L'le errante

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Qui sont les vingt-quatre écrivains de ce recueil ? Certains vivent Cuba, d'autres pas. Certains sont dissidents, d'autres pas. Certains sont jeunes, d'autres moins. Certains, diffusés de par le monde, traduits, restent inconnus dans leur pays natal. Tous évoquent Cuba, certains directement, avec une double casquette d'écrivains et de journalistes ; d'autres, la plupart, empruntent des chemins de traverse.
Publié le : mercredi 1 juin 2011
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EAN13 : 9782296458079
Nombre de pages : 242
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Daniel Cohen éditeur
www.editionsorizons.com
Littératures, une collection dirigée par Daniel Cohen Littératuresest une collection ouverte, tout entière, àl’écrire, quelle qu’en soit la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ; démarche éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. S’il est difficile de blâmer les ténors de celle-ci d’avoir eu le goût des genres qui lui ont rallié un large public, il reste que, prescripteurs ici, concepteurs de la forme romanesque là, comptables de ces prescriptions et de ces conceptions ailleurs, ont, jusqu’à un degré critique, asséché le vivier des talents. L’approche deLittératures— il , chez Orizons, est simple eût été vain de l’indiquer en d’autres temps : publier des auteurs que leur force personnelle, leur attachement aux formes mul-tiples du littéraire, ont conduits au désir de faire partager leur expérience intérieure. Du texte dépouillé à l’écrit porté par le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons, entre tous les critères supposant déterminer l’œuvre littéraire, le style. Flaubert écrivant : « J’estime par-dessus tout d’abord le style, et ensuite le vrai » ; plus tard, le philosophe Alain professant : « c’est toujours le goût qui éclaire le jugement », ils savaient avoir raison contre nos dépérissements. Nous en faisons notre credo. D.C.
ISBN :978-2-296-08791-0 © Orizons, Paris,2011
L’Île errante
Nouvelles cubaines
danslamêmecollection
Marcel Baraffe,Brume de sang,2009 Jean-Pierre Barbier-Jardet,Et Cætera,2009 Jean-Pierre Barbier-Jardet,Amarré à un corps-mort,2010 Michèle Bayar,Ali Amour,2011 Jacques-Emmanuel Bernard,Sous le soleil de Jerusalem,2010 François G. Bussac,Les garçons sensibles,2010 François G. Bussac,Nouvelles de la rue Linné,2010 Patrick Cardon,Le Grand Écart,2010 Bertrand du Chambon,La lionne,2011 Daniel Cohen,Eaux dérobées,2010 Monique Lise Cohen,Le parchemin du désir,2009 Eric Colombo,La métamorphose de Ailes,2011 Patrick Corneau,Îles sans océan,2010 Maurice Couturier,Ziama,2009 Charles Dobzynski,le bal de baleines et autres fictions,2011 Serge Dufoulon,Les Jours de papier,2011 Raymond Espinose,Libertad,2010 Jean Gillibert,À demi-barbares,2011 Jean Gillibert,Exils,2011 Jean Gillibert,Nunuche, suivi de Les Pompes néantes,2011 Gérard Glatt,L’Impasse Héloïse,2009 Charles Guerrin,La cérémonie des aveux,2009 Henri Heinemann,L’Éternité pliée, Journal, édition intégrale. François Labbé,Le Cahier rouge,2011 Didier Mansuy,Cas de figures,2011 Gérard Mansuy,Le Merveilleux,2009 Kristina Manusardi,Au tout début,2011 Lucette Mouline,Faux et usage de faux,2009 Lucette Mouline,Du côté de l’ennemi,2010 Anne Mounic,(X)de nom et prénom inconnu,2011 Béatrix Ulysse,L’écho du corail perdu,2009 Antoine de Vial,Debout près de la mer,2009 Nos autres collections :Profils d’un classique, Cardinales, Domaine littérairese corrèlent au substrat littéraire. Les autres,Philoso-phie — La main d’Athéna, Homosexualitéset mêmeTémoins,ne peuvent pas y être étrangères. Voir notre site (décliné en page2de cet ouvrage).
L’Île errante
Nouvelles cubaines
Sélection et traduction de l'espagnol (Cuba) Liliane Hasson
Postface Armando Valdés-Zamora
2011
Pour Carlos Victoria In memoriam
Antonio Bentez Rojo
Le petit-fils El nieto
’homme devait être l’un des architectes chargés des L travaux de restauration du bourg, car il allait dans tous les sens, avec des crayons et des feutres de couleurs plein les poches. Il pouvait avoir dans les trente ans, guère plus, à en juger par sa barbe fournie d’un châtain uniforme ; il avait plutôt belle allure avec son pantalon de travail moulant, sa chemise à carreaux, ses bottes espagnoles, son rouleau de plans dans la main, sa vieille casquette vert olive, passable-ment délavée. Il était midi, c’est pourquoi il n’y avait pas de maçons sur les échafaudages, ni à côté des monticules de sable et de gravats, ni sur l’armature en planches qui laissait à peine entrevoir la façade de la grande maison, édifiée depuis bien longtemps en haut de la place aux pavés d’époque. Le soleil découpait les corniches aux tuiles rouges déjà restaurées des bâtiments voisins et dardait ses rayons sur la maisonnette basse aux murs lézardés, fichée dans l’enfilade des construc-tions ravalées, comme une dent gâtée. L’homme descendit la rue, arriva devant la maisonnette, se retourna pour observer la place et peut-être pour contrôler l’avancement des travaux de la grande maison. Ensuite, il
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déplia le plan, observa encore le haut de la rue, l’air mécontent, en laissant le plan s’enrouler de lui-même. Il s’aperçut alors que le soleil tapait fort, car il quitta la rue pour s’adosser contre la fenêtre fermée de cette maison ; il s’épongea le front avec son mouchoir et, une fois de plus, il regarda les travaux. — Désirez-vous un verre de limonade ? demanda la vieille dame à tête ronde, qui avait entrouvert le volet. L’homme fit volte-face, surpris, la remercia d’un sourire et accepta. Aussitôt, la porte s’ouvrit et une aimable sil-houette trapue se présenta sur le seuil et l’invita à entrer. Sur le moment, l’homme distinguait mal l’intérieur du salon, car il heurta un rocking-chair au cannage défoncé, troué par endroits, qui alla se balancer en grinçant. — Asseyez-vous, dit la femme en souriant. Je vous apporte tout de suite votre limonade. Je vais d’abord piler de la glace, ajouta-t-elle comme pour s’excuser par avance de le faire attendre. L’homme stoppa le balancement du siège, l’examina et s’assit prudemment. Déjà adapté à la pénombre, il regarda autour de lui : la console au miroir piqué, l’autre rocking-chair, le canapé au dossier à médaillons, les paysages ternes accrochés aux murs. Son regard indifférent glissa sur les autres objets de la pièce mais, soudain, il se figea sur la photo d’identité posée sur le guéridon du milieu dans un petit cadre d’argent. Précipitamment, l’homme se leva et s’empara du portrait qu’il approcha de ses yeux. Il resta ainsi, le faisant tourner dans ses mains, jusqu’au moment où il entendit marcher dans le couloir. Alors, il le remit en place et alla se rasseoir avec des gestes hésitants. La vieille dame lui tendit un verre posé sur une soucoupe. — Vous en désirez un autre ? demanda-t-elle de sa voix claire et cordiale, pendant que l’homme buvait d’un trait. — Non, merci. Il se leva pour poser son verre à côté de la photo. Il fait frais chez vous, dit-il sans trop de conviction. — Enfin, si on ne laisse pas passer le soleil sur le devant, on est bien. Derrière, dans la cour, pas de problèmes avec le soleil ; à la cuisine non plus.
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