La Cyn-Achantide, ou le Voyage de Zizi et d'Azor, poème en cinq livres, par Mme Fanny de Beauharnais

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Houzé (Paris). 1811. In-8° , 88 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1811
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LA
CYN-ACHANTIDE
ou
LE VOYAGE
DE ZIZI ET D'AZOR,
POËME EN CINQ LIVRES.
DE L'IMPRIMERIE DE LEFEBVRE,
RUE DE LILLE, N°. II.
LA
CYN-ACHANTIDE
OIT
LE VOYAGE
DE ZIZI ETD'ÀZOR,
POEME EN CINQ LIVRES:
PAR M«*. FANNY DE BEAUHARNAIS.
\%JS.IX : i fr. 75 cent. .
A PARIS,
Chez HouzÉ, Libraire, rire Jacob , n°. 4,
l8ll,
GYN-ACHANTIDE vient de deux mots grecs qui
signifient Chien et Oiseau.
LA CYN-ACHANTIDE,
ou
LE VOYAGE >
DE ZIZI ET D'AZOR.
POEME EN CINQ LIVRES.
LIVRE PREMIER.
IViLusES enchanteresses, vous à qui mes voeux
furent adresse's dès l'aurore de ma vie, vous
qui daignâtes les recevoir quelquefois, ne les
de'daignez pas maintenant ; ne rejetez point
l'humble prière de la plus fervente des ado-
ratrices de votre culte sacre'.
O Muses, et toi sur-tout, Calliope, vous
■savez à quelle gloire j'aspire ! Je n'ai point,
rivale téméraire des Pindares modernes, pré-
senté dans l'arène un front audacieux pour
disputer la palme du Génie. Ils ont, par leurs
chants , célébré l'hymen le plus auguste que la
terre ait vu s'accomplir : et moi ? simple dans
i
(O'. . ■ r. :
mes désirs, je me borne à parler des deux
objets de la prédilection d'une jeune Princesse
douée par vous-mêmes , ô déités immortelles!
des talens divers auxquels chacune d'entre vous
se plaît à présider.
L'un de vos plus chers favoris, Catulle,
immortalisa le moineau de sa chère Lesbie ;
vous lui prêtâles vos accens : Hésiode, avant
lui, avait aussi reçu de vous l'inspiration de la
poésie ; et vingt siècles et plus n'ont pas suffi
pour effacer de la mémoire des hommes les
talens d'Hésiode, ses malheurs et le témoignage
de fidélité que lui donna Mélampe, ce chien
chéri dont sa chère Climène lui avait fait présent.
O Muses, ne dédaignez pas ma prière !
Et toi, Génie de ma Patrie, de cette France
antique, régénérée par les soins du plus grand
des Potentats, Génie qui sais allier les grâces
naïves à l'austère vérité, viens aussi à mon aide
et répands , sur ces lignes tracées par le coeur,
une parcelle de ce charme que tu as si libé-
ralement dispensé à tes heureux favoris.
Je sais que la rose, cette fleur chérie du divin
Anacréon, le chantre de l'amour, est le soin
du printemps dont elle fait le triomphe et l'or-
gueil; mais pourrais-je oublier qu'à l'humble
violente fut accordé le pouvoir de précéder la
(3)
rose et de parfumer l'atmosphère? Non sans
doute; jesaisqueZéphir, obéissant aux ordres
de Flore , attiré aussi par la suavité que com-
mence d'exhaler cette modeste fleur au premier
sourire du printemps, s'empresse de la cher-
cher : il l'aperçoit enfin, il s'approche, et la
dégageant doucement du gazon qui la dérobe
encore à la vue, il la contemple avec plaisir,
la caresse de ses ailes, et suspendant, pour
quelques instans, sa course vagabonde, la rend
plus digne encore d'orner le sein de la beauté.
O Génie de ma Patrie! inspire moi; fais
résonner les cordes de ma lyre, guide mes
pinceaux, fais que ce qu'ils oseront tracer ne
soit pas indigne de fixer, pour un seul instant,
les regards augustes de MARIE-LOUISE , main-
tenant épouse adorée de NAPOLÉON. .
Placée au faîte des grandeurs, par la volonté
des immortels, à qui, chaque jour, elle adresse
des hommages aussi purs que son coeur ; fille
chérie d'un Père tendre et Monarque vertueux,
rejeton de la tige la plus auguste de l'Univers ;
adorée de ceux qui, par leur rang ou leur
emploi, jouissent de l'heureuse prérogative de
l'approcher, et qui ont assez de discernement
pour bien connaître ses qualités et ses vertus;
idolâtrée du peuple immense qui respire sous
i*
( 4 )
les douces lois de son illustre maison, et qui:
la, vit croître au milieu de lui avec l'enthou-
siasme de l'espoir le mieux fondé, l'enfance de
MARIE-LOUISE s'était écoulée dans la paix et
le bonheur, partage ordinaire de cet âge, le
plus heureux que les Dieux aient accordé aux
mortels.
Bientôt l'adolescence succéda ; mais avant
cette époque le Génie de la France et celui
qui préside à la fortune de l'Autriche, s'étaient
unis pour tracer la destinée de cette auguste
Enfant. Impassibles par essence, ces êtres su-
périeurs ne participent point aux passions des
hommes. Ils plaignent leurs faiblesses et s'oc-
cupent à réparer les maux qu'elles ont pu causer.
Hâtant pour la jeune Princesse le cours de
la nature, ces deux Génies firent éclore en
elle le germe des agrémens extérieurs et celui,
plus précieux, des vertus qui rendent les sou-
verains si chers à ceux qui vivent sous Jeur
empire. ,
L'oeil d'un père attentif et lui-même ,doué
des talens et dés qualités qui ajoutent à l'éclat
du trône un éclat moins passager, surveille le
développement de la raison encore tendre de
sa fille bien aimée : peu à peu il fixe ses idées
naissantes et flexibles sur ce beau réel qui n'est
- ( 5)
autre chose que ce qui est juste et bon en soi.
A mesure que MARIE-LOUISE sentit s'étendre
la sphère de ses idées et de ses connaissances,
elle porta un regard scrutateur sur tout ce qui
composait la cour brillante dont journellement
elle recevait l'hommage.
Accoutumée à ces hommages, ils ne pouvaient
l'éblouir; bientôt ils la fatiguèrent, parce qu'à
travers le voile du.respect, elle discerna et, l'in-
térêt, et l'ambition, et l'égoïsme, qui se dispu-
taient sourdement le plus rapide, le plus fugitif
de ses regards. Elle ne se dissimulait pas qu'au-
delà de ce cercle brillant, elle n'eût pu ren-
contrer quelques Etres vertueux, libres des en-
traves qu'imposent la soif de l'or et celle des
honneurs ; mais ceux-là ne se prodiguent pas.
Retirés loin de l'agitation et des orages fre'quens
des cours, ils adorent en silence; c'est leur coeur
seul qui s'humilie devant la vertu ; ils laissent
volontiers les caméléons se diaprer des diverses .
nuances qu'ils jugent convenables de prendre
selon les temps et les circonstances.
MARIE-LOUISE aperçoit ce manège etdétourne
ses regards indignés. Un soupir s'échappe de
son sein. De ce moment l'éclat qui l'environne
perd totalement son effet. C'est en vain que les
plaisirs et la troupe riante des jeux frivoles
(6)
s'empressent autour d'elle. Les fleurs qu'ils
s'efforcent de semer sous ses pas se fanent à
l'instant, ou sont écartées par l'Ennui, à qui la
Raison, fille du Ciel, a confié ce soin. Le Dé-
goût, l'invincible Dégoût, et la Langueur, sa
compagne inséparable, semblent s'attacher à
tous les pas de la Princesse, et ne lui laisser de
libre que l'heure consacrée par elle chaque ma-
tinée , à remplir le devoir filial, si cher à son
coeur.
Eh bien ! dit-elle en soupirant, puisque le
rang où le ciel m'a placée m'interdit l'aimable
jouissance de chercher des coeurs sur qui le
mien puisse se reposer, puisque le bonheur de
contempler l'honnête joie des infortunés dont
j'ai pu soulager la misère, ne m'est pas permis,
je veux, oui, je veux me créer un plaisir qui
soit à moi, un plaisir que l'austère et fatigante
étiquette n'ose proscrire et que personne ne soit
tenté de m'envier. Je me procurerai des amis
dont la gratitude sincère, dont l'inaltérable fidé-
lité soient indépendantes, même de la continua-
tions de mes soins.
Ainsi pense MARIE-LOUISE, et déjà l'incarnat
du plaisir innocent qu'elle se promet a coloré
l'albâtre de ses joues.
L'ordre est donné. Aussitôt un petit chantre
(7)
ailé nouvellement éclos, et le plus aimable em-
blème d'un attachement et d'une fidélité inalté-
rable, lui sont présentés.
Au premier de ces animaux, qui tous deux
sont l'ornement de leur espèce, est donné le
nom de Zizi; l'autre reçoit celui d'^zor. Ils
sont à l'instant déposés dans le cabinet intérieur
où la Princesse se retire fréquemment, soit pour
méditer dans le silence de la réflexion, et
loin de la foule importune, sur l'importance
des devoirs que lui impose son auguste rang,
soit pour cultiver les arts qui charment ses
loisirs.
C'estMARiE-LouisE qui s'occupera des besoins'
d'Azor et de Zizi. C'est d'elle seule que désor-^
mais ils recevront, ainsi que l'aliment, l'instruc-
tion dont chacun d'eux paraît susceptible. Dès
ce jour même, les plus tendres soins leur sont
prodigués. Ils semblent déjà y être sensibles.
Bientôt leur intelligence se développe, croît avec
leurs forces et surpasse l'attente de l'illustre insti-
tutrice. On dirait que ces petits êtres charmaiis
connaissent l'étendue de leur bonheur, et leur
destination.
Zizi, qui reçoit de la main de sa belle maî-
tresse le grain broyé soigneusement par elle %
l'eau limpide contenue dans le cristal qu'il ne
(8) .
peut encore atteindre, et aussi le sucre et le
biscuit suspendus à la voûte de verdure qui
ombrage le treillis azuré au milieu duquel il
essaie de se balancer; Zizi annonce sa recon-
naissance en béquetant légèrement le doigt ou
les lèvres de roses qui s'offrent à ses caresses :
il voudrait s'exprimer par des chants, mais il
ne forme encore que des sons intérieurs, con-
fus, qui, cependant, annoncent ce que bientôt il
saura faire entendre.
, Lorsque, devenu un peu plus fort, il lui est
accordé de franchir le seuil de la riante demeure
qui le renferme une partie de la journée, il
s'abandonne à la plus vive allégresse et la signale
par les battemens précipités de ses ailes encore à
demi-couvertes du duvet doré que commence
à remplacer le plus rare plumage. Peu à peu -,
fier de sa destinée, il s'élève jusqu'aux tresses
superbes qui couronnent une tête charmante;
il se joue, se balance sur les boucles ondoyantes
que la nature a formées, que l'art a respectées;
et se plaçant enfin à l'extrémité d'un front d'al-
bâtre, il s'y fixe et semble marquer la place
qu'ornera bientôt le diadème.
Ses chants sont devenus distincts, et cepen-
dant ils ne sont encore que ceux de la simple
nature ; mais cette mélodie se mêle aux accens
(9)
harmonieux qu'il entend , soit que la Prin-
cesse déploie les charmes d'une voix céleste,
soit que ses doigts légers voltigent sur la
harpe, ou sur cet autre instrument dont les
sons plus variés, plus soutenus, sont l'ame des
concerts.
Dès que les sons ont cessé, l'oiseau attentif
cesse aussi les siens et se recueille ; il attend
l'instant où ceux d'un instrument plus modeste
et consacré à son instruction, l'appelle à sa leçon
journalière. Il voit étendre sur son étroite de-
meure le voile précurseur de cette leçon, et sa
turbulence se calme. Cette précaution est né-
cessaire; sans cela, comment Zizi pourrait-il
exprimer l'élan qui le porte vers sa belle maî-
tresse ? Voilé, il écoute, il retient, il imite les
sons modulés.
Mais une autre science, et non moins agréable,
a précédé celle-ci. Zizi a déjà su répéter les
expressions aimables qu'il a entendu prononcer.
Il a fait plus, il a su les appliquer avec jus-
tesse , et jamais il ne les prononce qu'en pré-
sence et pour son auguste maîtresse. Pour elle
seule s'entrouvre ce bec purpurin, parce que
c'est elle seule qu'il aime ; et cent fois il le redit,
sans croire l'avoir dit assez.
Azor, le bel Azor n'est pas doué de ce même
(IO)
talent, mais il n'a point à se plaindre de son
, partage. Ceux qu'il possède sont dé beaucoup
supérieurs, même à son espèce; et si mainte-
nant il lui était donné de les bien connaître, il
cesserait d'envier la prérogative de l'heureux
Zizi, contre lequel il s'est maintes fois permis
d'échapper des murmures. .
Cependant, aussi docile qu'il est aimant,
placé sur un carreau (sa niche ne lui sert qu'aux
heures du repos) aux pieds de son auguste maî-
tresse , il suit des yeux tous ses mouvemens, •
en comprend le langage ; et, ne se permettant
jamais de l'interrompre, ce n'est que par des
gestes aimables et soumis qu'il attire son atten-
tion. Un clin d'oeil suffit pour le contenir ; et
plus paisible, il attend le moment de la récom-
pense et celui de ses exercices.
Enfin le nom d'Azor est prononcé. Azor
s'élance, et pour prélude de cette récompense
qu'il est bien sûr de mériter, il dérobe des ca-
resses...,, réservées pour les Dieux,
Une souplesse que nulle autre n'égale, des
mouvemens pleins de grâce, et sur-tout le désir
de plaire, telles sont les dispositions qui se re-
marquent dans Azor, et qui doivent faciliter
ses succès. Aussi tout ce qui lui est enseigné,
est appris, est répété avec intelligence, et l'on
(»■)
croirait qu'il veut, à force de talens, surpasser
ceux de ce rival ailé qui partage avec lui les
honneurs de l'instruction, comme en effet il le
surpasse en intelligence.
Ne quittant jamais son auguste maîtresse sans
que ses ordres ne l'y contraignent, accourant
près d'elle avec empressement, fier de déposer
à ses pieds les objets qu'elle a touchés et qu'elle
lui désigne, il la fixe avec une expression qui
n'est donnée qu'a lui.
On pourrait ajouter que, jaloux de la pos-
séder seul j il ne souffrirait qu'aucun mortel
l'abordât, si un instinct, bien rapproché de la
raison, ne lui faisait comprendre qu'il doit ac-
cueillir ceux qu'elle admet en sa présence.
L'heure du repos est pour lui un supplice,
celle du réveil un bonheur qu'il sait apprécier,
et qu'il exprime d'une manière si sensible qu'on
ne peut s'y méprendre.
Tel est Azor, tel est Zizi. Que sont donc
en effet ces deux êtres charmans , ces deux
amis que MARIE-LOUISE s'est créés, qui em-
bellissent le lieu de sa retraite, qui, fixant ses
pensées et les portant sur l'immensité du pou-
voir suprême, parviennent à la distraire des
soucis, des peines même liées inséparablement
à la grandeur?
(■« )
Ce qu'ils sont en effet? Eux-mêmes nous
l'apprendront lorsqu'il en sera temps. Des évé-
nemens d'un ordre supérieur se pressent sous
mes pinceaux, d'autres couleurs doivent être
choisies et préparées avec soin pour les tracer
•dignement.
FIN DU LIVRE PREMIER.
( i5)
LIVRE SECOND.
JE dois le protester ici, je ne veux ni ne puis
m'occuper de combats. Les jeux cruels de Mars
et de Bellone effraient jusqu'à ma pensée ; je
ne pourrais les retracer sans enfreindre le voeu
qu'ont reçu et agréé les Muses et le Génie de
ma Patrie. Je ne peux donc soupirer que pour
la Paix, cette fille du Ciel que suivent cons-
tamment les doux loisirs et le bonheur.
. Depuis long-temps l'horizon politique, chargé
des nuages épais, précurseurs des tempêtes,
semait dans tous les coeurs l'inquiétude, l'an-
goisse et l'effroi.
Le coeur de,la Princesse en était vivement
atteint. Les plaisirs et les amusemens qu'elle
s'était procurés, et qui charmaient si puissam-
ment ses ennuis, en furent altérés ; mais lors-
que cette tempête éclata, ils disparurent comme
se dissipent ces songes aimables envoyés par les
Dieux pour.suspendre la peine de l'infortuné,
et le rendre capable d'en soutenir l'effort avec
plus de courage. L'ame de MARIE-LOUISE se
(14)
refuse aux charmes de ces douces impressions
qui embellissaient sa vie. Des pleurs humectent
ses paupières, l'humanité seule, la sainte hu-
manité aurait suffi pour les faire couler ; mais
qu'ils sont amers ;, lorsqu'elle croit devoir
craindre pour des objets chéris , non point seu-
lement le sort que menace ordinairement les
guerriers, mais encore les dangers où peut les
emporter un excès de bravoure !
« O fille des Césars ! calme cet effroi et
qu'une douce sécurité lui succède. Le bronze
retentissant moissonnera sans doute quelques
victimes dans cette guerre nouvelle, sourdement
tramée par les Euménides; mais il ne se diri-
gera point contre les Héros qui sont les plus
chers à ton coeur ».
Ces expressions rassurantes se firent entendre
à la Princesse, lorsque, retirée dans son asile
chéri, elle s'abandonnait à la crainte qu'inspirent
de tels événemens, dont le résultat est toujours
le secret des Dieux.
A peine est-elle revenue de la douce sur-
prise qu'a excité en elle cette consolation inat-
tendue , qu'elle se sent pressée par le sommeil,
fruit du calme heureux qui lui est rendu, ou
plutôt effet de la puissance qui la protège si
sensiblement. Elle y cède, et c'est pour la faire
(.I 5) '
jouir d'tÈte prérogative à elle seule réservée
qu'on lui procure ce doux assoupissement.
Elle se croit transportée à l'entrée d'un jardin
délicieux, dont l'immense et belle perspective
offre d'abord un amas confus de colonnes que
l'or et le marbre rendent éblouissantes. Un
attrait invincible la porte à s'en approcher, et
chacun de ses pas lui fait découvrir une beauté
nouvelle. Un palais non moins superbe que
ceuxd'Armide, d'Alcimeetde Morgan, se déve-
loppe d'entre ces colonnes qui en soutiennent la
voûte hardie. Tout ce que l'art, uni à la na-
ture , a pu produire de plus exquis, le décore.
, C'est la demeure de la reine des génies de la
puissante Fétiza. ' .
Fétiza doit le jour à Méluzine, protectrice
de l'ancienne Gaule, et le docte Théon fut son
père. Avant de se dérober aux mortels presque
toujours ingrats :ou méconnaissans, Mélusine
investit. Fétiza de ce pouvoir immense qu'elle
même avait reçu des Cieux. Fétiza, évitant
avec soin d'imiter sa mère dans les écarts
qu'elle se permit et qu'elle expia si long-temps,
n'a jamais employé les secrets de son art que
pour le bonheur de ceux qui, par leur vertu
ou par leur infortune, ont acquis des droits à
sa protection,
( 16 )
A là vue de la jeune Princesse, erre se lève
de "dessus son trône, lui tend les bras, l'appelle
par son nom , et la place à ses côtés.
K Aimable rejeton des Césars, dit-elle en
imprimant sur son front le plus „ affectueux
baiser, sois la bien venue sous ces lambris où
il n'est donné de parvenir qu'à très-peu de
mortels !
» J'ai lu dans ton coeur , dans ce coeur si
pur et si digne de la bienveillance des Dieux.
J'ai aussi vu couler tes larmes, ô fille des
Césars ÎTémoin invisible de ta peine secrète, j'au-
rais désiré t'en épargner jusqu'à l'ombre ; mais ,
quelle que soit l'étendue de ma puissance, je
suis soumise à des ordres supérieurs qui, sou-
vent., en restreignent l'effet. Le temps, le temps
seul suffit pour contrarier mes voeux. Sans ce
redoutable vieillard, dont rien ne peut arrêter
la course , et qui se plaît à renverser les projets
les mieux conçus, à réaliser les plus folles
espérances , sans lui ma fille bien aimée eût été
heureuse bien plutôt. Enfin le moment est
venu où, libre de te donner des preuves du
soin constant que j'ai fait prendre de ton en-
fance , j'ai dû te faire introduire dans ces
lieux.
» Au milieu des fracas de la guerre, et
C 17 )
tandis que, prosternée aux pieds des autels, tu
exprimais tes alarmes, une peine secrète se
joignait à celle que tu partageais avec tout
l'Empire.... Lève sur moi ces yeux eharmans
que la modestie t'apprit à tenir baissés; regarde-
moi, Princesse, et m'écoute avec autant de
confiance que si le destin, daignant t'apparaître,
déployait devant toi le livre sacré où sont bu-
rinés ses oracles.
» Oui, ma fille, une peine secrète oppresse
depuis quelque temps ton coeur virginal. Il n'a
pu, ce coeur, entendre, sans palpiter, ce que la
renommée, modeste cette fois ( parce que le
Héros qu'elle a célébré est au-dessus de tout
éloge ) , a raconté de ses exploits et sur-tout de
la magnanimité de son ame. Tu n'as pu , sans
regret, le considérer encore comme l'ennemi
momentané de ta maison et de tes peuples.
Le culte que tu rends à la vertu ne pouvait te
laisser insensible aux actions qui ont signalé
chacun de ses momens : c'est cette même vertu
qui a gravé dans ton esprit et dans ton ame
l'image du Héros : elle ne doit jamais en être
effacée. Tu as désiré de connaître NAPOLÉON ;
apprends qu'un même désir l'enflamme. Ce désir
mutuel eût été plutôt satisfait si Jetons un
voile épajs<^^|7|)assé. Déjà je vois le dieu
( ,8)
de la guerre s'éloigner de l'Autriche. Amour,
Hymen, ce sera votre ouvrage ! »
Fétiza s'arrête. Un pouvoir dont le sien,
tel immense qu'il est, n'est qu'une faible éma-
nation, ne lui a pas encore permis de dévoiler
l'avenir, tout rapproché qu'il soit maintenant.
Après un moment de silence : « Viens, suis
mes pas, dit Fétiza en s'adressant à la Princesse,
il faut que tu connaisses les avenues du temple
de la gloire ; et puisqu'il ne m'est pas permis
de te guider jusqu'à son sanctuaire , nous
nous arrêterons dans celui de la vertu, qui seul
peut y conduire. Appelée par les dieux à de
si hautes destinées, je veux frapper tes regards
d'objets dignes de les fixer ».
Ainsi parla Fétiza ; et dans le même instant
mi char se présente. Sa forme est agréable et sa
coupe est légère. Six coursiers ailés, en tout
semblables à l'aimable Zizi, se disposent à l'en-
lever. A cette vue, MARIE-LOUISE, quoique
profondément occupée de ce qu'elle vient d'en-
tendre, laisse échapper un doux sourire.
Le char s'élève et plane au - dessus d'une
épaisse et vaste forêt, dont les routes tortueuses
et difficiles sont couvertes d'une foule immense
de gens de tout rang, de tout âge, de tout sexe.
En commençant la carrière,ils semblent mus
( *9 )
d'un même zèle; mais peu à peu fatigués, ha-
rassés et rebutés des obstacles qui se présent
tent, la marche devient inégale , la plupart
s'arrêtent en s'écriant qu'une divinité malfai-
sante recule pour eux le terme du voyage. Ils
veulent comparer l'espace parcouru à celui qui
leur reste à franchir ; ils se retournent et s'éton-
nent de voir que ces sentiers si épineux, et
presqu'impraticables, ont disparu et sont rem-
placés par une route large, riante et commode.
Elle est' en pente cette route, et dès que l'on
y pose le pied, une impulsion irrésistible en-
traîne dans la vallée. Les imprudens qui y sont
rapidement parvenus, n'y voient alors qu'un
précipice affreux qui les engloutit pour tou-
jours.
Cependant le char de Fétiza s'arrête. Ses
aimables coursiers s'abattent à quelque dis-
tance d'un temple dont la fabrique noble, mais
simple, annonce le séjour de la Vertu. La déesse
s'avance elle-même vers les illustres voyageuses,
suivie de son cortège ordinaire. Il est nombreux
ce cortège, mais aucune de celles qui le com-
posent n'est étrangère à la Princesse. Toutes
volent au-devant d'elle, et leur rencontre res-
semble à celle non prévue d'amies chéries qu'un
hasard heureux vient de réunir.
2*
( 2o )
Parmi ce groupe d'immortelles on peut
distinguer l'Amour même , mais sans flèches ,
sans carquois, sans bandeau ■, tel enfin qu'il
parut au chantre de Théos, dans ce soir mé-
morable où il lui demanda l'hospitalité.
Cependant s'il a déposé ses armes, il a re-
tenu de sa puissance tout ce qui anime les
compagnes de la Vertu. C'est de lui , c'est
par son influence qu'elles reçoivent continuel-
lement le charme qui les fait aimer et -suivre,
et nulle d'entre elles ne consentirait à en être
privée.
MARIE-LOUISE s'incline devant la déesse.
Elle veut fléchir un genou, mais elle se sent
retenir et serrer dans ses bras.
« Que dirais-tu , chère LOUISE, qui pût pa-
raître nouveau à celle qui règne en ton coeur et
qui s'y plaît chaque jour davantage ! Suis ta
conductrice. Traverse cet édifice et les bocages
qui l'entourent; au -delà est le temple de la
Gloire. Accepte ce voile. L'éclat qui environne
cette déesse ne peut être soutenu par des re-
gards mortels ».
Ainsi s'exprima la Vertu, et Fétiza ayant
conduit LOUISE à Fautre extrémité de l'édi-
fice, elle lui fit en un instant parcourir l'espace
qui le séparait du palais de la Gloire.
( ^ )
«Arrêtons ici, dit enfin Fétiza. Ce voilé qui
te couvre peut te garantir de l'éblouissement
que cause ce globe resplendissant, mais il ne
te procure pas le pouvoir de pénétrer jusqu'à
son foyer.
» C'est vainement que des Bardes célèbres
ont tenté à l'envi l'un de l'autre de décrire tout
ce que contient ce temple. Vainement aussi
chacun d'eux l'a décoré de tout ce qu'une ima-
gination brillante lui a suggéré. Nul d'entre
eux n'y avait été admis avant de quitter le sé-
jour terrestre. Un seul mortel a mérité d'y être
reçu , et ce mortel, ainsi privilégié, c'est
NAPOLÉON.
» Le temple de la Gloire est ouvert à tous,
et tu as pu te convaincre qu'il n'a nul besoin
de portes pour empêcher les téméraires d'en
approcher. Regarde à travers ce périsulle.
Vois cette jeune immortelle dont* les traits et
le maintien décèlent la Divinité. Elle tient
un flambeau ; elle s'avance vers le parvis j
et. ..... C'est la Vertu elle-même ! s'écria la
Princesse.
» C'est la Gloire, elle-même, reprend Fé-
tiza. Sachez que, toutes deux, filles du ciel, ont
ensemble une ressemblance parfaite. Toutes
deux, amies des mortels et à jamais unies, ont
(M)
partagé le noble emploi de récompenser les
sincères efforts que l'on fait pour être admis
dans ce séjour. Elles ont une ennemie, on l'a
redit cent fois. C'est l'Erreur. Cette déité falla-
cieuse leur dérobe une multitude de sectateurs;
mais, malgré tout l'art de ses prestiges, il faudra
qu'elle succombe.
» O fille des Césars! toi qui est destinée à
représenter sur la terre l'auguste Vertu, sou-
viens-toi que le diadème a ses épines, ainsi
qu'en avaient les roses , qui ont tant de fois
orné ton sein. Bientôt il me sera permis de te
revoir, et ce sera sur les bords de ce fleuve
paisible qui, partageant la plus belle et la
plus célèbre des villes de l'univers, porte ma-
jestueusement jusqu'à la mer le tribut de ses
ondes ».
Ici finit le songe de la Princesse. Elle s'éveille
et s'étonne de se voir dans son charmant réduit,
ayant Azor à ses pieds et Zizi placé sur le
coussin qui avait supporté sa tête pendant cette
vision prophétique.
Cependant, les jours de calamité ne sont pas
tous écoulés. Des voiles lugubres continuent de
dérober aux mortels l'avenir heureux qui se
prépare. MARIE-LOUISE, malgré tout son cou-
rage, et même malgré que le songe enchanteur
(a5)
ait produit en elle une impression aussi agréable
que profonde, MARIE-LOUISE ne peut chasser
de son esprit et de son coeur la crainte plus que
jamais importune des hasards de la guerre.
Elle tremble pour un père ! pour un père
qu'elle chérit! et même pour tout un peuple
qu'elle aime. -
A cette crainte, que justifie les circonstances,
s'en joint une autre plus secrète et non moins vive
que les discours de Fétiza lui ont dévoilé, et que
des promesses trop vagues n'ont pu dissiper.
En parlant de la Gloire , Fétiza s'est per-
mise de prononcer un nom chéri d'elle. Cette
rivale si puissante souffrira-t-elle un partage.,...
Le bonheur d'être admis dans son temple
avant d'avoir rempli le cours de sa vie ter-
reste , n'arrêtera-t-il point la pensée de NA-
POLÉON , et ne le fera-t-il point détourner ses
regards de l'olivier de Minerve? S'il en était
ainsi.... Mais non, Fétiza, interprète de la Di-
vinité, n'a pu vouloir tromper. Elle doit la
revoir, dit-elle... Oh! ce ne peut être que pour
la conduire à la félicité !
L'intéressant Zizi et le bel Azor s'aperçoi-
vent aisément de l'agitation de leur maîtresse
bien aimée; ce qui la cause ne leur est pas to-
talement inconnu. Ils s'efforcent de la distraire :
(H)
l'un par la modulation de ses chants, l'autre en
répétant avec grâce et justesse ce qu'on lui a
enseigné ; et tous deux enfin par leurs caresses
empressées. Le pouvoir de, révéler ce qu'ils
savent et ce qu'ils présagent ne leur est pas
encore accordé; il faut qu'ils se renferment
dans les bornes qu'on leur a prescrites, et cette
contrainte les attriste. Leurs regards , leurs
gestes ne peuvent être compris, et cependant
tout ce que l'amour et la fidélité peuvent sug-
gérer est employé par eux pour dissiper la mé-
lancolie de la Princesse.
Enfin, des jours moins nébuleux se font en-^
trevoir. On sait que l'olivier de la paix vient
de nouveau être offert par NAPOLÉON au sein
de la victoire, et le retour au bonheur vient
flatter doucement les peuples soumis à l'empire
de FRANÇOIS; et cette foule qui naguères trem-
blante, découragée, embrassait les autres, s'y
précipite maintenant avec l'effusion de la re-
connaissance. Ce peuple croit à la paix, parce
que déjà il a connu le caractère magnanime du
Vainqueur, et quecelui, non moins loyal de son
Prince, l'assure pour cette fois de la durée d'un
bonheur si désiré. Mais au milieu de cette es-
pérance, de ces hymnes sacrés dont retentissent
.les voûtes du temple, se glisse un voeu non
moins ardent, un voeu inspiré par les génies tu-
télaires des deux empires.
Le nom de l'auguste Souverain du grand
peuple remplit depuis long-temps l'un et l'autre
hémisphère; ses exploits, et sur-tout les vertus
qui le signalent, l'ont fait révérer de ceux même
qui ont provoqué son ressentiment, qui en ont
senti le poids. Il n'est dans l'univers qu'une
seule nation Arrogans insulaires ! le temps
approche où, forcés de laisser échapper de vos
mains affaiblies le trident de Neptune, v®us
sentirez le besoin de courber vos têtes altièrés
sous le joug de la raison et de l'équité. Peuple
d'Albion ! ouvre les yeux, cesse de prodiguer
l'or pour bouleverser les Etats en corrompant
des coeurs faibles ou cupides. Tu l'as vu, tes
nombreux complots n'ont fait qu'ajouter une
palme de plus à celles qu'a remporté le Héros
dont la gloire t'importunait, lors même qu'elle
n'était qu'à son aurore. Tu as vu également
les nations crédules que tu sus endormir par
tes promesses mensongères, tu les as vues se ré-
veillant au bruit de la foudre, frémir d'indigna-
tion, secouer leurs fers. Ainsi que le bandeau
attaché par l'erreur, ils sont tombés ces fers
honteux, ils sont brisés, brisés pour toujours...
"Tu t'enorgueillis du prodige qui te sépara
(a6)
du continent (i), bien des ' siècles avant que
l'art de la navigation fût connu des Européens.
Mais cette barrière sera impuissante dès que
NAPOLÉON aura donné ordre de la franchir.
Cependant l'attachement des peuples qui
forment le domaine héréditaire des Souverains
de l'Autriche s'est accru pour FRANÇOIS en pro-
portion de ses revers ; et plus cet attachement
est sincère, plus ils sont ardens à chercher les
moyens qui pourraient affermir la paix et
l'amitié nouvellement jurées. Dans l'élan de ce
zèle, ils demandent aux Dieux de consolider
leur ouvrage en favorisant un hymen qui joigne
étroitement les intérêts des deux Empires, et les
coeurs des Souverains qui les régissent.
L'aînée des filles de FRANÇOIS , la descen-
dante des Rodolphe, des Charles V, de Jo-
seph Second, dont la mémoire est maintenant
vénérée, MARIE-LOUISE, enfin, doit; selon eux,
(i) La terre des Angles était autrefois une presqu'île
et tenait à la Gaule par un isthme , à l'endroit que
l'on désigne sous le nom de Pas-de-Calais. Les natu-
ralistes prétendent que cet isthme fut détruit par
l'effet d'un volcan. Ils appuient leurs conjectures sur
ridentité reconnue qui se trouve dans les couches des
deux rivages.
(*7.)
devenir l'heureuse compagne de NAPOLÉON,
de ce successeur de Charles -le -Grand, tige
antique de tous les Souverains de l'Europe, et,
comme lui , créateur d'un vaste Empire.
Ces voeux portés sur les nuages, ont pénétré
jusqu'au séjour céleste. Les Dieux les ont ac-
cueillis, parce qu'ils sont émanés d'eux et dès
long-temps burinés sur les tables du Destin.
Mais à qui confier l'exécution d'un tel pro-
jet ? A l'Amour, dit en souriant le Maître du
tonnerre. Si cet enfant a su nous diviser et nous
réunir à son gré, que ne pourra-t-il point sur
le coeur des mortels ?
Cependant le fils de Vénus, fier du choix
dont il est l'objet, mais timide comme dans
sa première enfance, veut assurer son succès
par un moyen aussi puissant que lui-même,
et dont, plus d'une fois, il a, lui, senti l'irré-
sistible pouvoir. Usait que le coeur des Héros,
favorisés par Mars et l'altière Pallas , peut
rester inaccessible à ses traits. Il vole à Pàphos,
où sa mère réside. Autour d'elle sont les Grâces,
et c'est à ces dernières qu'il doit avoir recours.
Il folâtre avec elles, et lorsque sa présence a
produit dans leurs coeurs l'ardeur qu'il désire, il
leur demande de se dépouiller de leurs charmes
en faveur de la jeune Princesse. Amour pour-
(*8)
rait commander, et cependant il ne veut en
Cette occasion employer que les prières.
Aglaé, la plus vive des trois filles célestes, le
regarde avec surprise. « Ne sais-tu pas, répond'
elle en souriant, que tes ordres ont été préve-
nus? Toutes, nous avons présidé à la naissance
de LOUISE; et, ce qui jamais n'est arrivé que
pour elle, les Muses, conduites par Minerve,
nous y ont accompagnées. Dieu charmant ! que
peut-il donc nous rester à faire ? »
« Une seule chose, réplique avec un sourire
le dieu de Cythère.
» Allez près de ma mère, épiez le moment
où, prête d'entrer au bain, elle dépose ses voiles
et sa ceinture. Emparez-vous de la dernière,
et me l'apportez
» Ne craignez point le courroux de la Déesse,
elle ignorera ce larcin, parce qu'un moment me
suffit pour en décorer LOUISE ; et l'effet sera
pour elle aussi durable que rapide.
» Tandis qu'occupées à répandre sur Vénus
les parfums qu'elle emploie, et tandis que de sa
main divine elle caressera ses colombes fidèles,
j'aurai, moi, franchi les airs, j'aurai atteint les
rives du Danube, et j'aurai rapporté l'ornement
de ma mère ».
Les Grâces s'inclinent, Amour est obéi.
Aussitôt il disparaît..... et déjà une main invi-
sible a décoré l'auguste LOUISE de la divine
ceinture. Amour en avait bien connu la puis-
sance. Un instant a suffi ; l'impression est don-
née, elle ne s'effacera jamais.
« A présent, s'écrie l'Amour charmé de son
succès, à présent je peux me servir de mes traits
pour vaincre le favori de Mars et de cette altière
Pallas, contre le bouclier de laquelle ils se sont
tant de fois émoussés ! »
Amour dit et visite son carquois. 11 choisit
la plus douce et cependant la plus acérée de
ses flèches. Il se glisse dans la tente du Héros;
il le trouve entouré de ses chefs, ayant à ses
côtés cette Pallas redoutée, dont il eût bien
voulu éviter la présence. Amour est invisible,.
et Pallas l'est aussi ; mais comment deux Déités
de cet ordre peuvent-elles rester l'une à l'autre
inconnues? La Déesse lance sur l'enfant ailé
un regard pénétrant. Cependant l'austérité de
son front est pour un moment adoucie, un sou-
rire effleure ses lèvres ; il est passager comme un
rayon de soleil qui a percé les nuages sombres
de l'atmosphère en un jour nébuleux, mais il
est décisif. Amour en a compris l'intention et
jouit en secret de cette rare victoire. Pallas
s'avance vers lui ? saisit la flèche et la dirige de
(50),
manière que le coeur du Héros en soit atteint,
sans offenser la Gloire. ,
- Amour, satisfait, revole à Paphos. Il rend
aux Grâces le dépôt confié, et remonte dans
l'Olympe, où le succès de sa mission, déjà
connu, est applaudi.
FIN PU LIVRE SECOND.
(5i )
LIVRE TROISIÈME.
CEPENDANT la jeune Princesse, de retour du
temple où chaque jour elle offre ses hommages
aux Immortels, se retire dans cet asile chéri où
l'attendent [avec une impatience nouvelle ses
petits commensaux. Chacun d'eux lui exprime
de la manière la'plus aimable le plaisir qu'ils ont
de la revoir. Leurs caresses la flattent, leurs jeux
l'amusent, l'intéressent; elle s'y livre avec une
sorte d'abandon, lorsque tout-à-coup un bruit
effroyable se fait entendre. Ce bruit est sem-
blable à celui produit par ces tubes de bronze
et d'airain qui portent au loin l'épouvante et
la mort. Le tonnerre aussi se fait entendre et
distinguer; le palais, cet édifice vaste et solide,
en est ébranlé jusque dans ses fondemens; et
tout semble annoncer le courroux d'un Dieu,
joint à celui déjà trop formidable des enfans de
Mars.
Zizi, -l'aimable Zizi, placé en ce moment
sur la tête de sa belle maîtresse, est saisi de
frayeur. Il descend de ce trône qu'il s'est choisi,
et se réfugie dans son sein (comme dans un
( &■ y '
asile assuré), dont il a su écarter le voile trans-
parent arrangé par la modestie.
Azor, -le fidèle Azor prend un moment l'at-
titude de la résistance : tout en lui annonce le
désir de défendre son auguste maîtresse; mais
le bruit est continuel, mais il redouble, et que
peut faire Azor ? Périr avec elle et pour elle.
Il jette un cri presque articulé, se précipite
sur le parquet, se tapit sous ses vêtemens, s'en-
veloppe dans leurs longs replis, et attend dans
, la stupeur lé sort qui lui est réservé.
Au milieu de ce fracas inconcevable, MARIE-
LOUISE a conservé le calme de la résignation.
Son coeur a palpité; mais aucune pensée si-
nistre n'a redoublé l'horreur de ce moment.
Elle sait que NAPOLÉON a juré la paix, et le
parjure est loin du coeur de NAPOLÉON. Ce
bruit serait-il totalement l'effet du courroux
céleste? Eh! comment l'effet de ce courroux
pourrait-il l'atteindre ou seulement l'effrayer,
elle dont l'ame pure est toujours en présence
des Dieux?
A peine cette pensée rapide s'est présentée à
son esprit, que le bruit cesse, l'air se calme, le
soleil reprend son éclat, une douce mélodie
charme les sens ; la porte de l'asile chéri s'ou-
vre, un enfant ailé se présent».

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