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La fiancée de l'espion

De

Dans le village de Thann, en Alsace, l'instituteur Muller est un fervent patriotique français.

Sa fille Madeleine est fiancée avec Wilhelm, un garçon recueilli aux origines incertaines ; lui-même semble plus défaitiste et se montre plus conciliant à propos des Allemands....

Le contenu de l'ouvrage, publié en 1915 a vieilli, au regard des principes de tolérance actuels ; il reste un témoignage des idées bien tranchées, véhiculées à l'époque.


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LA FIANCÉE DE L’ESPION 

Grand roman patriotique inédit

Arnould GALOPIN

1915

 

Éditions La Piterne – 2017 

 

Mise en page conforme à l’édition

1915Sceaux J. Ferenczy, éditeur 

Galopin, un auteur populaire méconnu

 

« Que les grands critiques me pardonnent mais, si bizarre que cela paraisse, j’écris pour être lu… »

 

Né à Marbeuf (Eure) le 9 février 1863 où son père est instituteur, Arnould Galopin fait ses études au lycée Corneille de Rouen avant de les poursuivre à Paris, quand sa famille s’y installe.

Après son temps militaire, il occupe un poste de répétiteur ; mais très vite, il se tourne vers le journalisme, où il œuvre pendant une dizaine d’années. L’écriture le tente : à près de 40 ans, il publie son premier livre, Les Enracinées, et poursuit cette nouvelle carrière par un feuilleton : L’Espionne du Cardinal, roman de cape et d’épée.

Le Docteur Oméga paraît lui aussi en feuilleton, en 1906. Son succès est important et Galopin reçoit le surnom de Jules Verne Moderne. Le titre est représenté au public deux ans plus tard en 12 fascicules sous le nom d’Aventures fantastiques d’un jeune Parisien. Ce récit conte l’épopée d’un savant et de jeunes enfants sur la planète Mars, c’est l’un des tous premiers exemples d’aventures martiennes dans la littérature française, l’un des premiers grands récits de science-fiction, même s’il s’inscrit davantage dans la tradition des aventures extraordinaires : on y combat la faune martienne comme l’on combat ailleurs les lions et les panthères, et le Cosmos, le vaisseau d’Omega, rappelle les aéronefs de ses récits de machines. 

Arnould Galopin signe des récits d’aventures policières dans lesquels l’aventure l’emporte sur l’enquête, comme dans Le petit détective(83 fascicules, 1934-1935) ou une longue série d’aventures patriotiques Un Poilu de 12 ans(55 fascicules)… 

 

Ses œuvres pour enfants ont longtemps cohabité avec des récits populaires d’une facture classique. Arnould Galopin crée en 1910, dans La ténébreuse affaire de Green Park, l’inspecteur Allan Dickson, l’un des prototypes du détective Harry Dickson. Galopin a fait de Dickson le coéquipier de Sherlock Holmes dans L’Homme au complet gris (1912), un des premiers pastiches de Sherlock Holmes en français. 

En1911, il imagine Ténébras, le bandit fantôme, rival de Fantômas. Quant au cambrioleur Edgar Pipe, qui apparaît dans trois romans, il s’agit d’une sorte d’avatar anglais d’Arsène Lupin, qui connaîtra trois incarnations : Mémoires d’un cambrioleur retiré des affaires (1922), La Résurrection d’Edgar Pipe (1933) et La Dernière incarnation d’Edgar Pipe (1934). Anglais, comme Raffles, le personnage est vaniteux comme Hector Ratichon, le héros rogue de la Baronne Orczy, mais moins ambigu que cet homme de loi, fortuné comme Lupin, mais moins chanceux que ce dernier. 

Galopin s’est aussi voulu romancier de la mer. Il a ainsi publié toute une série de romans maritimes et d’anecdotes héroïques de la mer, comme Les Gars de la flotte, Sur le front de mer (1918)ou Mathurin Le Clech (1927). Il obtient en 1918le grand prix de l’Académie française pour Sur le front de mer, un roman sur la marine marchande pendant la Première Guerre mondiale, acclamé par la critique. Il écrit ensuite plusieurs romans à succès sur ses expériences de guerre. 

En ces temps de guerre et de patriotisme, le récit maritime reste avant tout un récit patriotique : qu’il s’agisse d’évoquer la marine de guerre ou la marine marchande, ce sont les mérites du peuple français qui sont exaltés à travers ces exploits de marins. Les œuvres de Galopin qui précèdent la première guerre mondiale ou la suivent directement sont marquées par un esprit patriotique, comme La Fiancée de l’espion (sous-titré Grand roman patriotique inédit) ou Sur la ligne de feu, qui s’inscrit dans la tradition des récits publiés pendant la Première Guerre mondiale, et destinés à entretenir l’effort de guerre à l’arrière et le moral des troupes sur le front. 

 

Après avoir fait ses armes dans le métier de journaliste, Galopin semble d’abord s’être efforcé de faire œuvre d’historien, car on trouve, dans les premières décennies de sa carrière, un grand nombre de préfaces de sa plume à des mémoires et monographies historiques (par exemple celle qui précède la réédition de 1907 des Mémoires sur Louis XVII de Jean Eckard). 

Si la plupart de ces œuvres sont oubliées, à l’exception peut-être des exploits d’Edgar Pipe, qu’évoquent les histoires de la littérature policière, ce n’est pas le cas des récits de jeunesse, la prolixité d’Arnould Galopin a trouvé à s’exprimer. La plupart de ses œuvres pour la jeunesse ont été publiées – ou republiées – en fascicules, des petits journaux de 16 pages étaient vendus chaque semaine, en deux colonnes sur du papier journal ; ils possédaient une couverture illustrée en couleur et des illustrations intérieures en noir et blanc. Le premier numéro offert aux lecteurs annonçait les suivants vendus quelques dizaines de centimes. Le faible coût était compensé par les dimensions des récits à suivre, qui pouvaient s’étendre jusqu’à une centaine de numéros. 

Les récits en fascicules étaient proposés, dans un second temps, en format relié ; les récits formant eux-mêmes parfois jusqu’à six volumes. Les dimensions du récit, la nature de la lecture étendue dans le temps, et distendue au fil des semaines, mais aussi celle du lectorat jeune, peu attentif, lisant rapidement et pour le plaisir, conduisent les récits à se fonder sur une structure narrative, tendant à privilégier l’épisode au détriment de la trame d’ensemble ; cette dernière est souvent un prétexte : tour du monde, décision de voyage, etc. Chaque numéro du fascicule raconte une anecdote qui peut être lue seule. La logique du numéro s’oppose dans ce cas à celle du récit d’ensemble, et il est parfois difficile de dire si l’on assiste aux mésaventures disparates d’un héros récurrent ou à une aventure unique. 

 

L’apparente variété des sujets et des cadres ne doit pas tromper. En réalité, les cadres varient, mais pas fondamentalement les trames. Ce sont toujours les mêmes héros, garçons valeureux, toujours les mêmes ennemis, bandit sans scrupules, et surtout, accumulations de péripéties, extraordinaires mais similaires.

Dans son œuvre, les enfants ont beaucoup compté puisqu’il leur a apporté 2 500 fascicules représentant 28 000 pages d’aventures de toutes sortes. Les héros de Galopin sont en général de jeunes garçons : Un aviateur de 15 ans(99 fascicules, 1926-1928),Aventures d’un écolier parisien(151 fascicules, 1931-1934), comme le sont les lecteurs de fascicules à l’époque, et sont plus ou moins interchangeables, comme en témoignent les titres répétitifs des séries : Aventures d’un écolier parisien / Aventures d’un apprenti parisien / Le petit chasseur de panthères / Le petit chasseur de la pampa. Leur principal trait de caractère est le courage, un courage et un dévouement qui rappellent ceux des boys scouts anglo-saxons, Galopin a d’ailleurs lui-même écrit une série de fascicules prenant pour héros un jeune scout : Le tour du monde d’un boy-scout(1932-1934, 77 fascicules). 

 

L’œuvre de Galopin témoigne de la logique de la narration populaire poussée dans ses limites : si les intrigues sont stéréotypées et les personnages interchangeables, le récit s’apparente aux mécanismes d’une narration réduite à une pure mécanique du conte, machine inépuisable à produire des péripéties. Le récit est intertextuel en ce sens que la succession des péripéties n’obéit pas à une logique réaliste ou à un vaste plan narratif, mais à une sorte de mécanique poétique, qui enchaîne les événements par contiguïté : la savane entraîne la chasse au lion, le lion entraîne le combat avec le fauve, le fusil qui s’enraye, etc. La probabilité que ces événements se produisent dans la réalité est faible, mais elle devient très forte, parce qu’ils se déroulent de la sorte dans d’autres romans d’aventures, et que c’est à une telle probabilité intertextuelle que se réfère le récit : si cela se déroule dans d’autres romans d’aventures, alors cela se déroulera ici ! 

Tout peut arriver tant que cela ne va pas à l’encontre de la logique de l’aventure ; à l’inverse, il devient improbable de ne pas rencontrer de lions en Afrique, de tempête sur l’océan ou d’Indiens en Amérique. Dans ces conditions, le réel disparaît au profit du sens : chaque élément du décor est un signe annonçant un certain nombre d’événements à venir, chaque description est appelée à jouer un rôle pour la suite de l’aventure. Dans leur simplicité, les récits d’Arnould Galopin révèlent la véritable nature de tout récit, dont la logique, tout artificielle, obéit à des règles littéraires : ces règles dérivent des stéréotypes narratifs et thématiques, ou des invariants génériques et intertextuels.

 

En tant que poète, Arnould Galopin a écrit un petit nombre de poésies en normand. Il a aussi contribué avec une étude Le Patois normand au Livre du Millénaire de la Normandie (1911).

Il décède brutalement à Paris le 9 décembre 1934

 

Le site « roman-daventures.com » a consacré une large page à Arnould Galopin, dans laquelle nous avons puisé. 

Pierre Chevallier lui a consacré une biographie complète et détaillée, Arnould Galopin. Homme de lettres – Romancier populaire, publiée aux éditions PGC. 

L’auteur a rassemblé des centaines de documents et en a consulté des milliers… Son livre présente la vie littéraire de Galopin avec des pièces rares, comme sa correspondance avec Albin Michel, son éditeur et ami. Ce livre est indispensable pour découvrir le romancier populaire qu’était Arnould Galopin.

pgc-editions-galopin@orange.fr

La fiancée de l’espion

I – L’instituteur de Thann

 

— Je vous dis, moi, qu’ils ne tiendront pas devant les nôtres… d’ailleurs, les événements ne viennent-ils pas de le prouver ?

Et celui qui avait prononcé ces mots, un grand vieillard à la figure sèche, aux yeux bleus pétillants d’énergie, frappa vigoureusement sur la table de son poing maigre et nerveux…

— Tout ça, c’est très joli, père Muller, fit un jeune homme blond qui se tenait à droite du vieillard, mais vous ne devez pas ignorer non plus que les Allemands sont des hommes, eux aussi… J’étais, l’autre jour, à Colmar et je les regardais manœuvrer… Ah ! on a beau dire, ce sont de rudes gars tout de même.

Le père Muller eut un sursaut de rage :

— Ils ont beau être de rudes gars, comme tu le dis, mais il y a une chose qui leur manque, vois-tu, c’est l’entrain… c’est cette fougue endiablée que possèdent seuls nos soldats de France…

Wilhelm eut un sourire :

— L’entrain, la fougue… tout cela, c’est très joli, père Muller… mais c’est quelquefois dangereux… Rien ne vaut une bonne armée solide, bien disciplinée…

Le vieillard fixa froidement, son interlocuteur.

— Cesse de parler ainsi, Wilhelm, s’écria-t-il, ce n’est point là le langage d’un Alsacien. Tes rudes gars ne sont que des lourdauds, des soldats de parade… Devant les baïonnettes françaises, ils fuient comme des lièvres… on l’a vu en 70.

— Oui, fit Wilhelm… n’empêche qu’en 70 nous avons été battus…

Le père Muller s’était levé.

Une colère sourde faisait trembler ses mains ; son œil avait des reflets d’acier.

Il s’avança vers le jeune homme, tragique, menaçant :

— Assez, Wilhelm s’écria-t-i1… assez !… Je ne supporterai pas que mon futur gendre, celui que je considère déjà comme mon fils, tienne de semblables propos… Ce n’est pas la première fois que tu soutiens ainsi les Allemands…

« Autrefois, je te laissais dire, mais aujourd’hui, à l’heure où notre Alsace attend ses libérateurs, je te défends, entends-tu, oui, je te défends de parler ainsi…

« il y a des paroles qu’un Français ne doit jamais prononcer !…

Une ravissante jeune fille, qui depuis quelques instants était venue s’installer près des deux hommes, s’approcha brusquement de Wilhelm et lui dit d’une voix tremblante :

— Voyons, Wilhelm, vous savez bien que mon père ne veut pas entendre de semblables choses… Pourquoi insistez-vous ? Depuis que vous fréquentez notre maison, vous avez pu constater que nous avons tous ici la haine des Prussiens… Nous avons tant, souffert des brutalités allemandes ! Est-ce une vie que.celle que nous menons ? Pour un oui, pour un non, on est suspectè… Nous sommes, dans notre propre pays, traités en ennemis et le peu.de liberté qu’on nous accorde, on nous la fait payer bien cher !

— Vous avez raison, Madeleine, fit le jeune homme d’un air gêné. Je reconnais que je suis peut-être allé un peu loin… allons ! oublions cet incident… Vous ne m’en voulez point, papa Muller ?

Et, ce disant, Wilhelm tendit la main au vieillard, qui venait de se rasseoir et se tenait enfondans son fauteuil, la tête basse, la mine renfrognée.

— Non, mon garçon !… non, je ne t’en veux pas… car, je suis sûr que ce que tu as dit tout à l’heure, tu ne le penses pas… Tu es un bon Alsacien, toi aussi, et je suis certain que, s’il le faut, tu feras ton devoir.

— Certes, papa Muller… je suis prêt à faire mon devoir… Je ne demeurerai pas ici inactif pendant que les autres se font tuer…

Et il accompagna ces paroles d’un signe de tête énergique.

Peut-être était-il sincère !… Peut-être aussi avait-il compris qu’il ne faisait pas bon contredire le père Muller.

Le vieillard était tenace et ne transigeait jamais sur la question de patriotisme.

Depuis quarante-cinq ans qu’il était instituteur à Thann, le père Muller avait déjà vu défiler dans son école plusieurs gén6rtions d’Alsaciens auxquels il avait su inculquer la haine de...