L'involontaire résurrection de Marie-Charlotte

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Marie-Charlotte finit tranquillement ses jours dans son château du Loir et Cher, entourée de ses chères amies et de ses domestiques.
Elle attend que Dieu la rappelle à Lui afin de pouvoir enfin rejoindre son tendre époux, Jean-Eudes, au Paradis.
Mais les choses ne se passent pas comme prévu...
Saint-Pierre s'avère corruptible et Marie-Charlotte est donc renvoyée sur Terre à l'insu de son plein gré.
Elle revient d'où elle vient (ou presque) et découvre ce que sont la fraternité, l'amour, l'amitié, la tolérance, la précarité...
Entre mésaventures improbables et situations cocasses, Marie-Charlotte va enfin vivre une vraie vie, loin des mondanités et de la bourgeoisie qui l'étouffaient.
Publié le : mardi 13 octobre 2015
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EAN13 : 9791026202981
Nombre de pages : non-communiqué
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Violaine Biaux
L'involontaire résurrection de Marie-Charlotte
© Violaine Biaux, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0298-1
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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Les derniers jours du reste de ma vie
Je m'appelle Marie-Charlotte de la Courtepatte et habite dans mon domaine blaisois depuis maintenant quatre-vingts ans. C'est mon chez-moi, ma maison de famille, qui deviendra, quand Dieu me rappellera à lui, le havre de paix qui abritera mon neveu Jean-Gilbert, sa douce épouse, Camille-Marguerite et leurs sept charmants bambins. C'est ici que je suis née, c'est ici que j'ai vécu mes vertes années puis ma vie de femme, avec mon tendre époux, Jean-Eudes, malheureusement rappelé trop tôt par le Seigneur, il y a dix ans déjà. Je prie pour lui chaque jour et espère le retrouver bientôt car je suis bien fatiguée désormais...
Et les domestiques ne sont plus ce qu'ils étaient.
Si mon regretté Jean-Eudes voyait ça, il se retournerait dans sa tombe ! Agnès fait le ménage à la hâte puis file dans sa chambre pour regarder cette invention satanique qu'est la télévision, Emma me sert régulièrement des plats surgelés en croyant me berner et retrouve régulièrement Samuel, le jardinier, dans la grange au fond du jardin. Ces trois sots me prennent pour une vieille bigote et parlent fort, gloussent bêtement ou chipent des bricoles en croyant que je ne m'en aperçois pas. Je fais juste preuve de bienveillance et me manquent l'envie comme l'énergie de les chasser du domaine. Et puis, à quoi bon, mes jours sont comptés désormais, je n'ai pas de temps à perdre avec ces fadaises !
Dieu reconnaîtra les siens, comme on dit.
En attendant, je reste dans mon fauteuil en cuir fauve toute la journée, et mes semaines sont rythmées par les visites du prêtre de la paroisse, Frère Jean-Luc, et par mes parties de bridge avec Marie-Agathe et Anne-Claire.
Ce sont mes plus fidèles amies, veuves également, et nous nous voyons les lundis et jeudis à 17 heures tapantes ! Elles apportent des petites friandises ou des chocolats et nous jouons jusqu'à 19h30.
Ensuite, elles rentrent chez elles avec leurs chauffeurs respectifs.
Elles me disent en cœur :
— Bonne nuit Marie-Chacha !
Et je leur réponds immuablement :
— Bonne nuit Marie-Gaga, Bonne nuit Nana-Claiclai !
On passe de bons moments toutes les trois !
Avant, on se faisait parfois des "soirées Botox", certes fort peu conformes à la volonté divine, mais diablement efficaces ! Marie-Gaga s'est même fait liposucer pour ses 60 ans, ils ont dû lui aspirer des tonnes de chocolat, feuilletés aux noix de Saint-Jacques, sans parler des litres d'alcool qu'elle ingurgitait à l'époque. Maintenant, elle est obèse et elle s'en fiche. Elle nous serine sans cesse qu'elle veut mochir tranquille et qu'après tout, c'est le seul avantage de la vieillesse... ce en quoi elle n'a pas complètement tort.
Nana-Claiclai, elle, est restée mince mais s'est voûtée à tel point qu'elle pourrait presque se toucher les seins avec le menton, si ces derniers n'étaient pas descendus jusqu'au nombril.
Quant à moi, je suis sèche comme un coup de trique et fripée comme une vieille pomme. On dirait qu'on m'a aspirée de l'intérieur. J'ai encore quelques cheveux et un dentier de grande qualité. En revanche, j'ai quelques problèmes de vue et je sens parfois sous mes doigts mes poils au menton qui repoussent...
Mais peu m'importe désormais, je n'ai plus personne à séduire et même si mon apparence reste irréprochable, je n'ai aucune velléité esthétique.
De plus, Jean-Eudes et moi-même n'avons pu avoir la progéniture dont nous rêvions. En effet, comme les voies de Dieu, je suis restée impénétrable.
J'ai reporté mon affection sur les chats. Jean-Eudes, pour sa part, a passé beaucoup plus d'heures à travailler avec sa charmante secrétaire, Carole. J'ai fait preuve de bienveillance car les hommes ont des besoins à satisfaire et Jean-Eudes m'avait promis de ne pas m'imposer un divorce et ses conséquences fâcheuses à tous niveaux. Le malheureux est parti, emporté par un cancer du pénis et, Dieu me pardonne, je n'ai pu m'empêcher de penser qu'il avait été fauché par son penchant pour la luxure.
Ce n'est sans doute pas ce qui risque de me tuer mais je sens que mon heure approche et que le Seigneur va me rappeler à lui. Je vais un peu plus souvent à la messe, je multiplie les dons lors des offices et je prie tous les soirs pour partir sans douleur. Parfois, quand le temps n'est pas trop frais, je me fais conduire par Samuel jusqu'aux bords de Loire, où je fais quelques pas.
C'est lors d'une de ces sorties printanières que j'ai malheureusement croisé la route d'un camion benne. Je sortais juste de la voiture quand j'ai été fauchée. Mes vœux ont été exaucés, je n'ai pas souffert. J'aurais cependant préféré une mort un peu plus digne, me faire écraser par une Audi, une BMW ou une Mercedes... Mais non, ça a été par un éboueur alcoolisé en train de se disputer avec sa femme au téléphone... Il y a de quoi se gausser ! Mon Dieu, que vont penser Marie-Gaga et Nana-Claiclai ? J'espère qu'elles ne vont pas ébruiter les circonstances de mon décès !
Heureusement, je sais que Jean-Eudes m'attend là-haut et que Dieu m'a réservé une place dans son si doux Paradis.
Mes retrouvailles avec Jean-Eudes
Ça y est, mon enterrement a eu lieu. Il y avait du monde, tout le gratin de la région était réuni pour me pleurer. Marie-Gaga tressautait comme une malheureuse et faisait trembler tous ses bourrelets. Quant à Nana-Claiclai, elle avait l'air de s'être encore plus voûtée. Elles m'ont embrassée sur le front, elles sentaient le chocolat et la naphtaline mes vieilles amies. Je sais qu'elles prieront pour moi et le Salut de mon âme.
Me voici aux portes du Paradis, j'aperçois Jean-Eudes qui me sourit. Il m'attendait, mon tendre époux ; comme il est doux de le découvrir si aimant, lui qui, de son vivant, n'était guère expressif ! Je suis aux anges et flotte dans une lumière bleutée. Saint Pierre me regarde d'un air compatissant, me voilà presque arrivée. Je tends la main vers Jean-Eudes qui se retourne vers Saint Pierre et lui glisse un papier dans la main. Il m'a écrit une lettre de bienvenue, une déclaration d'amour m'attend au seuil du Paradis ! J'arrive devant Saint Pierre. Il est noir et très baraqué, comme un videur de boîte de nuit dirais-je, bien que je ne sois jamais allée dans ces lieux de perdition ! Je lui souris, éblouie par la douce lumière qui éclaire les lieux et par la sérénité des élus, qui me saluent, allongés sur des sofas roses et bercés par le chant de petits angelots.
Saint Pierre me regarde de la tête aux pieds et me dit soudain :
— Toi, la vioque, tu dégages !
Je lui souris à nouveau, certaine d'avoir mal entendu.
Je m'approche de la porte des douceurs mais il me pousse violemment :
— T'es sourdingue, Mamie, on t'a enterrée sans ton Sonotone ?
Je suffoque tout d'un coup et tente d'apercevoir Jean-Eudes, qui me tourne désormais le dos. Il ne semble pas m'entendre malgré mes glapissements quand Saint Pierre me pousse à nouveau.
Je me retrouve à genoux et quémande en larmoyant :
— Saint Pierre, je vous en prie, j'ai été pieuse, je n'ai voté qu'une fois "Front national", j'ai donné des vêtements à une dame de couleur, et surtout, mon Amour, mon Jean-Eudes m'attend depuis dix ans. Laissez-moi entrer je vous en supplie, grand Saint, je suis allée à confesse régulièrement, je suis une vraie croyante, pas une vulgaire convertie de dernière minute !
Saint Pierre me contemple, l'air goguenard :
— Mais ma p'tite dame, ça a changé le Paradis, c'est plus comme pour ta mère-grand, y'a des pots de vin ! Et ton Jean-Eudes, y m'a filé assez d'oseille pour en virer douze comme toi ! Donc, tu te relèves, tu bouges tes petites papattes et tu fous la paix à ton Jean-Eudes. Il a déjà une femme et c'est pas une vieille peau, la Carole!
Seigneur Jésus, Marie, Joseph ! Qu'est-ce que ce lupanar ? Toute cette vie de piété pour en arriver là, refoulée du Paradis comme une vulgaire pécheresse !!!
J'appelle une dernière fois mon Jean-Eudes, qui m'ignore toujours superbement. C'est Carole que j'aperçois, avec son tailleur cintré de secrétaire modèle. Elle me regarde et me fait un signe de la main :
— Au revoir Marie-Chacha, au plaisir de ne plus voir ta vieille trogne !
C'est plus que je ne puis en supporter et, Dieu me pardonne, tous les mots qui salissaient mon esprit de petite fille jaillissent soudainement :
— Jean-Eudes, tu es un fils de pute, un bande-mou, une couille flétrie, je te laisse avec ta traînée et ta bite vérolée, va chier avec ta connasse de mes deux !
Saint Pierre est médusé ! Je me mets à pleurer comme une gamine :
— Je fais quoi, maintenant, je vais où, en enfer, au purgatoire pour l'éternité ?
Il me répond très calmement, comme si ça coulait de source :
— Vous repartez d'où vous venez ma p'tite dame !
Comment ça, je repars d'où je viens ? Je me suis fait broyer par un éboueur, on m'a enterrée et je reviens sur Terre comme si de rien n'était ? C'est complètement absurde et je sens que je perds pied... Je vole, je suis dans le ciel, aérienne comme une plume... mais où suis-je donc ?
Legrand tunnel ou mon paradis blanc
Doux Jésus, je vole comme une frêle libellule, une abeille qui butinerait de fleur en fleur, un pigeon au-dessus de la tour Eiffel... Je suis en suspension, en équilibre entre deux mondes et je me sens bien. Je suis appelée par le Seigneur je le sais, il m'a reconnue entre toutes. Je suis sa petite Marie-Charlotte, qui, tous les dimanches allait à confesse, pieuse et charitable.
Merci Seigneur de m'appeler vers Toi, de m'éloigner de Jean-Eudes et de son simulacre de Paradis ! Un halo de lumière blanche m'éclaire, je suis un ange, un papillon juste sorti de sa chrysalide, une moule détachée de son rocher ! Me voilà en extase et presque en larmes. Enfin, la mort me sera tendre, enfin, une douce éternité et un repos bien mérité m'attendent. Je suis bien, posée désormais, apaisée comme jamais. Je suis comme en lévitation, dans un espace clos mais chaleureux. Je flotte littéralement, je n'ai plus à me soucier de quelque besoin matériel que ce soit, Dieu pourvoit à tout.
Me voilà dans un vrai Paradis, dans une semi-obscurité apaisante. Quelques sons étouffés me parviennent de temps en temps. Je crois entendre de petits bruits, comme des grenouilles qui coasseraient, de la musique, comme un orgue qui jouerait en sourdine et même des voix, féminines ou masculines.
Je suis dans un cocon et je savoure ces moments de plénitude en espérant que peut-être, bientôt, un autre élu me rejoindra... Mais je reste seule dans mon abri, et ça gigote un peu partout, comme si les murs se resserraient autour de moi. J'entends de plus en plus de bruit et parfois je perçois de légers mouvements, des trucs bizarres, comme si on me tapait régulièrement sur la tête avec une saucisse. Je commence à me demander si Dieu ne s'est pas encore trompé de destination me concernant. Outre les bruits et mouvements étranges, je ressens tout un tas de choses surprenantes.
J'ai l'impression très nette que je ne vais plus tenir très longtemps dans cet endroit tant je me trouve à l'étroit désormais.
Depuis quelques jours, j'entends distinctement des voix humaines, une femme, un homme et un petit dont je n'ai pas saisi le prénom. J'ai aussi reconnu une musique, qui m'a fait penser à de la musique de sauvages, du rock'n'roll je crois. Les questions se bousculent dans ma tête et je me dis :
— Marie-Chacha, il semble bien que le Seigneur t'a fait une "blagounette" !
Pour tout vous dire, je crois que je suis en phase de renaissance, dans le ventre d'une dame dont j'ignore tout, si ce n'est qu'elle écoute une musique horripilante ! Pour la punir, et pour me défouler un peu, je lui balance des coups de pied dans le ventre. Des petits coups de poings aussi, il faut bien que je m'exprime un peu...
Je commence à saturer vraiment et je crois que je ne suis pas la seule.
Mon réceptacle, alias ma future maman, ne bouge plus d'un iota. Elle reste avachie sur son lit et je peux dormir tranquillement. Plus de coups d'andouillette sur la tête, plus de musique de sauvages, c'est, enfin, le temps du vrai repos. Mais il sera de courte durée...
Ce matin, un grand cri :
— Aïe !!!!!!!
Je crois que c'est mère qui hurle, le temps semble donc venu pour moi de commencer une nouvelle vie. Ça pousse de tous les côtés, ça braille, père a l'air de s'énerver et mon grand frère ou ma grande sœur panique.
On part en voiture, arrivée expresse à l'hôpital et mère semble avoir les jambes en l'air. Elle hurle toujours comme une truie qu'on égorgerait.
J'ai envie de lui dire :
— Enfin, mère, un peu de dignité dans un lieu public ! La Vierge Marie a enfanté dans la douleur mais en silence !
Père en rajoute une couche dans la délicatesse. Je l'entends s'extasier :
— T'as la chatte toute gonflée, on dirait que tu t'es fait ramoner par un éléphant !
Je suis outrée par ces paroles déplacées et à deux doigts de tenter de donner une leçon de savoir-vivre à ce goujat ! Mais tout de suite, il me serait très difficile de parler, j'ai la tête prise dans un étau vraisemblablement vaginal, et j'ai connu des situations plus agréables. La sage-femme s'y met :
— Prenez de l'air.... Attention, poussez Madame !
Les deux premières poussées sont inefficaces et je me demande si la deuxième vie que le Seigneur m'a accordée ne va pas se terminer entre les cuisses d'une inconnue.
Mais soudain, me voici expulsée comme une petite fusée. La tête est passée, le reste suit... C'est père qui coupe le cordon ombilical, comme c'est touchant ! Non, pas trop finalement.
Le voilà qui bataille avec les ciseaux et qui ne s'en sort pas :
— Qu'est-ce que c'est que cette merde, on dirait du calamar gluant, c'est dégueulasse !
Père a un langage fleuri semble-t-il, il va falloir que je le prenne en mains.
Mais pour le moment, je suis exposée, nue, sous la lumière des néons. Me voilà qui braille et tout le monde s'en félicite... Je suis donc un bébé crédible !
J'essaie d'ouvrir les yeux et y parviens enfin. Père est au-dessus de moi et me regarde avec circonspection :
— Il est tout violet le môme, vous êtes sûres qu'il va bien ? En plus, on dirait un boxeur avec sa tronche de travers !
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