L'Opposition dans la Seine. Aux ouvriers de Paris, par Fabien Filippi de Fabj

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A. Léon (Paris). 1869. In-8° , 16 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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L'OPPOSITION
DANS LA SEINE
AUX OUVRIERS DE PARIS
PAR
FABIEN FILIPPI DE FABJ
PRIX : 25 CENT.
Ne nous faisons pas illusion. Une révolution ne
s'accomplirait plus au profit d'une opinion, elle se
ferait au profit du communisme
.... Nous avons de grands et serieux devoirs à rem-
plir. Nous devons nous occuper à l'étude, non pas
tant des reformes politiques qui ne constituent,
après tout qu'un besoin factice, mais des questions
sociales et matérielles. Sachons entreprendre en
industrie, en commet ce, en finances, toutes les in-
formes qui doivent tendre au bonheur des masses et
ameliorer le sort de la classe ouvrière.
Il faut prouver aux classes pauvres que la
société s'occupe de leur venu en aide avec une
constante sollicitude; perdre moins de temps en
beaux discours et étudier davantage leurs intérêts
et leurs besoins; s'acharner moins aux questions de
cabinet et prêter plus d'attention aux questions so-
ciales. DE MORNY.
Revue des deux-Mondes, janvier 1847.
PARIS
ARMAND LÉON ET CIE, LIBRAIRES-ÉDITEURS
21, RUE DU CROISSANT, 21
1869
La période électorale va s'ouvrir dans quelques jours, de nou-
velles élections générales vont donner à la France de nouveaux
législateurs; vont-elles donner à l'Empire de nouveaux 1 ennemis ?
Vont-elles lui donner encore à Paris neuf adversaires irréfléchis,
d'autant plus acharnés, d'autant plus implacables qu'ils ont plus à
se faire pardonner et plus à faire oublier?
C'est au peuple de la grande ville, à cette classe laborieuse et
intelligente, qui forme la masse des électeurs du département de
la Seine, qu'il appartient de discerner le juste de l'injuste, le bon
du mauvais. C'est à sa raison profonde que je veux m'adresser;
c'est de ses sentiments patriotiques que je veux me faire écouter;
c'est à son esprit droit que je veux montrer les ombres répandues sur
les idoles de l'opposition et les taches indélébiles dont elles sont
maculées.
Je veux le mettre en garde contre contre les phrases ronflantes
et vides dont il a été saturé pendant six ans ; contre ces discours
à effet dont les échos intéressés ont fait l'unique force ; contre ces
hommes, ses ennemis au moment du danger, ses valets au moment
du triomphe; contre ces inconnus qui, rampant à présent devant
lui, plus tard lui poseront, s'ils sont élus, un talon sur la poitrine,
l'autre sur le front pour l'abaisser, le dominer et l'écraser ; enfin,
contre tous ceux qui n'ont d'autres titres à briguer les suffrages
qu'un passé véreux, une haine longtemps contenue, issue du coït de
la rage d'avoir été repoussés et méprisés et du dépit de n'avoir
pas été achetés par le gouvernement que nous avons choisi, que
nous avons acclamé, par l'homme qu'à deux reprises différentes
nos votes ont élevé sur le pavois.
La lutte électorale sera vive en 1869. Le début promet, nous ver-
rons le résultat ; puisse-t-il être conforme aux intérêts de la nation,
au bonheur de cette classe ouvrière parisienne, qui souffre toujours
plus que toute autre des chocs et des convulsions politiques. Du
bon ou mauvais choix de ses mandataires dépend son repos et sa
prospérité; qu'elle n'accepte donc pas en aveugle les fétiches
qu'une opposition intéressée lui présente; qu'elle les étudie, qu'elle
les interroge sur leur passé, et elle verra que ceux qui, aujour-
d'hui, se jettent dans ses bras, hier furent ses plus cruels ennemis!
Arrachons donc les guenilles libérales sous lesquelles ils se ca-
chent et faisons les comparaître tour à tour au tribunal du bon
sens; il jugera!
Si nous ne voyons pas encore paraître, sur les murs de la capi-
tale, ces affiches multicolores de dimensions diverses, imprimées
en caractères gigantesques et monstrueux, constellées de points
d'interrogation et d'exclamation, où s'étalent à l'envi les noms, les
titres et les qualités de ceux qui viennent affronter l'urne toute-
puissante, — sortes de cartes de visite que ces nouveaux gladia-
teurs présentent en entrant dans l'arène au César du moment, —
l'électeur — devant lequel ils viennent s'incliner avant de triom-
pher ou de mourir, — nous voyons au moins les étalages des li-
braires se diaprer de publications de toutes les sortes, de tous les
genres, de toutes les couleurs.
La prose de tous ces opuscules peut se résumer dans ce dicton
populaire : « Prenez mon ours; » tous se terminent invariablement
par ces mots : nommez mon candidat, c'est le meilleur ; lui seul, en
disant son fait à l'Empire, vous procurera toutes les immunités et
toutes les libertés; avec lui, plus d'armées permanentes, plus de
gros budgets, plus d'embellissements de Paris, plus d'emprunts,
mais le droit au travail et... celui de ne rien faire.
Quelques-uns des auteurs de ces brochures se proposent eux-
mêmes aux suffrages des populations, noble franchise; si ceux-là
ne sont pas les plus désintéressés, ils sont au moins les plus amu-
sants, et, s'ils ne persuadent pas les électeurs, ils les divertissent.
Les professions de foi pleuvent, les journaux politiques en sont
encombrés, chacun d'eux en contient journellement cinq ou six.
Les promesses abondent, et toutes les libertés connu es ou seule-
ment entrevues depuis les premiers vagissements du monde, y sont
affirmées et offertes par les signataires
Autant de pamphlets, de manifestes ou de profession s de foi, au-
tant de candidats lancés, diversité d'hommes, diversité d'opinions,
diversité de passions, mais partout, dans tous, similitude de lan-
gage, but unique : « battre la caisse, frapper les esprits faibles ou
crédules, les détourner du bon chemin au profit de personnalités
sans valeur ! »
Les flatteries ne sont pas marchandées, tous les moyens de sé-
duction sont tentés, tous les systèmes de persuasion sont employés.
Sur les grands journaux, la réclame outrée, en faveur de telle ou telle
candidature, s'étale entre l'insecticide Vicat et les drôleries des
chroniqueurs affamés !
Derrière ces publications sans nom et sans nombre, sous ces pro-
messes trop exagérées pour être sincères, cachée par cet encens
fumant en l'honneur de l'électeur, épanouie sur cet amoncellement
de platitudes que le pied n'écraserait pas, se dresse, s'agite et se
remue l'opposition, foetus avorté d'une république impossible.
Elle a levé son drapeau; la guenille est arborée; les loques légi-
timistes, les épaves républicaines, les haillons orléanistes qui la
composent flottent au vent électoral qui les secoue et qui les
montre. A la hampe pendent aussi de misérables lambeaux bona-
partistes, transfuges détachés du grand tout, par le mécontente-
ment inhérent aux ambitions déplacées et déçues, qu'il n'appartient
à aucun gouvernement sage de satisfaire, fut-ce même en faveur
de ses plus dévoués partisans.
Toutes les bizarres élucubrations, dont nous venons de parler,
brillent par leur démence outrecuidante, par leur style haineux et
passionné, et montrent clairement l'esprit de critique injuste, la
malveillance envieuse et le blâme non raisonné qui les anime. Le
but qu'elles laissent entrevoir n'est autre que le renversement des
institutions qui nous ont coûté tant de sang pour élever, tant de
peines pour asseoir et tant d'efforts pour consolider.
Mais l'édifice que nous avons construit est ferme et inébranlable;
ses fondements sont immuables, ils reposent sur la Nation entière,
et sa base est notre patriotisme. Ils ne sont pas Français, ceux qui
pendant longtemps, abusant du mandat qui leur avait été confié,
ont, aux yeux de l'Europe attentive, tenté d'avilir leur patrie par
leurs déclamations et leurs diatribes insensées, et, par leurs sourdes
menées, cherché à ébranler sa tranquillité. Ils ne comprennent
donc pas, ces aveugles de la vérité, que c'est s'attaquer à la Na-
tion elle-même que s'attaquer à son élu! !
Plus de sept millions de suffrages sont un roc qu'on ne déplace
pas, un piédestal inaccessible à la dent des termites, un rempart
— 6 —
derrière lequel nul ne doit craindre mais peut tout attendre, tout
espérer. La France, aujourd'hui, est si grande, que les mauvais
jours d'autrefois ne sont plus possibles; mais s'ils revenaient, nous
verrions, sans aucun doute, tous ces détracteurs du deuxième Em-
pire, pactiser avec l'ennemi et le prendre par la main pour le gui-
der à l'envahissement du sol sacré. C'est à la nation à faire justice
de ces énergumènes... Plus de tribuns!
L'opposition, cet arlequin de toutes les opinions, de tous les
partis, montre :
De toutes parts des hommes bigarrés,
Les uns gris, les uns noirs, les autres chamarrés (1).,
qui se considèrent entre eux comme l'arche sainte, devant laquelle
chacun doit s'incliner à peine de forfaiture. Si elle refuse tous les
droits au gouvernement, c'est pour se les attribuer tous, et, si elle
venait à prédominer dans les conseils de l'Etat, où irions-nous?
A la pire de toutes les tyrannies, à l'anarchie!
Tous ses membres, divisés d'opinions, séparés de principes, dé-
vorés d'ambitions différentes, ne sont unis que dans le mal, ne
s'accordent que sur un point : concentrer leurs efforts pour saper
le régime établi et le renverser, sans se préoccuper en rien du bou-
leversement qu'ils auraient provoqué, sans s'inquiéter du précipice
qu'ils auraient ouvert et sans s'alarmer d'y faire tomber devant
eux l'avenir de la Nation!
Mais le lendemain du triomphe, le lendemain du cataclysme, la
division serait dans le camp des croisés ; une lutte sanglante, im-
placable et sans trève commencerait, et les têtes de l'hydre cher-
cheraient à se déchirer et à se dévorer entre elles ; la guerre civile
ne cesserait que lorsqu'une tête, seule, resterait debout et repue,
à moins cependant que, ne se reconnaissant des forces égales, elles
s'accordent à ne jouer que chacune à leur tour le rôle du héron de
la fable. Quelles en seraient les victimes? Ne serait-ce pas vous tous,
Français, vous tous, ouvriers, qui dans votre aveuglement, les in-
vestissant du mandat de député, les auriez élevés au rôle de vos
représentants?
(1) Boileau

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