L'Ordre des choses Tome 1

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« Année 851, jour 365.
Pourquoi rouler moins vite sur l’autoroute ? Les accidents de voiture n’arrivent qu’aux autres... Voilà souvent le raisonnement facile auquel les ancêtres se sont livrés. Il était beaucoup plus commode d’éviter de regarder la réalité en face. Leur réaction a été la même lorsque certains d’entre eux ont demandé :
“Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?”
Ils savaient que le problème existait mais ils ont éludé la question. Chaque nouvelle génération qui voyait le jour sur Terre avait moins d’espace, moins de nourriture, moins de ressources. Et pourtant, rien ne changeait. Un jour, le problème les a rattrapés et a éclaté à la face du monde sans que personne ne s’attende à l’affronter aussi tôt, comme une tumeur présente depuis toujours et qui se réveille sans crier gare.
Seulement, pendant toutes ces années, ils avaient pris le problème à l’envers. Un contresens révélateur de leur égocentrisme. Leur domination sur Terre était si totale qu’il ne leur était pas venu à l’esprit qu’Elle puisse leur survivre.
“Comment la planète se portera-t-elle lorsque notre espèce disparaîtra ?”
Voilà la vraie question qu’ils auraient dû se poser. Je m’appelle 103 et je fais partie des derniers représentants de l’espèce humaine, digne descendante d’une civilisation qui s’est accrochée à son existence comme un parasite.
Mais, aujourd’hui, pour moi tout s’arrête, c’est dans l’ordre des choses. »


Publié le : mardi 8 mars 2016
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EAN13 : 9782334049115
Nombre de pages : 464
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-04909-2

 

© Edilivre, 2016

Remerciements

 

 

Ce livre n’aurait jamais pu voir le jour sans l’énergie qui m’a été transmise par mes proches et je tenais avant toutes choses à leur adresser quelques mots.

Je remercie mon Homme pour m’avoir permis de réaliser ce projet.

Je remercie mes parents, Véro, Marc, Guy et Alexia (et oui… les familles recomposées !) pour n’avoir jamais eu à douter de leur soutien.

Je remercie tous ceux qui ont servi de cobaye et à qui j’ai parfois/souvent écorché l’œil.

Je remercie ma mère, Alexia, Guy, Sylvain et Lionel pour avoir été de meilleurs correcteurs orthographiques que Word, Laurent pour la couverture, Jean-Guy et Jordane pour leurs précieux conseils.

Chapitre 1

Sept savait qu’il était réveillé mais se força à garder les yeux fermés, ce n’était pas encore l’heure réglementaire. Il devait se concentrer sur sa respiration et son rythme cardiaque ; les capteurs ne devaient pas détecter qu’il était sorti de son sommeil s’il ne voulait pas avoir à nouveau des ennuis avec Rose. Il reprenait lentement conscience de chaque centimètre carré de son corps. Comme chaque fois, il commençait par l’extrémité des orteils puis remontait le long des jambes, du torse, des bras, jusqu’à ce qu’il ait mentalement visualisé l’intégralité de son enveloppe charnelle.

Il lui arrivait de plus en plus souvent de sortir de sa phase de sommeil avant les autres. La première fois, il s’était fait surprendre. Il avait ouvert les yeux et avait observé l’écran fixé au plafond de sa cellule de vie qui indiquait toute une série de valeurs le concernant : poids, rythme cardiaque, glycémie… Il s’était alors levé pour s’habiller et passer ensuite dans la salle de bain, comme tous les matins, mais au moment de sortir de sa cellule de vie, il avait trouvé porte close. La panique l’avait envahi. Du plus loin où remontait sa mémoire, cette porte avait toujours été ouverte. Il avait tendu l’oreille, aucun bruit ne lui parvenait de l’espace commun. Les questions s’étaient bousculées dans sa tête : les autres étaient-ils levés ? Étaient-ils déjà au travail ? Pourquoi sa porte était-elle restée bloquée ? Quelqu’un allait bien finir par s’apercevoir qu’il manquait à l’appel, on allait bientôt se mettre à sa recherche si ce n’était pas déjà le cas.

Plongé dans ses interrogations, il n’avait pas vu la silhouette de l’autre côté de la porte translucide. Il entendit seulement le bruit mécanique du verrou, puis la porte vitrée s’était clarifiée avant de s’ouvrir. Un individu se tenait dans l’embrasure, à peine plus grand que la moyenne, habillé d’un uniforme qu’il n’avait jamais vu auparavant : une combinaison intégrale d’un gris neutre, surmontée d’une casquette. Personne n’avait jamais la tête couverte au sein de la colonie.

– Sept, suis-moi, lui dit l’homme sur un ton qui ne laissait pas place à la discussion.

Sept était sorti de sa cellule de vie et l’avait suivi. Dehors, les neuf autres portes étaient encore fermées. Se pouvait-il que les autres soient finalement tous encore endormis ? Il avait traversé l’espace commun puis avait rejoint le couloir principal de l’étage. C’était la première fois qu’il le parcourait seul, enfin à deux, et jamais il ne lui avait paru aussi grand.

Sept avait suivi l’inconnu et en avait profité pour l’observer. Sa démarche lui paraissait inhabituelle. Il ne savait dire pourquoi, mais cet homme ne lui semblait pas familier. Dans une colonie de cent mille personnes, il ne pouvait pas prétendre connaître tous les individus, mais quelque chose chez lui l’interpellait, et c’était bien la première fois qu’il ressentait quelque chose de ce genre. Ils étaient montés dans l’ascenseur entièrement vitré qui donnait sur l’immense cour intérieure de la tour. L’homme avait appuyé sur le bouton cent et Sept l’observa à la dérobée. Jamais il n’était monté aussi haut ; à l’exception des résidents de dernière année ou de ceux qui y travaillaient, personne n’était autorisé à se rendre au centième étage. Cet homme travaillait-il là-haut ? C’était la seule explication possible. Travaillait-il avec Zéro ? A cette pensée, son cœur s’emballa.

Tout au long de la montée, il prit bien soin de se tenir au milieu de la cabine, la vue du vide lui faisait perdre ses moyens. Dehors le ciel commençait à peine à s’éclaircir.

« Quelle heure peut-il être ? »

Son escorte devait bien avoir une idée sur la question, mais il n’osa pas lui adresser la parole. L’horizon se teintait de rose et ses yeux s’arrêtèrent sur la seule étoile encore visible. L’occasion de les observer était si rare qu’il n’avait pas pu détacher son regard. Il fut tiré de sa contemplation par l’ouverture des portes, l’homme le précéda et prit la direction du tram. Sept resta dans son sillage.

Chaque étage était une bande circulaire de cinquante mètres de large et de quatre cents mètres de diamètre. La présence du tramway intérieur était indispensable pour limiter les temps de déplacement. Les wagons ne s’arrêtaient jamais totalement, ils ralentissaient simplement quand quelqu’un montait ou descendait, mais jamais Sept n’aurait pensé qu’il fonctionnait lorsque tout le monde dormait.

« Quel gaspillage », ne put-il s’empêcher de penser.

Les habitants de la tour cohabitaient depuis toujours avec la technologie. De l’éclairage à l’allumage de l’eau, tout était automatique et si une panne d’électricité survenait, ils ne sauraient certainement pas se débrouiller. Mais, même si cette source d’énergie ne leur faisait pas défaut, Sept s’étonna de ce fonctionnement inutile. Ce n’était pas dans les habitudes de la colonie.

Ils montèrent dans le wagon qui venait de décélérer devant eux et parcoururent le reste du trajet toujours en silence. Lorsque l’homme se leva du siège, le tram ralentit automatiquement. Une fois descendus, ils marchèrent encore quelques mètres et Sept ne put s’empêcher d’observer ce centième étage dans lequel il mettait les pieds pour la première fois. Il n’y avait rien de nouveau par rapport à tous ceux qu’il avait pu visiter, ils étaient tous construits sur le même modèle. Cependant ici tout semblait mieux. L’homme s’arrêta devant une porte et le tira de sa réflexion avant qu’il n’ait pu identifier d’où lui venait cette impression. Il tourna la poignée.

– Entre et assieds-toi, dit-il en poussant la porte.

Sept pénétra dans la pièce et la porte se referma derrière lui avant même qu’il n’ait eu le temps de s’asseoir. Tout depuis le début de cette journée était étrange, mais la pièce dans laquelle il se trouvait l’était plus encore. Il s’agissait d’une toute petite surface, dix mètres carrés tout au plus, une table, deux chaises… C’était la plus petite pièce qu’il eut jamais vue jusqu’à présent, tous les espaces de la colonie étant conçus pour la vie en collectivité. Il inspira profondément, il se sentait beaucoup trop à l’étroit ici. La porte opposée à celle par laquelle il était entré s’ouvrit.

– Bonjour Sept.

Une femme vint s’asseoir en face de lui sans lui adresser le moindre regard, elle ouvrit un dossier. Elle portait le même uniforme que l’homme qui l’avait accompagné jusqu’ici.

– Est-ce que tu connais la raison de ta présence ici ? lui demanda-t-elle le nez toujours plongé dans les documents.

Elle lui inspirait ce même sentiment étrange. Il avait toujours considéré ses semblables comme faisant partie de sa famille, et là, en quelque minutes, il venait d’être confronté à deux individus qui lui semblaient totalement étrangers.

– Non, répondit-il en attendant avec impatience une explication.

– Tu t’es réveillé avant l’heure réglementaire. C’est la première fois apparemment n’est-ce pas ? dit-elle en posant l’index sur une ligne du document.

– L’heure réglementaire ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

En quarante ans, il s’était toujours réveillé à la même heure sans jamais se poser de question. Jamais il n’avait envisagé la possibilité qu’une règle y soit pour quelque chose. La femme éluda la question. Elle leva enfin les yeux du dossier.

– Y a-t-il à ton sens une raison particulière à ce comportement inhabituel ? poursuivit-elle.

Il secoua la tête.

– Bien, il est peut-être temps de faire les présentations, tu dois certainement te demander qui je suis, dit-elle en lui adressant un sourire faux. Je m’appelle Rose.

Dès que les mots sortirent de sa bouche, elle pinça les lèvres et se redressa sur sa chaise. Elle planta ses yeux dans ceux de Sept pour observer sa réaction, mais c’était contre elle-même qu’elle paraissait furieuse, comme si elle venait de dire quelque chose qu’il ne fallait pas. Sept leva un sourcil, elle sembla chercher ses mots.

– Oui, je sais, c’est assez inhabituel comme identifiant, mais c’est à cause de mon poste particulier, justifia-t-elle.

Elle effaça de son visage la légère angoisse qui s’y était affichée et poursuivit avec assurance.

– Je dirige le bureau de contrôle du comportement. Nous veillons au parfait fonctionnement de la colonie. Dès que nous décelons un comportement inhabituel, nous enquêtons pour essayer d’en connaître les raisons et résoudre le problème. Ce qui, je te rassure, arrive très rarement.

Elle le regarda dans les yeux, comme pour essayer de sonder son esprit, puis poursuivit :

– Je vois dans ton dossier que tu n’as aucun antécédent. Nous pensons donc qu’il s’agit d’un incident isolé, qui ne se reproduira certainement pas. Si toutefois cela devait à nouveau t’arriver, je te recevrais dans ce même bureau, et nous étudierions plus en profondeur les raisons de ce comportement.

Sept ne comprenait pas un mot de ce qu’elle racontait. En quoi le fait de se réveiller avant les autres pouvait être considéré comme un comportement inhabituel ? Et puis « Rose » ? Comment pouvait-elle appartenir à la colonie avec un identifiant pareil ? Il était impossible de lui définir une place dans la hiérarchie sans son numéro de naissance ni son numéro d’année. Son explication ne l’avait pas convaincu, et c’était bien la première fois qu’il entendait qu’un identifiant était associé à un poste. Son premier réflexe fut de poser discrètement les yeux sur son poignet. Elle portait bien la marque de la colonie, il n’avait donc aucune raison de ne pas lui faire confiance. Pourtant, elle faisait naître en lui un drôle de sentiment qu’il ne savait pas vraiment qualifier. De la méfiance peut-être ?

– Tu peux rejoindre ton espace de vie. Tu y seras à temps pour le commencement de ta journée.

Sept en avait déduit qu’on devait approcher de sept heures et demi du matin, toute la colonie allait bientôt émerger de son état de sommeil. Au moment où la porte se refermait derrière lui, il décela un grésillement, puis entendit une voix qui semblait sortir tout droit du plafond :

– Déverrouillage des portes des cellules de vie dans 5 minutes.

C’était donc la raison pour laquelle ni lui ni les autres ne s’étaient jamais aperçus qu’ils étaient prisonniers de leur propre cellule ; elles devaient se verrouiller une fois qu’ils étaient endormis et se déverrouiller avant « l’heure réglementaire » comme disait Rose. L’ordre venait obligatoirement de Zéro, mais dans quel but ? Éviter que quelqu’un ne s’échappe ? Tout le monde savait qu’il était impossible de survivre en dehors de la colonie.

Sept avait réintégré son espace de vie au moment où tous les autres sortaient de leur cellule. Personne ne lui avait demandé d’où il venait et il ne parla à personne de son petit entretien dans le bureau de contrôle du comportement. Rose ne lui avait pas demandé de taire leur rencontre, mais c’était implicite.

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Depuis ce jour, il avait appris à se contrôler. Il se doutait que c’était par les capteurs reliés aux écrans de contrôle des cellules de vie qu’elle pouvait surveiller les cent mille membres de la colonie. Mais Sept en était venu à se demander si ce n’était pas durant leurs journées entières qu’ils étaient épiés. Quoi qu’il en soit, il avait jusqu’à présent réussi à éviter un nouveau tête à tête avec Rose. Sa technique fonctionnait. Lorsqu’il se réveillait avant les autres, il faisait en sorte que les valeurs de son écran de contrôle n’oscillent pas brusquement, puis il attendait le bruit du déverrouillage de sa porte pour ouvrir les yeux. Pendant ce laps de temps qu’il était incapable d’évaluer, il laissait son esprit vagabonder. Il lui arrivait de plus en plus souvent de s’interroger sur le sens de la vie en général, et celui de son existence plus particulièrement. Qu’adviendrait-il s’il passait de l’autre côté de la frontière de la colonie ? Cela changerait-il quelque chose s’il venait à disparaître ? Dans ces moments, les paroles de Zéro lui revenaient toujours en mémoire.

« Chaque individu de cette colonie est indispensable. Nous faisons tous partie d’une chaîne, un maillon se brise et c’est tout l’équilibre de la communauté qui est mis en péril. »

Était-ce la raison pour laquelle elle avait ordonné une surveillance si poussée de tous les individus ? La disparition d’un membre serait-elle si terrible ?

Il n’aurait certainement jamais de réponse à cette question, car depuis la création de la colonie, personne ne l’avait jamais quittée volontairement ou involontairement. Les médecins excellaient dans l’art de la guérison, permettant ainsi à chaque membre de vivre en bonne santé jusqu’à la fin et personne n’avait jamais franchi la frontière, tous savaient que le monde laissé par les ancêtres au-delà du périmètre autorisé n’était que désolation et stérilité.

Il entendit enfin le déverrouillage automatique des portes. Toutes ses interrogations disparurent comme elles étaient venues, sans raison. Le verre opaque devint translucide et le reste de l’espace de vie lui apparut. Il partageait avec ses neuf autres camarades une surface rectangulaire d’une centaine de mètres carrés. Un des côtés se trouvait sur la façade de la tour, entièrement vitrée sur le monde extérieur, mais hermétique. Aucunes des fenêtres ne pouvaient s’ouvrir. Sur les deux côtés perpendiculaires à la façade s’alignaient les dix cellules de vie. Chaque cellule consistait en une couchette surélevée, sous laquelle se trouvait un espace de rangement. Elles étaient isolées du reste de l’espace de vie par une cloison vitrée, opaque pendant la nuit afin de préserver l’intimité de chacun, transparente le reste de la journée. Le centre de l’espace de vie était occupé par un volume cubique qui abritait la salle de bain commune, composée de cinq douches et trois sanitaires. Des espaces de vie comme celui-ci, il y en avait dix mille exactement qui se répartissaient sur toute la périphérie extérieure de chaque étage de la tour.

Sept se leva et descendit de sa couchette. Il retira son uniforme de nuit, ouvrit le tiroir du milieu de son armoire et en sortit un uniforme de jour, propre. Il s’agissait d’une combinaison parfaitement ajustée à sa taille, de couleur blanche, avec des renforts gris au niveau des articulations : coudes, genoux et au niveau des fesses. L’uniforme était le même pour tout le monde : hommes, femmes, enfants ou anciens. Sept n’avait jamais eu l’occasion de recroiser un uniforme gris comme celui de Rose. Il en venait même parfois à se demander s’il ne l’avait pas rêvé ; l’utilisation de la teinture était réduite au minimum depuis la disparition des ancêtres, les composés chimiques qu’elle contenait étaient un facteur parmi tant d’autres de leur déclin.

Il appuya sur le bouton pour activer l’ouverture de la porte de sa cellule de vie.

– Bonjour tout le monde, lança-t-il sans vraiment faire attention à ce qui se passait autour de lui.

C’était une sorte de rituel, comme à peu près toute l’organisation du reste de sa journée. D’ailleurs, ses trois compagnons présents dans la pièce, 400, 18 et 36, lui répondirent sur le même ton. Il remarqua du coin de l’œil 103, encore en train de trifouiller son tiroir. Cela faisait plusieurs jours qu’elle semblait avoir du mal à le fermer.

« Quelle perte de temps », pensa-t-il.

Il lui suffirait d’en informer le service technique pour que quelqu’un vienne le réparer. Il passa devant elle en lui jetant un regard distrait puis se dirigea vers la salle de bain. Le reste de ses compagnons était là. Les dix occupants de l’espace de vie partageaient cet espace commun sans jamais se gêner. C’était comme une chorégraphie bien orchestrée, le rythme de chacun s’imbriquait avec celui des autres dans une fluidité parfaite.

Sept se rafraîchit le visage et observa ses camarades à travers le miroir. Cela faisait un an jour pour jour qu’ils partageaient leur quotidien. Ce soir, lors de la cérémonie de la nouvelle année, une nouvelle répartition serait tirée au sort. L’ensemble des occupants de son étage serait affecté à l’étage supérieur et chacun se verrait attribuer de nouveaux compagnons de chambre ainsi qu’un nouvel espace de vie. Cette cérémonie était un passage obligé. Sept, comme tous les autres, n’était pas affecté par cette séparation, il n’existait aucun lien particulier entre eux. Il faut dire que, mis à part l’espace de vie et le quotidien, les dix compagnons ne partageaient rien. Leurs discussions ne traitaient que des banalités de la vie : la confrontation d’idées et de points de vue n’existaient pas au sein de la colonie. Les seuls débats que Sept pouvait avoir c’était avec lui-même, dans son lit, lorsqu’il se réveillait avant les autres. Était-il le seul dans ce cas ? Il n’en avait aucune idée.

Sept aperçut 103 sortir de la douche, elle croisa son regard. Elle avait une expression étrange sur le visage et il se surprit à la regarder comme si c’était la première fois qu’il la rencontrait : il avait l’impression qu’elle était… différente. Des gouttes roulaient le long de ses joues, il mit cela sur le compte de la douche. De toute façon, tout le monde était un peu bizarre aujourd’hui, une sorte d’effervescence agitait l’ensemble de la colonie. C’était l’unique jour de l’année qui sortait de l’ordinaire et c’était également le seul jour où l’intégralité de la population était réunie sur la Grande-Place et pouvait apercevoir Zéro. Elle ferait son discours habituel, qui variait rarement d’une année à l’autre, puis ferait ses adieux à la génération 100 avant d’accueillir la génération 1.

103 était toujours dans son champ de vision. Elle restait figée et semblait contempler comme pour la première fois le tatouage qui ornait son poignet. Sept posa alors les yeux sur le sien pour essayer de comprendre ce qu’elle pouvait lui trouver de si fascinant. Trois cercles tangents entourés d’un quatrième, c’était tout ce qu’il voyait.

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Sept sortit de l’espace de vie, emprunta le large couloir circulaire et se dirigea vers le réfectoire pour prendre le premier repas de la journée. La porte s’effaça sur son passage. Il prit un plateau, s’avança dans la file et se servit. Ce repas était toujours sans surprise, composé de la même façon : un fruit, qui changeait selon les récoltes, un laitage et une céréale, qui variaient en fonction des stocks et de la livraison de la colonie 2. Il alla s’asseoir à sa place. Chaque espace de vie avait une table attribuée. 18, 400 et 701 étaient déjà assis et en pleine discussion sur la cérémonie du soir même.

– Avec ces nuages j’espère qu’il ne va pas pleuvoir ce soir, lança 701.

– Tu sais bien que non, le temps a été programmé pour être dégagé, comme chaque année. Pourquoi voudrais-tu que cela change ? répondit 18.

– Je ne sais pas, peut-être qu’un jour ils vont oublier… Tu imagines si la cérémonie devait être repoussée ! Ou annulée ! Que ferions-nous de la dernière génération ? Et de la nouvelle ?

– Pourquoi est-ce que tu te poses toutes ces questions ? Cela fait des centaines d’années que la cérémonie se déroule sans problème ! lança 18 qui semblait agacé.

– Je ne sais pas, je disais ça comme ça… répondit 701 en haussant les épaules.

La cérémonie de la nouvelle année suscitait toujours les mêmes appréhensions. Sept n’intervint pas dans la discussion mais trouvait les interrogations de 701 assez pertinentes. Qu’est-ce qui leur garantissait que tout se déroulerait toujours sans imprévu ?

103 les rejoignit et s’assit à côté de lui en silence. Leurs camarades poursuivirent sur le sujet pendant tout le repas. Y aurait-il du changement dans le discours de Zéro ? Comment serait-elle habillée ? Est-ce que sa robe serait verte comme l’année dernière ? La dernière question stimula l’imagination de chacun. Ses costumes de cérémonies étaient toujours éblouissants et il fallait une année complète aux couturières de l’étage 25 pour les concevoir et les réaliser. Elles en fournissaient également un modèle à la colonie 2 et 3 pour leur propre Zéro. Toute la population était toujours en admiration face à ces chefs-d’œuvre qui dénotaient de leurs pâles combinaisons blanches.

– Vous croyez qu’ils ressemblent à quoi, les autres Zéro ? demanda à nouveau 701.

– Personne ne le sait, aucun membre d’une colonie n’est autorisé à pénétrer dans une autre, tu le sais bien ! A force de dépenser ton énergie dans des questions inutiles, tu vas finir par être improductive aujourd’hui ! répondit 36.

701 se tut, visiblement personne n’était sensible à ses interrogations. Puis, un à un, les occupants quittèrent la table. 103, qui n’avait pratiquement pas touché à son assiette, se leva à son tour.

– Tu n’as rien mangé ! lui fit remarquer 820.

– Je n’ai pas faim.

– Ce n’est pas une question d’appétit, tu sais bien que les portions sont calculées par rapport à nos besoins ! Comment tiendras-tu jusqu’à midi ?

Elle haussa les épaules. Sept avait du mal à interpréter le comportement de 103. Elle avait l’air préoccupée, seulement il n’en comprenait pas les raisons. Chaque individu était nourri, logé, habillé, soigné, en échange de sa contribution à la colonie… Rien ne pouvait leur causer de soucis. Lorsque 103 rapporta son plateau quasi intact, la responsable du réfectoire planta ses yeux dans les siens.

– Tu sais que si tu ne finis pas, je vais être obligée de le signaler.

Nouveau haussement d’épaule.

– Le signaler à qui ? demanda 701 qui se trouvait juste derrière.

Sept avait son idée, il n’aurait pas été étonné que la responsable du réfectoire réponde « à Rose », mais elle ignora la question. Il croisa le regard de 103, qui semblait lui dire qu’elle aussi avait son idée.

– Où travailles-tu ? demanda-t-elle à 103.

– Au rez-de-chaussée, je surveille la gestation de la future génération 1.

– Et bien j’en informerai ton responsable. C’est un poste où l’on peut difficilement se permettre de ne pas être en pleine possession de ses moyens, lui dit-elle.

103 tourna les talons sans ajouter un mot et se dirigea vers la sortie sous le regard réprobateur de son interlocutrice. Sept sortit à son tour, il voulut la rattraper pour lui demander ce qui la tracassait mais n’osa pas. Il avait l’impression qu’une barrière invisible l’entourait, comme si elle avait brisé le lien qui la liait à la colonie. Il emprunta le tram avec le reste de ses camarades pour se rendre jusqu’à l’un des quatre ascenseurs principaux et descendre au rez-de-chaussée. Il était toujours étonné de la rapidité de cet engin, car il savait le temps que cela prenait à pied. Lors des exercices d’évacuation qui avaient lieu une fois par an, l’ensemble de la colonie devait descendre par les escaliers de secours. L’étage inférieur commençait, puis, une fois qu’il était entièrement vide, c’était au tour de l’étage supérieur et ainsi de suite. La journée entière était nécessaire pour évacuer complètement la tour, mais jusqu’à présent les exercices n’avaient jamais eu à s’appliquer à une situation réelle. Sept redoutait le jour où il serait obligé de descendre du centième étage, c’était déjà suffisamment épuisant du quarantième.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et Sept traversa les grandes arches du rez-de-chaussée. Il aperçut 820 quelques mètres devant lui et accéléra le pas pour le rejoindre.

La tour était un immense cylindre de cinq cents mètres de haut, qui reposait sur d’énormes poteaux d’une trentaine de mètres. L’espace au sol était donc complètement libéré et on trouvait dans l’emprise du périmètre du cylindre la Grande-Place, suffisamment vaste pour accueillir les cent mille occupants du bâtiment. La marque de la colonie était gravée sur son sol.

Au-delà de cette place s’étendaient les champs, vingt-cinq mille hectares. C’était la surface suffisante pour produire la quantité de légumes et de fruits pour les trois colonies. En échange des récoltes de la colonie 1, les colonies 2 et 3 fournissaient la viande, les céréales et les laitages nécessaires.

C’est dans une parcelle à la limite de la frontière de la colonie que Sept et 820 travaillaient. Chaque matin, ils empruntaient le train à sustentation magnétique pour parcourir les dix kilomètres qui les séparaient de leur lieu de travail.

– J’avoue que moi aussi j’étais un peu perplexe quand j’ai vu les nuages ce matin, mais regarde ce ciel maintenant ! lança 820.

– Le programme de météorologie dévie parfois un peu de son objectif, mais il finit toujours par se rétablir, répondit Sept.

Les nuages s’étaient dissipés et avaient laissé place à un soleil radieux. Le temps n’avait jamais été une préoccupation pour les colonies. Avant leur disparition, les ancêtres avaient mis au point une technologie leur permettant d’influencer la météorologie par un réseau d’énormes satellites. Sept avait souvent du mal à imaginer qu’une population capable d’inventer de telles technologies ait couru à sa perte.

Depuis, les colonies avaient amélioré ce système, de sorte à pouvoir amener la pluie ou le soleil à l’heure près, en fonction des besoins. Il n’imaginait pas exercer son métier dans l’incertitude du temps qu’il ferait le lendemain et avait toujours admiré les anciens pour avoir su cultiver de cette manière pendant des centaines de milliers d’années.

A chaque arrêt, le train se vidait un peu plus, chacun regagnant le champ qui lui était affecté. Il ne restait à présent que ceux qui travaillaient dans les parcelles à la limite de la frontière. Après une dizaine de minutes encore, Sept, 820 et le reste de leur équipe descendirent.

– Je vais commencer l’inspection des plants avec les autres, on se voit tout à l’heure, lui dit 820.

Sept acquiesça avant de se diriger vers l’entrepôt pour vérifier les données enregistrées pendant la nuit. A chaque pas qu’il faisait dans l’herbe mouillée, la rosée du matin se déposait sur ses chaussures. Il était à peine 9 heures et la chaleur du soleil n’avait pas encore réussi à faire s’évaporer l’humidité de la dernière averse de la nuit. Il pénétra dans l’entrepôt et se dirigea vers la salle d’enregistrement, laissant derrière lui l’empreinte de ses pas mouillés.

Pour obtenir le meilleur rendement, la colonie avait établi un programme météorologique précis. Les légumes nécessitant les mêmes besoins étaient cultivés en même temps. En ce moment, c’était les tomates, courgettes, concombres, poivrons… Une bonne averse en fin de soirée tous les deux jours et du soleil pendant la journée.

Lors de leurs premières années d’enseignement, les benjamins de la colonie apprenaient tous les types de climat qui avaient pu exister sur terre : la neige, la pluie, le brouillard, la mousson, la canicule… mais depuis la création des colonies, personne n’avait jamais eu l’occasion d’observer ces phénomènes. Le seul climat qu’ils connaissaient était comme le paysage alentour : plat. Aucun épisode de forte chaleur ou de froid intense. Même la pluie leur était quasiment inconnue, ne tombant que la nuit, pendant leur sommeil.

Sept se demandait souvent quel effet cela ferait d’être surpris par un déluge de pluie ou de devoir lutter de toutes ses forces contre le vent.

Il était plongé dans sa vérification des données enregistrées pendant la nuit lorsqu’il entendit la voix de 820 derrière lui ; il sursauta.

– Sept, on a inspecté tous les plants. Aucun parasite en vue, par contre j’ai l’impression que le taux d’humidité du sol est un peu faible.

– C’est bien ce qu’il me semblait. J’hésitais à faire un communiqué aux autres parcelles, mais si tu as la même impression, je vais les informer. S’ils font le même constat, nous enverrons un rapport pour que la prochaine averse soit un peu plus conséquente.

– Bon j’y retourne, je vais répartir les équipes, il y a pas mal de mauvaises herbes.

Tout le travail qui touchait de près ou de loin à l’agriculture se faisait de la manière la plus saine possible, à la main et à l’aide de produits naturels. L’utilisation à grande échelle de produits chimiques et de pesticides pour l’agriculture, la confection textile et l’industrie, était l’une des causes majeures de la disparition des ancêtres. Pendant les premiers temps de leur utilisation, la Terre avait réussi à se purger de ces substances. Mais chaque année, la population mondiale était devenue de plus en plus importante et les ressources de moins en moins présentes. L’Humanité ne pouvait plus se permettre de perdre une seule récolte à cause de maladies ou de parasites sous peine de famine. Chaque grain de blé était compté et l’utilisation de ces produits était devenue obligatoire sur l’ensemble des territoires pour un rendement optimum. Le rythme était devenu trop intense pour la planète, la pollution s’était répandue dans les nappes phréatiques, les rivières, les fleuves, les mers, les océans, l’air, les sols… En une centaine d’année, la totalité de la Terre avait été contaminée. Pour faire face à cette pollution, les gouvernements avaient introduit, à l’insu des agriculteurs, ce qu’ils appelaient des OGM, organisme génétiquement modifié. Comme leur nom l’indiquait, la structure génétique des aliments cultivés était modifiée pour les rendre plus résistants aux maladies, plus nutritifs… Ces deux phénomènes cumulés avaient créé des réactions en chaîne devenues incontrôlables.

La première pouvait paraître anodine, mais ce fut le déclencheur qui accéléra le déclin : la disparition des abeilles. Sans elles, une partie des fruits et légumes avait fini par disparaître, faute de pollinisateur. Les rendements globaux de l’agriculture avaient baissé d’environ un tiers et la qualité des denrées avait elle aussi diminué.

La deuxième fut la prolifération d’une maladie surnommée le fléau du XXIème siècle : le cancer. Cette maladie pouvait infecter n’importe quel tissu de l’organisme. A chaque fois que les chercheurs trouvaient un traitement, le cancer évoluait et devenait plus agressif, certainement à cause de l’environnement terrestre un peu plus pollué chaque jour.

Enfin, la dernière, et certainement celle qui signa définitivement la disparition de l’Humanité telle qu’elle avait existé jusqu’à présent : l’infertilité de l’espèce humaine. Ce phénomène avait toujours existé. Sur l’ensemble de la population, il y avait toujours eu une infime partie des individus incapables de procréer. Mais il s’était accentué au milieu du XXIIème siècle. Au départ, personne n’avait considéré le problème comme étant majeur. Cela faisait le commerce des médecins spécialisés, les cabinets de procréation médicalement assistée fleurissaient et les traitements spécifiques étaient prescrits à tour de bras.

Ce fut la région de l’Inde qui fut au départ la plus touchée. Berceau de la confection textile, la pollution de l’eau par l’utilisation de produits chimiques pour la teinture avait altéré les cellules reproductives de la population locale qui consommait cette eau. Puis les textiles exportés depuis cette région étant imprégnés de ces substances, ils finirent par intoxiquer tous les individus à travers le monde qui les portaient. Leur dangerosité fut accentuée par le phénomène de bioaccumulation. En piégeant les substances toxiques contenues dans l’eau, les algues concentraient le poison qu’elles transmettaient ensuite aux poissons qui les mangeaient. Et ainsi de suite, jusqu’au bout de la chaîne alimentaire où se trouvait l’Homme. Ces substances avaient même été retrouvées dans le lait maternel. Une fois que le scandale avait éclaté et que les gouvernements avaient du prendre leur responsabilité, il était trop tard. Et c’est une fois face à leur inévitable destin qu’ils mirent en place le programme des colonies.

La tâche de Sept et de tous ceux qui travaillaient dans les champs suivait donc un protocole très précis pour obtenir le meilleur rendement possible sans l’utilisation d’aucun produit chimique. Les ancêtres avaient laissé un cahier des charges avec toutes sortes d’astuces naturelles, comme utiliser les coccinelles pour lutter contre les pucerons, ou encore répandre de la cendre de bois pour lutter contre les limaces. Ces tâches étaient longues et fastidieuses, mais nécessaires pour garantir la parfaite santé des colonies.

Les ancêtres avaient fait le choix de la facilité et du rendement à tout prix. Jamais ils n’auraient pensé le payer aussi cher.

820 était sur le point de franchir la porte de l’entrepôt.

– Ah, au fait, je ne me souviens plus. A quelle heure l’année quarante est-elle attendue pour la cérémonie ? lui demanda Sept.

– Nous devons être en place sur notre ligne à 17 heures 40, mais nous sommes convoqués sur la Grande-Place à 17 heures 20.

– Très bien, merci. Je viens vous aider dans cinq minutes.

Sur ces mots, 820 sortit. Sept rédigea ensuite son rapport sur l’hygrométrie qu’il envoya à toutes les autres parcelles avant de rejoindre son équipe dans le champ. Il marqua un temps d’arrêt et observa la limite de la colonie. Il n’y avait pas de frontière physique, aucune barrière n’empêchait de passer en périmètre non autorisé. La seule limite était visuelle. Le programme météorologique permettait aux champs de la colonie d’être verts et fertiles, contrairement au reste des alentours qui était complètement sec. Aussi loin que portait son regard, aucun arbre, aucune plante, aucun animal ne se laissait apercevoir. Qui aurait voulu se risquer dans un environnement si hostile ? La colonie se dressait comme un oasis au milieu de ce désert qui semblait ne pas avoir de fin. Chaque année, les équipes d’exploration du territoire revenaient de leur mission avec le même constat : de la roche et de la terre stérile, même le long du fleuve en contrebas. Sept reprit finalement le chemin du champ et s’attela à l’arrachage des mauvaises herbes.

Chapitre 2

17 heures 20. La moitié des membres de la colonie était déjà réunie au rez-de-chaussée de la tour. Sept attendait un peu à l’écart, avec la plupart ses camarades de la future année quarante-et-une, son tour pour se mettre en place. Chacun avait une position bien définie : sur le sol de la Grande-Place était dessiné un damier circulaire, dont le centre était l’emplacement réservé à Zéro. De ce centre, cent cercles concentriques se succédaient. Le premier cercle correspondait à la génération 1, le suivant à la génération 2, et ainsi de suite jusqu’au cercle le plus éloigné destiné à la dernière génération, la génération 100. Chaque cercle était divisé en mille places numérotées, dont la première était destinée au premier né de chaque génération, la deuxième au second né, etc… Chacun connaissait la position de son emplacement et il ne fallait pas plus d’une minute à chaque génération pour se répartir dans son cercle.

– Mise en place de la génération 22.

La voix de Zéro résonnait dans l’immense puits formé par la tour cylindrique. La génération 22 s’avança et se positionna. Les minutes défilaient et la Grande-Place se remplissait à vue d’œil.

– Mise en place de la génération 40.

Cette fois c’était son tour. Étant le septième né de sa génération, Sept se plaça sur le numéro 7. Devant lui se trouvaient tous les 7 des générations plus jeunes, et derrière lui allaient bientôt se placer les 7 des générations plus anciennes. Il...

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