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La cour d'amour

De
242 pages
Plus d'un million de Lissou vivent dans les hautes montagnes sino-tibétaines et de l'extrême nord du Myanma (Birmanie). Depuis la nuit des temps, la cour d'amour constitue une institution cruciale en tant que prélude aux mariages, donc à la formation des unités socio-économiques fondamentales dans la société lissou. Chaque année, lors du Nouvel An lissou, les jeunes hommes accomplissent souvent plusieurs journées de marche afin d'aller participer aux joutes poétiques et de courtiser des jeunes filles à épouser.
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Avòunado NgwâmaLa cour d’amour
La galanterie dans les contreforts orientaux de l’Himalaya
Plus d’un million de Lissou vivent dans les hautes montagnes des
marches sino-tibétaines et de l’extrême nord du Myanma (Birmanie),
ainsi que dans les zones frontalières indo-myanma et thaï-myanma. Dans
ces environnements inhospitaliers diffi ciles d’accès, ils ont échappé à la
modernité jusqu’à l’époque contemporaine. Tandis que leur technologie
restait rudimentaire, ils ont élaboré une civilisation d’une haute tenue La cour d’amour
intellectuelle. Depuis la nuit des temps, la cour d’amour constitue une
La galanterie dans les contreforts orientaux de l’Himalayainstitution cruciale en tant que prélude aux mariages, donc à la formation
des unités socio-économiques fondamentales dans la société lissou. En
même temps, elle mène à des alliances entre différents clans. Les Lissou
sont de grands amateurs de joutes poétiques. Chaque année, peu après
la récolte principale, ils fêtent le Nouvel An lissou. Les jeunes hommes
accomplissent souvent plusieurs journées de marche à travers les montagnes
afi n d’aller participer aux joutes poétiques et de courtiser des jeunes fi lles
à épouser. L’arme de la poésie aux lèvres, les candidats s’affrontent. Ils
exploitent les inépuisables ressources symboliques offertes par la langue
lissou. C’est alors que l’on peut savourer les morceaux les plus succulents,
admirer les joyaux les plus étincelants de la littérature orale lissou.
Avòunado Ngwâma, fi lle d’un érudit lissou de tradition orale, a bénéfi cié d’une
éducation lissou authentique avant d’être la première personne de son peuple
à découvrir l’Europe. Titulaire du diplôme et du doctorat d’anthropologie
et d’ethnologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris
(prix du meilleur diplôme en 2003). En collaboration avec William Dessaint,
anthropologue social et culturel, ex-rédacteur-en-chef-adjoint de l’American
Peoples Encyclopedia, leurs travaux comprennent, entre autres, Au sud des
nuages (Gallimard, prix Alexandra David-Néel, prix Auguste Pavie, prix
Duchesne-Fournet) et Parlons lissou (L’Harmattan), ainsi que le fi lm Vivre sans
écriture, (versions française, anglaise, espagnole) pour le Musée du Quai Branly
(Paris), prix du Festival International de l’Audiovisuel et des Multimédias sur le
Patrimoine avec mention spéciale pour la présentation du patrimoine intangible,
2006.
Préface de Denise Bernot
Photographies de couverture de William Dessaint.
ISBN : 978-2-343-02404-2
9 782343 024042
25 €
La cour d’amour
Avòunado Ngwâma
La galanterie dans les contreforts orientaux de l’Himalaya




LA COUR D’AMOUR

La galanterie dans les contreforts orientaux de l’Himalaya

























Recherches Asiatiques
Collection dirigée par Philippe Delalande

Dernières parutions

Jean-José SEGERIC, La Chine et le traité de Versailles (1919), une trahison
occidentale, 2014.
Nguyên Ba Thiên, La Cochinchine. Histoire d’une colonie française en Asie
extrême, 2014.
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Olivier LOUIS, Histoire du Pakistan jusqu’à nos jours, 2014.
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les bombes américaines et l’agent orange (1961-2011), 2013.
Jean-José SÉGÉRIC, Le Japon militaire, 2013.
Barbara VAILLANT, Boat people vietnamiens, Entre mémoire et
diaspora, 2013.
Jean-Claude PIVIN, Les semailles des Kurus. Extraits choisis du
Mah ābhārata, 2012.
LI Hong, La renaissance des campagnes en Corée du Sud 1960-2012,
2012.
Marion FROMENTIN-LIBOUTHET, L’image du Laos au temps de la
colonisation française (1861-1914), 2012.
Philippe GENDREAU, Pierre-Marie Gendreau, un missionnaire
vendéen au Tonkin, 2012.
Gérard Gilles EPAIN, Indo-Chine, Découverte, évangelisation,
colonisation ; Une histoire coloniale oubliée, Tome I, 2012. Indo-Chine, La guerre ; Une histoire coloniale
oubliée, Tome II, 2012.
Thach TOAN, Les Khmers à l’ère de l’hindouisme
(20-1336 apr. J.-C.), 2012.
Linda AÏNOUCHE, Le don chez les Jaïns en Inde, 2012.
Quang DANG VU, Histoire de la Chine antique, tomes 1 et 2, 2011.
TAKEHARA YAMADA Yumiko, Japon et Russie : histoire d’un conflit de
frontière aux îles Kouriles, 2011.
Guy BOIRON, La Grande Muraille de Chine. Histoire et évolution d’un
symbole, 2011.
Prince Mangkra SOUVANNAPHOUMA, Laos. Autopsie d'une monarchie
assassinée, 2010
Marguerite GUYON DE CHEMILLY, Asie du Sud-Est. La décolonisation
britannique et française, 2010.
e eJoëlle WEEKS, Représentations européennes de l’Inde du XVII au XIX siècle,
2009 Avòunado Ngwâma





LA COUR D’AMOUR

La galanterie dans les contreforts orientaux de l’Himalaya





Préface de Denise Bernot
Rapport de Georges Condominas

Illustrations d’Avòunado Ngwâma
Photographie de couverture et cartes de William Dessaint















Du même auteur

En collaboration avec William Dessaint



Au sud des nuages, Mythes et contes recueillis oralement chez les
montagnards lissou (tibéto-birmans). Gallimard, 1994 ("L'aube des
Peuples",collection dirigée par Jean-Marie Le Clézio et Jean Grosjean). Préface
de Georges Condominas. Prix Alexandra, Prix Auguste Pavie, Prix
DuchesneFournet.

Parlons lissou, introduction à une civilisation tibéto-birmane.
L'Harmattan, 2006. Collection dirigée par Michel Malherbe. Préface de
Bernard Le Calloc'h

« La petite orpheline sur la lune », dans Orients, 1981. Hommage pour
Georgers Condominas, Editions Sudestasie, Paris, et Editions Privat, Toulouse.














© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-02404-2
EAN : 9782343024042 7





Préface


Voilà une œuvre rare: elle fait rêver en décrivant une terre à peu près
inconnue - sauf des linguistes spécialistes du tibéto-birman! - en faisant vivre
sa nature et ses habitants avec leur culture profonde et leur univers mental.
Pour cela, l’auteur utilise en particulier une tradition chère aux
tibétobirmans de l’Est: les cours d’amour et leurs chants alternés. Dans ces chants
en vers passe toute la vie d’un peuple. L’auteur elle-même est lissou, a vécu
parmi les siens et son père, reconnu comme le plus éminent savant en sa
propre civilisation, lui a tranmis son savoir.
Ainsi, son texte dévoile le trésor d’un patrimoine en danger et il allie la
spontanéité de l’auteur à sa précision d’ethnologue et de linguiste.
À cela s’ajoute l’attrait de dessins où l’auteur se révèle technologue,
capable de montrer, en quelques traits, comment marche un mécanisme
rudimentaire, mais très astucieux.
À mes yeux, c’est là un document authentique qui restitue toute la beauté
d’un mode de vie respectueux de la nature, dont on ignore qu’il existe
encore.

Denise Bernot


























































9




Rapport

Une première version de cet ouvrage a été présentée en vue de
l’obtention du diplôme de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
(Paris) en 2003. La mention avec distinction et le prix du Meilleur Diplôme
lui ont été attribués. Parti dans l’au-delà en 2011, Georges Condominas, un
fin connaisseur des gens et des choses d’Extrême-Orient, l’un des meilleurs
ethnologues, est donc dans l’impossibilité de présenter cet ouvrage comme il
l’aurait voulu. Dans ces circonstances, sa veuve, Claire Merleau-Ponty, a
encouragé l’auteur à le faire précéder du texte ci-dessous.

*

Je résumerai ainsi la raison de mon acceptation de ce mémoire au titre
du diplôme de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales: il s’agit là
d’un excellent mémoire d’«ethnologie de soi» ou d’«endo-ethnologie»
(l’expression forgée par Françoise Zonabend).
À ce titre d’ailleurs, il est intimement lié à la biographie de l’auteur: une
fillette parcourant nu-pieds la brousse et les forêts des hautes montagnes des
confins thaï-birmano-sino-tibétains. Quel parcours l’a conduite à briguer
aujourd’hui un titre universitaire français? De ces cols de plus de 4.000
mètres d’altitude descendre aux rives de la Seine!
Un don des langues exceptionnel: elle a maintenu sa connaissance intime
de sa langue maternelle tout en passant par l’école birmane, puis elle a dû
apprendre sérieusement le thaï. Car il lui a fallu adopter une telle nationalité:
Maneerat Laoyeepa s’appelle en réalité Ngwâma Avòunado. Par son mariage
avec le professeur William Dessaint, qu’elle a suivi en Irlande du Nord où il
enseignait l’anthropologie sociale, il lui a fallu maîtriser la langue anglaise.
Enfin, elle a acquis sa pratique courante du français lorsqu’ils se sont retirés
en France. Les membres de notre séminaire ont pu admirer son aisance,
malgré le trac, au cours des exposés qu’elle y a présentés.
La source de son savoir lissou: elle est la fille d’un couple de bardes
célèbres, son père surtout, dont la réputation était largement établie chez
les Lissou à la suite de performances mémorables. Cette renommée attira le
professeur William Dessaint, l’un de deux frères connus comme spécialistes
de la culture et de la langue lissou. Rencontre remarquable qui a fait revenir
l’ethnologue au fil des années.

10

Ngwáp’à Avòumekò, le barde par excellence, avait une fillette qui avait
hérité de lui son étonnante mémoire (de ces mémoires extra-ordinaires que
l’on rencontre dans les cultures de tradition orale) et la fierté de sa culture
renforcée par la célébrité de son père qui a attiré un étranger dans ce site
difficile d’accès. Les années passent, la fillette a grandi confirmant ses dons.
L’ethnologue la prend comme informatrice, puis assistante, enfin, comme
dans un conte, épouse. Elle le suit dans les universités où il enseigne et dans
ses retours dans les montagnes des confins himalayens.
La curiosité et le besoin de comprendre de «Nado» lui donne une formation
continue en quelque sorte. L’informatrice et assistante devient co-auteur de
ce chef d’œuvre qu’est Au sud des nuages (Gallimard, 1994) et aujourd’hui
auteur. Signalons au passage le mérite de l’ethnologue qui a fait de son
informatrice un auteur.
Le mémoire présent suit une progression justifiée qui aboutit au point
culminant qu’est le dernier chapitre où tous les éléments sont fournis pour
saisir la poétique de ces chants alternés.
Bref, je présente un avis très favorable à l’attribution du diplôme de
l’EHESS à Madame Maneerat Laoyeepa Dessaint et si possible son inscription
au doctorat.


Paris, le 25 septembre 2003
Georges Condominas





























Une société sans poètes est
comme une arbalète sans corde,
comme une nuit sans lune.

proverbe lissou















































































À mon époux, William Dessaint,
sans qui la cour d’amour n’aurait pas de sens











































































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Avant-propos

Les Lissou, peuple tibéto-birman, évoluent principalement dans les
marches tibétaines du Yunnan et du Sichuan (en Chine). Il y a un peu plus
d’un siècle, à la suite de conflits avec les autorités chinoises, de nombreux
Lissou se sont établis par petits groupes dans les montagnes de l’État Kachin
(Katchin) et de l’État Shan (Chan) en Birmanie (laquelle a depuis repris
officiellement son autonyme Myanma), où ils ont sans doute trouvé quelques
précurseurs. Un petit nombre d’entre eux ont même franchi les frontières du
Siam (actuellement appelé Thaïlande) à partir de 1912 et de l’Inde dans les
années 1940.
Dans le présent ouvrage, nous présentons une analyse de la cour d’amour
lissou avec ses chants alternés. Les caractéristiques de ces poèmes chantés en
alternance sont illustrées par des exemples empruntés à un volumineux
corpus que nous avons enregistré ces dernières décennies. Il est évidemment
tout à fait essentiel de situer ce genre littéraire dans son contexte social et
culturel. Aussi cette analyse est-elle précédée d’un aperçu de divers aspects
de la société et de la culture lissou. Sont notamment examinés la parenté et le
mariage, ainsi que les termes d’adresse qu’il est indispensable de bien
maîtriser pour comprendre les deux institutions importantes dans lesquelles
les chants alternés tiennent une place centrale: la joute poétique et la cour
d’amour.
Les chants alternés sont très raffinés. Il s’avère pratiquement impossible
d’en rendre toute la beauté dans une autre langue. Afin de suggérer dans la
mesure du possible la forme et l’harmonie de ces textes qui sont intimement
liés à la nature de la langue lissou, les vers cités dans les pages qui suivent
sont donnés en version originale dans la transcription que nous avons
élaborée. Cette transcription du texte original est suivie d’une traduction mot
à mot, puis d’une traduction libre.
J’ai bénéficié d’une éducation lissou traditionnelle. Mon père, Ngwáp’à
Avòumekò, était originaire des montagnes de la région de Kyaingtong dans
l’est de l’État Shan de Myanma, tandis que ma mère, Yàkya Al ěnak’y ǻma,
était née dans les montagnes du district de Möng Si dans l’extrême nord de
ce même État Shan. Mes grands-parents habitaient dans les Gaoligong Shan,
chaîne de montagnes dont la crête forme à la fois la frontière sino-myanma et
la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Salouen (Nu Jiang) et de
l’Ayeyarwady (Iraouaddi, Irrawaddy).
16

Depuis 1963 jusqu’à sa disparition en 1980, Ngwáp’à Avòumekò a été le
plus important des informateurs lissou de William Dessaint. Chef de village,
guérisseur célèbre, expert en arts martiaux, sa réputation pour sa
connaissance approfondie et inégalée de la tradition lissou s’étendait à
plusieurs journées de marche à la ronde. Il avait appris et assimilé non
seulement la totalité du code coutumier lissou, mais aussi un vaste corpus de
littérature orale lissou comprenant des mythes, des contes, des légendes, des
proverbes, des énigmes, des épopées et des chants alternés. Seul poète lissou
capable de donner la répartie simultanément à trois poétesses lissou en
chantant des chants alternés sur trois thèmes différents, il était devenu, en
1958, mògwa ˀ gwat ŏ sái làekho ğï-a yí-khwáp’à (poète lauréat) après avoir
brillamment remporté une joute poétique à laquelle les poètes lissou les plus
réputés avaient participé.
J’ai été assistante de recherche, puis collaboratrice de William Dessaint
qui a étudié les Lissou d’abord dans le nord-ouest de la Thaïlande, puis dans
l’État Shan et l’État Kachin de Myanma, enfin dans les marches tibétaines du
Yunnan. Mes plus vifs remerciements lui sont dûs pour m’avoir intitiée aux
recherches scientifiques sur le terrain et pour m’avoir appris à analyser et
organiser mes matériaux en fonction des méthodes et des théories de
l’anthropologie moderne. Je tiens également à exprimer ma profonde
gratitude envers Georges Condominas, ethnologue de réputation mondiale,
fin connaisseur des gens et des choses de l’Extrême-Orient et de l’Asie du
Sud-Est, tant pour ses conseils judicieux que pour son enseignement limpide
dans le cadre de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Je remercie
aussi Jean Burgos, président de l’Université de Savoie; Alain Y. Dessaint,
professeur d’anthropologie aux universités de Hawaï et de Maryland;
JeanClaude Galey, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences
Sociales; et Yves Goudineau, directeur d’études à l’École Française d’
Extrême- Orient.

*
* *









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Note sur la transcription du lissou

Dans ce travail, nous utilisons la transcription que nous avons élaborée et
utilisée dans diverses publications (W. Dessaint et Ngwâma 1994, p.15-18;
W. Dessaint et Ngwâma 2006, p. 21-25).




Tableau 1 - Système consonantique lissou.

*

Le système consonantique lissou est assez complexe. Il ne comprend pas
moins de trente-et-un phonèmes consonantiques. Dans notre transcription,
une consonne suivie d’une apostrophe est fortement aspirée, tandis qu’une
consonne suivie de w est labialisée et une consonne suivie de y est
palatalisée.
Noter que les sons /s/ et /g/ sont toujours durs: /s/ comme dans sou, /g/
comme dans gaule. Le son /r/, doucement roulé, est très différent du r
français. Le son /kh/ est une fricative sourde en position vélaire qui rappelle
la jota espagnole ou le x russe. Le son / ğ/, plutôt rare, est fortement guttural.
Le son /h/ est fortement aspiré; il est quelque peu nasalisé devant /i/ou /ï/. Le
signe / ˀ/ indique un arrêt glottal. En position finale, il indique le ton abrupt.

Les phonèmes vocaliques lissou sont au nombre de dix. Ils ont la valeur 18

approximative suivante:
/i/ comme i dans lit;
/e/ comme é dans blé;
/æ/ comme è dans lèvre;
/ü/ comme u dans lu;
/ï/ intermédiaire entre /ü/ et /ë/;
/ë/ intre e et eu français;
/a/ comme a dans la;
/ou/ comme ou dans loup;
/o/ comme eau dans beau;
/å/ comme o dans or.


antérieures médianes postérieures
hautes - fermées i ü ï ou
- ouvertes
moyennes - fermées e ë o
- ouvertes å
basses - æ a


Tableau 2 - Système vocalique lissou.

*

La syllabe comporte deux phonèmes: un phonème consonantique et un
phonème vocalique. Tous les phonèmes consonantiques existent en position
initiale seulement, à l’exception de / ˀ/ qui est en position finale lorsque le ton
est abrupt (un petit nombre d’onomatopées se terminent exceptionnellement
par ng). Tous les phonèmes vocaliques existent en position finale seulement,
sauf s’ils sont suivis par / ˀ/.
L’absence de tout signe diacritique signifie que le ton est moyen. Des
signes diacritiques indiquent les autres tons comme suit:
΄ le ton haut;
` le ton bas;
ˇ le ton montant;
ˆ le ton descendant;
ˀ le ton abrupt, toujours associé à un arrêt glottal.

Dans cet ouvrage, les noms birmans sont orthographiés selon la
transcription officielle actuellement en usage au Myanma. Pour les noms
tibétains, nous avons utilisé une transcription phonétique suivie entre
parenthèses de leur orthographe tibétaine selon le système de translittération
de Wylie. Quant aux noms chinois, leur est conforme au système 19

officiel chinois, le pinyin.

Depuis près d’un millénaire, les habitants du grand pays situé entre le
Bangladesh, l’Inde, la Chine, le Laos, la Thaïlande et la mer d’Andaman et le
golfe du Bengale ont toujours désigné leur pays d’abord sous le nom de
Mranma, plus tard sous une forme modifiée, Myanma ou Myenma. Sous
l’occupation britannique, puis japonaise, ils ont naturellement continué à
l’appeler ainsi, tandis que les Britanniques ont préféré le nommer Burmah,
puis Burma, d’où la forme francisée Birmanie.

Depuis une quinzaine d’années, certains ajoutent un r à Myanma dans des
textes rédigés en anglais et destinés à des anglophones dans l’espoir que
ceux-ci cesseront enfin de prononcer le a final comme un e muet (l’addition
de h, comme dans Burmah, eût probablement été plus efficace). En birman,
ce r final n’existe ni dans la prononciation ni dans la graphie.

Dans l’usage courant, l’ethnonyme Bama (Birman) fait référence à l’ethnie
majoritaire établie dans les plaines, tandis que Myanma s’applique à tous les
habitants du pays quelle que soit leur identité ethnique. Ainsi, les diverses
minorités du pays se disent volontiers Myanma et non pas Bama. Les
Indiens, les Chinois, les Viêtnamiens et la plupart des autres Asiatiques, à
l’exception des Thaï, utilisent aussi le terme Myanma plutôt que Bama. Le
nom officiel, reconnu par l’Organisation des Nations Unies et toutes les
principales organisations internationales, est Myanma(r).

*
* *














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Première partie

La société et la culture lissou