La Bonapartiade : premier chant

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impr. de Torchet (Rethel). 1868. 32 p. ; in-16.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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IMPHIMEHIE BÉ TORCHET
J8G8 A &. .d
Ilil
BONAPARTIADE
PREMIER CHANT
ssavaDEaub
Imprimerie de TOSCHIT.
1868.
\- Psjfeïi LECTEUR,
Yous avez lu, sans aucun doute, les dix premiers numé-
ros de la Lanterne. Que dis-je ? Vous les avez lus.. ;
Vous les avez dévorés
Je n'en suis nullement surpris.
Pour peu qu'on s'occupât de politique ou de littérature,
on ne pouvait guères, dans ces derniers temps, se défendre
de l'attrayante lecture d'une brochure aussi retentissante.
Que d'esprit et de se! dans ses pages mordantes, n'est-ce
pas ? Gomme en chirurgien sagace, ce Monsieur Rochefort
_ 4 —
s'entend à découvrir, à mettre à nu les plaies de notre pau-
vre corps social ! Comme, en opérateur habile, bien qu'un
peu brutal, il excelle à les sonder impitoyablement ; à les
cautériser, à y retourner son scalpel trempé de fiel t
Il vous laboure un Empereur ou une Impératrice ; il vous
décapite un Ministre; il vous dépèce un Comte, un Duc,
un Sénateur, un Député, d'un coup de bistouri vraiment
magistral, comme si de rien n'était. C'est admirable de
hardiesse et de dextérité.
Pourtant, cher Lecteur, vous avez dû trouver, comme
moi, que tous les passages n'étaient pas réussis; que beau-
coup, même, étaient manques, à ce point qu'ils allaient
contre leur but et qu'au lieu de dégoûter du gouverne-
ment impérial, leur principal point de mire, ils dégoû-
taient quelque peu de la Lanterne, à laquelle, en bon
Français, on aurait voulu, dans ces endroits malséans, une
lumière moins fumeuse, une clarté plus sereine et plus pure.
C'est à la lecture de l'un de ces passages où la méchan-
ceté du fond ne se rachète nullement par l'atticisme de la
formeQ, que vous devez, cher Lecteur, l'apparition de ce
0 A la page iime du numéro 9 de h Lanterne, on lit
ceci :
« Monsieur Duruy a fait une découverte qu'il a com-
muniquée au Corps législatif: C'est qu'aujourd'hui la lit-
térature manque parce que Ton s'occupe trop de politique.
Faible et timide essai de ma Muse... champenoise... De votre
Muse I allez-vous dire; et champenoise encore lit Hélas!
oui, cher Lecteur, tout ce qu'il y a de plus champenoise,
de plus moutonnière, si vous l'aimez mieux : 99 moutons
et 1 Champenois font Vous savez ?
Croiriez-vous qu'à rencontre de Monsieur Rochefort qui
voit tout en noir dans notre ciel politique, cette brave et
pauvre Muse ait eu la bonhomie d'y voir tout, ou presque
tout en rose, depuis 10 à 15 ans, et de faire sa pâture quo-
tidienne de cette délicieuse contemplation ? Croiriez-vous
que, dans sa naïve admiration, cette Muse assurément no-
vice, quoique déjà vieillote, ait pu pondre, selon l'heureuse
expression de la Lanterne, quelques milliers de vers en
l'honneur de ce gouvernement que Monsieur Rochefort
Il y a dans cette démonstration toute une pièce pour le
théâtre de Guignol.
> Comment t Voilà un gouvernement qui a fait un coup
d'Etat pour empêcher les Français de s'occuper de politique
et qui avoue tranquillement que c'est parce qu'on s'en
occupe trop que la littérature actuelle est inférieure à ceilo
des époques où l'on s'en occupait davantage.
» Avant votre avènement, la France, qui était agitée,
a eu une période littéraire d'un éclat incomparable.
> Vous vous montrez, le calme renaît, et vous n'arrivez
pas à faire pondre un alexandrin potable aux poètes que vous
élevez dans vos basses-cours, »
voudrait bien détruire, si je ne me trompe ; quand, fran-
chement, 'd'accord avec la sagesse, la justice et la raison,
tous, en bons citoyens que nous devons être, nous devrions,
(c'est notre droit le plus incontestable et le plus clair) cher-
cher tout simplement à l'éclairer, ce gouvernement, à l'é-
purer, à le perfectionner, selon les aspirations de son origine
et de sa constitution, sans effusions de sang nouvelles.
Ce dernier but est le mien.
C'est pourquoi m'est venue, cher Lecteur, la téméraire
pensée de livrer à la curiosi:é publique, voire même à la
malignité de Monsieur Piochefort, les alexandrins plus ou
moins boiteux qui suivent.
Je les réservais pour des temps meilleurs, pour des
jours plus calmes; j'hésitais à les produire. Après avoir
lu le numéro 9 de la Lanterne, je n'hésite plus. Je ne
serais vraiment pas fâché de savoir s'il est vrai que l'idée
politique est un froid dissolvant de la littérature ; si l'une
et l'autre sont véritablement incompatibles , et surtout,
si tout mouton de basse-cour que je puis être, bien que
je répudie énergiquement toute attache officielle, j'ai pu
réussir à pondre un alexandrin potable, un seul, en l'hon-
neur du gouvernement de mon pays.
Puisse votre bienveillant suffrage, cher Lecteur, donner
à Monsieur Rochefort un éloquent et gracieux démenti.
Puisse-t-il prouvar, une fois de plus, que le patriotisme
quelle que soit la forme que revête son langage, fût-il em-
prisonné dans des rimes et décoré de figures allégoriques,
trouve et trouvera toujours un écho retentissant dans les
coeurs vraiment français.
De votre accueil, cher Lecteur, vous le voyez, va dépen-
dre le sort de mon Poëme. Il va naître ou mourir, selozi
que vous lui donnerez vos suffrages ou votre mépris.
RETHEL, LE 1868.
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PREMIER CHANT.
Je chante le plus beau des hauts faits de la France :
D'un peuple infortuné l'heureuse délivrance;
Les miracles d'amour, d'espérance et de foi
Qu'enfanta la valeur de son illustre Roi.
Je chante aussi, surtout, saisi d'un doux vertige,
Les magiques vertus de cet homme-prodige
Qui, prisonnier jadis, aujourd'hui couronné,
Entraîne sur ses pas l'Univers étonné ;
Qui, bien que mis au ban de l'Europe asservie,
Pour prix de ses noirceurs, lui rend l'ordre et la vie,
Et, docile à la voix de la Fraternité,
Y sème, à pleines mains, Paix, Gloire et Liberté.
Exposition.
- 10 —
Que ton souffle, ô ma Muse, et m'anime et m'inspire !
Dis-moi par quels secrets se fonde un grand Empire ;
Dis-moi par quels ressorts inconnus aux humains
Louis-Napoléon délivra les Romains
De ce joug infamant, de ces lâches menées
Sous lesquelles sombraient leurs grandes destinées.
Enfin, révèle-moi le plan mystérieux
Qui lui fit couronner l'oeuvre de nos aïeux,
Fouler, d'un pied vainqueur, le barbare égoïsme,
Et déployer les traits du plus rare héroïsme.
Mais, pour un tel récit, il le faut, je le sens,
A la Vérité même empruntons nos accents.
De célestes reflets partout illuminées,
Ces grandes actions, telles qu'elles sont nées
Du magnanime amour qui poussait tous les coeurs
A venger de saints droits, à retremper les moeurs,
N'ont besoin d'aucun fard pour être bien saisies ;
De leurs flancs, il découle un flot de poésies.
Daigne donc, ô ma Muse, orner ce faible essai
Des doux attraits du Beau, des doux charmes du Yrai,
Et, dans mes vers naissants, émule de l'histoire,
Ebaucher en tremblant un monument de gloire.
Notre globe, emporté dans sa rotation,
Venait de terminer la révolution
ïaTOcalion,
Paris.-(Suitdu
31 Xi"» 1858).
— il —
Qu'autour de son soleil, fidèle satellite,
ïl fait en décrivant un gigantesque orbite.
L'hiver avait glacé les plus riants climats.
Paris resplendissait de neige et de frimas ;
Ses temples, ses palais, les ondes de la Seine »
Miroitaient sous les feux d'une clarté sereine
Que l'astre de la nuit, céleste réflecteur,
Répandait doucement sur son site enchanteur.
De tous côtés régnait le plus profond silence,
Dans ce vaste foyer dévie et d'opulence.
A contempler, de loin, l'obélisque muet,
Le bronze d'Austerlitz ou celui de Juillet
Que semblait revêtir un long et blanc suaire,
On eût dit que, gardiens d'un immense ossuaire
Où gisaient confondus les faibles et les forts,
Ils veillaient au repos de l'empire des morts.
Tout semblait concourir à ce spectacle étrange.
Là, le noir et le blanc, par un discret mélange,
Simulaient sur les murs de pâles ossements.
Là bas, on eut cru voir les sombres ornements
Dont, en ses jours de deuil, l'église catholique
Se plaît à décorer son élégant portique.
Plus loin, aux yeux surpris par tant de fictions,
Apparaissaient les traits de mille inscriptions
— 12 —
Qu'illuminait, du haut de colonnes rostraîes,
La mourante lueur de lampes sépulcrales.
Si, parfois, dans ces lieux, quelques ombres erraient ;
Si quelques vieux hiboux dans leurs trous soupiraient,
On n'en pensait pas moins que la famille humaine
Avait dû déserter ce lugubre domaine.
Et, pourtant, qui l'eût cru? Ce mirage trompeur
Surgissait de nos sens égarés par la peur.
Pour peu que, d'un oeil froid, on eut sondé la glace
Qui semblait, de la vie, avoir conquis la place,
Sous ces brumeux dehors, on aurait constaté
D'un colosse vivant la robuste santé.
De son souffle normal la plainte fugitive
Eut frappé le tympan d'une oreille attentive.
Sur sa vaste poitrine, un toucher scrutateur
Eut senti fortement palpiter son grand coeur,
Et l'on eut dit : « C'est toi, Géant des capitales;
Oui, oui, je reconnais tes puissances vitales.
Dors, sur ton lit de gloire, à l'ombre des lauriers
Que t'ont cueillis, hier, tes illustres guerriers,
Dors; savoure, à longs traits, les poisons de l'ivresse,
Paris, de la Fortune idole enchanteresse.
Repus de voluptés et d'honneurs et de biens,
Que peuvent désirer tes heureux citoyens ? >
- 13 —
De la nuit, cependant, sonnait la dernière heure.
Un grand homme, du haut de sa vaste demeure,
Debout, les yeux fixés sur son pays natal,
Admirait de Paris le repos matinal.
« Mon Dieu, murmurait-il, voilà donc votre ouvrage.
Qu'eut pu faire, sans vous, mon stoïque courage,
En présence du gouffre où la rébellion
Voulait ensevelir ma grande mission ?
De ce gouvernement, quand je saisis les rênes,
Tout croulait, sans l'appui de vos mains souveraines.
Contre un peuple en courroux, hurlant de toutes parts,
Qu'étaient mes seuls efforts? De bien faibles remparts.
Sans le divin concours de votre Providence.,
Paris jouirait-il de sa douce abondance,
Et ma France adorée eut-elle vu jamais
Refleurir en son sein tant de gloire et de paix? »
Aiasi parlait cet homme. A ce noble langage,
Pouvait-on méconnaître un philosophe, un sage
Qui sait que Dieu soutient son vol audacieux,
Pendant qu'Aigle sublime il plane au haut des Cieux ?
A son geste imposant, à sa fière attitude,
D'un haut commandement solennelle habitude,
A son front large et pâle, à son oeil pénétrant,
On devinait, sans peine, un chef, un conquérant.
Napoléon II T.

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