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La Femme nue

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399 pages

Une foule énorme stationnait devant une maison de pauvre apparence de la rue Popincourt. Une de ces vieilles maisons de l’ancien Paris, ayant trois étages et des mansardes, faite de plâtras et de colombages mal assemblés, mais ayant un aspect solide par suite des nombreuses couches de peinture et de badigeon qui avaient été étalées sur ses murs.

D’un côté de l’allée était un charbonnier, de l’autre un marchand de vin. On entrait par un corridor semblable à un trou, puant, noir, traversé par une gargouille fétide prenant naissance en bas de l’escalier.


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À propos deCollection XIX
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Alexis Bouvier
La Femme nue
I
1 LE CRIME DE LA RUE POPINCOURT
Une foule énorme stationnait devant une maison de p auvre apparence de la rue Popincourt. Une de ces vieilles maisons de l’ancien Paris, ayant trois étages et des mansardes, faite de plâtras et de colombages mal as semblés, mais ayant un aspect solide par suite des nombreuses couches de peinture et de badigeon qui avaient été étalées sur ses murs. D’un côté de l’allée était un charbonnier, de l’autre un marchand de vin. On entrait par un corridor semblable à un trou, puant, noir, trave rsé par une gargouille fétide prenant naissance en bas de l’escalier. On avançait dans l’obscurité, touchant les murs glu ants sous le doigt. Arrivé près do l’escalier, l’odeur augmentait et faisait tousser le visiteur imprudent. Là il fallait, pour se diriger, chercher en tàtant la rampe graisseuse, le jour ne venant de nulle part. Les locataires do cette maison avaient pris l’habitude, pour voir clair lorsqu’ils rentraient, d’appeler leurs ménagères, lesquelles, en ouvrant l a porte du logement, jetaient dans l’escalier une faible lueur qui servait à se diriger. C’est devant cette maison qu’une foule nombreuse ét ait assemblée, se renseignant surtout au charbonnier et au marchand de vin, lesqu els racontaient qu’au troisième étage, dans une chambre garnie dont on n’avait pas vu la locataire depuis quinze jours ou trois semaines, on venait de trouver un cadavre. Et, partant de là, les histoires les plus étranges se racontaient. La locataire de la chambre était une vieille femme, les unes disaient une marchande à la toilette, d’autres une tireuse de cartes ; tous s’entendaient pour dir e qu’elle était vieille et qu’elle était pauvre, car on n’avait rien trouvé dans sa chambre. Mais le cadavre, découvert le matin même, n’était p as celui d’une vieille femme, au contraire. C’était un corps de jeune fille, très jo li, paraissant à peine vingt ou vingt-cinq ans. On l’avait trouvé complètement nu et, chose étrange, ses vêtements n’étaient pas dans la chambre. De là les histoires les plus incompréhensibles : on avait amené le corps la nuit. La vieille femme avait prêté sa chambre. Enfin, il y eut un brouhaha dans la foule : c’était le commissaire qui revenait. Appelé le matin pour faire les constatations, il avait dû, en voyant qu’il y avait crime, demander les ordres du parquet. Il revenait donc, accompagnant le juge d’instruction chargé de l’affaire qui amenait également avec lui son greffier, un docteur et un agent de la sûreté. Les agents firent roculer la foule et débarrasser la porte, ce qui eut pour effet d’emplir immédiatement la boutique du marchand de vin. Penda nt ce temps, les magistrats se faisaient éclairer dans l’escalier jusqu’à la chamb re du crime. L’agent qui les précédait paraissait être un fin limier. Il scrutait tous les coins, regardant, cherchant des indices, et le magistrat le suivait du regard, commo le chasseur suit son chien en quête. En entrant dans la chambre, quoique la fenêtre eut été ouverte le matin, une odeur épouvantable les saisit et leur fit faire un mouvem ent de recul. Après avoir respiré des sels, on s’occupa du corps. La tête tuméfiée, absolument méconnaissable, était sous le lit. Jusqu’à la naissance du cou, comme si on l’eût serré avec une corde, toute la face était verdâtre et noire, boursouflée, dans un état de décomposition repoussa nt. Le corps, au contraire, était absolument blanc. Seul le bas du ventre et les reins commençaient à se teinter.
La jambe, fine, élégante, paraissait de marbre dans sa rigidité. Les seins étaient fort beaux. Mais les mains étaient laides et le bout des doigts était noir. Le docteur qui accompagnait le magistrat, ayant regardé le corps, déclara que la mort remontait à une quinzaine de jours environ, et ajouta que, contrairement aux apparences, la femme était déjà âgée, les mains du reste étaient vieilles, et, malgré l’horrible état de la tête, il souleva un peu les lèvres gonflées pour regarder les dents, puis il prit des cheveux derrière le chignon et près des tempes ; enfin il é carta les paupières. C’était affreux à voir. A mesure que son doigt touchait à une place, l’odeur que le corps répandait augmentait.  — Cette femme, dit le médecin, avait cinquante ans au moins. La face très ridée le prouve, et ce phénomène n’est pas rare. Il arrive s ouvent à des femmes ayant austèrement vécu de conserver un corps d’enfant dans un âge avancé. Cette femme était de celles-là. La face a été écrasée à coups de soul iers. Tenez, si vous voulez vous baisser, regardez là, au-dessous du front, sous l’arcade sourcilière, l’os frontal de ce côté n’a pas cédé et a gardé l’empreinte de coups de tal on, là marque des clous se voit, tandis que tout ce côté a fléchi, s’est brisé.  — Ah ! c’est épouvantable, c’est une horreur. Il f aut constater si vous ne voyez pas sur le corps de cette femme un signe, quelque chose pouvant aider à la faire reconnaître. — Je ne vois rien. Le magistrat se relevant, regarda autour de lui, et le commissaire lui fit observer que la cheminée était pleine de cendres. On voyait qu’avant le crime on avait dû manger. Le juge d’instruction, s’adressant alors à l’agent, qui furetait toujours, lui demanda : — Eh bien ! Rabaut, voyez-vous quelque chose ? — Rien, monsieur le juge ? — Pensez-vous que cette femme a été amenée ici ? — Je ne crois pas. A mon avis, le crime a dû être commis dans cette pièce. — Mais, docteur, selon vous, quelle est la cause exacte de la mort ?  — Ah ! ce n’est pas difficile à deviner. Il n’est pas discutable que c’est par strangulation. Voyez vous-même l’empreinte des doigts sur le cou, et notez que c’est là également la cause de la décomposition de la tête seule, et que le corps est resté blanc. Voyez, la peau se boursoufle juste au-dessous de l’empreinte des doigts. — Alors la malheureuse aurait été étranglée ? — Absolument. L’agent se baissait et regardait. Il prit la parole et dit : — Monsieur le juge, cette femme est, je crois, celle dont nous avons le signalement. — Mais nous n’avons pas le nom précis. Adèle... — Adèle Beaurain. Oui. — Elle n’avait donné aucun papier ?  — Rien. Elle a loué sous ce nom et avait apporté d ifférentes choses, des malles, qu’elle a vendues, paraît-il, peu à peu, ce qui fait supposer qu’elle était marchande à la toilette. Elle n’avait gardé qu’une malle et ses vê tements. La malle, la voici ; je l’ai retournée dans tous les sens, il ne s’y trouve aucu ne indication pouvant servir aux recherches. La malheureuse femme aura été surprise chez elle, ou, ce qui est plus probable, elle y aura amené quelqu’un, lequel, après un repas où l’on aura bu, car vous voyez, monsieur le juge, les bouteilles dans le bas de cette armoire. — Oui. Alors ?... — Alors, soit à la suite d’une querelle, soit pour... on ne peut supposer le vol, nous ne voyons rien... et cependant c’est là presque toujours le mobile de ces sortes de crimes...
l’individu aura étranglé la femme. — Et, après, vous croyez qu’il a écrasé la figure ?  — Oh ! assurément, monsieur le juge, dit le commis saire, intentionnellement, il lui a écrasé la figure, afin qu’on ne reconnût pas la victime. — Je ne crois pas, fit l’agent ; voyez sur ce carreau, là ; cette femme est tombée ici ; voyez ces ongles brisés et retournés, sur le carreau les traces des égratignures. — Oui. Que pensez-vous ? — Je crois que le misérable l’ayant étranglée, croyant qu’elle était morte, ne s’occupait plus d’elle et procédait à la destruction de tous les objets qu’il a trouvés ; et alors, ayant vu la victime remuer, il est venu lui écraser la figure à coups de talon pour l’achever. — Cela peut être. Il faut prendre dans la maison tous les renseignements nécessaires.  — C’est ce que j’ai déjà fait ce matin, dit le com missaire. J’ai questionné tous les voisins, personne n’a rien vu, rien entendu, et auc un ne connaissait cette femme. La seule personne qui l’eût connue est une femme qui n e reste pas dans la maison et qui loue ici des chambres garnies ; elle demeure dans l a rue, quelques maisons plus bas, dans un immeuble où elle est locataire également de plusieurs chambres qu’elle sous-loue après les avoir meublées. Étonnée de ne pas vo ir sa locataire depuis plusieurs jours, elle vint, avant-hier, s’informa, demanda au locataire de la chambre au-dessous s’il avait entendu remuer ; et alors, comme cette Adèle lui avait dit qu’elle avait l’intention de partir à la campagne, quand son mois de location serait écoulé, elle se dit que peut-être elle était déjà partio, sans la prévenir. Ayant une double clef des chambres, elle vint ce matin, et, après avoir frappé, ouvrit, et c’est alo rs qu’elle se trouva en présence do cet affreux tableau. La malheureuse, affolée, se mit à crier, et tout le monde de la maison accourut. J’ai été aussitôt prévenu. — Mais on n’a rien pris, rien dérangé ?  — Non, la femme me l’a assuré, car elle avait auss itôt refermé la porte après son départ. — Eh bien ! voyons, Rabaud, trouvez-vous quelque chose ?  — Rien du tout, monsieur le juge. Je crois que nou s ne nous trouvons pas en face d’un crime ordinaire ; il y a là un mystère qui me semble préparé. Il n’est pas impossible qu’une femme soit venue, et restée quelque temps ic i, sans qu’il en résultât des traces autres que le corps. Tout a été soigneusement détruit, brûlé ; pas un lambeau de linge, rien qui puisse indiquer. On avait donc absolument intérêt à se débarrasser de cette femme, sans qu’on sût ce qu’elle était devenue. — Personne n’a rien remarqué dans la maison, monsieur le commissaire ? vous avez demandé au portier ?  — Rien, monsieur le juge. Le plus singulier, c’est que de tous les locataires, il n’y en ait qu’un qui savait que cette chambre était habitée. Cette femme ne se montrait jamais. Personne ne l’a rencontrée. — Ah ! voilà qui est bizarre. Mais alors, pour se cacher do cette façon, et mener une vie si mystérieuse, elle devait avoir aussi des motifs. Allons, il faut nous borner à ce que nous voyons. On va transporter le corps à la Morgue , et ensuite, monsieur le commissaire, vous allez faire procéder ici à des re cherches minutieuses. On lèvera le carreau et dérangera les meubles, et puis il faudrait envoyer des agents questionner tous les commerçants du voisinage. — Si monsieur le juge veut me laisser ce soin, dit Rabaud, je commencerai aujourd’hui et j’espère avoir un résultat ce soir. — Eh bien ! faites.. Alors, pour ne pas être incommodés par l’odeur, le juge et le greffier passèrent dans la
petite pièce qui servait d’entrée, et ils commencèrent à prendre les notes devant servir à la rédaction des procès-verbaux. Une demi-heure après, la foule s’écartait pour lais ser passer les magistrats qui remontèrent en voiture, au moment même où une civière arrivait chercher le corps. Le soir, dans Paris, les crieurs de journaux hurlaient : « Demandez le crime de la rue Popincourt. Mystérieux assassinat d’une jeune fille do seize ans. Affreux détails. » — D’autres allaient plus loin : « Demand ez le crime abominable de la rue Popincourt. Une jeune fille assassinée après avoir subi les derniers outrages. » Enfin, un autre qui s’approchait, sans le vouloir peut-être, de la vérité : « Demandez le mystère de la rue Popincourt. Les suites d’un avortement. Jeune fille de seize ans assassinée, la tête écrasée par l’assassin. » Et l’on s’arrachait les feuilles, chacun se plaisan t à lire la phrase rassurante : « On parle de plusieurs arrestations. La police est sur les traces des coupables. » Mais, comme toujours, la police était encore plus i gnorante que le public. Pendant quelques jours on ne parla que de cette affaire. Nous l’avons vu, il y avait foule, le matin de la d écouverte du crime, dans la rue Popincourt, mais tous les jours une foule semblable circulait à la Morgue devant le corps, qui offrait cette particularité pour les curieux, l a plupart gens obscènes, que depuis le nouveau règlement on exposait les victimes dans le costume où on les avait trouvées ; on avait donc dû exposer le corps de la femme de la rue Popincourt dans l’état de nudité dans lequel ou l’avait découvert. Et renchérissant sur les premières constatations du médecin, qui avait dit que l’on était en présence du corps d’une femme de vingt-cinq à trente ans, puis ensuite de cinquante à cinquante-cinq ans, le public jugeait, lui, que la victime n’avait pas vingt ans ; on avait massacré, écrasé la tête, afin qu’elle ne fût pas reconnue. Pendant quatre jours, la foule se succéda sans qu’o n découvrit rien. Un jour, une femme prétendit reconnaître sa sœur, puis revint sur sa déclaration. Une autre fois, des ouvrières déclarèrent que c’éta it une femme de leur atelier disparue depuis quelque temps. Elles la reconnaissa ient parce que cette femme, âgée d’une quarantaine d’années, se plaisait à montrer à ses compagnes que son corps était loin d’être aussi âgé. Mais quelques temps après, l a femme était retrouvée travaillant dans un autre atelier. Il n’était toujours question que de ce crime mystér ieux et, naturellement, on ne se gênait pas pour qualifier la police de singulière f açon. « En plein Paris, une femme pouvait être assassinée sans que personne la réclamât, la reconnût, et surtout dans des conditions si bizarres : dans une chambre où l’on n e retrouve rien, pas même ses vêtements. Cette femme n’avait donc pas été tuée là. Des misérables en avaient fait leur victime, puis après l’avoir dépouillée, l’avaient amenée dans cette chambre meublée. Et l’éternel propos revenait après : « Mon Dieu ! si on ne retrouvait pas le coupable et si on laissait l’affaire là, c’est parce que la police le voulait bien. Elle connaissait le coupable, mais les gens étaient probablement trop haut placés et on ne voulait rien faire. La police n’ignorait pas, mais elle se taisait. » Tout s’oublie à Paris ; au bout de quelques jours, il n’en fut plus question, ou du moins il sembla que l’on ne s’occupait plus de l’affaire. Disons que le public se trompait. L’agent Rabaut, qui s’était chargé des recherches, y mettai t un certain amour-propre et ne se lassait pas ; mais avant d’en apprendre à nos lecte urs le résultat, nous continuerons notre histoire. Nous avons quitté Roger d’Hautot écrasé par les menaces de son ancien ami le comte
de Berny. Il vivait depuis ce jour dans une mortell e inquiétude, car il ne pouvait s’expliquer la disparition de la vieille Dutemple, juste au moment où il avait besoin d’elle. Il s’expliquait moins encore que personne ne se fût présenté en son nom au moins chez le comte de Berny. Alors tous ces plans si longtemps combinés, elle y avait donc renoncé ? Pour quel motif, pour quelle cause, depuis le jour où il s’était rendu à ce dîner de fiançailles, depuis le jour où il avait vu cette apparition, n’avait-il pas revu la vieille femme ? Mais Roger, la savait capable de tout, et malgré lui il inclinait à rapporter cette comédie aux agissements de l’ex-sage-femme, probablement pour lui faire rompre le mariage qu’elle voulait d’abord lui faire faire et pour lequel elle avait reçu déjà une certaine somme. Comme il n’avait pas prise sur elle, qu’il ne savait oh la trouver, elle ne craignait rien. L’histoire qu’avait racontée M. de Berny lui pesait aussi sur les épaules ; elle était assurément de l’invention de la Dutemple ! Sa femme qui ne serait pas morte pour apparaître le jour du dîner, cela était bien une idée d’Inès. On s’était dit : « Nous lui ferons peur avec sa femme, et il renoncera à tout », et Inès s’était entendue directement avec de Berny pour lui rendre les papiers compromettants. A la pensée de son veuvage, Roger se secouait comme s’il avait des frissons. Sa femme était morte, bien morte : noyée. Il est vrai qu’on n’avait jamais retrouvé son corps, mais pas le moindre doute n’était entré dans son es prit à ce sujet. C’était là un côté sombre de sa vie que nous éclairerons bientôt. Au souvenir du dîner, Roger était furieux ; la surprise qu’il avait éprouvée à la vue de cette femme singulière, s’avançant vers lui, l’appelant : « Assassin ! » l’avait tout à coup bouleversé, lui faisant perdre la tête, et inconsci emment, sans se raisonner, il s’était enfui. Au contraire, il eût dû se lever, marcher à la femme et en exiger des explications. Il aurait vu là une malheureuse aux gages de la sage-f emme qui l’avait sons doute maquillée et habillée, et qui no s’était pas trompée sur le résultat de son plan. Si de ce jour sa volonté n’avait pas été de briser ce mariage, la famille de Berny aurait au moins demandé des éclaircissements. Mais point ; il était revenu dès le lendemain pour tout rétablir on l’état, on lui avait refusé la porte. Il avait écrit ; ses lettres lui avaient été renvoyées. On ne voulait plus le revoir, cela é tait bien entendu, bien décidé, et comme motif, on invoquait cette folie plus qu’absurde. Roger avait revu certaines des personnes qui avaien t été témoins du scandale et il avait dit à toutes que c’était une manœuvre faite par un ennemi personnel pour amener la rupture ; amplifiant encore, il en avait conté p lus que le père de Gatienne lui en reprochait. Maintenant, il était menacé au delà du mariage ; ce ci devenait plus grave. Aussi se redressa-t-il, prêt à tout, décidé à braver le comte et sa fille. Il ne les redoutait pas, et la menace qui lui avait été faite de révéler l’existence de sa femme lui semblait insensée et lui faisait hausser les épaules. Et Roger qui, pendant quelque temps, s’était éloigné du monde ; qui, depuis qu’il avait été question de son mariage, menait la vie la plus calme, la plus régulière, changea tout à coup, et redevint le viveur extravagant qu’il éta it, assistant à toutes les courses, à toutes les fêtes, à toutes les premières, racontant , en se tordant de rire, ses projets d’hymen abandonnés. Sa quiétude n’était pas feinte. Il avait longuement pensé, longuement réfléchi aux divers incidents qui s’étaient produits. Pour lui, l’aventure du dîner était une comédie absolue. Il était convaincu de la mort de sa femme et avait pour cela des raisons toutes particulières. Le doute à cet égard n’était pas possible. En ourdissant toute cette trame,
dans laquelle, sans qu’il sût bien pourquoi, on vou lait le prendre, on faisait œuvre folle, car il s’était renseigné, et en cherchant le mobile de tout cola il se fit ce raisonnement : De Berny ne redoutait qu’une chose, la mise en demeure de rembourser les sommes considérables qu’il avait empruntées par des moyens , bizarres, pour ne pas dire autre chose. Gatienne avait consenti probablement à payer ce que devait son père. Il était intervenu alors un arrangement entre le tuteur, la jeune fille et M. de Berny, à la suite duquel la Dutemple avait été remboursée. Celle-ci, alors, n’avait plus osé se présenter chez lui, se contentant des sommes qu’elle lui avai t déjà remises, et Gatienne était redevenue indépendante chez son père. Cela était di fficile à dire, à avouer ; de là l’absurde comédie qu’on avait inventée. Il avait bien entendu parler autrefois de l’accusation portée contre lui d’être l’autour de la mort de sa femme, mais il avait fait taire ces g ens. On faisait revivre cette vieille histoire trois ou quatre ans après ; en cela on montrait plus de haine que d’intelligence, et l’idée, il en était convaincu, devait venir de la Dutemple ; il avait de fortes raisons pour le croire. Lui aussi désirait retrouver la vieille sage-femme, mais pour un motif tout différent des autres. Puis était arrivé son duel avec Olivier.
1Pour la partie qui précède, voirMademoiselle Bembaiser, sage-femme.
II
DNE dÉCODVERTE
Nous savons que Roger ’Hautot avait été très grièvement blessé ; tombé sur le terrain il y était resté évanoui penant une grane emi-he ure, malgré les soins empressés a octeur que les jeunes gens avaient amené. Il ut r ester ans une maison e Chatou penant quelques jours, n’étant pas transportable. Enfin, le méecin ayant éclaré qu’il réponait e son état, il se fit ramener chez lui. En arrivant, il apprit par son omestique qu’un vieillar était venu pour lui parler, lequel avait l’air ’un juif. Il était venu le soir et sem blait éviter ’être vu. Quoique le valet e chambre eût insisté pour savoir son nom, il avait r efusé e le ire. Vainement Roger chercha quel pouvait être l’iniviu ont il était question. Il avait été en relation pour es emprunts avec tant e juifs qu’il ne pouvait savoir lequel on lui épeignait. Il attenait onc, lorsqu’un soir son omestique lui it quo le même juif qui était éjà venu était là et ésirait lui parler. Roger onna l’orre e l’introuire ans sa chambre car, toujours souffrant, il vivait étenu ans un gran fauteuil. En voyant entrer le vieillar, il le reconnut aussi tôt, car il fronça les sourcils, eut un mouvement e tête et it : — Bonjour, monsieur Abran. Que me voulez-vous ?  — Ce quo j’ai à fous tire est assez grafe, réponit le bonhomme avec un fort accent tuesque.  — Bien, asseyez-vous là, mais n’exigez pas que je vous répone, car il m’est expressément éfenu e parler, et il m’est recomma né ’éviter toute conversation, toute préoccupation. me — Ce ne sera pas long. Avez-vous revu M dutemple ? — Non. Vous ne vous rappelez pas quel est le ernier jour que vous l’avez vue ? — Oh ! il y a fort longtemps !  — Je vous emane paron e vous questionner, mais , la ernière fois que vous l’avez vue, elle venait chercher e l’argent ? — Oui, un engagement qu’elle avait pris et, au reste, qu’elle n’a pas tenu, quoiqu’elle fût payée. Le juif avait une singulière allure ; il regarait e tous côtés autour e lui, comme s’il était gêné. — Qu’avez-vous onc ?  — Ah ! c’est que, ce que je vais vous ire est bie n grave. Moi, la ernière fois aussi que je l’ai vue, c’était pour terminer les comptes que nous avions ensemble ; je lui ai remis une assez forte somme. — Eh bien ?  — Eh bien !... il y a quatre jours, un agent e la sûreté est venu chez moi. Il m’a emané si je connaissais une femme qui emeurait rue Popincourt. J’ai réponu non. Alors on me cita pour le lenemain à venir à la Morgue. — A la Morgue ! Et ?  — Et on me fit voir le corps ’une femme. J’ai it que je ne le connaissais pas. Et me cepenant, je crois bien, je crois bien, vous savez, que c’est M dutemple. Le jeune homme sursauta en exclamant :
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