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LA CHARTE
D'HOËL-LE-BON.
LA CHARTE
D'HOËL-LE-BON,
ROI DE GALLES,
AU DIXIÈME SIÈCLE.
Il y a 878 ans (l'an 940 ) que ce bon Roi donna
une Charte nouvelle, l'ancienne n'étant plus en
Rapport avec l'esprit de son temps : le Pape la
sanctionna.
PAR M. A. B. M.
Franc-Tenancier-Electeur de Paris, Auteur du
Voyage en Hanovre , de la Défense d'Ancône , des
Nouveaux Projets de Soirées, etc;
A PARIS,
Chez ANT. BAILLEUL , imprimeur-libraire , rue
Sainte-Anne , N°. 71 ;
Et chez les Libraires et Marchands de Nouveautés.
1819.
IMPRIMERIE D'ANT. BAILLEUL,
RUE SAINTE-ANNE, N°. 71.
AVANT-PROPOS.
LE fond de ce Conte, écrit en 1817,
n'est point entièrement historique ; il est
pris de l'histoire de la principauté de
Galles, 2 vol., édit. de Londres, par
WILLIAM WARÎNGTON : ouvrage anglais,
cité dans un Voyage en Hanovre , page
259 et suivantes, in-8°., imprimé à Paris,
chez Dentu.
On observe que les dignités de la cour
de Galles , les fonctions , prérogatives et
usages, dont parle l'auteur du Conte, ne
sont point d'invention: elles sont emprun-
tées de l'historien anglais, ainsi que la
fin du Conte.
L'ami des hommes , qui se plaît à com-
parer l'état social des siècles ténébreux à
l'état présent de la civilisation; sera satis-
fait peut-être : mais seront bien déçus dans
leur espoir le malin et le méchant qui
iv
font joie ou métier de découvrir des allu-
sions, des doubles sens, du venin même,
dans les nouveautés les plus ingénues.
Qu'en arrive-t-il ? On écrit beaucoup pour
ses amis et l'avenir ; et l'on publie peu de
chose, comme, par exemple, la Charte
d'Hoël-le-Bon, au dixième siècle.
LA CHARTE
D'HOËL-LE-BON.
Au dixième siècle, Blégored, archi-doyen de
Landaff, et favori d'Hoël-le-Bon, roi de Galles,
était doué des qualités dut coeur et des avan-
tages de l'esprit, propres à le maintenir dans
une cour que la franchise et de nobles plai-
sirs distinguaient des autres cours de l'île d'Al-
bion.
Blégored était à la fois chef des Bardes ,
Cbambellan, Grand-Justicier ;et, sans être re-
vêtu de la dignité de Grand-Maître du palais,
il en exerçait l'autorité..
Comme chef des Bardes, il avait seul le droit
de monter à la chaire d'ivoire, de pincer de la
harpe d'or, et d'y chanter la vertu, mère des
rois de la patrie. Hoël-le-Bon devenait meil-
leur en l'écoutant ; car avant Blégored, aucun
Barde de la cour n'avait osé proclamer cette
vérité : les sages et les rois descendent d'une
mère commune , de la vertu.
(6)
En qualité de Chambellan, son devoir était
de frapper de mort quiconque, de nuit et
sans lumière, était surpris dans la chambre du
roi, et d'arrêter ceux qui, dans le jour, tente-
raient d'empoisonner, par de faux rapports ou
de méchans discours, la conscience du Sou-
verain, Blégored jamais n'eut le déplaisir de
menacer personne en sa vie; car n'était aucun
gallois qui n'aimât Hoël-le-Bon comme un père,
et qui ne fît par tendresse, pour un prince si
bon, ce que le Grand-Chambellan était obligé
de faire d'office. Le jour, il était si attentif à
écarter loin du trône les flatteurs et les em-
pressés , les sauveurs de la puissance qui la per-
dent , et les dévoués qui fuient au premier coup
de tambour, ces grands qui s'engraissent des
labeurs du peuple, et ces chefs du peuple qui
le vendent ou le calomnient, pour devenir
grands ; il était, dis-je, si vigilant, que son ver-
tueux maître put s'occuper sans interruption
du bonheur de tous, Hoël gouvernait avec tant
de sagesse, qu'au dedans du royaume, personne
ne se plaignait, même sous son toit, et qu'au
dehors, le nom gallois était envié et respecté.
Comme Grand-Justicier, Blégored était mena-
cé, en cas de faux jugement (1), de la perte de la
(1) In casu falsi aut pravi judicii.
(7)
langue: et, pour aviser sans cesse l'arbitre su-
prême de l'honneur et de la fortune de ses con-
citoyens , du châtiment attaché à la prévarica-
tion, les langues des animaux destinés à la table
du roi, étaient servies sur la sienne. Mais l'in-
tégrité de ce haut-magistrat étant pure, aucun
repas n'inquiéta sa conscience. Au pied de sort
tribunal austère, venaient se briser l'éloquence
astucieuse des gens de loi, les intrigues des cour-
tisans, la rapacité des commensaux, les tentati-
ves éternelles d'un clergé insatiable dénomina-
tion et sur la puissance et sur la misère ; la con-
fédération des familles militaires, pour se réser-
ver les bannières et les écharpes de l'armée ; le
pacte entre les familles de robe, pour concen-
trer entr'elles le pouvoir d'opprimer en ju-
geant ; et enfin la ligue indestructible de ceux
qui n'ont ni talens, ni propriétés, contre ceux
qu'une bonne conduite ou la bizarre fortune
a plus heureusement partagés.
La dignité de Grand-Justicier rendait aussi
Blégored juge des compositions d'éloquence
et de poésie. Dans la première quinzaine de
l'exercice de sa magistrature, il en fut accablé ;
mais doué d'un tact exquis, il décerna comme
récompenses nationales peu de harpes et d'an-
neaux d'or; et le roi, qui détestait les vers mé-
diacres et bruyans autant au moins que la prose
(8)
plate ou boursoufflée, applaudissait à la sévé-
rité de ses choix, parce que, disait-il, ils nous
préservent de l'invasion de la basse littéra-
ture.
Blégored, gérant si bien ses dignités, avait-
il beaucoup de prôneurs et de partisans ?
« Certes, suivant le dire du Grand-Chape-
" lain de la cour, un si rare faiseur est étayé
« par de constans amis. Comptez pour lui le
" dergé de Galles, le haut-baronage, les bar-
» res dé justice et les officiers de la chapelle,
" de l'étable, de la bouche, du gobelet et du
" vol. »
— Ironie perfide, répliquaient quelques
honnêtes gens, admirateurs, sans intérêt, du
Grand-Justicier ! Les ennemis de ce vertueux
ministre ne parlent de lui, comme vous venez
de le faire, que pour sonder l'opinion : si elle
lui est favorable, ils se taisent ; si muette, ils le
déchirent.....
— Au nom de Saint-Georges, s'écria le
Grand-Chapelain, ne me prêtez pas une telle
intention ! J'aime cet habile, ce vertueux
Blégored comme mon frère ; et.....
— On connaît la tactique des gens de cour,
répartit un Franc-Tenancier qui, de sa vie ,
n'avait pu soumettre la vérité la plus indiffé-
rente aux convenances, même à l'intérêt de
(9)
son repos. Le sage, ajouta-t-il, loue les puissans,
afin qu'ils s'abstiennent du mal, s'ils y sont en-
clins, afin de les encourager au bien, s'ils ont
l'orgueil d'en faire. Mais le courtisan les élève au
ciel, quand il n'a pu les renverser... et le très-
révérend Chapelain, plus grand clerc que moi
en cette science, n'ignore pas sans doute que
le coup le plus terrible que l'on puisse porter
à un favori, c'est de l'exalter sans cesse devant
le roi. L'oreille du prince s'en fatigue, son
coeur en est affadi, son amour-propre blessé,
outragé, révolté..... ; et sitôt que du cabinet
royal s'échappe le bruit que le roi se dégoûte ,
la cour entière, jusqu'aux valets, accable de
louanges le favori, qui bientôt en est étouffé.
— Ce rustre a du bon sens, dit tout bas le
Grand-Chapelain,
Sur ces entrefaites, le roi de Galles, obligé
de marcher à la tête de son ost (1), pour faire
rentrer dans le devoir le premier de ses hom-
mes-liges, le comte de Caërnarvon, fit appe-
ler le Grand-Justicier, et lui dit, les yeux
mouillés de larmes :
— Je quitte l'antique palais d'Aberfraw (2),
la reine, ame de mon coeur, et ta harpe cé-
(1) Armée.
(2) L'un des palais des rois de Galles.