La chemise de femme et correspondance galante trouvées dans l'oratoire de l'archevêque de Paris. Par un séminariste qui a jeté le froc aux orties

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J. Lefebvre (Paris). 1830. France (1830, Révolution de Juillet). In-8 °. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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LA
CHEMISE DE FEMME
ET
CORRESPONDANCE GALANTE
TROUVÉES DANS L'ORATOIRE
DE L'ARCHEVECHE DE PARIS.
PAR UN SÉMINARISTE
QUI A JETE LE AUX ORTIES.
PRIX 20 SOUS.
PARIS,
J. LEFEBVRE ET Cie, RUE DES GRANDS-AUGUSTINS, N. 18
AOUT 1830.
LA
CHEMISE DE FEMME
ET
CORRESPONDANCE GALANTE
TROUVÉES DANS L'ORATOIRE
DE L'ARCHEVÊQUE DE PARIS.
Mes chers concitoyens, je n'ai pas le temps
de vous raconter aujourd'hui les circonstances
diverses qui, de pauvre fils d'artisan, me firent
parvenir à la confiance de M. de Quélen. Je
publierai bientôt, sous le titre de Mystères de
l'Achevêché, un Mémoire où je prouverai que
si je fus entraîné malheureusement dans les
voies du fanatisme, je me hâtai d'en sortir dès
que j'eus reconnu l'hypocrisie et la vie dissolue
de mes confrères.
(4)
Quant à présent je me contenterai de vous
dire que j'étais encore à Saint-Sulpice, lors-
que les premiers coups de fusils de nos oppres-
seurs se firent entendre. Mon coeur battit aus-
sitôt d'enthousiasme ; je reconnus avec trans-
port que cette maudite soutane qui étouffe
tant de nobles sentimens n'avait rien enlevé à
mon âme de son énergie et de son amour pa-
triotique. Vous savez déjà, il est vrai, que mon
père est un simple ouvrier, et que, comme
disaient mes camarades : " Il y a toujours du
» sang de vilain dans les veines d'un fils de
» vilain. »
Ainsi, mes braves amis, point de sot orgueil
vis-à-vis des nobles; ce n'est pas leur faute
s'ils sont poltrons, avides, et partisans de la
servitude : tout cela leur vient du sang, comme
à nous, l'honneur, la bravoure et l'amour de
l'indépendance.
Notre portier qui disait son chapelet ne vou-
lut pas me laisser sortir et soutenait que ma con-
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duite était un scandale insigne. En ce moment
le canon retentit à mon oreille; aussitôt je me
représentai mes compatriotes luttant pour la
liberté, mon père lui-même, expirant devant
un bataillon suisse, sans voir à ses côtés un
fils pour le venger je ne fus plus maître de
moi; j'ébranlai les battans de la porte, je l'ou-
vris avec violence et je me précipitai dans la
rue;
Quant au portier, j'ai une idée confuse qu'il
voulut s'opposera mon passage et que je fus
obligé de lui administrer un certain nombre
de coups de poings, dont je n'eus pas le temps
d'adoucir la franchise.
- A peine dans la rue, mon premier mouve-
ment fut de jeter bas ce maudit habillement de
corbeau, qui me pesait depuis si long-temps
sur le coeur. Je ne l'eus pas plutôt foulé à mes
pieds que je me sentis plus à l'aise ; il me sem-
bla que j'étais grandi d'un bon pied, que je res-
pirais plus facilement, et que j'avais repris le
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droit de regarder en face un de mes conci-
toyens.
J'avais le projet de me diriger vers le fau-
bourg S. Antoine pour me joindre à mon père,
à nies oncles et à nos amis; mais à peine arrivé
à la place je reconnus l'impossibilité de passer
l'autre bras de la Seine. On venait de s'emparer
du Palais-de-Justice. Une quantité de braves
gens perdait leur temps à détruire la grille
et à casser des vitres; une idée soudaine m'ar-
riva comme la foudre, et je m'écriai :
« Mes chers camarades, nous restons ici les
bras croisés, lorsque, à côté de nous, se trouve
un repaire de brigands qui, en ce moment
peut-être, conspire encore notre mort et no-
tre ignominie. Suivez-moi : courons à l'arche-
vêché. »
Je ne raconterai pas les détails de la prise
de ce palais ; tout le monde les connaît. Ce
qu'on ignore seulement, c'est que les portes
ne furent pas plutôt brisées que je résolus de

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