La Cacamanie ou indigestion de Pluton

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imp. de P. Gueffier (Paris). 1822. In-8°. Pièce cartonnée.
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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LA CACAMANIE,
o u
INDIGESTION DE PLUTON.
Prix : 7 5 centimes.
PARIS,
IMPRIMERIE DE P. GUEFFIER,
RUE GDÉNÉGAUD, N°. 3l.
l822.
AVERTISSEMENT.
On s'occupe de placer des cordons sanitaires
pour empêcher l'introduction de la fièvre jaune, et
l'on ne prend aucune précaution pour arrêter les
progrès d'une épidémie bien plus dangereuse pour
la société, puisqu'elle en trouble l'ordre et la me-
nace d'une destruction totale.
Les individus atteints de cette contagion qu'on
appelle la cacamanie, existent au milieu de nous,
corrompent la jeunesse en lui insinuant adroitement
ce poison mortel, qui bouleversera tôt ou tard son
existence et celle de ceux qui l'entourent.
Cette épidémie empreint un cachet particulier
sur la figure des malades : ils sont taciturnes, inso-
ciables ; tout leur déplaît, hormis le bruit et le scan-
dale : ils né respirent que haine et vengeance et se
délectent dans le sang; leurs discours annoncent
l'aberration de leurs idées; ils ont la passion du
mensonge et de la nouveauté : ce qu'il y a de plus
sacré, de plus légitime, de plus juste et de plus
vénéré parmi les hommes, leur fait horreur.
On les distingue aux convulsions qu'ils éprouvent,
à la démangeaison continuelle de parler et d'écrire,
enfin à l'air de suffisance et de supériorité qu'ils se
donnent; ce qui les rend extrêmement ridicules aux
yeux de la raison et de l'expérience , dont ils redou-
tent l'empire.
Celte fièvre chaude est sortie des enfers , d'après
les points de contact que les pestiférés ont eus avec
les démons; son principal foyer s'est ensuite établi
en France, d'où il s'est étendu en Espagne, à Na-
ples, en Piémont, dans plusieurs états de l'Aile-
magne, en Grèce, en Angleterre, enfin en Amé-
rique.
Le monde entier fait des voeux pour que les doc-
teurs éclairés, chargés d'y porter remède , se hâtent
d'extirper une épidémie si virulente, dont ils seront
tôt ou tard victimes eux-mêmes. Dieu leur en donne
la volonté !.. Les moyens curatifs ne manquent pas,
ils sont sous la main de tout le monde; il ne faut
que de la célérité dans l'application et du discerne-
ment dans les doses.
En attendant cet acte d'humanité, si utile au
bonheur et à la tranquillité des hommes, j'entre-
prends de décrire la source el les effets de cette
maladie contagieuse, afin que chacun prenne des
précautions pour s'en préserver. Mes voeux seront
remplis, si j'occasionne un instant de plaisir aux
uns et la guérison de quelques autres. Qu'on me
pardonne la forme , et sur-tout la naïveté du style ,
en faveur de l'intention.
Nous vivons dans des temps où il faut trop souvent
avaler des morceaux de dure digestion; j'ai pensé
qu'il était nécessaire à la santé de chercher parfois
un antidote salutaire pour s'égayer et se distraire
des tristes pensées qui occupent notre imagination.
« On lit souvent pour s'endormir ,
» Moi , j'écris pour mo divertir. »
( Cactimanic. )
LA CACAMANIE,
O V
INDIGESTION DE PLUTON.
3E chante des dieux infernaux
Les infatigables travaux ,
Et la funeste épidémie
Qu'on nomme la Cacamanie.
De Tisyphone et Bélial
C'est le dernier fruit conjugal.
L'orgueil est peint sur sa figure,
Et son langage est l'imposture.
Toujours parlant d'humanité ,
Rien n'égale sa cruauté.
Insinuant d'un art habile
Le fiel que sa bouche distille ,
Elle corrompt tous les amans
Qui lui prodiguent leur encens.
La haine , la fraude et les vices ,
Sont communément les prémices
Qu'elle offre à ses adorateurs ,
Pour leur inspirer ses fureurs.
Pluton l'adopta pour sa fille,
Pour perpétuer sa famille.
Telle est la reine des enfers ,
Que l'on présente à l'univers ,
Pour séduire les imbécilles ,
Les orgueilleux et les Jean-Gilles,
A l'aide de certains grands mois; ?
Qui font fortune auprès des sots.
Musc du pins joyeux empire ,
Guide mes pas , soutiens ma lyre j,
De ces démons , dans leurs excès ,
Esquissons les affreux portraits.
Répands à grands flots ta lumière ,
Et pénétrons dans leur repaire ,
Pour dévoilera tous les yeux
Les complots de ces furieux.
Que tes accens, toujours fidèles,
N'alarment pas surtout les belles ,.
En leur peignant sous leurs couleurs.
Des scènes de deuil et d'horreurs.
Ah ! tu serais inexcusable
Auprès de ee sexe adorable ,
Si tes chants pouvaient l'effrayer „
Viens, au contraire , l'égayer.
Rire de tout est ta devise.
Honni soit qui s'en formalise.
Souvent on lit pour s'endormir.
Ecrivons , pour nous divertir.
Leshabitans du noir Tarlare .
Après un affreux tintamare ,
S'assemblèrent en session ,
Pour faire la digestion.
Dans l'infernal aréopage
On avait introduit l'usage
De manger des dindons truffés,
Dont les ventrus sont tous enllés.
Leur chansonnier, d'un ton cynique t
Le Béranger de cette clique ,
Du vieux Satan , gros nourrisson^
"Venait de finir sa chanson»
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Pluton, sur son trône d'ébène ,
Tant avait rempli sa bedaine ,
Que le sire n'en pouvant plus ,
Se soulagea du superflu.
Un excrément diabolique ,
Qui renfermait la république ,
Fut le présent que ce vilain
Offrit d'abord au genre humain.
Ensuite, haranguant sa cohue,
Il lui dit d'une voix aiguë :
Tel dans ses cours édifians ,
Bah ! vous , près des étudiaus ,
Débitait d'un air emphatique
Son galimatias anarchique.
«Esprits infernaux de ces lieux ,
» Débondez-vous à qui mieux mieux >
» Ce n'est qu'en haine de la France
» Que nous tenons cette séance.
« Ce royaume est si florissant,
» Qu'il en deviendrait trop puissant ;
» Le peuple y goûte un tel bien-être
» Qu'il se permet d'aimer son maître.
» Pour elle jadis nous avions
» Vomi quelques séditions
» Qui n'ont duré qu'une minute ;
» Leurs auteurs firent la culbute
)i Sur la potence ou l'échafaud.
» Vous savez tous que c'est leur lot.
» Quand je mis au jour Roberspierre ,
» Aux vertus je faisais la guerre ;
» Il organisa la terreur ,
» Temps de ma plus grande splendeur.
» On voyait régner la famine ,
» Des clubs nombreux, la guillotine;
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)i On fabriqua des assignats
)i Pour enrichir tous les goujats.
» Mais de ces jours de ma puissance
» A peine a-t-on la souvenance;
« Par le plus fatal des abus ,
» Mes suppôts ne s'entendent plus.
» Les uns veulent la république
» Avec le régime anarchique ;
» Les autres le petit bambin ,
» Pour grossir encore leur butin ;
» Les libéraux , troupe fidèle ,
» Seuls pour moi conservent du zèle.
» Les Fy , Tircuir et Chauvilain ,
« Constant , Lafille et Giraquin ,
» Out beau parler avec emphase,
» Depuis qu'ils out perdu de Gaze f
J> Ils sont hués à chaque mot ,
» Et tout va mal au grand tripot.
» Guissot, ce barbouilleur à gage,
» Fatigue par son verbiage;
» Ses écrits , pillés , ne sont plus ,
» A tous les yeux, que des bibus.
» Mes écrivains par leurs sornettes ,
' » Au lieu de faire des conquêtes
« Pour la cause des jacobins,
» Sont traités en vrais galopins ;
» Bientôt chiffoniers dans la crotte »
» On leur verra porter la hotte,
» Avec le Miroir, le Courrier ,
» Qui faisaient jadis ce métier.
» J'entends que le libéralisme,
» Triomphe enfin du royalisme ;
» Que chacun s'empresse , à ma vois ,
« De soutenir ici mes droits. »
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Pluton se tut : lors tous ces drôles
Vinrent aux faits, non aux paroles,
Et chacun d'eux par dévoùment
Procède à son accouchement.
Le plus fort, ôtant ses bretelles ,
Poussa de suite plusieurs selles,
D'un air constitutionnel,
Renfermant l'impôt personnel.
Tout en terminant son affaire,
11 rendit la loi sompluaire.
Un second, très-délibéré ,
Accoucha du papier timbré.
Un autre , ami de l'indigence ,
Mit bas l'octroi de bienfaisance ,
Avec la réquisition.
Celui-ci la conscription.
11 précédait une furie ,
Qui mit au jour la loterie ;
Mais le plus gros, abondamment,
Enfanta l'enregistrement.
Dans ses contorsions pressantes ,
11 se roula sur des patentes ;
Quand un autre enfanta tout doux
La douane et ses gabeloux.
Le plus sale.de tous ces êtres
Fit son cadeau sur les fenêtres.
Après un tel débordement ,
Pluton , dans son contentement,
De ses cris fit mugir la voûte.
« Efforcez-vous, coûte que coûte ,
» Mettez à bas des directeurs ,
» Dignes d'exercer mes fureurs ,
» Par leur savoir et leur génie ,
» Dans l'art de la Cacamanie. »

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