
qui sont des échecs. On trouvera dans le chapitre « Histoire de
mes cinq voleurs » la présentation romanesque de ces théories.
3.5.3 La morale de l'histoire et le « théâtre du monde ».
Le livre de Grégoire Palaiologue pourrait à la rigueur
être compris comme un traité de morale appliquée. Cela
semble être la lecture de M. Vitti qui insiste sur le côté
pédagogique de cette imitation de Lesage'. Mais il y a souvent
un écart important entre les intentions affichées d'un auteur e t
ses intuitions de créateur. Le livre se présente comme tri
entassement de portraits satiriques. Mais y a-t-il derrière cela
facilement s'écarter du droit chemin. » (2.195)
1 Ideo/loyoiii Âmoveta rijg éUnvo.cii igbypacpia, 3T1 èixôoorl
offlamecouêvrt, 1991 : « Palaiologue [...] ne fait ni réalisme ni « étude
de moeurs » (10oyecupta) au sens que le terme a pour nous. Il poursuit, en
ignorant le romantisme passé et le réalisme qui commence, la tradition
du roman français des Lumières (on nous pardonnera le raccourci), les
aventures se succèdent en une simple juxtaposition et non une évolution,
le Destin est constamment évoque, et c'est Lesage qui fait la leçon.
Même point de vue chez A. Sahinis, Occopia xai àywourn icrropla rov
yvOtarooriparo; -, 1992,1).126, qui parle du « point de vue didactique et
moralisateur de P. » [ô Ô16aWULxd5 »ai fiOonkuotixôg oxozôç Toi)
Ilcitkatokôyou].
46 une vision d'ensemble de la société ou même de la vie ? Nous
croyons que oui.
La philosophie de G.P. n'est pas romantique, c'est
évident. Malgré ses protestations de foi religieuse, notre
auteur n'envisage pas sérieusement l'hypothèse d'une
transcendance, même vague. L'amour de Roxane est pour le
héros un réconfort, pas un absolu. Certes, cette fidèle fiancée
demeure tout au long du livre une référence morale (une
« déesse bienfaisante », 1.177), et il arrive à Alexandre de lui
adresser directement ses prières. Mais elle reste un être
prosaïque, pas une femme idéale et inaccessible (comme 1 a
Coralie de Léandre); c'est une petite fiancée fidèle, plus très
jeune à la fin de l'histoire. Favinis se méfie de l'exaltation
dont il n'aperçoit que le ridicule. Voici comment il présente ses
retrouvailles miraculeuses avec Roxane :
Il faudrait ici la plume d'un poète pour décrire
notre ravissement, notre joie réciproque, nos
explications et toute cette scène des plus pathétiques.
Mais Apollon n'a pas daigné me faire poète. Peut-être
cet avantage, fort enviable pour moi, serait-il au
détriment de mes lecteurs, car il est fort probable qu'en
proie à l'enthousiasme poétique, comme certains
inspirés de Phébus, je devienne incompréhensible ai
que je dégoûte mon auditoire par mes harangues
vociférantes ou mes interminables esquisses
descriptives.
On aurait pourtant tort de penser que Palaiologue ait du
monde une vision simpliste. Derrière l'humour et la dérision se
profile l'inquiétude d'un jugement moral incertain. Dans
l'univers de Palaiologue l'absurde surgit à tout moment.
Retrouvant, au-delà de la morale rassurante de Gd Blas, 1 a
sensibilité baroque de la première picaresca, notre auteur
aperçoit partout l'inauthenticité et l'ambiguïté. Sur le
« théâtre du monde » tout le monde joue une comédie parfois
burlesque, parfois tragique. C'est pourquoi le thème de 1 a
mascarade est ici au moins aussi important que celui des
47 postiches. Le carnaval de Milan apparaît dans le livre comme
un reprise « en abyme » de la thématique d'ensemble. Tous les
défauts travestis dans la cavalcade milanaise se retrouvent
dans le livre :
Les costumes des masques étaient variés,
élégants et souvent étranges. Ils imitaient les Dieux et
leurs prêtres, les Rois et leurs pompes ; on représentait
des batailles, des processions, des mariages et des
enterrements de différentes nations, et encore des
satyres, des centaures, des licornes et d'autres êtres qui
avaient deux cornes, des quadrupèdes et des bipèdes,
ceux-ci ressemblant aux premiers par la bêtise. On se
moquait des vaniteux, des avares, des jaloux et des
envieux. On donnait en spectacle les intrigants, les gens
avides de distinctions et tous les ridicules que
présentent les sociétés, ainsi que le vice sous toutes ses
formes. En un mot, cette fête était le théâtre du monde.
(2.77)
On aura reconnu la procession romaine, la bataille
russoturque, le cardinal amateur de jeunes pénitentes, l'intendant
malhonnête, le « satyre » cornu Horntrâger, l'usurier russe et
son collègue livournais etc. Le carnaval est une parodie
consciente. Mais, par un effet de miroir bien baroque, les
Milanais sont eux-mêmes victimes de ces déguisements dont ils
sont friands. C'est, en effet, par des travestissements que
Dimitrios réussit ses plus belles escroqueries :
Je parcourus différentes régions d'Italie et
arrivai finalement à Milan, où mon esprit fécond me
fournit plusieurs habiles moyens, par lesquels
j'augmentai ma fortune. Vêtu tantôt en personne de
condition, tantôt en prêtre, tantôt en soldat, je dupai
des gens de toutes sortes.
La maison des fous est aussi pour G.P. une fidèle image
de la société, et ceux qui circulent librement à l'extérieur sont
aussi fous que ceux qui y sont enfermés : « On trouve un nombre
incalculable de cas de démence hors de l'asile »(1.197). Dans
48 sa description de l'hospice d'Egrikapu à Constantinople,
Palaiologue fait le portrait transparent d'un royaume
quelconque, qui pourrait, par exemple, être celui de Grèce. Le
souverain en est un « doux dingue » qui n'a pas d'aptitudes
particulières', sinon qu'il sait jouer de la vanité de ses sujets en
leur distribuant à tour de rôle des dignités fictives. Tout est
prestige et la dignité d'un fou qui se rend à la « garde-robe » ne
le cède en rien à celle d'un roi véritable :
Il était conduit par ses gardes vers les lieux où se
satisfont certains besoins naturels, s'avançant avec
tant de majesté que, malgré son accoutrement ridicule,
le peuple insensé le contemplait avec des transports
d'enthousiasme en poussant des vivats ! Par malheur,
cette violente inspiration ne s'emparait de lui que de
temps en temps ; on voyait alors dans l'hospice des
fous un peu de cette tranquillité que la pourpre inspire,
aussi stupides que soient parfois ceux qui la portent.
(1.206)
La contestation de Palaiologue n'épargne rien, ni les
financiers, ni les commerçants, ni les médecins, ni les prêtres, ni
les hommes politiques, ni les rois, ni la vie en société, qui n'est
qu'une mascarade ou une folie. Le travail lui-même, qui
apparaissait dans Candide comme un moyen d'échapper au
tragique de la vie (« Travaillons sans raisonner, dit Martin,
c'est le seul moyen de rendre la vie supportable »), n'est plus
dans l'H.m.m. qu'une simple distraction.
Si la dérision de notre auteur a quelque chose de
décapant et de fort réjouissant pour son lecteur, avouons que le
côté positif de sa morale est bien décevant. Alexandre Favinis
— et partant son créateur —trouve son salut dans la retraite
(entendez la retraite des vieux !) : extinction des passions
dévorantes, amour conjugal, vie retirée, repliement sur une
1 « il singeait assez bien toutes les fonctions ro yales qui ne sont pas
très difficiles, quand aucun travail intellectuel n est requis. »(1.205)
49 cellule familiale minimum, visites de vieux amis, jardinage et
lecture des journaux. Il ne manque que la pêche à la ligne !
Stéphanos vient de temps en temps demeurer
quelques jours dans ma propriété. Voilà mon unique
compagnie. Mais qui en chercherait une autre, s'il
avait comme moi le bonheur d'avoir Roxane pour
épouse ? Nous ne nous éloignons pas un instant l'un de
l'autre. Je prends soin de mes fleurs, je cueille mes fruits
et surtout j'élève mon cher Constantin avec elle.
[...] Parfois Roxane et moi nous lisons les Journaux grecs
auxquels je suis abonné pour soutenir les entreprises
d'utilité commune et apprendre les nouvelles du
monde, tout en restant loin de lui. (2.286-287)
Mais au fond, Palaiologue, malgré ses fréquents
« sermons », n'est pas un moraliste conséquents, un philosophe
qui nous révèlerait le sens de la vie et ce qu'il faut y faire.
C'est simplement un caricaturiste, voyageur ironique et sans
illusion, qui contemple le spectacle de ses contemporains, un
carnet et un crayon à la main, et déroule devant nos yeux une
procession de figures grotesques, la fête des fous, le carnaval
de Milan, le théâtre du monde. C'est ce qu'avait bien compris
le premier traducteur du livre en turc, Evangelinos Misaïlidis
qui, en 1872, rebaptisa le roman : Le Spectacle du Monde,
Temasa—i Dünya.
1Sur ce point, on peut souscrire à ce qu'écrit Apostolos Sahinis dans
eeavia xai àyvcourn (ample ta itvOtaropiiiiaroç, 1992, p.128. Le
dessein moralisateur de G.P. est en grande partie une « tactique » pour
faire admettre l'audace de ses caricatures (« les romanciers d'autrefois
essaient de dissimuler un sujet audacieux par des intentions
pédagogiques fictives » [ol nakateteeot, [tufituroetoyeàxpot neooltafloiiv
và ovyxaXihpoliv va Tok[tre Oépta Tot); 1.tè Itkaojiattxèg SLSIŒXIL%èç
neo0é6etgi).
50 INDEX SIGLORUM
ed.pr. = editio princeps (Athenis, 1839)
Anag. = editio quam curavit Manolis Anagnostakis in aedibus
Nectikil (Athenis 1989)
Ang. = editio quam curavit Alkis Angelou in aedibus `Eeitfig/
`EOILΠ(Athenis 1989)
51 AU CI-DEVANT
PRINCE DE VALACHIE
aujourd'hui honnête
CITOYEN
DE LA GRECE OU REGNE L'EGALITE
MONSIEUR, MONSIEUR ROANNIS KA I ATZAS*,
En témoignage de respect
L'AUTEUR
dédie ce livre.
52 TS2 [11)521-IN
111-EMONI THE BAAXIAI
vvv Sè xaXci) x«ya0Cp
IIONOMOYMENHE EAAAAOZ
HOAITH
K.K. L KAPAT2A
`,S4 rExwietov créeaç rr v f31f3Âov roternv
àvariOriutv
O EYfFPAIVEYE.
53 AU PUBLIC
Je t'offre ce qui vient de toi*.
Tous les livres ont, ou du moins doivent avoir, deux buts :
enseigner ou distraire. Certains unissent l'agréable et l'utile*;
ce sont, entre autres, ceux que l'on a appelés chez nous
Mythistorix* et Romans en France. L'Auteur, en inventant une
histoire, y introduit avec habileté les défauts de la société et,
tout en étant agréable par l'élégance de son récit, dépeint en
même temps les déportements humains. Le lecteur, tirant
profit des mésaventures d'autrui, devient plus prudent dans sa
propre vie ; parfois il se corrige lui-même,II s'il est
susceptible de correction. C'est le but que je me suis proposé en
écrivant L'Homme aux mille mésaventures, premier livre de
cette sorte que l'on édite dans notre langue. Je ne me suis pas
contenté seulement de raconter en détail les amours de mon
Héros, comme la plupart des Romanciers, mais, le prenant au
sortir du ventre de sa mère, je m'en occupe comme une nourrice,
puis comme un maître d'école ; je lui donne un emploi, lui fais
connaître successivement les principales professions et divers
pays, afin qu'il voie et nous raconte le plus grand nombre
possible des faiblesses de cette créature paradoxale qu'est
l'homme.
Il se peut que certains personnages de mon roman se
retrouvent aussi dans des écrits d'autres auteurs. Un autre
dirait peut-être à ma place que les idées des grands esprits se
rencontrent ou que ce n'est pas sa faute si d'autres sont venus
avant lui* ; mais moi, si je n'ai pas d'autre qualité, « je me
connais moi-même ».11 1 .7 Et pour vous prouver de surcroît que je
suis sincère, j'avoue avoir emprunté quelques idées à des
peintres des mœurs* plus anciens que moi ; mais je n'ai copié
personne. Bien que toutes les choses que je présente soient des
54 IlPOZ TO KOINON
Tà oà Èx tiTov oci)v 001 neoacpéew.
Aix) xvetoug oxonaùg exouv, fi toi)kaxtotov neénet, và
èxcniv, ôXa tà (3143Xta: và ôtSàoxouv và téeltouv. Tivà èvcùvouv fl
to fer i, µc te) Cocpaticov, xai, 101e/ta dvai, Iceog tocs iü,Xot,g,
note' fetiv Covop,ccoeetoat MvOturoplat, gaeà i5È tcbv FakXcov
eiç Romans. '0 Zvyyeacputig, alXénTOJV 10tOebŒV ttvà , neceetabilet
afitfiv µÈ teonov atôétov tà 0,.atic6.tata tfig xotvwvtag, xal,
téenwv Ôtât tfig xop,wernito; tfiç bilryfioecog, èet,xovi,et
ouyx@ovcoç tàg àvOeconivoug na@exteonàç. '0 à.vaymbottig,
tà na0fip,OlTŒ Tan/ 6k)\10V, y lvetat, Cocpekoi)i,tevog àJto
TreooExttxcineeog etg tOv (3tov COU' ÉV1OTE Sc bioe0oiltat, xaL aime);
ô tôtog,11 1 - 13 ' èàv fivat è1TLÔEXTLXÔÇ 610e00:MEWÇ. Tàv oxonew
ainov neoett0ép,1iv xaL èycb Eis tfiv atryyeacpfiv Toi) lloAvga0oiig,
necinov -10101'n01) etboug (343Xiou èxôtàopkvou Tir/ ykcbooav
pàç. Aèv neetwetoOtiv và neeiyeenKo tous 'pestas povov 10i)
"Hecoog pou, (Dg oi JIXeiéteeot MuOiotoeloyeacpot
kog,t13dtvwv aircov èoto t11v xotXtav tfig 1.,u1te6g 11011, TÔNI
13@ecpoxol.tiZco, tov ôlhOLOX(1) ,El'IW, TeYV i)noveyn11,a11W, "CÔN/
neeupéew EL; là xtieukeea èrcayyé4tata >tai, ôtacpoeoug tonoug,
ôtà và iht,1 xai, và p,à; butlynefi ôoov ôuvatov Iteet000tÉeag toi)
7taeabooll 10\,aoputog àâuvap,tag.
Tivèg èx ubv xaeaxtfiecov tfig pcuOiotoeiaç peu eiletoxovtai
tow; xat à?‘.? a Évot ouyyeantata. 'AkXog àvt' èpoii fieekev
towg E1J1Et, 611 ICÏYV àyX11,610V (1.1 ihku, 01JVC171aVt(i)Vtal, 511 ôèv h
etvat ocpà4ta TOU èàv 'akî,ou tov ène6Xa(3av- àXX' èycia ytvdx»cco
èyavi-Ov, èàv ôèv exco èiXko neotÉelea.11 1 .Y Atà và àlroôci,co
ôè neog to&cotç ôtt et tat xai, ôp,o)\,oyci) ôtt, èôaveioeuv
ttvàç tôéag àJIà àe)(01101ÉQOUg iffloyeacpovç o6&va
55
nportraits de la société, presque toute mai histoire est pure
création de mon esprit. Cet esprit est-il petit ou grand ? Il est
comme le Créateur l'a façonné et l'expérience l'a formé.
J'implore l'indulgence du public pour les lacunes de ma langue
et son pardon pour ma sincérité dans la peinture des moeurs et
demeure
celui qui est passé à peu près par les mêmes
mésaventures,
G. PALAIOLOGUE.
56 àvtéyeaipa. 'Av xal ôoa èxOétto vii ànetxoviottata tris
xomuviag, ôkfi oxe66v fi iotoei,a Roi) eZvat xa0aeôv nkaop,a toi)
voôg p,ixeoi) fi ptcyaXou, Cog ô Arip,t,oueyôg tôv «ÉJtrev xai,
Itstea tôv 41,6eywoev.
'EnixaXoUp.evoç Tin/ ouyxata(3aouv TOri XOUVOi) ôt,à tàç
bLakextixag Èkke,i,wag pou, xaKog xal trly ourvcinev toi &à
tfiv fieoyeacptxfiv pou ELXixeivet,av,
`0 xatà tô pà)\.ov xai, fittov 6i,totona0fig tau
r. AAAIOAOFOE. II
57
L'HOMME AUX MILLE MESAVENTURES
LIVRE PREMIER
CHAPITRE I
Mon père et ma mère. Ma naissance.
(5) Jean Favinis, Interprète* à l'Ambassade de France à
Constantinople, épousa à l'âge d'environ cinquante ans une
jeune fille de quinze ans, prénommée Anna, dont le père
exerçait la profession d'avocat à Péra. Tels sont mes parents.
J'aurais souhaité taire ce qui concerne leur caractère, car le
récit ne parle pas en faveur de mon père. Mais un homme
comme moi, qui n'a pas pris la plume pour flatter11 1 2 les
faiblesses humaines et s'apprête à montrer aussi fidèlement
ses propres déportements, n'est pas blâmable s'il raconte ceux
de ses parents, surtout si ce récit tend à stigmatiser les vices de
la société. Les célèbres richesses de Favinis, mais plus encore
sa position dans la cité et sa noble origine poussèrent les
parents d'Anna à solliciter cette union qui se fit contre
l'inclination et la volonté de leur fille. Leur gendre, non
seulement paraissait plus vieux qu'il ne l'était, en raison des
abus de toutes sortes qu'il avait faits, mais il avait encore
beaucoup d'autres vices physiques et moraux. Laid et
cachectique, il était en outre de caractère difficile, colérique
et jaloux. Alors qu'il avait dissipé sa fortune dans les
mauvaises habitudes, il vivait en son intérieur dans une lésine
1qui n'a pas d'exemple. Anna, tout au contraire,11 alliait à
une rare beauté la bonté de l'âme, la modestie et toutes les
vertus domestiques. Elle ne pouvait par s uite trouver le bon-
58
O fl OAYTI AOHE
BIBAION HPQTON.
KE(PAAAION A' .
01 yevwiropeç xai yévvnalç pov.
(5) 'Iwavvfig ô (1)cteivfig, Aieettfivei)g tfig èv
Kwvotavavolutoket, fakkixfig Ileeffidag, èvw,weilOri Ets fikixi.av
neytfixoyta Iteebtou È1(bV VECLVL6U bexanevtaerii, ôvol..tao[tèvriv
'Avvav, tt1S ônotag ô natfie tterfiexeto tfiv Ôtxfiyoei,ay cLS te)
EIŒVe0606[110V.160il ol yoveig itou. 'E1ice0i4touv y' kitocawnfiow
ta neet Toi) XaeUXIile6g twv 61611 Ôtfiyficrig Ôèv dvai eiwoïxfi
ets tôv Tramée« 1,tou. ôoti; ôèv ékal3e tôv xakaitov Ôtà và
xokaxelkm11 1 .2 tag aveetœdvoug àôuvai.dag, xai 0à èxeéau 1600V
JILOTà tag ihLag tou Jta@exteonag, 6ÈV Etvat [tepttatog,
6ifiyo4tevog tag 11i)V yovéwv tou, [takiota ôtaV xut aircat atofig
TE1V01/01 neôg lucteabeiygatioithy v èkatt collatwv tris
XOUVWViag. Tà cpfim,ltégVa. nkoûtti Toi) (1(113i,V11, X111 'ÉTI,
3teeiooereeov fi nokittxfi Koig, >tai, fi eiiyeyfig xellaycoyli cou,
na@extyfiaay toùg yoyeig cii; 'Avyag, và fitfiocuoty aiitô tà
auvoixéotoy, là ônotoy «Éyivey èyavtiov tris xkLoecog >tai Oekfloewg
tris Ovyateog twv. '0 yagieog twv, ôxt itovoy eq)cdveto
yfieatôteeog àq -.1' 6,11 fit0V, ôtà tag navtobcotag xataxefioeig cou,
à?X' eixe xcd nokka iikka voixà mai, fieuxà ékatudetata.
AvoeuÔfig xcti, xaxéxtfig, fitov Tteôg Toirroug, Uoteonog, ôey(,kog
xai, fikétwrog. 'Ev ci,;) Ôè fiocifreve tfiv Jteeiovaiay cou xaxàg
È . eig, ets tfiv 'ÉO1 µè weibwki,avl ànaeabeiwatiotov.
`H -Avva è èvayttag 11,è11 13 OJTOLVi0V C00016ITITU, fivwve tfiv
ôtyaeôtrita tfiv oev,votfita xcd, ôkag tag oixtaxag
àeetag. 'Enottévwg SèN1 è61:,VOLTO và Eim)X1]01.1 IIÈ âmbea
1 cpetbwkiav Anag. : wetbwkeiav ed.pr .
59
heur auprès d'un homme de ce caractère et qui de surcroît était
d'un âge tellement disproportionné au sien. Bien qu'elle ne pût,
malgré tous ses efforts, l'aimer du fond du coeur, elle était
malgré tout attentionnée et fidèle à ses devoirs conjugaux.
Mais lui, s'étant aperçu que l'amour de sa femme était
contraint, au lieu d'attribuer la chose à ses vices repoussants,
alla s'imaginer que son coeur était déjà pris. Ce qui ne fit
qu'accroître sa jalousie. Il voyait partout, même dans (6) ses
plus proches parents, des hommes cherchant à attenter à son
honneur. Le sourire le plus innocent de son épouse l'irritait et i 1
exigeait que ma mère, suivant son exemple, se comportât
froidement avec ses familiers et durement avec les
domestiques. Dominé par la passion des cartes,11 1 4 il y perdait
des sommes considérables, ce qui accroissait son irritabilité ; i 1
déchargeait alors sa mauvaise humeur sur l'aimable Anna
qu'il maltraitait de façon indigne. Il restait parfois des nuits
entières sans revenir chez lui, hantant de mauvais lieux où i 1
avait conservé des liaisons clandestines. Quand il rentrait, non
seulement il ne daignait fournir la moindre explication de son
absence, mais il faisait même le récit de ses débauches sans la
moindre vergogne à seule fin d'accroître le chagrin d'Anna qui,
pleine de bonté, endurait tout cela avec une patience
angélique, réservant ses pleurs et ses soupirs aux moments où
elle restait seule. Elle était contrainte de lui rendre un compte
détaillé des dépenses du ménage ; malgré toute l'économie de
ma mère, mon père caractérisait ces dépenses comme
excessives, absurdes et insensées.
Trois jours après leur mariage, il se brouilla avec mon
grand-père, pour une petite somme qui manquait dans la dot ;
il l'insulta11 1 5 et lui fit tant de peine que de ce moment le vieil
homme n'osa plus venir consoler sa fille dont les malheurs,
encore qu'elle-même les tût, étaient connus de toute la ville. Un
jour que ma mère avait voulu intervenir pour que le gendre se
réconciliât avec son beau-père, mon père se mit contre elle dans
une si violente colère, qu'il fut emporté jusqu'à la dernière
férocité et que, si ma grand-mère n'eût été là pour retenir son
60
19
. 541 51o1àoloctx 5111 DALLTI A01X3 A91 513 3191 A011i DAAV, 4,12919
.13Xàpury 5ffig1 Aoy304 A39 o,1A3 nao `acn pôlaX A41 tiotp.pax pA
D19 `Ioceaoloir 541 aluipi 4 Ao14 A39 Ap3 `molgunaue AttipXo3
A41 513 404A1x3 31092 `541.an „il« ami alpnir o Agool 3omria03
`aoà30A37c (Loi 131311 59àg1i»A o liw(0rod) )?A 1019 Etoleyogari
pA 3olm84 ami &LIU:ri 4 1,19131r3 ‘A10a31111, AryiN .Aryou A41 A4,y9
513 ploolAA AO1U `7J1ccmo3 101 4ia10 110% AQ `111D1140D1C 91 51310119
541 pf53170kao A41 4g4dok11ap7c pA Ao3y1r 49y3 pA A9X AC0153A
9 A3oa011yo13 A39 310119 3109 `A3olusay3 A91 110x sl ipmagrA3
A91 Aogoi `59xioà1L NO:13m Apàxrd 1019 `(LOTI Acœrpu
1,1,001XAao3 AM1 5amipit 5ao1 131311 5pa3114 513a1
. 111119A9 iokoypaiou
`px1yoga37ta ami a411071 O A3>rioAcp APyrioAoxp A4i
Atly9 yi molto pl `Acogo3 Amxpixto AM1 AyrioniapAgy lta311011C3M
A91(110 513 4919 pA 5m3ôX072a Aolfh . 4A911 3A3)13 AD19 DDCLO7JA310
1DX »oalovax `A4Ao1101ca A4x1aftlalif1 311 3a3131“). pl Dy9 5114
`ADA.AV, A4ODA9 AUl A0à319001831r 4g41ray pA 919 'agi 570138ttoxPx
Spi APiàolloigp 0113A4193 `aol A1(it131Cm Atg. AoimXpyaol
4o4Aoyo111n )?A 013X3g311Jx A39 AoAori 1X9 n Aco1381m7ra,
51303X0 5aori9ADÔrpar 591 13o4ôtu101g 3X13 amr9 %api
pnrolca 513 ACOA311 molxio A4i 513 oleaul A3g 5aoà4yxoyo
5plxnA 32o1Aq, .A01pAp Aolcoal 3Ti o13>D13Xm3riom0x3
AD oico A.41 `A,DAAV„. A101rlopà3 Alg 513 A3Acirria033
vox aol 5419y1/09 4 A3A,Dn4 3191 pDx `5Di11woœr 5nypA311
3A10X3 tii 1i`51711TJuoianX 541 5oovu 91 oup 5oA311oa31daN
.5m3aUlca 54.02 59air 39 n11119à4yxo `5ao13x10 5aoi 591D1c
A3)1 101tu9aXadt 311 ami ain4ri 4 iraga?cb 9A, 'agi, pr1h39pa101c 01
pin% `3paol11o7tp inx `3Aaff/a111r A91 5111 priD191311 Aoà319Coop 91
. 513A3AAao 5aoa31om310 5(101 5ao1a10 (9) 513 mx 5(9 'agi 511)111 541.
5aoyacJir3 A3113,(g3 (1,01ADll 'aol rrivaloyli, 4 A3oitn,4 A300„
. 511 molga)ox AU1 AltAellittyProxokc 3o3oeta 'agi plioricpaapy3
pxugaoaxoup pi 513 olacu 4fxp9010p pA 11m? li,A3riop1g30 Aoiti
UarpAp 4 110 52oo4ÔU,inaD1r `Alyvir 591av .DiAox11(p3x 5111 pxvlaao
513 yamit vox 4x11lt1olcia3u 5(0119 Aolll `5co1gà)oxil.3 lloptap
A91 pA '541 5pAmAp 5aol 5aoyo Ti `404Aag3 A39 vox Av,, .5701x1^(4
aoA9yPAppag 51olaol 59111 51tialo1o1 ipx `5oôttlxPIIDX aolamm.
bras, je n'existerais peut-être pas aujourd'hui. En effet, Anna
était alors dans le sixième mois de sa grossesse. Les souffrances
qu'elle avait endurées du fait des mauvais traitements et les
amertumes d'une union affligeante de dix mois l'avaient mise
dans un tel état que les médecins estimaient qu'on n'éviterait
pas une fausse couche. Mais ils se trompèrent dans leur
pronostic, la nature ayant été plus forte. Mais à quoi servit ce
délai supplémentaire ? A faire souffrir11 1 6 trois mois de plus
ma mère qui devait mourir d'une mort effroyable et à
tourmenter son fils pendant soixante-dix ans dans un monde
plein de tristesses et de maux ! Mais puisque par malheur je
suis né, j'ai vécu, j'ai eu à endurer bien des choses, j'en ai vu plus
encore et j'ai pris le parti d'en faire le récit détaillé, Dieu
fasse au moins que mes lecteurs tirent profit de mes
mésaventures !
Mon père avait un neveu, de moeurs corrompues comme
lui, mais auquel, (7) pour une raison inexplicable, il laissait
fréquenter ma mère, ayant en lui plus de confiance qu'en nulle
autre personne ; il lui avait même recommandé de surveiller la
conduite de son épouse. Ce parent sans foi ni loi, qui fréquentait
tous les jours la maison, conçut pour sa tante un amour impie
qu'il finit par lui découvrir sans même avoir le rouge au front.
Une telle audace la jeta dans un abîme d'effroi, mais, en
femme raisonnable, elle chercha par de bons avis à l'amener à
résipiscence,11 1 7 lui représentant le caractère criminel de sa
passion et lui faisant voir à quel point celle-ci offensait sa
vertu. Mais le téméraire, sourd aux exhortations de ma mère,
persista dans son dessein et en vint même à user de violence.
Alors, perdant patience, elle lui fit d'amers reproches et 1 e
menaça, s'il ne rentrait pas dans ses devoirs, d'appeler les
domestiques et de tout dire à son oncle. L'amour du neveu se
mua soudain en haine ; après avoir vomi contre elle les plus
grossières insultes, le jeune homme sortit furieux de la maison.
Mais il n'en resta pas là ; il courut sur l'heure trouver son
oncle et lui dit qu'il avait découvert une terrible trahison de
son honneur conjugal, qu'il avait vu de ses propres yeux l'amant
62
£9
*-Td .pa 303Tie3 : Oka it3D3T .P .
'.1C1170 A,341,(110;)X3AV : A3rtutypx3r9 z
1iogAn113x : .euv notuAnrox r
`U,O(,0110g3g3 1DX '5U1 pA0)110X A01 513 A0A3'119Xa3013 (1011 5o h1 1 5tu
A1tion133 A91 5mAnd)or11C1Jol0 A3g13 119 'Stein. aol 5 poLa o 51u
Aploogoau A903rlok 3dlaypx3A9 119 `134y A91 (LOTI D031nu
A91 513 5coo31'19 13X3k 10yy9 .020,01 513 ROU10113104,11 A30
AD1X10 AUl 91119 5u9cp1A70ri 3oytt3 `513aga
5U,ian iox 5)31731oàXo110 cA3031133 (1,011? 11:1X ‘A.10a04 513 5n11i1019
Ltote13ri 3191 aOl 50)à3 0, .aol A9130 A91513 tioaAttripinx A91 po
inx 5n13à1t11a 5aoi tip8x 90 ti30X 91 513 tioy3An1L3 A3g Api
119 'A3oity131allp A91. 110X 301Q13Afp A91 A4Ao1io1La Atu nonopX
3101 .ADig ALU Ctoo1a13X913r1 9A goluAtunx `am. Aouoxo A91 513
A3A31131C3 59aittri 5Lt1 513o3A191131C 591 513 59dxox `57O11tt11yol
O ‘yyy, .51u A413810 Al.1,1 13^«pgooa1t A000u 110x `ao3., 5oop1L 91 1DA13
Aox1110r11tyxA3 Ao091L A91a70 513 noaoAploiame irmoltoommto L T
513 ria» AOl 9A anyaogriao 919 30l1tA3 `59111A981 5(p ,yy9
.AU,x1à1 3oltA3041£3 AUl aol pritir1y9i 9j„ .5aoy311u3 zA3ch.ay1Ox31L1J
5o31n731a9aa3A9 Ao1ou9 A91 `Aolo9A9 91a03 . An130 AU1 59a11
3g1)y3ACID `A101X10 ALI,1 513 M3a3Tilt0DX Acox:becto '54A3itlao 591c,119
Smog 0, 51n. AttlfnA7019 Mu 513 tiatu1113 9A imedtpàpu molypri
3X13 A91 19x 983itol ALU Aoyy9 nAnao 513 „anu AOID319001.331C
013CL31011L3q `50111 5a1ltià,3Ap `5(10110 A0101L9 (L) A91 513
`AMA311ôn0à319 AM04 51011C3 A91a13A1O A3X13 aori &U170e 0,
I(CO)1 prorilminu pl 91E9 (Tort 1a1omAADA9 10 A1om0U,y31cp
DA Albi 3013 `0X111015A1a331 101 DA Do1o10dn1L9 ipx na310001à31L
7o913 `9yyo1L Donm `AftottAA3A3 `AntXaloa9 9110x '50)119
aquica, ih01109X ACOA139 11Ox Aco3hly9 DiAort3A A91 513 `51t1 591a
o 5aOAOÔX plAoxtyloe tioommaai iDx AoipApo
tiApooup A00319001 ,531L 51DA1111 513a1 9 iitiO3lo1La 1
9A 01 513 :tuçpD 4yoOnAp U A3ort31i1ou.ôx 11 513 vyyv c 5m3octch
51u 5ttopoaXo1a31ca `3olup11t! 5aoi 50)119 nen A9x11omAko01f
-Aoixa319unA9 momalx3 AUl Apmax3 ioônoi 10 3100) 'A101010)2113%
M11(110101 513 113olgAn11Ox Alt1 AoXia 5n3Aacto 5na41to ao&lyrinx39
imaxue 110 inx `A011101X111 AM x3 A30101111XOW 5aoo9 l0A93
de ma mère entrer dans sa chambre et qu'il avait appris avec
certitude que sa liaison était antérieure à leur mariage. Mon
1 8 et irascible de nature, crut sans père, qui était jaloux11
hésitation cette calomnie ; il alla chez lui, tremblant de
colère, entra dans la chambre de son épouse, la saisit par les
cheveux, la jeta à terre et levant sur elle une main meurtrière :
« Prépare-toi, lui dit-il, femme de rien, à recevoir le prix de
ton infidélité. » Anna, fixant sur lui son regard angélique, le
supplia de surseoir à sa vengeance, jusqu'à ce qu'il eût de
meilleures preuves, invoqua comme témoin de son innocence
Dieu qui sonde les coeurs et chercha à émouvoir sa compassion
au moins pour l'enfant innocent qui allait mourir avec elle.
Mais cet homme au coeur dur, l'esprit aveuglé par la
jalousie et la vengeance, sans prêter la moindre attention aux
supplications de ma mère, lui enfonce, hélas, son épée dans le
1 -9 ventre et disparaît. Les domestiques, en le voyant sortir,11
pâle et tremblant, les mains couvertes de sang, eurent le
soupçon qu'un crime venait de se commettre ; ils accoururent et
trouvèrent ma mère se tordant sur le sol et baignant dans son
sang. On avertit aussitôt ses parents et l'on fit venir des
médecins qui eurent le plus grand mal à la faire revenir à la (8)
ce qui s'était passé. Comme conscience et à apprendre d'elle
elle était à son terme, cette commotion hâta l'accouchement ;
mais dès que je vis le jour, l'âme de ma mère s'envola dans les
cieux.
Ses parents la pleurèrent d'autant plus qu'ils avaient
été eux-mêmes, par leur vanité, la cause indirecte de sa mort
tragique ; ils avaient, en effet, sacrifié leur fille unique à un
homme riche appartenant au grand monde mais privé des
principales qualités qui rendent une union heureuse. Voilà une
des tristes conséquences11 1 . 10 des mariages mal assortis* et
contraints !
64
59
impl03x1oA(L1 AcoA3rion1g41)Dx `AcoA9ynAnoa9 AOU 01 .05»13ic3Aao
59a3giyo 591 91c9 npi no9i, UX(11()3 An1A(tao A41 Aftoynora
50o110 AoA3111(toà310 `Aolo(toyu noo `Am1A900kc ACOanC01ÔCLX A(01
ao11o9x h311 cloy9A3T1 (toi Amccoà(1A)2 513 A0)1 Dà31nil(t9 fox
ALL1 919 1019110 4A3AoAori A4i 532Ano911rto AUA(tooaloinrmi
4 A000 Anxitopio `541 acnnAn() aoxiAnai (Loi 011170 50031114
,onx `Aoà319nola3u A0001 `AOo(LDyx3 A42 541 513AoA 1()
5(toAnôqo 5noi 513 A31013113
`ami 5961411 541 I st,Xad), 4 inx `5)3ô3ri4 541 5m1 91 0 k Ao9p 51 .yori
9yy9 .A.913xo1 A91 3AaX9131c3 4xDarn 4 ‘stu 5Da(,9 591 513 Ao14
49131ca, .DiA.002 91 54141 ,anir low0911 9A pox `5(t1 513040oin
(g) 591 1omoTynxnA9 h Ano404A(1,93 51yyri `5o)rio 1o101L0 10
loà1D1 Anoitolt1(x3ookc fox '542 513AoA10 5fflo3r19 Ano4041ouo91a
Anlàax A41 Aoà9,3 . 542 -nrir 91 513 Anoaonnanico AC01
`531ADeia1 1nx "ori4 .\(x4 91 Anoltopiarou(), `5nAptringo1nIf13
(un 5013X 39 591 `DiA0)13a1 lnx AorimyX 6 . 1 11AoA3rioXa3
A91(yn 531A991 1)913à43s(L 10 .5o1And)9 in13A1A pax `5111 Anlyiox
A41 513 59(1)1 91 in3ob `13i.43n13 `ctori 59.1111-1 541 513ol ∎txnan1t
591 513 5(ny99Q,o 113ooaic 9A 51à(oX `A1ottx19')q fox Anproao .‘M
ACLOA A01 AC0X3 Aomriaryoo `5o19ônxoà4xo o yyy, A41 9r9
.A41p liAnoounAao
3yy3113 A010119 91 `50138 Ao(b09 91 59Ô1c Annopuriao
513 434A1x A91 1 A 3oL611t3 Inx 'A930 Altio(9AA019ônx A91 541
5911119d)09 5Lti nanaanriltoonnx3m “oà31tyynx 40(011430 9A aolo
5 03 `aol mo4x19x3 A41 tlypg0A9 9A 303y9xnô0113 A91 '542 nriT13y0
A91p 59air woo1A3119 DAAv, H, aoo 5011o11o9 541 A9x1y3AA9 01
DÔ13X11r3 5ligny 9A `4An911no `13À,3y A41 `noo9111oi3 `ctoi 9113X 91
A111 0111? AoA9(boyo9 A41 A(nA9(h4 ynx `5111 nanx 13111'1Q ALL1 `ALITiox
`aol (Lfflelo 541 A011911(n9 91 513 A409 91E9 Am11382 13>11Ô)? ALL1
ti 513 1n13Xà3 `AnliAnd)oxao ALta 5coix91o199 13A1nOri3 `Anlxio AL‘
11,10i1 a 13(t310)1r `50riao(tçe inx 8 . 1 115oun1vet 13(xyl)
,1311 541 5114(0 LL 110 Aan ao1o3x1oAao 0à31o1nXa9 h011 acup