La Dernière Sentinelle Tome 1

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Qui a pu inspirer au pharaon Djéser et à son prestigieux architecte Imhotep les pyramides du plateau de Gizeh, ainsi que le sphinx qui en assure la garde ? Quelle est cette ombre blanche qui surgit soudain au-dessus d'un champ de bataille précolombien ? Pourquoi le jeune page Arnaud, affublé de si mystérieux pouvoirs, tient-il tant à participer à la première croisade en Palestine ? Quelle est donc cette étrange découverte réalisée par la mission spatiale Lifefinder à la surface de Mars ? Enfin, quels liens unissent ces événements avec cette sphère noire à la surface si parfaite, qui vient s'échouer au fin fond du Canada et qui recèle un bien singulier message ? Un message que personne sur Terre n'est pas capable de déchiffrer... sauf un agriculteur français du nom de Michel Auvergeon. Instruit par ses parents de sa singulière destinée, il lui faudra alors révéler au monde l'incroyable secret plusieurs fois millénaire. Mais parviendra-t-il à rejoindre l'endroit où tout a commencé, au bout d'un chemin lui-même semé d’embûches, de dangers et de rencontres inattendues ?


Publié le : lundi 29 septembre 2014
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EAN13 : 9782332753670
Nombre de pages : 502
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ISBN numérique : 978-2-332-75365-6

 

© Edilivre, 2014

Dédicaces

 

A Claudine B.

En souvenir d’une ancienne promesse jamais oubliée

A ma femme

Pour tous les sacrifices consentis, et bien plus encore

Et à Pierre d’Andria

Qui a rejoint trop tôt les étoiles

Première partie
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La quatrième face

Chapitre 1
Le premier signe

« En ce jour-là, il y aura un autel élevé à l’éternel au milieu du pays d’Égypte »

Livre d’ésaïe 19 : 19, 20

Égypte, – 2620 av. J.C
III
edynastie, règne du Pharaon Djeser

La caravane avait levé le camp plusieurs heures avant que l’aube ne réchauffe la terre à nouveau. Pendant que les femmes, rompues à l’exercice, pliaient les tentes et rassemblaient le matériel sommaire utilisé la veille, les hommes posaient et réglaient les harnachements des chameaux. Composés de deux fourches en bois, reliées par des traverses et s’appuyant sur des coussins tendus de peaux de chèvre, ils reposaient à l’avant sur le garrot de l’animal et à l’arrière sur leurs reins, assurant ainsi une étonnante stabilité. Mérou fut le premier en croupe. D’un geste souple malgré son âge, il se jucha sur sa monture, posant un pied sur le cou de sa bête et laissant l’autre pendre sur le côté. Dégainant un fouet de cuir vert à court manche de bois retenu à son poignet par une lanière, il intima au chameau de se lever, ce que ce dernier consentit de mauvaise grâce. Le chemin avait été long et les flancs émaciés de l’animal témoignaient de la rudesse du voyage. Se retournant à demi, Mérou parcourut des yeux la longue colonne et donna le signal de départ, sous la lueur évanescente de milliers d’étoiles.

Puis le soleil était apparu soudainement à l’horizon et avait gagné tout aussi rapidement sa place au milieu du ciel, immense disque blanc aux contours incertains. La troupe serpentait désormais au sommet de crêtes chauffées à blanc. Le rythme s’était considérablement ralenti. Le pas des chameaux soulevait de petites volutes de sable brûlant qui restaient en suspension quelques secondes dans la brume de chaleur avant de retomber.

Légèrement penché sur sa selle, Mérou était perdu dans ses pensées. Sa vaste demeure, qu’il avait quittée depuis trop longtemps, lui manquait. Située sur une île au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, à quelques encablures du lieu ou s’élèverait bien des siècles plus tard le tombeau du Mahdi, elle dominait des jardins qui descendaient en terrasses jusqu’au bord de l’eau. Il avait conçu de ses propres mains un ingénieux système d’irrigation – il avait adjoint aux traditionnels chadoufs1 un réseau de rigoles en argile pour acheminer l’eau et un mécanisme d’engrenages en bois qu’actionnait en continu quelques bêtes de trait – qui contribuait à lui assurer des récoltes régulières et de qualité. Il avait affronté plus que sa part de dangers et amassé suffisamment de richesse pour pouvoir dorénavant songer à se retirer. D’ailleurs, il avait déjà commencé la construction à l’arrière de sa villa d’un petit mastaba2 de briques crues. Une fois le puits creusé, il avait lui-même aménagé la chambre funéraire, prenant toutes ses dispositions pour poursuivre une confortable existence dans l’au-delà. Il avait ainsi amassé, entre autres, mobilier funéraire, objets de toilette, vaisselle, vêtements, tissus, armes. Un sculpteur mettait la dernière main à la fausse porte qui condamnerait l’entrée de la sépulture, pendant que les autres artisans qu’il avait engagés achevaient la table d’offrande. Il avait conscience du privilège qu’il s’octroyait, nombre de ses contemporains devant se contenter d’être ensevelis dans de vulgaires tombeaux, souvent creusés à fleur de sol.

Il énuméra mentalement la dernière cargaison qu’il était en train d’acheminer à bon port ; pour l’essentiel, de l’or, des tissus, des épices et condiments – le safran, la cannelle, le henné, le gingembre, la noix de muscade, des poivres divers, des baies de genévrier, la myrrhe et bien d’autres encore –, des pièces d’orfèvrerie, des cornes de rhinocéros et des défenses d’éléphant. Deux d’entre elles, spécialement dédiées à Pharaon, étaient si longues et si lourdes qu’il ne fallait pas moins de trois hommes pour les déplacer. Le vieux mâle à qui elles avaient été arrachées n’en pouvait plus lui-même supporter le poids ; il les laissait traîner à même le sol si bien que l’ivoire était superficiellement éraflé sur le dessous. Mais, malgré cela, il avait fallu trois jours de traque pour venir à bout de l’animal. Lors de l’assaut final, il était même parvenu à embrocher l’un des assaillants qu’il avait réduit en charpie avant de le projeter au loin comme une vulgaire poupée de chiffon. Du moins c’est ce que racontait l’homme qui lui avait vendu les défenses. Mérou le soupçonnait d’avoir enjolivé l’affaire dans le but d’en tirer le meilleur prix possible. Mais peu importait. Lors de sa dernière visite, le vizir Menka lui avait confié que Pharaon projetait d’édifier un temple sur l’île Éléphantine, dédié aux déesses Satis et Anoukis, ainsi qu’au dieu-bélier Khnoum. Pendant sept longues années, la sécheresse avait en effet sévi sur les terres d’Égypte. Le Nil ne déposait plus son limon fertile, la misère et la famine s’étaient installées et même le service des dieux n’était plus assuré. Après de longues recherches, les prêtres avaient expliqué à Pharaon que le dieu Knoum était courroucé. Or, ce dernier avait tout pouvoir sur les crues du Nil ; ses deux sandales reposaient sur le flot qui, s’il ne les soulevait pas, n’était pas libéré. Djéser avait immédiatement pris un décret pour apaiser Knoum et obtenir ses faveurs, et le miracle s’était produit. Par sa magnificence et sa taille, ce nouveau temple devait rappeler à quel grand danger l’Égypte avait échappé. Et Pharaon souhaitait ardemment que deux grandes défenses d’éléphant en ornent l’entrée. Aussi Mérou en prenait le plus grand soin, car le désir du fils d’Horus valait force de loi. Il avait dédié à leur transport quatre chameaux parmi les plus robustes, auxquels ils imposaient une rotation journalière.

Mais son bien le plus précieux résidait sans nul doute dans ses esclaves. Il y avait bien sûr des Nubiens, dont il avait sélectionné les plus vaillants pour cette expédition, et des hommes à la peau sombre comme la bouche des Enfers. On les lui amenait en échange de verroterie, de poterie, de petite coutellerie, de pièces de céramique et de diverses babioles qu’il entreposait à l’écart dans une remise. Il revendrait ces hommes sur les marchés d’Inebou Hedjou, d’Onou ou de Sekhem3 pour un rapport de un à cent. Il savait que ces hommes étaient des guerriers vaincus lors de féroces affrontements tribaux, dans les régions sauvages et inhospitalières du Sud où Mérou n’avait jamais mis les pieds. Il n’en avait d’ailleurs nul besoin. Il avait tissé avec ces contrées un réseau d’affaires suffisamment dense pour alimenter son commerce.

Qui plus est, la chance lui avait souri lors de ce voyage. Il n’avait eu à déplorer que la perte de deux esclaves. Le premier était simplement mort d’insolation après une journée où la chaleur s’était montrée particulièrement insoutenable. Ils traversaient alors le désert blanc à l’ouest de l’oasis de Farafra, un chaos minéral de toute beauté mais aussi l’un des espaces les plus arides et les plus éprouvants de leur périple. Le second, un Nubien fort comme un roc, s’était rebellé alors que la caravane reprenait la route. Il avait pris en otage l’un des gardes-chiourme, lui enserrant le cou avec l’un de ses bras. Calmement, Mérou avait dégainé son glaive court et s’était approché de l’esclave. Il avait reconnu dans son regard la terreur de l’animal pris au piège. En un mouvement vif, il avait tranché le poignet de l’esclave qui, sous l’emprise de la douleur, avait aussitôt relâché le surveillant. Mérou aurait pu le tuer sur place, mais il préféra le laisser vivre afin de montrer à tous les autres le sort qui les attendait s’ils tentaient une révolte. Tenant son moignon de son bras valide, le Nubien avait tenté de suivre la caravane. Mais affaibli par la perte de sang, il n’avait pas tardé à rouler au bas d’une dune, laissant comme dernier souvenir un affreux râle de souffrance. Lors de l’arrêt suivant, le surveillant imprudent s’était vu infliger dix coups de fouet pour l’exemple. Magnanime, Mérou avait lui-même appliqué sur le dos zébré de son employé un baume apaisant. Et c’est cette grandeur d’âme, autant que sa position, son expérience ou sa vaillance, qui lui avait toujours valu le respect de ses hommes.

Mérou réajusta son chèche alors qu’une brise inattendue faisait voler le sable autour de lui. L’expédition avait été épargnée des tempêtes de sable, mais il n’en avait pas toujours été ainsi. Les caravanes surprises en plein désert par le Khamsin, ce vent chaud et dévastateur provenant du Sud, ressortaient rarement indemnes de l’épreuve. Mérou se souvenait d’une tempête particulièrement violente, quelques années auparavant. Sans que rien ne les annonce, des vents brûlants et sablonneux avaient en quelques minutes éclipsé le soleil et donné au ciel une teinte orangée. Alors que l’air saturé de poussière rendait la respiration plus pénible à chaque instant, ils avaient juste eu le temps de gagner l’abri d’un promontoire rocheux, de coucher les bêtes et de creuser un abri de fortune, ce qui les avait sauvés d’une mort certaine. La tempête avait soufflé sans discontinuer pendant trois jours et trois nuits. Les hommes qui n’avaient pas eu la présence d’esprit de se munir d’une outre s’étaient desséchés sur place. Lorsqu’il buvait, ce qu’il faisait à petites gorgées pratiquement toutes les heures, Mérou avait l’impression d’ingurgiter un infect mélange d’eau et de sable. Au troisième jour, il avait la gorge enflée, les yeux bouffis de sommeil et les tympans endoloris par les hurlements des vents. Il était épuisé, mais vivant. Lorsqu’enfin il était parvenu à s’extirper de la gangue de sable durci qui le recouvrait jusqu’aux épaules, il n’avait pas reconnu le paysage. Le Khamsin avait remodelé les dunes et recouvert l’antique piste des caravaniers. Il avait cette année là perdu huit hommes ainsi que la moitié de sa cargaison, soit qu’elle ait été irrémédiablement abîmée, soit simplement parce qu’il n’avait plus assez de chameaux pour la transporter.

Ce souvenir raviva la mémoire de ses compagnons disparus. Il en avait lui-même enseveli un bien trop grand nombre. A dire vrai, aujourd’hui, il ne lui restait plus que deux amis fidèles. Il avait connu Hakim alors qu’il n’était encore qu’un jeune garçon. Son père l’avait emmené avec lui alors qu’il partait pour affaires sur les bords de la Mer Rouge. En longeant la mer, c’est lui qui avait repéré le corps coincé entre les rochers, les jambes battues par le ressac. Il l’avait recueilli et soigné. Hakim avait été sérieusement blessé – il garderait d’une profonde entaille à l’aine une claudication à vie, ce qui était devenu entre eux un sujet de plaisanterie – mais son jeune âge allié à une constitution robuste lui avait permis de prendre le dessus. Hakim raconta qu’il pêchait en compagnie de son père et de son frère lorsqu’ils avaient été surpris par une redoutable tempête. Eux qui ne quittaient jamais leur village de vue avaient été ballottés plusieurs jours durant sur leur frêle esquif. La dernière chose dont il se souvenait était l’énorme vague qui avait fondu sur eux. La coque s’était brisée dans un craquement déchirant et un panneau de bois l’avait violemment heurté à la tempe. Sa famille n’ayant pas été retrouvée, il s’était attaché à ses sauveurs. Les deux jeunes gens s’entendirent rapidement très bien. En récupérant les morceaux d’épave qui traînaient autour du corps d’Hakim, le père de Mérou avait déchiffré et reconnu sur l’un d’entre eux le nom du village d’où provenait le jeune garçon. Hakim était né à l’extrême sud de la péninsule arabique, et il apprit bientôt à Mérou les us et coutumes de son pays. Les légendes qu’il racontait et qu’il enjolivait à loisir étaient fascinantes. En dépit de son passé marin, Hakim s’acclimata facilement au désert. Il s’était pris d’une affection spéciale pour les chameaux, dont il appréciait la douceur et l’intelligence. Et les animaux le lui rendaient bien.

Adjib était bien différent. Aussi taciturne qu’Hakim pouvait être enjoué, il menait une existence solitaire, cachant sous une apparente dureté les souffrances qu’il avait endurées. Mérou avait fait sa connaissance sur le marché aux esclaves d’Ouaset4. C’était un guerrier vaincu, mais en montant sur l’estrade pour l’observer de près, il avait lu dans le regard de cet homme une incommensurable fierté. Il l’avait néanmoins flagellé pour lui montrer désormais qui était le maître, et qu’en tant que tel, il ne tolérerait aucune forme d’arrogance. Comme il lui demandait son nom, le marchand d’esclaves intervint pour expliquer qu’il avait eu la langue tranchée. La caravane prit le départ deux semaines plus tard. Alors qu’ils traversaient une région montagneuse du pays de Coush5, un groupe de brigands les avait attaqués par surprise. Mérou et ses hommes étaient engagés dans une gorge profonde qui surplombait le lit d’un torrent. La topographie des lieux n’offrant aucune solution de retraite, il avait fallu livrer bataille. Les femmes achevaient de converger vers le centre de la colonne lorsque les premiers corps s’entrechoquèrent. Les assaillants étaient certes supérieurs en nombre, mais les caravaniers, dont les innombrables journées passées à chevaucher leur monture dans des conditions difficiles avaient forgé le corps et le mental, ne s’en laissèrent pas compter. Expert dans le maniement de l’arc, Hakim décocha une première flèche qui transperça la gorge d’un homme ; ce dernier s’écroula sous le poids du morceau de roche qu’il tenait l’instant d’avant à bout de bras et qu’il s’apprêtait à projeter au milieu de la mêlée. Mérou dégaina son glaive forgé dans le fer. L’éclat inhabituel de ce métal extrêmement rare laissait généralement ses adversaires perplexes, leur faisant perdre de précieuses secondes à l’engagement du combat. Cette arme était transmise de père en fils et son origine exacte avait depuis longtemps été oubliée. Juché sur son chameau, Mérou avait tailladé le premier homme qui se présentait. Il avait embroché le suivant, qui s’était laissé choir d’une plate-forme en surplomb. Alors qu’il venait de pourfendre un troisième adversaire, le jet d’une fronde atteignit son chameau. Touché à la tête, la pauvre bête vacilla quelques instants sur ses pattes avant de basculer sur le côté. Concentré sur le champ de bataille, Mérou ne fut pas suffisamment prompt pour se dégager du poids mort. Il se retrouva immobilisé par la masse inanimée qui pesait sur ses membres. Un ennemi approchait déjà. Un rictus de triomphe lui barrait le visage, dévoilant une bouché édentée. Il leva haut la courte lance qu’il tenait à la main et s’apprêtait à l’enfoncer de toutes ses forces dans le corps de sa victime lorsque deux mains puissantes lui enserrèrent le cou. Surpris, il lâcha son arme et agrippa de ses deux mains les avants bras de ce nouvel opposant. La respiration coupée, il perdit toutefois rapidement ses forces et lorsqu’Adjib desserra l’étreinte, il était déjà mort. Mérou allait lui dire quelque chose lorsqu’il aperçut dans le dos de son sauveur un nouveau belligérant. Il eut juste le temps d’avertir Adjib, qui, les poignets reliés par une corde, ne pouvait se défendre efficacement. Profitant toutefois de l’élan de son adversaire qui courait vers lui en vociférant comme un damné, il se plia en deux et le fit basculer d’un prompt rétablissement dans le torrent en contrebas. Découragés par l’inattendue résistance des caravaniers, les brigands refluèrent aussi vite qu’ils étaient arrivés. On aida Mérou à se dégager et il se dirigea immédiatement vers Adjib. Les deux hommes se mesurèrent du regard. Mérou brandit haut son glaive et le maintint au dessus de sa tête. Le regard d’Adjib ne cilla pas, il n’esquissa aucun geste. Alors Mérou l’abattit et trancha net les liens de l’esclave. Il prit la bride qu’on lui présentait et la proposa à Adjib, lui signifiant qu’il avait gagné sa liberté et qu’il pouvait retourner près des siens. Mais il n’en fit rien. Il pointa du doigt la direction que devait suivre la caravane et se mit en marche. Mérou haussa les épaules, mais il sut dès cet instant qu’il pourrait compter sur cet homme jusqu’à son dernier souffle. Et il l’affubla du nom d’Adjib, Horus au cœur vaillant.

Mérou en était là de ses pensées lorsque son fils Décherchéni se porta à sa hauteur. Il l’avait nommé ainsi en raison de l’étrange couleur rousse de ses cheveux. C’était sa première expédition et il s’en était fort bien sorti.

– Il est temps que nous arrivions, père. Nous avons épuisé nos réserves d’ioua6 et les femmes viennent à manquer de dourah7 pour confectionner les galettes. Quant aux dattes et aux figues que nous avons pu récolter lors de notre dernière halte à l’oasis de Baharîya, nous les avons terminées hier soir.

Ignorant l’énumération de son fils, Mérou rétorqua :

– Et l’eau ?

– Il nous en reste suffisamment. Trois outres pleines si j’ai bien compté.

– Alors nous ne manquons de rien. Tu pourras te passer de manger mais pas de boire. Au besoin, tu tueras l’un de tes chameaux, mais tu ne pourras pas boire son sang ou faire jaillir l’eau du sol.

Décherchéni ne voulait pas lâcher la partie aussi facilement.

– Néanmoins, il me semble que nous aurions pu être plus prudents.

– Ne vois-tu pas toutes les marchandises que nous avions à acheminer jusqu’ici ? répondit Mérou, embrassant d’un geste large le convoi qui suivait derrière eux. Et il renchérit ;

– Tu aurais voulu que j’en sacrifie une partie pour quelques sacs de victuailles ? Les affaires avant tout, fils. Ne l’oublie jamais.

– Il n’empêche. Nous n’avons il me semble rencontré aucune difficulté sérieuse lors de ce voyage. Mais si j’en crois tes récits, il n’en va pas toujours ainsi.

– Sur ce point, tu as raison, je te l’accorde. On ne se méfie jamais assez du désert, cela non plus tu ne dois jamais l’oublier. Le moindre grain de sable déplacé peut faire glisser une plaque entière et t’entraîner au bas d’une dune sans que tu aies le temps d’esquisser le moindre geste. Le plus petit rocher peut abriter un nid de scorpions et un amas plus conséquent peut cacher une troupe de voleurs qui égorgera les retardataires au sein de ton convoi. Dans le désert, le moindre manque de vigilance te tue plus sûrement que la soif ou la faim.

Pris d’une impulsion subite, Mérou rajouta :

– Et tu pourras t’en rendre compte dès le prochain voyage.

– Que veux-tu dire ?

– C’est ma dernière traversée, fils. J’y ai longuement réfléchi, il est temps pour toi de prendre le relais.

Décherchéni rumina les paroles de son père. Oui, il pensait être prêt. Assurer la succession était dans l’ordre des choses. Après quelques instants de silence, il décida de donner un nouveau tour à la conversation.

– Il me tarde d’apercevoir les murailles d’Inebou Hedjou, la Balance des Deux Terres8. Ainsi que ses temples que tu m’as décrit, et ses maisons aux murs pareillement blancs qui s’étagent jusqu’aux rives du Nil.

– C’est effectivement une ville magnifique. Mais tu devras patienter un peu avant de la découvrir.

– Pourquoi donc ?

– J’ai changé d’avis, nous n’allons pas immédiatement à Inebou Hedjou. J’ai pris une route plus au nord qui nous fait déboucher sur le plateau de Gizeh. Nous ne devrions pas tarder à croiser la stèle de schiste vert qui marque l’entrée du nome de la Muraille Blanche.

– Et où allons-nous ?

– A Onou. Il y a là-bas un marchand qui me doit quelques dettes, et j’ai bien l’intention qu’il les honore. Nous laisserons la surveillance du convoi à Hakim. Tu m’accompagneras avec Adjib pour rendre visite à ce vieux brigand. Il se pourrait que nous ne soyons pas trop de trois.

Et sur ce, il partit d’un rire tonitruant.

Alors qu’ils continuaient à digresser sur différents sujets, un nuage de poussière apparut sur la droite, attirant toute leur attention. Visiblement, une troupe plus réduite que la leur et provenant selon toute vraisemblance de la capitale convergeait à l’oblique vers leur propre route. Lorsqu’elle fut à distance raisonnable, Mérou plissa des yeux pour mieux distinguer les arrivants. Il était plus curieux qu’inquiet car, si proche des rives du Nil, ils ne risquaient vraiment plus rien. Une immense joie illumina son visage dès qu’il reconnut les traits de l’homme de tête. C’était le grand prêtre d’Onou en personne, le chancelier du roi, son administrateur, son architecte en chef, mais aussi le médecin, le magicien, l’astrologue, l’écrivain et le philosophe le plus connu des deux Égypte. Ainsi que le personnage le plus puissant après Pharaon. La personne qui venait vers eux n’était autre qu’Imhotep, « Celui qui vient en paix », accompagné de ses prêtres, qui formaient le prestigieux collège de l’Ibis.

Les deux hommes sautèrent au bas de leur monture. Ils s’avancèrent l’un vers l’autre et se tinrent quelques instants par les épaules avant de se donner une franche accolade.

– Gloire à toi, ô Grand Imhotep.

Ce faisant, il s’inclina pour marquer son profond respect envers l’illustre personnage.

– Relève-toi, mon ami. Cette rencontre inattendue emplit mon cœur de joie. Il me semble reconnaître là un jeune homme qui a bien grandi depuis la dernière fois, dit-il en désignant Décherchéni. Puis, changeant de sujet :

– Mais dis-moi, n’arrives-tu pas bien tôt dans la saison ?

– En effet, nous avons effectué un voyage sans encombre.

– M’as-tu apporté les petites choses que je t’avais demandées ?

– Bien sûr.

– Le vizir Menka m’a aussi indiqué qu’il t’avait passé commande de deux grandes défenses d’éléphant. Pharaon l’a envoyé guerroyer contre quelques tribus turbulentes dans le Sinaï. Aussi, j’en prendrai livraison moi-même. Les as-tu amenées ?

– Oui, viens, je vais te les montrer.

Mérou souleva le drap qui protégeait les défenses. Imhotep caressa délicatement l’ivoire de la main, imaginant la taille de la bête et la souffrance qu’elle avait dû endurer à supporter une telle charge. Se retournant vers Mérou, l’œil brillant, il déclara :

– Elles sont magnifiques. Il faut que nous les apportions immédiatement à Pharaon. Il est parti depuis deux jours à la chasse, des paysans lui ayant rapporté qu’un troupeau d’addax9 errait à la lisière du désert, mais je pense qu’il se fera une joie de contempler ces merveilles toute affaire cessante. Parcourant du regard les plus proches personnes qui l’entouraient, il ajouta :

– Il m’apparaît qui plus est que tes gens ne seraient pas contre quelques sorbets et fruits frais.

Tout était dit. Il n’entrait pas dans les attributions de Mérou de refuser une telle offre. Aussi les deux convois se remirent en branle et cheminèrent conjointement vers le campement de Pharaon. Ce dernier était situé à la bordure du plateau de Gizeh. Lorsque l’arrivée d’Imhotep fut annoncée, Djéser sortit de sa tente et l’étreignit avec une affection sincère, car il le comptait non seulement comme son intendant, mais aussi comme son ami le plus cher. Son propre statut de divinité le plaçait de facto au dessus des mortels tout en creusant le lit de sa solitude ; il n’avait pas souvent l’occasion de parler d’égal à égal. Mérou fut impressionné par l’attitude toute de noblesse, de puissance et de dignité du fils de Ré. En connaisseur, il apprécia la puissante musculature et l’autorité naturelle qui transpirait de ses traits. Il ne put s’empêcher également de jeter un œil averti au pectoral tout en or massif, maintenu par une bélière10 incrustée de turquoise, de cornaline et autres pierres précieuses.

Imhotep fit les présentations. A sa demande, Mérou dévoila à Pharaon les deux défenses d’éléphant, devant lesquelles il s’extasia. Mais il voulut également examiner le reste des marchandises et posa mille questions pertinentes sur leur provenance, leur secret de fabrication, puis sur les terres au delà de la première cataracte11 et les hommes qui les peuplaient.

– Dis-moi. Comment se fait-il que tu préfères emprunter la route périlleuse du désert plutôt que la voie maritime, plus sûre et assurément plus rapide.

– Plus sûre lorsqu’on dispose d’une flotte de guerre pour vous protéger, votre Majesté. Ce qui n’est pas notre cas. Nous sommes issus d’une longue lignée de caravaniers, et aucun d’entre nous, à part Hakim, là derrière, n’a le pied marin. Je ne me vois pas affronter des pirates sur la mer ; mais dans le désert, je ne crains personne.

Il tapota le glaive qui battait ses flancs pour accompagner ses dernières paroles. Pharaon examina l’arme avec grand intérêt. Le métal l’intrigua, comme tous ceux qui avaient tâté auparavant de son tranchant. S’il la lui réclamait, Mérou savait qu’il ne pourrait que s’incliner devant le désir de Pharaon, aussi regarda-t-il avec désespoir Imhotep, qui leva les paumes en signe d’impuissance. Djéser croisa l’échange de regard et comprit dans sa grande sagesse que le marchand tenait par dessus tout à son bien. Il le lui rendit à regret.

A ce moment, le maître fauconnier sortit de sa tente, tenant à la main une grande cage recouverte d’un drap pourpre. Il se plaça devant Pharaon et ôta le drap, révélant un magnifique aigle royal encore chaperonné.

– L’affaitage de l’oiseau est terminé, ô grand Pharaon.

– Bien. Les gazelles attendront. Libère-le et voyons s’il est digne d’Horus.

Le fauconnier ouvrit la cage et incita l’oiseau à sauter sur son poing gainé de cuir, dans lequel il tenait de petits morceaux de viande pour le stimuler. Il l’éclissa12 afin de le calmer. Au signe de tête de Pharaon, il libéra l’oiseau, qui s’éleva rapidement dans le ciel.

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L’aigle royal cercla plusieurs minutes à la verticale du fauconnier, ses ailes agitées de mouvements énergiques et cadencés. Il repéra finalement une formation d’hirondelles qui se dirigeait vers le Nil. Repliant ses ailes le long du corps, il amorça son piqué. La courbe entamée devait l’amener sous sa proie, un peu à l’écart, endroit à partir duquel une trajectoire rectiligne lui permettrait, si son approche n’était pas détectée, de percuter sa cible serres tendues en avant. Le mouvement était parfaitement exécuté, mais la proie fit un brusque écart ; elle tenta de s’échapper en direction du sol et, dans le mouvement, se désolidarisa du reste du vol. L’aigle exécuta un virage très court, dans un bruissement audible depuis le campement, et enchaîna un deuxième piqué.

Mais, alors qu’il allait fondre sur l’hirondelle à sa merci, il s’en détourna brusquement. Alors que Pharaon jetait un regard interrogateur au fauconnier, qui ne put qu’écarter les mains en signe d’incompréhension, une ombre blanche plus grande qu’une muraille apparut dans le ciel. Là où, un instant auparavant, il n’y avait rien, se tenait une forme pyramidale, qui réfléchissait parfaitement les rayons du soleil. Même en mettant leurs mains en coupe devant leurs yeux, les égyptiens ne pouvaient soutenir cette clarté éblouissante. Ce n’est que lorsque la pyramide masqua partiellement l’astre lumineux et que la douleur oculaire se fut atténuée, qu’ils purent contempler l’apparition.

La pyramide s’était stabilisée à deux mètres au dessus du sol. A première vue, les quatre faces mesuraient à la base, apparemment de forme carrée, plus de deux cents mètres. Les arêtes s’élevaient à une hauteur vertigineuse, qu’Imhotep estima par la suite à cent cinquante mètres. Aucune jointure d’aucune sorte n’apparaissait si bien que la surface semblait aussi lisse que celle d’un miroir.

Les hommes restèrent pétrifiés de longues minutes, se posant mille questions et ne sachant quelle attitude adopter. Certains serviteurs, terrifiés, n’avaient pas attendus de savoir quel sort leur réservait cette monstruosité tombée du ciel et avaient pris leurs jambes à leur cou. Pharaon fut néanmoins le premier à sortir de sa torpeur.

– Imhotep, as-tu une quelconque idée de ce que cela peut être ?

– Non, Seigneur. Je ne vois aucun texte sacré qui fasse référence à une telle chose, ni aucun mythe d’ailleurs.

Après quelques instants de silence, il poursuivit :

– A dire vrai, je ne vois que deux solutions. Soit c’est une œuvre des hommes, auquel cas notre civilisation vit assurément ses dernières heures. Mais dans ce cas, qu’attendraient-ils pour nous attaquer ? Et quel peuple serait capable d’une telle prouesse ? Pourquoi Noun, maître de l’éternité et créateur du monde, aurait-il conçu une telle engeance ? Non, je n’y crois pas. Il ne reste alors qu’une solution ; ce que nous voyons est l’œuvre des dieux.

– Qu’attendent-ils de nous dans ce cas ? Et pourquoi ne nous ont-ils délivré aucun message prémonitoire ?

– Je ne saurais répondre à toutes tes questions, divin Pharaon. J’ai peur qu’il ne nous faille attendre que les dieux se manifestent, nous verrons alors quelle est leur volonté. Le mieux que nous puissions faire en attendant est de les accueillir de la plus fervente des manières. Et puis, cela occupera les hommes.

Pharaon acquiesça et Imhotep distribua ses ordres dans la foulée.

– Qu’on élève des kiosques à la gloire des dieux Noun, Ré, Shou, Tefnout, Geb, Nout, Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Qu’on les garnisse des amulettes sacrées. Qu’on y entrepose des vases canopes13, des aiguières, des verseuses. Qu’on les parfume de myrrhe et d’encens. Que les prêtres stolistes14 commencent à décorer les statues divines. Que l’on envoie les femmes au marché de Giza pour y acheter des fleurs et tout ce qui est nécessaire pour les offrandes. Que tous les musiciens présents prennent leur sistre, leur luth, leur crécelle ou leur harpe et commencent à jouer. Je veux qu’avant une heure, les rites aient commencé. Et que l’on fasse venir immédiatement d’Inebou Hedjou les attributs de pouvoir de Pharaon.

S’il retrouvait grâce à cette activité un semblant d’assurance, il ne pouvait s’empêcher de jeter de fréquents regards vers l’immense structure totalement immobile.

L’après-midi s’écoula ainsi, entre activité fébrile et inquiétude larvée. La nouvelle s’était répandue comme le limon sur les rives du Nil lors des grandes crues. Une foule compacte avait commencé à s’agglutiner sur le site. Pharaon n’avait pas eu le cœur de les renvoyer dans leur foyer ; il s’était contenté d’installer un cordon de sécurité autour de la pyramide. Accompagné de Mérou et d’Imhotep, qui s’était temporairement soustrait à ses devoirs d’organisateur, il en avait fait trois fois le tour, lentement, l’examinant sous toutes les coutures. La remarquable régularité de la structure, visiblement sans défaut, l’avait impressionné. La nuit les enveloppa bientôt sans que la pyramide ait esquissé le moindre mouvement.

Djéser fut incapable de trouver le sommeil. Bien qu’il ait donné comme consigne qu’on l’avertisse au moindre évènement, il se levait fréquemment pour vérifier que l’immense masse n’avait pas bougé. Il restait un long moment à la contempler, éclairée par des centaines de torches disséminées sur son périmètre. Puis il rentrait dans sa tente, non sans constater qu’il n’était pas le seul à passer une nuit blanche. Il repéra à l’occasion son ami, abîmé dans une profonde réflexion, quelques feuilles de papyrus fixées sur une tablette posée sur les genoux, un stylet pendant mollement à la main. Évitant au passage les croquis qui jonchaient le sol, dépeignant des coupes ou des angles de vue de la pyramide, il s’approcha sans faire le moindre bruit pour jeter un coup d’œil par dessus son épaule. Le dessin représentait la pyramide coupée en deux par sa hauteur, comme si un géant l’eut tranchée nette d’un coup de hache.

– Eh bien, Imhotep, il semble que je ne sois pas le seul que le sommeil ignore.

– Comment voudrais-tu que je dorme avec cette merveille au pied de ma couche. Il y a bien mieux à faire.

– Sur quoi travailles-tu alors ?

– J’en envoyé mes hommes mesurer précisément les dimensions de l’édifice. Comme je le présumais, la base forme un carré. Le calcul de la hauteur m’a causé quelques soucis, mais j’ai eu la présence d’esprit d’emmener avec moi quelques instruments qui m’ont été fort utiles.

Bien qu’il ne fût pas aussi versé dans l’art des mathématiques que son grand architecte, Djéser pointa du doigt la formule qui ornait le coin supérieur droit.

– Et que signifie ceci ?

– Ah, voici une découverte intéressante. Depuis que je regarde cette pyramide, je suis stupéfait par la pureté de ses lignes, l’harmonie de ses volumes. Il y a là une proportion qui flatte l’œil, une mesure divine qu’il me fallait découvrir avant que tout ne disparaisse. Le rapport de la hauteur sur la demi-base, ce qui correspond à l’apothème – ou la pente de chacune des faces si tu préfères, précisa Imhotep devant l’air ahuri du pharaon – vaut exactement 14/11. La formule que tu pointais tantôt représente quant à elle le rapport de l’apothème à la demi-base. Pour je ne sais quelle raison, le nombre que l’on obtient m’a beaucoup intrigué, et j’ai trouvé ceci ; c’est également l’exact rapport entre deux longueurs telles que le rapport de la somme des deux longueurs sur la plus grande soit égal à celui de la plus grande sur la plus petite15. Tiens, regarde.

 

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1 - Les caravaniers découvrent la pyramide

 

Imhotep attira l’attention de son ami sur un banal dessin caché dans l’angle du papyrus, deux pavés contigus peints au fusain de couleur différente :

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– N’est-ce pas tout bonnement fascinant ?

Djéser ne partageait guère l’enthousiasme de son ami, mais comme il ne souhaitait pas non plus le chagriner, il opina simplement du chef. Il resta encore un peu pour faire bonne mesure puis lui souhaita le bonsoir. Imhotep ne lui répondit pas, déjà replongé dans ses calculs.

Le lendemain, Djéser fut sur pied avant même que l’aube naissante ne mordore les dunes environnantes. Il avait revêtu pour l’occasion ses habits de cérémonie. Il était coiffé du pschent, la double couronne blanche et rouge matérialisant le pouvoir monarchique sur les deux Egypte réunies, et au-delà la notion de dualité primitive, géographique et spirituelle sur laquelle reposait la société égyptienne ; de la vallée du Nil au Delta, de la terre rouge du désert à la terre noire fertile des rives, de la vie à la mort, de la naissance du soleil à son coucher. Une barbe postiche ornait son menton et une série de colliers ruisselait sur ses épaules. Il tenait dans la main droite un flagellum et dans la gauche un sceptre héqa, tous deux attributs d’Osiris, qu’il maintint croisés devant sa poitrine dès qu’il sortit de sa tente. Il portait enfin un pagne de cérémonie d’une blancheur étincelante, accoutré d’une queue de taureau comme symbole de sa puissance. Le porteur de l’éventail s’était placé à droite, et le porte-sandale à gauche. Des serviteurs amenèrent le trône d’Horus, siège cubique à dossier peu élevé, sur lequel il s’installa. Imhotep se présenta à Pharaon, toujours flanqué du marchand Mérou et de son fils.

– Il semble que les dieux ne soient pas pressés de livrer leur verdict.

– La notion du temps qui passe est importante pour nous, simples mortels, mais elle n’a pas la même signification pour les dieux qui disposent de l’éternité, répondit avec prudence son intendant.

– Il n’empêche. Si la bienveillance les guidait, ils ne nous tiendraient pas dans une telle ignorance. Je sens aussi que le peuple commence à s’inquiéter.

Regardant la pyramide avec intensité, il poursuivit :

– Il faut au moins que je sache dans quel métal est construite cette « chose ».

– Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, mon ami, lui objecta Imhotep.

– Elle n’a pas bougé de la journée d’hier ! Si je n’entreprends rien, je crois que je vais devenir fou.

– Il nous faut être patient.

– Il est un temps pour la patience, il en est un autre pour l’action !

Ignorant la réprobation muette de son ami, Djéser se tourna vers sa garde personnelle :

– Alors, quel valeureux guerrier serait faire...

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