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L’auteure a reçu l’aide du Conseil des arts et lettres du Québec pour écrire cette pièce.

PERRO ÉDITEUR

395, avenue de la Station, C.P. 8

Shawinigan (Québec) G9N 6T8

www.perroediteur.com

Couverture : Denis Lavergne

Infographie : Geneviève Nadeau

Epub : Lydie De Backer

Dépôts légaux : 2013

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque nationale du Canada

ISBN imprimé 978-2-923995-16-8

ISBN Epub 978-2-923995-51-9

© Perro Éditeur, Maryse Pelletier. 2013.

Tous droits réservés pour tous pays.

Maryse Pelletier

La carnivore pourpre

Théâtre

Note

L’histoire qui suit a été inspirée par des faits réels survenus au Québec à la fin des années trente et au début des années quarante. Cependant, l’auteure tient à préciser que, malgré l’environnement historique et les relations qu’on peut faire entre ses personnages et les personnes du frère Marie-Victorin et de son assistante Marcelle Gauvreau, elle a gardé son droit d’inventer et d’interpréter. Autrement dit, cette pièce ne devrait en aucun cas être traitée comme une biographie.

Mise en place

La scène devrait comporter trois lieux. Le premier, central, est le laboratoire. Les deux autres sont deux zones plus intimes d’où les ­personnages, dans la solitude, écriront et liront les lettres qu’ils échangent.

Le FRÈRE EDMOND est vêtu de la soutane que les frères ont portée durant presque tout le vingtième siècle. Il a certainement quarante-cinq ans au début de la pièce. Pas du tout ascétique, il est dynamique, enjoué, sensible, poète, séducteur et il a de l’humour. Il souffre de tuberculose des poumons, ce qui le rend emporté par moments, lui donne le souffle court et une toux persistante. Son état se dégradera durant la pièce.

JEANNE a la jeune trentaine. C’est une citadine provenant d’une famille éduquée et bourgeoise, elle a de bonnes manières, de ­l’humour et une grande sensibilité aux situations. Son énergie est nette, ouverte. Elle souffre aussi de tuberculose et elle est en rémission. Elle est extrêmement émotive par moments.

MÈRE MARIE DE LA DIVINITÉ a la fin quarantaine au début de la pièce. C’est la sœur aînée d’Edmond. Vive, intelligente, persuasive, elle peut aussi être sévère.

La pièce se passe sur un laps de temps pouvant varier entre cinq et sept ans.

SCÈNE 1 -
Le laboratoire

Jeanne est au dactylographe. Le frère entre, les bras chargés de plantes entre des feuilles de papier journal ou dans des paniers d’osier. Le bas de sa soutane, ses manches et ses bottines sont souillés de boue, de terre. Pour un peu, il sentirait le pollen.

FRÈRE EDMOND

Jeanne ! Aidez-moi !

Il lui tend un à un ses multiples paquets qu’elle déposera sur la table.

JEANNE

Frère Edmond ! Enfin ! Je vous attendais hier ! Qu’est-ce qui vous a retardé ? Où avez-vous dormi ? Où sont les autres ?

FRÈRE EDMOND

Je les ai renvoyés chez eux. Ils sont épuisés.

JEANNE

Mon Dieu ! Vous arrivez directement de la ­Gaspésie ?

FRÈRE EDMOND

Eh oui ! Nous nous sommes attardés dans un champ de gerbes d’or au coucher du soleil hier. Extraordinaire ! Les fleurs jaunes à l’infini dans la lumière du couchant, ah ! À un moment, on ne voyait que du jaune, du rose et du pêche sur un fond d’encre. J’ai exigé d’assister à ce spectacle grandiose jusqu’à la noirceur totale. Et tout ce temps-là, j’ai souhaité être peintre.

JEANNE

Vous avez passé la nuit dans la voiture ?

FRÈRE EDMOND

Mais oui. Après six extraordinaires semaines d’herborisations, il fallait bien rentrer.

JEANNE

Sans un jour de congé, comme d’habitude ?

FRÈRE EDMOND

Quand on fait de semblables moissons sous le soleil de ce pays, c’est la fête perpétuelle !

JEANNE

Il n’a pas plu ?

FRÈRE EDMOND

Presque pas ! Dans les champs, les forêts, les taillis, les sous-bois, c’était un festin végétal luxuriant !

JEANNE

Il n’y avait pas de fossés, pas de marais ?

FRÈRE EDMOND

Si peu ! J’aurais dansé sur des ronces chaque fois que je découvrais une nouvelle plante ou ce que je pensais en être une ! Et la nuit, sous la lune et les étoiles, je rêvais à des noms pour mes découvertes.

JEANNE

Vous êtes infatigable.

FRÈRE EDMOND

Je n’ai aucun mérite, je suis heureux dehors.

JEANNE

Mais il faut étiqueter, dessiner, classer aussi !

FRÈRE EDMOND

Je sais. C’est ce qui me rend le retour acceptable. Vous avez bien reçu mon envoi ?

JEANNE

Oui, et les plantes étaient presque toutes en bon état. Notre ami Donatien a bien surveillé ses étudiants cette fois.

FRÈRE EDMOND

Bien. On finira par en faire quelqu’un d’utile. Et mes notes, elles étaient lisibles ?

JEANNE

J’achève de les dactylographier. Vous pourrez les corriger quand vous voudrez. Quand vous en aurez le temps. (Elle montre la soutane.) Dans quel marécage vous êtes-vous enfoncé ?

FRÈRE EDMOND

Oh ! j’ai aidé à sortir la voiture d’une ornière.

JEANNE

Mon Dieu ! Vous n’auriez pas dû !

Il essaie de frotter sa soutane pour en enlever la boue séchée. Jeanne examine avec prudence et curiosité les paquets qu’il a apportés.

FRÈRE EDMOND

Alors, quoi de neuf ici ?

JEANNE

Vous n’avez eu aucune nouvelle ?

FRÈRE EDMOND

Non. Que se passe-t-il ?

JEANNE

Pas de message, pas d’écho du recteur, rien ? Ni du vice-recteur, ni du doyen, ni du vice-doyen ?

FRÈRE EDMOND

Rien du tout ! On m’a oublié, je serais tenté de m’en réjouir, mais je ne sais si je dois… Ou on me dira comme d’habitude que j’étais difficile à joindre. Aidez-moi donc, je ne vois rien derrière.

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