La Démence de François

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Victime d’un AVC, François Hollande est transféré au Val-de-Grâce. Le diagnostic tombe : amnésie. Le président a tout oublié depuis le soir de son élection.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021017955
Nombre de pages : 128
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Avertissement Ce récit de politique fiction fantaisiste n’a d’autre but que de faire sourire. À ceux qui s’y reconnaîtraient et se sentiraient blessés, nous les prions à l’avance de nous en excuser, car nous aurions alors manqué notre but.
Première publication sous forme de feuilleton dans le quotidienLes Échosdu 13 au 31 juillet 2015, hormis l’épilogue qui est inédit.
© Éditions Tallandier, 2015
2, rue Rotrou – 75006
www.tallandier.com
EAN : 979-10-210-1795-5
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Samedi 11 juillet, 7 heures
1
L’ACCIDENT
Le professeur Lyon-Caen n’aimait pas qu’on l’emmerde. C’était l’un des neurologues français les plus connus au monde. Et, avec ça, un très brave homme que ses patients adoraient. Il avait bon cœur et mauvais caractère. L’appeler sur son portable à 7 heures du matin, au moment où il faisait sa promenade dans Paris. Et un samedi, de surcroît ! Ah non ! Il faillit ne pas répondre et même jeter son téléphone dans le caniveau, mais il reconnut le numéro du standard de l’Élysée. – C’est pourquoi ? répondit-il d’un ton qui hésitait ente le bourru et le franchement désagréable. Cependant, il regardait la façade de l’église Saint-Julien-le-Pauvre, où ses pas l’avaient conduit, et qui semblait sortie d’un roman de Victor Hugo. Cette vision l’apaisa. – Je vous passe M. le Secrétaire général, dit la standardiste avec cet empressement de bien faire et cette égalité d’humeur à quoi l’on reconnaît les services élyséens. Le ton du secrétaire général, Jean-Pierre Jouyet, était pâle (pour autant qu’un ton puisse avoir une couleur). – Olivier, viens immédiatement, s’il te plaît. Et motus, tu ne dis rien à personne. L’affaire est grave. Je ne parle pas au conseiller, je parle au médecin. Nous avons omis de le préciser : Lyon-Caen, grand mandarin de la médecine française, était aussi l’un des rares qui fût de gauche et militant. Après avoir été le conseiller pour la santé de Lionel Jospin à Matignon dans les années 1990, il était celui de François Hollande à l’Élysée depuis les premières heures du quinquennat. Cela n’avait d’ailleurs pas empêché que la famille Chirac le choisît pour certifier l’état de faiblesse neurologique du grand Jacques au moment de son procès. Le professeur raccrocha, s’alluma une cigarette sans filtre, tira deux bouffées et héla un taxi. Paris était vide en ce samedi matin de juillet. La Seine irisée semblait joyeuse. Il arriva bien vite au Palais. Jouyet, dans une tenue un peu désordonnée, dont on sentait bien qu’il l’avait passée à la va-vite, pas rasé, l’attendait en faisant les cent pas sur le pavé de la cour d’honneur. Le professeur, lui, était toujours chic. Même pour descendre chercher son pain, il revêtait son costume et son nœud papillon. Le secrétaire général le conduisit dans les appartements privés auxquels on accède par un petit escalier presque en colimaçon, à la gauche de l’édifice quand on entre par le perron – ce qu’on appelle l’« aile Madame ». Dans le corridor des appartements, le commandant militaire du palais, le colonel
Bio-Farina, grand maître de kenjutsu à ses heures perdues, présentait un visage empreint de cette sagesse hiératique et orientale qui l’inspirait. « Par quelque voie qu’on atteigne le sommet, c’est la même lune souriante qui vous regarde », semblait-il dire, tel un moine sōhei. Il leur défendit l’entrée sévèrement. Jouyet s’énerva : – Mais, enfin, mon colonel, vous ne croyez pas que j’ai assez d’ennuis comme ça. Laissez-nous donc passer. – Mais, c’est vous-même qui m’avez donné l’instruction, monsieur le Secrétaire général, de ne laisser passer personne. « Personne », avez-vous répété. – Enfin, Bio-Farina, vous êtes con ou vous le faites exprès ? Personne, ça ne comprend pas moi, puisque c’est moi qui vous ai donné l’ordre. Bio-Farina réfléchit quelques instants qui parurent une éternité. – En effet, c’est logique, monsieur le Secrétaire général. Il baissa la garde de la position kung-fu dans laquelle il s’était mis et les laissa passer en s’effaçant. – Va falloir qu’on vérifie sa vitesse de connexion neuronale, à celui-là, lâcha Lyon-Caen. Une fois entré, Jouyet, qui n’avait pas desserré les mâchoires, lâcha à toute vitesse : – Ce matin, Julie m’a appelé (informons le lecteur qui, bien sûr, l’ignore : notre président vit une grande histoire d’amour, mais tout à fait secrète, puisqu’elle n’est connue que de 7 milliards d’habitants sur la planète, avec une actrice française, Julie Gayet). Elle le trouvait tout étrange, comme hébété, elle ne savait que faire. Je suis venu immédiatement et, en effet, je l’ai trouvé étrange. J’ai dit à Julie de rentrer chez elle et de n’en parler à personne, j’ai appelé le colonel pour qu’il défende personnellement à quiconque de pénétrer dans les appartements et je t’ai téléphoné. Je n’ai même pas prévenu le médecin chef du Palais. – Il est où ? – Dans sa chambre, suis-moi. Lyon-Caen emboîta le pas de Jouyet. Ils entrèrent dans la chambre du président. Celui-ci était assis au bord de son lit, en pyjama, les jambes ballantes, le regard fixé sur le téléviseur : sur le plateau de BFMTV, deux journalistes politiques spéculaient sur ses annonces à l’occasion de l’allocution du 14 juillet. François Hollande les écoutait, le regard absent, parfaitement indifférent. Le professeur fit signe à Jouyet de sortir : – C’est le médecin qui te le demande, pas le conseiller, dit-il en souriant. Le secrétaire général s’exécuta en maugréant. Lyon-Caen tira une chaise et s’assit en face du chef de l’État : « Bonjour, monsieur le président. Vous me reconnaissez ? » Dix minutes plus tard, le professeur retrouvait Jouyet dans le couloir. – Autrefois, on aurait dit : c’est un ictus apoplectique, lâcha-t-il tout de go. Un AVC, quoi. Il faut qu’on fasse des explorations complémentaires. Jouyet s’assit dans un fauteuil et se prit la tête dans les mains. – Oh ! Merde, merde, merde. Lyon-Caen avait fréquenté la maladie et la mort comme des compagnes de chaque jour depuis tant d’années. Il était de ces médecins qui n’aiment pas finasser : la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Ce n’était nullement une forme d’insensibilité car il était l’humanité faite homme. Mais il était devant la maladie comme un mathématicien devant une équation à résoudre. Le secrétaire général de l’Élysée, de surcroît sans doute l’ami le plus intime du président, n’avait ni cette habitude, ni cette attitude. Il venait de
prendre un uppercut au foie. Il était K.-O. debout – ou plutôt assis. Il se reprit et demanda : – Son état est définitif ? – Écoute, mon vieux, on n’en sait rien à ce stade. Ça peut disparaître complètement, ou laisser au contraire des séquelles profondes. Il peut récidiver là, maintenant, tout de suite. L’urgence des urgences, c’est de le transporter. – Si ça s’ébruite, nous sommes morts. Il faudrait que nous engagions une procédure d’empêchement. Mais puisque nous ne sommes pas sûrs ! Imagine qu’il recouvre entièrement ses facultés dans quelques heures, dans quelques jours, même quelques semaines ? Il réfléchissait à voix haute. – Pour l’instant, reprit Lyon-Caen, il faut l’hospitaliser. Et tout de suite. Le professeur commençait à s’impatienter. Jouyet se leva. Il marcha vers le salon, se pencha sur un petit chariot à liqueurs, saisit une bouteille de J&B, la déboucha et, portant directement le goulot à ses lèvres, en but une forte rasade. – D’accord, dit-il plus mâlement, mais dans le plus grand secret. Cela ne doit pas s’ébruiter. Tant que nous n’avons pas un diagnostic et un pronostic certains, personne ne doit savoir. Et il reprit une seconde goulée. – Bon, je le fais hospitaliser chez le professeur Pernod, au Val-de-Grâce, c’est un copain. Et un très bon service de neuro-chir. Il est sûr à 1 000 %. Je les appelle. Va l’habiller, s’il te plaît, toi qui es son ami. – J’y vais. Les joues de Jouyet avaient rosi sous l’effet du malt et son optimisme reprenait le dessus. – Nous allons dire qu’il a mis à profit son week-end pour faire son bilan de santé annuel au Val-de-Grâce.
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