La carnivore pourpre

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Au tournant des années 40, au Québec, vivait un savant dont la notoriété dépassait les étroites frontières d'une province fermée sur elle-même. Poète, écrivain, professeur, religieux, fondateur d'une faculté universitaire, ce savant autodidacte avait su se faire connaître sans faire scandale, dans le domaine inoffensif et encore inexploré de la botanique. Cet homme unique avait pourtant réussi à avoir une vie secrète dans laquelle il exprimait une partie de son être que ses vœux, ainsi que la société et la religion toute puissante de cette époque le forçaient à sacrifier. Il entretenait sous le manteau, avec une assistante de vingt ans sa cadette, une correspondance très explicite sur les tenants et aboutissants de la sexualité dans tous ses aspects, tant physiques qu'émotifs.
Publié le : lundi 10 novembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782923995519
Nombre de pages : non-communiqué
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L’auteure a reçu l’aide du Conseil des arts et lettres du Québec pour écrire cette pièce. PERRO ÉDITEUR 395, avenue de la Station, C.P. 8 Shawinigan (Québec) G9N 6T8 www.perroediteur.com Couverture : Denis Lavergne Infographie : Geneviève Nadeau Epub : Lydie De Backer Dépôts légaux : 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque nationale du Canada ISBN imprimé 978-2-923995-16-8 ISBN Epub 978-2-923995-51-9 © Perro Éditeur, Maryse Pelletier. 2013. Tous droits réservés pour tous pays.
La carnivore pourpre Théâtre
MARYSE PELLETIER
Note L’histoire qui suit a été inspirée par des faits réels survenus au Québec à la fin des années trente et au début des années quarante. Cependant, l’auteure tient à préciser que, malgré l’environnement historique et les relations qu’on peut faire entre ses personnages et les personnes du frère Marie-Victorin et de son assistante Marcelle Gauvreau, elle a gardé son droit d’inventer et d’interpréter. Autrement dit, cette pièce ne devrait en aucun cas être traitée comme une biographie.
Mise en place La scène devrait comporter trois lieux. Le premier, central, est le laboratoire. Les deux autres sont deux zonesplusintimesdoùlespersonnages,danslasolitude,écrirontetlirontleslettresquilséchangent. Le FRÈRE EDMOND est vêtu de la soutane que les frères ont portée durant presque tout le vingtième siècle. Il a certainement quarante-cinq ans au début de la pièce. Pas du tout ascétique, il est dynamique, enjoué, sensible, poète, séducteur et il a de l’humour. Il souffre de tuberculose des poumons, ce qui le rend emporté par moments, lui donne le souffle court et une toux persistante. Son état se dégradera durant la pièce. JEANNE a la jeune trentaine. C’est une citadine provenant d’une famille éduquée et bourgeoise, elle a de b,ouverte.ElleengreietsnteetuaitontiSs.éonisneilibaétsxuuneetdesgranedse,omruluhneonèrnimassouffre aussi de tuberculose et elle est en rémission. Elle est extrêmement émotive par moments. MÈRE MARIE DE LA DIVINITÉ a la fin quarantaine au début de la pièce. C’est la sœur aînée d’Edmond. Vive, intelligente, persuasive, elle peut aussi être sévère. La pièce se passe sur un laps de temps pouvant varier entre cinq et sept ans.
SCÈNE 1 -Le laboratoire Jeanne est au dactylographe. Le frère entre, les bras chargés de plantes entre des feuilles de papier journal ou dans des paniers d’osier. Le bas de sa soutane, ses manches et ses bottines sont souillés de boue, de terre. Pour un peu, il sentirait le pollen. FRÈRE EDMOND Jeanne ! Aidez-moi ! Il lui tend un à un ses multiples paquets qu’elle déposera sur la table. JEANNE Frère Edmond ! Enfin ! Je vous attendais hier ! Qu’est-ce qui vous a retardé ? Où avez-vous dormi ? Où sont les autres ? FRÈRE EDMOND Je les ai renvoyés chez eux. Ils sont épuisés. JEANNE MonDieu!Vousarrivezdirectementdela6Gaspésie? FRÈRE EDMOND Eh oui ! Nous nous sommes attardés dans un champ de gerbes d’or au coucher du soleil hier. Extraordinaire ! Les fleurs jaunes à l’infini dans la lumière du couchant, ah ! À un moment, on ne voyait que du jaune, du rose et du pêche sur un fond d’encre. J’ai exigé d’assister à ce spectacle grandiose jusqu’à la noirceur totale. Et tout ce temps-là, j’ai souhaité être peintre. JEANNE Vous avez passé la nuit dans la voiture ? FRÈRE EDMOND Mais oui. Après six extraordinaires semaines d’herborisations, il fallait bien rentrer. JEANNE Sans un jour de congé, comme d’habitude ? FRÈRE EDMOND Quand on fait de semblables moissons sous le soleil de ce pays, c’est la fête perpétuelle ! JEANNE Il n’a pas plu ? FRÈRE EDMOND Presque pas ! Dans les champs, les forêts, les taillis, les sous-bois, c’était un festin végétal luxuriant ! JEANNE Il n’y avait pas de fossés, pas de marais ? FRÈRE EDMOND Si peu ! J’aurais dansé sur des ronces chaque fois que je découvrais une nouvelle plante ou ce que je pensais en être une ! Et la nuit, sous la lune et les étoiles, je rêvais à des noms pour mes découvertes. JEANNE Vous êtes infatigable. FRÈRE EDMOND Je n’ai aucun mérite, je suis heureux dehors. JEANNE Mais il faut étiqueter, dessiner, classer aussi ! FRÈRE EDMOND Je sais. C’est ce qui me rend le retour acceptable. Vous avez bien reçu mon envoi ? JEANNE Oui, et les plantes étaient presque toutes en bon état. Notre ami Donatien a bien surveillé ses étudiants cette fois.
FRÈRE EDMOND Bien. On finira par en faire quelqu’un d’utile. Et mes notes, elles étaient lisibles ? JEANNE J’achève de les dactylographier. Vous pourrez les corriger quand vous voudrez. Quand vous en aurez le temps. (Elle montre la soutane.) Dans quel marécage vous êtes-vous enfoncé ? FRÈRE EDMOND Oh ! j’ai aidé à sortir la voiture d’une ornière. JEANNE Mon Dieu ! Vous n’auriez pas dû ! Il essaie de frotter sa soutane pour en enlever la boue séchée. Jeanne examine avec prudence et curiosité les paquets qu’il a apportés. FRÈRE EDMOND Alors, quoi de neuf ici ? JEANNE Vous n’avez eu aucune nouvelle ? FRÈRE EDMOND Non. Que se passe-t-il ? JEANNE Pas de message, pas d’écho du recteur, rien ? Ni du vice-recteur, ni du doyen, ni du vice-doyen ? FRÈRE EDMOND Rien du tout ! On m’a oublié, je serais tenté de m’en réjouir, mais je ne sais si je dois… Ou on me dira comme d’habitude que j’étais difficile à joindre. Aidez-moi donc, je ne vois rien derrière.
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