L'origine du monde

De
Sur une petite route des Cantons-de-l’Est, Sophia échappe de justesse à un accident et se retrouve dans un pré au milieu duquel trône une chapelle laissée à l’abandon. En y pénétrant, elle ressent une grande paix et une attirance irrésistible pour cet endroit qui lui semble si loin de la ville et de sa vie avec Paul, son mari. Sur un coup de tête, la jeune retraitée acquiert la chapelle et entreprend de la transformer en maison d’été. Sous l’autel, qui lui sert de lit durant les travaux, elle découvre des objets et des écrits troublants qui la mettront sur la piste d’un monde secret et insoupçonné où le plaisir sexuel féminin culmine et prend une connotation spirituelle.
Mais, alors que son voisin Thomas, ami intime et bienveillant, lui révèle les mystères de « l’origine du monde »,
comment réagira son mari, alcoolique et colérique, qu’elle ne retrouve que les fins de semaine ?
Ce roman, où s’entremêlent érotisme, suspense et tragédie, entraînera le lecteur, homme ou femme, dans une réflexion sur sa sexualité pour, éventuellement, repartir sur de nouvelles bases.
Publié le : mardi 28 juillet 2015
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782923830308
Nombre de pages : 194
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
L’ORIGINE DU MONDE
DU MÊME AUTEUR
La balançoire déchaînée, Les éditions JCL, 1998
CHEZ LE MÊME ÉDITEUR
Marie Cardinal,L’inédit, 2012.
Juan Joseph Ollu,Un balcon à Cannes, 2012.
L’ORIGINE DU MONDE
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
1043, rue Marie-Anne Est Montréal (Québec) H2J 2B5 514 658 7217 apediteur.com
Photographie de la couverture : Monick Lanza Révision : Fleur Neesham
ISBN 978-2-923830-30-8 Annika Parance Éditeur remercie de son soutien financier la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC). Dépôt légal – Bibliothèques et Archives nationales du Québec, 2014 Dépôt légal – Bibliothèques et Archives Canada, 2014
©Annika Parance Éditeur, 2014
Tous droits réservés
À toutes les femmes
et aux hommes qui les aiment
PROLOGUE
Rocadam Octobre 2008 Un chapeau de paille flottait au-dessus des vignes. Sophia ouvrit la fenêtre. Un inconnu se redressa. Elle allait refermer quand le Soleil s’emparant de son visage la fit cligner des yeux. C’était pourtant octobre, mais la chaleur était revenue. « L’été des Indiens », disaient les gens. L’air avait pris une teinte jaunie de vieilles photos. Du sol s’élevaient des volutes de poussière dorée. Les vents chauds de l’été avaient ratissé les champs et brûlé les visages. La sonnerie du téléphone fit sursauter Sophia. Nerveuse, elle marcha vers la cuisine, fixa l’appareil avant de décrocher. C’était sa petite-fille Zoé. — Mamita… j’ai tout lu, dit-elle. Son ton était chargé d’émotion. Sophia s’y attendait. Le vécu érotique d’une vieille dame ne peut être que surprenant pour une femme encore à l’aube de sa vie. — J’ai de la difficulté à imaginer que c’est de toi qu’il s’agit. Je voudrais te parler. En quittant Montréal tout de suite, je serai chez toi dans moins de deux heures. Sophia n’avait pas le choix. Une rencontre devait avoir lieu. À quoi bon la remettre. — Sois prudente, Zoé. Je t’attends.
Zoé raccrocha et reprit la note qui accompagnait le livre que Sophia lui avait envoyé deux jours plus tôt. Ma petite Zoé, en lisant ces pages, tu devrais comprendre que la femme a une signification sacrée du fait qu’elle donne la vie. Et surtout, tu réaliseras qu’elle se doit de jouir ! Sans restriction. Sans penser à l’autre. Sans même avoir à donner à l’autre. Je sais que cette lecture va te bouleverser. Tu as sûrement réalisé que l’auteure de ce roman, Nadine, est la femme de Vincent Rousseau à qui j’avais accordé une entrevue il y a plus de vingt-cinq ans. J’avais appris, sans surprise, qu’elle avait été troublée par le compte-rendu des huit jours que son mari avait passés avec moi. Mais aussi qu’elle en était sortie gagnante. Dans son roman, elle transpose les échanges que nous avons eus, son mari et moi, auxquels s’ajoutent des réflexions qu’il lui avait livrées à l’époque. Je ne me suis pas opposée à la publication, car je savais très bien que ce témoignage constituait l’apogée du cheminement que cette femme avait été obligée de faire à la suite de mes rencontres avec Vincent. Zoé pinça les lèvres. Elle lut la note une autre fois. Sophia retourna à la fenêtre. Le chapeau avait disparu. Le moment était venu de tenir la promesse faite à la mère de Zoé peu de temps avant sa mort. Songeuse, elle ne vit pas le vigneron qui l’observait. Ses pensées allaient dans tous les sens.Qu’est-ce que je vais lui dire? Comment ? J’aurais dû me taire… mais j’ai promis à Juliette. Comment Zoé va-t-elle réagir ? Et si elle m’en voulait… me sortait de sa vie… Comment lui expliquer qu’Emmanuel adorait toutes les femmes ? Nerveuse, inquiète, Sophia sortit. L’air était frais. Elle marcha lentement dans l’allée. Les érables se dénudaient. Pendant un moment, elle s’amusa à taquiner du bout du pied les feuilles au sol. Quand elle releva la tête, son air avait changé. Il était empreint de détermination. D’un pas encore vif, elle traversa le chemin. La rivière apparut derrière un tas de broussailles. Les flots n’étaient plus qu’un filet. Mais Sophia savait que le printemps ramènerait l’eau vive.
Au retour, elle s’arrêta devant la vieille chapelle qui faisait partie de sa propriété. Elle eut un moment d’hésitation avant d’entrer. Comme la première fois, il y a plus de trente ans. À l’intérieur, la même fraîcheur. Le même frisson qui parcourut son corps. Elle avança vers l’autel qui faisait partie du décor de ce lieu extraordinaire où « les professions de foi » se font sous le signe du Jouir. Elle passa une main sur le dessus matelassé. Examina la photo accrochée au mur, photo en noir et blanc d’un vieil homme. Remarqua pour la centième fois qu’aucune tache de sang n’apparaissait sur le bois du plancher. De retour à l’entrée, elle s’approcha d’une chaise dont le siège était recouvert de velours rouge. Elle essaya en vain de se rappeler sa provenance. D’une main, elle caressa le tissu élimé... Se revit soudainement à l’âge de six ans — peut-être quatre ou cinq — dans la porcherie désaffectée de la famille. C’était là que tout avait commencé. Son père y remisait les longs coussins qui recouvraient les banquettes d’une vieille carriole. Ce jour-là — elle devait avoir moins de six ans puisqu’elle ne connaissait pas le péché, ni véniel, ni mortel –, allongée sur le velours d’un des coussins, elle frottait son corps qu’elle connaissait bien peu. Elle était pourtant entourée d’effluves désagréables, d’odeurs de cochons. Mais l’enfant s’en moquait. Un sentiment de bien-être l’animait. Quand l’envie d’uriner la surprit, d’un geste à peine hésitant elle enleva sa culotte, s’assit sur le coussin, y frotta son sexe qui se mit à vibrer. Le liquide chaud entre ses cuisses jaillit de la fente qu’elle écarta. Elle se lova ensuite dans la chaleur rassurante de son pipi de petite fille. La seule chaleur qu’elle connaissait. Réalisant peut-être qu’elle pouvait compter sur elle. Et que l’eau de son corps ne cesserait jamais de se renouveler. Afin de s’en assurer, elle attendit la venue d’un autre pipi. Le regarda gicler de cette partie du corps si difficile à observer. Elle se souvint que cet été-là fut ponctué par ses visites dans la porcherie. Et que l’hiver suivant, l’école, appuyée par ses parents, lui enseigna le mal. Elle lui donna raison quand, des années plus tard, elle fut punie. En effet, à douze ans, une lourdeur envahit son sexe qu’elle n’osait plus examiner. Un besoin violent de le malmener l’avait saisie. Mais comment faire ? C’était sale ! C’était péché ! Armée d’un long foulard — pas ses doigts, c’est mortel ! — comme une danseuse nue dans un bar enfumé, elle glissa le tissu au creux de ses lèvres d’un mouvement soutenu de plus en plus rapide. Malédiction ! Le lendemain, du sang entre ses cuisses. La peur de mourir, la punition suprême ! Un frisson ramena Sophia à la réalité. Son enfance était bien loin. Zoé arriverait sous peu. Trop jeune, elle connaissait à peine les églises — et encore moins leur banque de péchés — qui, demain, deviendraient peut-être des casinos. Sophia sortit au moment où une lueur envahissait l’allée. Le dernier éclat de lumière de ce 8 octobre 2008 était suspendu derrière le bois. Une voiture noire souleva les feuilles mortes sur son passage. Sophia la regarda s’approcher. La clarté disparut, sa robe passa de rose à violet. Zoé arrêta sa voiture devant un pommier déjà nu. La portière à peine fermée, elle s’avança d’un pas empressé en tenant un livre sur sa poitrine. Sa chevelure d’un noir bleuté dansait dans l’air immobile. La démarche légère exprimait la jeunesse. Zoé serra le livre sous un bras avant de prendre les deux mains tendues vers elle. — Mamita ! Mamita ! Sophia l’embrassa. La serra contre elle. — Viens, ma chérie. Vénus allait bientôt apparaître au-dessus des champs dépouillés. La porte de la chapelle se referma sur les deux femmes. Zoé déposa le livre sur un banc. Sophia alluma deux longs cierges. Une odeur de miel s’en échappa. Le rouge du velours de la chaise s’assombrit. La fraîcheur et la tranquillité du lieu reposèrent Zoé, qui avait passé une bonne partie de la nuit éveillée. Après un moment, Sophia se leva. — Viens, tu as besoin d’un café. Zoé suivit sa grand-mère dans la maison qui, comme toujours, sentait la lavande et le géranium. Poussant un profond soupir, elle se laissa tomber dans le fauteuil devant la cheminée. Sophia la rejoignit avec deux cafés.
— Mamita… en lisant le livre, je me suis demandé comment tu en étais arrivée à vivre une telle expérience. C’est hors du commun. — C’est vrai. Si on m’avait parlé de cette démarche froidement, sans aucun contexte, j’aurais trouvé ça ridicule. C’est arrivé au bon moment dans ma vie. D’ailleurs, dès mon adolescence, je me questionnais sur l’univers, la Création, Dieu. Le désir d’aller au-delà du monde matériel ne me quittait pas. Au fil des ans, je me suis jointe à des groupes spirituels, j’ai assisté à des conférences qui portaient sur l’ésotérisme, mais j’ai vite perdu l’intérêt. Cependant, et ça me semble incroyable, dès ma première fois ici, j’ai senti sans en connaître la raison que j’étais « enfin arrivée ». Que j’étais là où je devais être. Zoé prit sa tasse de café à deux mains. Jeta un regard interrogateur à sa grand-mère. — Le personnage du livre, Emmanuel, m’a vraiment intriguée. Je me demande comment il était dans sa vingtaine… J’imagine qu’il devait beaucoup aimer le corps de la femme, un peu comme les peintres. Sophia ébaucha un sourire. — Oui, et c’est difficile d’imaginer qu’il avait voulu être prêtre et qu’il a même étudié au Grand Séminaire de Montréal ! — C’est quoi, le Grand Séminaire ? — C’est une institution religieuse, un lieu de formation des prêtres. Emmanuel y étudia environ deux ans. Mais, ça ne répondait pas à ce qu’il cherchait. Il était encore jeune. Même pas dix-neuf ans. Il s’embarqua sur un navire qui partait pour la France. Là-bas, il rencontra un groupe d’artistes peintres qui l’acceptèrent comme apprenti. Il travailla avec eux pour un temps. Puis, il fut initié à la franc-maçonnerie. Les francs-maçons, c’étaient au départ des bâtisseurs de cathédrales. Et quelques siècles plus tard, des bâtisseurs de temple intérieur. — C’est pour ça qu’il a construit la chapelle, dit Zoé en déposant son café sur la table d’à côté. — Emmanuel a construit cette chapelle, mais en son for intérieur, c’était un temple à Éros qu’il bâtissait. En fait, il considérait Éros comme son maître. Ce dernier répondait plus à ses convictions que celui qu’il avait connu dans la loge des francs-maçons. Un fou rire surprit Zoé.Éros, comme dans érotique. Sophia s’esclaffa à son tour, autant amusée par l’air de Zoé que par le soulagement qu’elle ressentait. Cette rencontre se passait mieux qu’elle l’avait pressenti. — Éros n’est pas seulement le dieu de l’amour, il personnifie aussi la concorde. Emmanuel disait que seul Éros peut réaliser l’accord entre des ennemis que la haine de l’un envers l’autre pousse sans cesse à s’entredévorer. Sais-tu, Zoé, qui sont ces ennemis ? Un haussement d’épaules lui tint lieu de réponse. — L’homme et la femme, répondit Sophia. Zoé offrit un visage étonné à sa grand-mère. — Je ne connais pas ton expérience avec les hommes, dit Sophia, mais, crois-moi, il peut vraiment y avoir une haine intrinsèque entre l’homme et la femme. Zoé déplia les jambes. Les replaça à nouveau sur le bras du fauteuil. — En fait, reprit Sophia, Emmanuel n’était ni franc-maçon, ni templier, ni quoi que ce soit d’autre. Il a inventé sa propre méthode sans doute inspirée par divers mouvements ésotériques. — Mais pourquoi des gens ont écrit dans le journal d’ici des choses terribles à son sujet ? Savaient-ils vraiment ce qu’il se passait dans la chapelle ? — Des ouï-dire. Ils pensaient qu’il s’y disait des messes noires. Et comme Emmanuel ne se défendait pas, les rumeurs s’amplifièrent. Quelques personnes s’acharnèrent sur lui, voulant se débarrasser du mal qu’il représentait. Pendant ce temps, Emmanuel se taisait, incapable d’expliquer une démarche qui exige une sorte d’initiation. Le silence tomba. — Et ma mère dans tout ça ? — Ah, ta mère… Tu sais déjà, Zoé, que Juliette était comme ma fille. Je l’ai aimée dès notre première rencontre. Je la trouvais pétillante. J’ai offert de m’en occuper de temps en temps. Je ne pouvais pas avoir d’enfant et ça me manquait. Au fil des années, nous sommes devenues inséparables. Le visage de Zoé s’éclaira.
— Juliette était curieuse, poursuivit Sophia. Elle n’avait pas encore vingt ans quand elle me surprit dans une situation compromettante. Elle me posa des tas de questions. Des mois passèrent. Je pensais qu’elle avait oublié. Mais un jour, elle me dit : « Je veux être comme toi. » Je fis semblant de ne pas comprendre. Elle ajouta qu’elle voulait être initiée à ce qui avait fait de moi... comment dire... ce qui avait fait de moi une femme pas comme les autres. Je lui dis que j’y réfléchirais. Elle insista. Je lui donnai la première clé, et c’est là que tout commença pour elle. Zoé se leva, alla à la cuisine, revint avec la cafetière. — Quand ta mère est morte, tu étais si loin… à Paris, si jeune, à peine dix-huit ans, dit Sophia, perdue dans ses pensées. Zoé se crispa. Tout était encore si net dans l’esprit de Sophia. L’appel qu’elle fit à Zoé. Sa voix brisée qui lui apprit que sa mère venait d’avoir un terrible accident de voiture. L’arrivée de Zoé à Montréal. Ses sanglots qui lui annoncèrent que Juliette venait de mourir. Et la description qu’elle lui fit de l’énergie singulière qui avait envahi la chambre tout de suite après le dernier souffle. Son insistance auprès des préposés pour garder le corps sur le lit. Pour elle, Zoé, pour qu’elle puisse la voir une dernière fois, la toucher, la caresser, lui parler. L’hésitation de sa petite-fille à entrer dans la chambre. Son effondrement. La manière dont elle enleva le drap qui recouvrait le corps de sa mère. Doucement, comme si elle ne voulait pas la réveiller. Sa main tremblante qui se mit à lisser les longs cheveux à peine parsemés de gris. « Je n’avais jamais remarqué les rides autour de ses yeux », avait dit Zoé d’une voix éteinte. Sophia se secoua, prit une gorgée de café. — Avant de mourir, Juliette trouva la force de demander que je te remette le livre. Je n’ai pas osé la contredire. C’était si pénible de la voir souffrir. J’essayais d’être forte. Je ne voulais pas qu’elle meure. C’était mon enfant. Mais elle, elle voulait que tu saches ce qui fut l’essence de nos vies, la mienne et la sienne. J’ai promis. — Mamita… murmura Zoé. — Ma petite Zoé, dit Sophia en lui saisissant les mains, ce n’est pas à moi de te dire si tu dois suivre ma voie et celle de ta mère. L’important, c’est que tu vives ta vie. La vivre vraiment pour toi. Suivre ton destin. C’est ça qui te rendra heureuse. Le plus grand souhait de ta mère, c’était que tu sois heureuse. En te remettant le livre, je considère que ma mission est accomplie. Et tu sais déjà combien je t’aime, ma chérie. Zoé se versa un autre café, en offrit à Sophia qui refusa. Elle prit le livre sur ses genoux et l’ouvrit.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Le cancer de la prostate

de annika-parance-editeur

Infidélités

de annika-parance-editeur

suivant