La crise sociale ou Études sur les véritables causes de nos malheurs / par un vendéen

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V. Forest et É. Grimaud (Nantes). 1871. 1 vol. (55 p.) ; in-18.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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LA
CRISE SOCIALE
ou
ÉTUDES
SUR LES
VERITABLES CAUSES DE NOS MALHEURS
PAR
UN VENDÉEN
" Tout royaume divisé contre
lui-même sera détruit. "
(S. Luc, C.XI, v. 17.)
NANTES
VINCENT FOREST ET EMILE GRIMAULD
IMPRIMEURS-ÉDITEURS
4. place du Commerce
Avril 1871
LA
CRISE SOCIALE
ou
!ÉTUDES
SUR LES
VERITABLES CAUSES DE NOS MALHEURS
PAR
UN VENDÉEN
« Tout royaume divisé contre
lui-même sera détruit. »
(S. Lue, C. XI, v. 17.)
NANTES
VINCENT FOREST ET EMILE GRIMAUD
IMPRIMEURS-EDITEURS
4, place du Commerce
Avril 1871
AVANT-PROPOS
Les lutles de partis, auxquelles nous assistons
depuis plusieurs années, causent le grand mal de
la société française, le mal qui la mine à sa base et
menace de la détruire.
Unis dans le même patriotisme, nous serions in-
vincibles ; divisés contre nous-mêmes , nous cou-
rons à un abîme inévitable. Quand nous dépensons
nos forces en guerres intestines, quelle résistance
pourrions-nous opposer aux attaques de l'étranger,
et comment pourrions-nous travailler à la grandeur
et à la prospérité de notre patrie ?
Or, pendant que tous les esprits sont en fermen-
tation, il est utile de jeter un regard sur la France,
d'étudier avec calme sa vie politique et religieuse,
et de chercher sans idées préconçues quelles sont
les véritables causes de nos malheurs.
Tel est le but que s'est proposé l'auteur de ce
petit opuscule.
Profondément touché des maux de son pays, alar-
mé pour l'avenir de la France, il s'est demandé
pourquoi toutes ces guerres, tous ces deuils, toutes
— 6 —
ces tristesses ? Il est remonté à la source de nos
divisions ; guidé par son patriotisme, il s'est mis en
dehors de tout parti, et à la lumière do la raison et
de la foi, il a pénétré au plus intime de la société
française.
Au-dessus de tous les événements, il a vu la main
de Dieu qui nous frappe, parce que nous avons oublié
nos nobles destinées, méconnu le principe de l'auto-
rité véritable, et laissé la flamme du dévouement
s'éleindre en notre coeur.
II a voulu s'adresser aux esprits sérieux, et il s'esti-
mera heureux s'il a pu réussir à éclairer un frère
égaré, à sécher une larme ou à guérir une bles-
sure.
Il ose l'espérer après cet éloge d'un ami intelli-
gent et dévoué, (éloge qui sera la plus belle recom-
mandation de ce faible travail) :,
« Je viens de lire avec infiniment de plaisir
l'épreuve que vous avez bien voulu me communi-
quer. Je ne vois rien à ajouter ni à retrancher. La
forme est bonne et les idées excellentes ; elles s'en-
chaînent bien et prouvent que l'auteur connaît l'his-
toire morale et politique de notre malheureux pays.
Cette brochure, j'en suis convaincu, sera goûtée du
bon public. (1) »
(1) Lettre de M. O. de R. à l'auteur.
LA CRISE SOCIALE
I
La France d'autrefois.
Un sentiment de profonde tristesse s'em-
pare de l'âme, quand on jette un regard
sur notre infortunée patrie. Elle, naguère
encore si fière, si triomphante, n'est plus
qu'un vaste amas de ruines, et à ses chants
joyeux ont succédé des cris de deuil. Ses
enfants, humiliés, abattus sous les coups
de l'ennemi, se relèvent pour s'égorger
entre eux, et dépensent en luttes sanglan-
tes un temps qu'ils devraient consacrer à
guérir leurs blessures.
— 8 —
Et pourtant, si nous étudions l'histoire
des siècles passés, où trouvons-nous une
nation comparable à la France ? Quels sol-
dats ont remporté des victoires plus écla-
tantes ? Quelle terre a jamais été plus fer-
tile en héros?
La religion était-elle attaquée, le droit
méconnu, la faiblesse opprimée? Aussitôt
nos pères ceignaient leur vaillante épée,
se couvraient de leur cuirasse, et mar-
chaient à l'ennemi.
Que n'ont-ils pas fait pour repousser les
flots de la barbarie, pour opposer une di-
gue infranchissable aux armées nombreu-
ses qui venaient s'abattre sur eux et mena-
cer leur liberté?
Pendant que les sciences et les lettres,
bannies du monde, trouvaient un asile à
l'ombre du cloître, la France guerrière se
levait, tantôt pour étendre le règne de la
civilisation, tantôt pour défendre son ter-
ritoire ou agrandir ses conquêtes.
Elle aimait le sacrifice et, pour les
grandes causes, elle versait son sang le
plus pur. Aussi, de temps en temps, elle a
— 9 —
frappé de ces coups qui ont retenti à tra-
vers les siècles et, par ses victoires, elle
s'est acquis un nom immortel parmi les
nations.
Son caractère noble et généreux nous a
toujours concilié beaucoup d'amis, mais sa
puissance et sa prospérité nous ont suscité
grand nombre d'ennemis. Ses amis, elle les
a défendus avec un dévouement sans bor-
nes-, ses ennemis, elle les a domptés par la
force de son glaive.
L'Allemand perfide et haineux veut-il
l'éteindre à son berceau? elle trouve son
salut dans la croix, et les noms de Clovis
et de Tolbiac nous rappelleront à jamais la
France sauvée et la France convertie.
Le barbare musulman vient-il fondre sur
notre patrie, pour la réduire en esclavage?
il est arrêté dans les champs de Poitiers
et succombe sous les coups de Charles Mar-
tel , comme au cinquième siècle les hordes
d'Attila avaient trouvé leur tombeau dans
les plaines de Ghâlons. (1)
( 1) N'est-ce pas l'épée des Francs qui, sous Char-
lemagne, consolide le triomphe et assure la liberté du
monde catholique?...
- 10 -
Si la France, à son origine,nous appa-
raît belle de courage et d'héroïsme, que se-
ra-t-elle à l'âge viril, à cette époque de la
vie où les nations comme les individus
sont mûries par la réflexion et l'expé-
rience ? Oh ! alors nous la voyons à l'apo-
gée de la gloire. Dans la paix, elle travaille
avec sollicitude au bonheur de ses enfants;
dans les circonstances solennelles, elle est
prise pour arbitre et règle les destinées de
l'Europe.
Si parfois elle est menacée dans son exis-
tence, si la Providence lui ménage des
épreuves et permet que ses soldats soient
vaincus, toujours elle se relève et répare
ses ruines. Qui ne se rappelle les célèbres
journées de Bouvines et de Fontenoy? Nos
ennemis ne les ont pas oubliées.
Oui, la France a porté bien loin son dra-
peau triomphant; elle a porté plus loin
l'étendard de la croix. Au-dessus de la
gloire achetée par tant de sacrifices, elle
en possède une autre, et plus pure et plus
éclatante. Depuis le jour de son baptême elle
garde empreint sur son noble front le signe
— 11 —
du chrétien, et seule elle mérite le titre de
« Fille aînée de l'Eglise. » (1)
Avant les ravages de la révolution, dans
les siècles de foi et de patriotisme, les Fran-
çais ne connaissaient que cette devise-.
Dieu et Patrie! Appuyés d'une main sur
l'autel, de l'autre sur le trône, ils mar-
chaient, d'un pas sûr, à la conquête de la
civilisation, sans oublier leurs destinées
éternelles. Ainsi savaient-ils unir la vie
présente à la vie future, l'ordre naturel à
l'ordre surnaturel, la terre au ciel, l'homme
à Dieu.
Sans doute, la France d'autrefois éprou-
vait des commotions violentes. Elle avait
ses faiblesses et ses souffrances, ses divi-
sions et ses luttes. On a vu, par exemple,
dans la guerre de Cent ans et dans les
guerres de religion, notre sol envahi et ra-
vagé, nos villes prises et pillées. Mais la
(1) Au VIIIe siècle, un Pontife romain rendait à
noire pays ce glorieux témoignage: « Votre nation est
élevée au-dessus des autres nations, et le royaume des
Francs brille d'un vif éclat aux yeux de Dieu, parce
que ses rois ont délivré l'Eglise catholique et apostoli-
que. » (Lettre du pape saint Paul à Pépin.)
— 12 -
France alors restait fidèle à Dieu et au
roi. Dieu suscitait des héros, des héroïnes
pour nous sauver; le roi nous gardait des
horreurs de la guerre civile, et nos pères,
unis dans le même amour de la patrie, con-
fondus dans le même dévoûment, combat-
taient ensemble et mouraient pour la mê-
me cause....
En un mot, la société française, telle que
l'étude approfondie de l'histoire nous la
montre avant les scènes sanglantes de la
grande révolution, la société française,
attachée à son Dieu et à son roi, avait des
crises douloureuses, des dissensions intes-
tines et des périodes obscures; sans être
déshonorée, elle a subi des échecs, qui,
plus d'une fois, l'ont mise à deux doigts de
sa perte; elle n'a pas toujours été victo-
rieuse, bien qu'elle ait mieux porté l'épée
qu'aucune autre nation; elle n'avait pas
non plus les brillantes découvertes dont
nous sommes fiers à juste titre, et son pro-
grès matériel n'était peut-être pas à la hau-
teur de son progrès moral.
Mais elle restait ferme sur sa base, parce
qu'elle était assise sur des principes iné-
- 13 -
branlables. Elle représentait un édifice so-
lide dont les fondements étaient l'autel et
le trône, et le sommet le ciel. Elle formait
une société qui, dans sa fin, dans son au-
torité et dans ses membres, possédait l'u-
nitè, qualité indispensable pour la vie des
peuples, comme l'union de l'âme et du
corps sont nécessaires à la vie de l'homme.
Voyons si, de nos jours, la France est
restée fidèle à ses anciennes traditions.
II
La France d'aujourd'hui.
Parmi les écrivains qui ont loué ou blâmé
le progrès et les institutions du XIXe siècle,
les uns ont montré trop de sévérité, les
autres, éblouis par de vaines apparences,
n'ont eu que des éloges, même pour les
honteuses faiblesses du pouvoir déchu.
Pour être dans le vrai, il faut se tenir dans
un juste milieu.
Notre époque non plus n'a pas été sans
gloire, et de nos jours aussi la France a
exécuté de grandes choses. Parmi ses en -
fants elle a compté des hommes dévoués
des guerriers célèbres, des savants illustres.
Elle a porté sur les plages lointaines les
produits de ses arts et de son industrie ; par
ses découvertes étonnantes, elle a donné
— 15 —
une forte impulsion à la civilisation mo-
derne.
La France s'est montrée grande et géné-
reuse et, comme aux plus beaux jours de
son histoire, elle a su captiver l'admiration
du monde.
Nous, ses enfants, nous l'aimons toujours,
trop peut-être pour apercevoir ses défauts
et la croire sur le bord d'un précipice et à
la veille de sa ruine.
Et cependant elle traverse une crise mor-
telle, et des symptômes alarmants nous font
craindre pour sa vie.
Depuis longtemps déjà un sourd mur-
mure se faisait entendre au sein de la so-
ciété, et des signes, avant-coureurs de l'o-
rage, avaient jeté l'inquiétude dans nos
âmes.
Quel affreux spectacle tout à coup! le sol
de la France est envahi, le sang coule à
grands flots; nos campagnes sont dévastées
et nos armées vaincues. Que de familles en
deuil, que de fortunes ruinées, que de pro-
jets détruits, que de positions brisées!
L'histoire nous offre-t-elle l'exemple d'un
pareil désastre? Un vainqueur a-t-il ja-
- 16 —
mais imposé des conditions plus lourdes, et
traité un peuple malheureux avec autant
de cruauté?
A tous les maux de l'invasion étrangère
viennent se joindre les horreurs de la
guerre civile. L'ennemi est encore aux por-
tes de la capitale et, au lieu de travailler à
la délivrance de la patrie, on fait entendre
de nouveaux cris de guerre, on se jette
l'injure et le défi, on donne la liberté aux
repris de justice pour entasser dans les pri-
sons les représentants de l'ordre et du de-
voir.
L'ennemi triomphe, et nous donnons à
l' Europe indifférente le spectacle d'une
nation qui s'égorge et creuse elle-même un
tombeau pour s'y précipiter.
A cette vue les coeurs épris d'un vrai pa-
triotisme se remplissent de tristesse, et les
esprits sérieux se demandent qui nous a
conduits à cet abîme.
Comment la France, malgré l'expérience
du passé, est-elle aujourd'hui le théâtre des
scènes de 93 ? Elle réclame la liberté ; sans
cesse, elle appelle nos ancêtres des trou-
peaux d'esclavesqui courbaient la tête sous
— 17 —
la main d'un despote, et depuis vingt ans
elle a subi le joug le plus odieux, la tyran-
nie la plus perfide. Elle demande la paix,
elle veut même abolir la peine de mort et
l'effacer de son code criminel, et chaque
jour des milliers de victimes tombent sur
son sein meurtri et ensanglanté. Elle pré-
tend tarir la source de la charité, et le
paupérisme, avec le cortège de tous les
maux, règne dans nos grandes cités.
Notre siècle s'est appelé le siècle des lu-
mières, le siècle par excellence. En effet, à
la surface il a brillé d'un vif éclat ; il a
étalé aux yeux du monde toutes ses riches-
ses, toutes ses jouissances et aussi tous ses
scandales. Mais percez ces dehors trom-
peurs, pénétrez plus avant, et vous verrez
que cette grandeur est éphémère, cette ci-
vilisation et ce progrès incomplets.
Pour comprendre un tel mélange de bien
et de mal, recourons à une comparaison.
Comme les hommes, les sociétés naissent,
grandissent et meurent : l'Eglise seule est
immortelle, parce qu'elle a pour fondateur
et pour soutien le,Christ, Fils du Dieu
vivant.
2
- 18 -
Or, dans le cours de son existence,
l'homme doit couler des jours heureux et
malheureux. Il a ses épreuves et ses joies,
ses vertus et ses vices ; il accomplit des
actes de courage et se laisse entraîner à de
coupables faiblesses. Souvent, après avoir
appris au foyer paternel les principes sur
lesquels reposent la religion, la famille et
la société, il s'égare, oublie pour un moment
sa première éducation et se livre aux eni-
vrements de son coeur. Mais bientôt se lèvent
les jours de l'épreuve, comme il en est tant
dans la vie : Dieu le frappe et le rappelle à
lui par la voie des larmes et de la souffran-
ce. Alors il rentre en lui-même, il réfléchit
à la paix, au bonheur de ses jeunes années
et revient au Dieu qu'il avait abandonné.
Quelquefois il s'irrite au contact de la dou-
leur, blasphème quand il devrait prier, et se
livre à la haine et au désespoir.
Ainsi la société française est sortie de la
voie où elle a marché pendant plusieurs
siècles ; elle a foulé aux pieds les institu-
tions qui ont assuré son existence et sa
force ; elle s'est jetée dans les bras de la
révolution, et depuis longtemps elle veut
- 19 —
subsister sans les éléments indispensables à
la vie des peuples.
S'instruira-t-elle à l'école du malheur ?
Reviendra-t-elle à des idées plus sérieuses
et verra-t-elle encore se lever des jours de
gloire et de prospérité ? Ou plutôt l' antique
et vaillante nation de l'Europe touche-t-elle
à son déclin, et devons-nous entendre sonner
sa dernière heure ?
Oh ! espérons que la Providence a pour
nous encore des desseins de miséricorde.
Espérons qu'elle nous châtie pour nous
guérir, et que bientôt nous verrons finir
les maux dont nous sommes accablés.
Et que faudrait-il pour assurer le salut
et la grandeur de la France ? Deux choses :
emprunter à nos pères leur stabilité et leur
force; garder le progrès véritable et les
lumières de notre époque ; tendre la main
au passé, sans abdiquer tout le présent ;
choisir dans le cours de notre longue exis-
tence ce qui peut assurer la vie, la tranquil-
lité, l'honneur de notre pays.
Avant d'arriver à un but si désiré, si im-
patiemment attendu, que de chemin nous
avons à faire! Car, avouons-le en tremblant,
— 20 —
les causes de dissolution sont nombreuses
au sein de notre société, et quand nous
sondons nos blessures nous sommes effrayés
de les voir si graves et si profondes.
III
Aperçu général sur les causes de
nos malheurs.
Après l'exposé rapide que nous venons de
faire, il ne sera pas sans intérêt, ni sans
utilité, d'entreprendre l'étude sérieuse et
approfondie de l'état actuel de notre so-
ciété. Abordons avec courage un sujet si
difficile, et, guidés par les lumières de la foi
et de la raison, cherchons quelles sont les
véritables causes de nos malheurs : re-
montons à la source du torrent qui nous
déborde, et tâchons d'attaquer le mal à sa
racine.
Chose étonnante pour qui ne connaît pa
le coeur humain ! nous sommes tous plus ou
moins coupables ; nous avons tous porté à
notre commune mère des coups plus ou
moins meurtriers; tous nous lui avons fait
— 22 —
des blessures plus ou moins aiguës. El
pourtant, personne ne veut avouer ses torts,
et tous nous prétendons travailler au salut
de la patrie. Les hommes d'opinions di-
verses s'accusent les uns les autres; les
partis se déchirent et se prodiguent l'in-
jure; il n'est pas de mensonge qu'on n'ait
inventé tour à tour et contre le clergé, et
contre la noblesse, et contre les partisans
de l'ordre, pour les rendre responsables
de nos maux, et leur attribuer nos divi-
sions actuelles.
Hier encore, n'avons-nous pas entendu
prononcer ces paroles : « La Commune de
» Paris est l'oeuvre des prêtres et des lé-
» gitimistes. » Et certainement ! La preuve
c'est que la Commune pille les églises, in-
carcère les prêtres, prêche l'assassinat des
princes et renouvelle les odieuses tyran-
nies de la Convention !
Pendant que ces calomnies circulent dans
le peuple et l'excitent à la haine et à la
révolte, des hommes plus autorisés voient
la cause de nos désastres dans les vingt
ans de servitude que nous venons de subir.
L'empire nous avait endormis dans une
— 23 —
fausse sécurité, et il a fallu le bruit du ca-
non pour nous réveiller de notre sommeil.
L'empire avait amolli, corrompu, dégradé
la France; il avait prodigué les jouissances
matérielles ; et, sous l'étalage du luxe, il
avait étouffé les vertus qui font le vrai ci-
toyen.
L'empire avait excité la convoitise dans
tous les degrés de l'échelle sociale, et créé
des désirs, des appétits insatiables.
Sous l'empire régnait l'impunité du vice.
Sous l'empire la France était tombée
dans le désordre que Bossuet reprochait à
son siècle : « La nature est sobre et se con-
» tente de peu; mais la cupidité est venue
» qui ne s'est plus voulu contenter du né-
» cessaire ; par les degrés du commode,
» du plaisant, du bienséant, elle est montée
» au délicieux, au mou , au superflu , au
» somptueux (1). » Au contraire, la morale
est abaissée ; l'énergie a disparu ; le joug
salutaire de la religion a été secoué, et
l'on s'est livré sans frein aux caprices de
ses passions.
Alors s'est réalisée cette pensée de saint
Augustin : « L'homme, sociable par sa na-
(1) Bossuet, Pensées chrétiennes et morales.

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