La foire de Blois : essai poétique par un officier d'académie, ancien professeur de mathématiques spéciales

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Aucher-Eloy (Blois). 1824. In-8°. Pièce cartonnée.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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ILA PtDIlB
DEBLOIS,
f^fssitt <g|,0&t<ji«.
BLOIS,
DE L'iMPRIMEEIE DE AUCHER-ELOY, GRANDE-RUE.
M Mil!
DE BLOIS,
^^ssdt cggoftfyw.
PAR UN OFFICIER D ACADEMIE, ANCIEN PROFESSEUR
DE MATHÉMATIQUES SPÉCIALES.
Quacumcjne libido est,
Incedo soins
Fallacem circum vespertimunijne pererre
Sa?pe forum t assisto divinis'.
k Horat. Saq\ 6. Lie, i.
1824.
CHEZ AUCHER-ELOY, IMPRIMEUR-LIBRAIRE.
H^ttiMto i|§<trt«.
JE chante ces beaux jours, ces jours de volupté,
Où de l'antique Blois l'inégale cité,
Voit de cent lieux divers affluer sans contrainte,
Ceux que l'appât du gain attire en son enceinte.
Je dirai les plaisirs, les objets curieux,
Par qui sont captives les esprits et les yeux,
Lorsqu'un bruyant concours de commerçants utiles,
Citoyens ambulants des hameaux et des villes,
Vient enrichir nos murs du tribut des beaux arts,
Et d'un luxe étranger éblouir nos regards.
Bienfaiteur des humains, père de l'allégresse,
Qu'adoroit Sybaris, qui règnes dans Lutèce ;
Et toi qui du commerce instituas les loix,
Dieu qui de l'orateur soutiens aussi la voix,
Étendez sur mes vers votre aimable influence,
Et préparez pour eux la voie à l'indulgence.
Muse de nos efforts pour ennoblir l'objet,
Empruntons les couleurs d'un plus grave sujet :
Qu'au saint roi protecteur de ce puissant empire
Soient d'abord adressés les accords de ma lyre.
De vingt bouches d'airain la formidable voix
A déjà proclamé la fête de nos rois, (ij
Par ses sons prolongés, signal de la prière,
Un autre airain qu'agite une main mercenaire,
Dans un vaste parvis réunit les guerriers,
Les graves magistrats et de preux chevaliers,
Et la cohorte urbaine et les pieux lévites,
de nos dogmes sacrés les jeunes prosélytes,
Celui par qui la mitre orne enfin nos autels,
Et répand plus d'éclat sur les jours solennels,
Celles qui de MARIE arborant les livrées,
Lèvent au ciel des mains à Dieu seul consacrées.
De cantiques divins la voûte retentit;
Aux accens mesurés l'orgue se réunit.
O ! fils de Saint-Louis, qu'un destin trop sévère
Eloigna si long-temps du trône héréditaire,
C'est sur vous roi chéri, sur la royale fleur,
Que par ses voeux le peuple appelle le bonheur.
Du plus sincère amour l'énergique langage
Implore ce grand saint, selon l'antique usage,
Pour que daignant veiller sur vous, sur vos sujets,
De l'artisan du crime il rompe les projets,
Qu'il éternise en vous, par la grâce ineffable,
Le généreux oubli d'un passé trop coupable,
Que son sceptre à vous seul remis par les destins,
Ne soit jamais souillé par d'étrangères mains.
Au même instant partout, des transports légitimes
Élèvent jusqu'aux cieux ces concerts unanimes,
Et votre coeur ému, par de nouveaux bienfaits
Confirme l'alliance avec tous les français.
J'entends déjà frémir cet instrument sonore
(i) La fête de Saint-Louis.
(3)
Que, pour nous divertir, inventa Therpsicore.
Les jeux sont commencés, les travaux suspendus,
Les accens de la joie en tous lieux entendus.
Sous mille aspects divers, le feu, comme Protée, (i)
Dans les ténèbres brille à la vue enchantée.
D'un million de flambeaux la soudaine clarté
De la nuit a vaincu l'épaisse obscurité.
Mais, peuple, c'est en vain que tant de témoignages
Éclatent à l'envi; ce sont de froids hommages,
S'ils n'ont pas pour garant votre fidélité :
Qu'ils tirent donc leur prix de la sincérité.
Muse changeons de Ion; de cette belle scène
A de moindres objets mon sujet me ramène.
Du nouveau jour à peine hors du sein de Thétis
L'oeil voit dans le lointain les doux rayons sortis,
Tout est en mouvement au sein des bergeries,
Loin des ruisseaux connus, de leurs belles prairies,
S'avancent tout poudreux des troupeaux mugissants, (2)
De rapides coursiers, des bataillons bêlants,
Ceux que l'Hébreu dédaigne, et l'animal utile
Qu'un injuste mépris, aux champs et dans la ville,
Condamne durement aux plus humbles travaux,
Dont à peine la mort met un terme à ses maux; (4)
Ils viennent se soumettre aux lois d'un nouveau maître,
L'âge a cassé les uns, d'autres viennent de naître,
Et s'en vont loin du ciel qui vit leurs doux ébats,
Travailler ou mourir dans de lointains climats.
(1) Le feu d'artifice.
(2) Le marché aux bestiaux.
(3) La peau de l'âne, comme on sait, sert à faire des tambours.
(4)
De l'homme esclaves nés, paisibles créatures,
Qui si patiemment supportez tant d'injures,
Pour prix de vos travaux, sans égard à vos ans,
Sans pitié l'on vous livre à de nouveaux tyrans.
Pourtant consolez-vous de tant d'ingraùtude;
Plus d'un mortel fameux faisant sa seule étude
D'être utile aux humains, par les lois, l'équité,
Prodigue de son sang, n'en fut pas mieux traité.
Cependant, vers ce pont que l'étranger admire,
Qui d'Éole et des eaux brava toujours l'empire,
Quels cris ! quel bruit confus de coursiers et de chars
Et d'hommes empressés appellent mes regards !
Quel désordre d'abord; mais avec symétrie,
Bientôt vont s'arranger les fruits de l'industrie.
Le signal est donné, les dépôts sont ouverts,
Ils s'emplissent déjà de mille objets divers,
Ces magasins de bois, d'une simple structure
Que domine avec grâce un long dais de verdure,
Qui défend à Phébus d'importuner les yeux,
Et fait jouir les sens d'un frais délicieux.
Jadis, trop près du temple où Saint-Louis préside, (i)
S'assemblait des vendeurs la multitude avide.
Un terrain peu commode, escarpé, raboteux,
Fut long-temps le théâtre et des ris et des jeux.
A l'auguste édifice, avec trop de licence,
Les sexes confondus insultoient en cadence,
D'impudiques chansons, de rauques instrumens,
Aux saints hymnes mêloient leuçs profanes accens.
Thémis même voyait, malgré sa patience,
Won pas sans déplaisirs, cette longue affluende,
(i) L'ancien champ de foire, sur la place Saint-Louis.
( j
Ses organes livrés à des distraclions,
Plus d'une fois errant dans leurs discussions.
D'une enceinte inégale, informe et resserrée
A peine l'on pouvait percer l'oblique entrée.
Le soir Doris envain fière de ses appas
Courait les étaler, on entravait ses pas.
Partout des curieux marchant en sens contraire,
S'arrêtant, se heurtant, sans dessein de mal faire,
Des pieds, des bras rendaient les efforts superflus ;
Enfin on corrigea ce déplorable abus.
Le Dieu qui des marchands reçoit un pur hommage,
De l'un d'eux prit un jour les traits et le langage,
S'offrit au magistrat qui vit de ses beaux jours
Et la parque et l'envie interrompre le cours,
Que regretta le pauvre, et par qui nos rivages
Jadis nus, aujourd'hui sont décorés d'ombrages.
Le Dieu l'aborde. « O vous qui prescrivez des lois,
« Dit-il, aux habitans qu'enferme le Blésois,
» Et vous, protecteur né, vous, Mentor de la ville, (i)
« N'ordonnerez-vous pas un changement utile?
« Dans cet emplacement voyez que d'embarras !
» Quelle confusion ! quel ennuyeux fracas !
» Regardez ce beau mail et ces quais magnifiques,
» C'est là qu'il faut placer ces mobiles fabriques.
» De vos administrés c'est l'unique désir;
>> Qu'ils vous doivent encor quelque nouveau plaisir. »
Il dit, on approuva; soudain du champ de foire
La garde fut commise aux nymphes de la Loire,
O Déesse veillez sur ces riches dépôts;
Sachez les garantir de la fureur des flots.
Si quelquefois sortant de vos grottes profondes,
(r) Monsieur le maire de la ville de Blois.
(6)
Avec expansion se répandent vos ondes,
Que ce ne soit jamais dans ces mois bienfaisants,
Où Cérès et Bacchus prodiguent leurs présents.
Oh! comme de Plutus les courtisans s'empressent;
Sous les pesants fardeaux les épaules s'affaissent.
L'industrieuse main range tout avec art,
Un ordre ingénieux va charmer le regard.
Dans le vague des airs la voile se déploie,
Et protège contre eux ces fins tissus de soie,
Ces schalls, ces draps créés à Madras, à Louviers,
Qui de leur lustre ornoient de riches ateliers,
Rares productions du nouvel hémisphère,
Surprises d'habiter une terre étrangère,
Combien j'aime à vous voir, ô métaux précieux,
Sur mille objets divers réjouissant les yeux !
Quel génie" inventa ces formes séduisantes !
Là l'ivoire et la nacre, aux veines transparentes,
Arrondis, façonnés en étuis, en couteaux,
Vous doivent plus d'éclat; ici sont des anneaux,
Symboles des douceurs aux époux destinées,
Et que consacreront de chastes hymenées.
A travers ce cristal, j'aperçois des rubis ;
Grands, est-ce pour orner vos somptueux habits ?
Won, c'est pour enrichir ces nouveaux diadèmes,
Du pouvoir d'une belle étincelants emblèmes.
C'est envain que Boileau, dans son style piquant, (i)
Nous peignit des cheveux l'édifice galant;
S'il eut vu de son temps ces pointes compassées,
Dont l'or nous éblouit, avec art enfoncées,
(i) Boileau a parlé de la coiffure des dames, dans sa di-Uème
satire.
(7)
Ces longs cheveux tressés en cercle se pliant,
Qui de leur couleur propre empruntent le brillant,
A la simplicité la pompe réunie,
Il eut plus dignement exercé son génie.
Boîtes, où brille-l'art du peintre et du graveur,
Compagnes en tous lieux de votre possesseur,
J'aime à trouver en vous cette poudre insulaire,
Aiguillon des esprits, superflu nécessaire,
Qui non moins que Bacchus sait charmer les soucis,
Et du vieux nouvelliste anime les récits.
Dirai-je ces abris, dont la main de nos belles
S'arme pour repousser les atteintes cruelles
D'un soleil ennemi? moderne invention,
Bien digne assurément de quelque mention.
Jadis un art fatal, fils de la jalousie,
En Europe apporté des plaines de l'Asie,
Fabriqua ces tissus, ces voiles longs, épais,
Qui d'un sexe adoré nous cachoient les attraits.
O beautés, rendez grâce à l'élégante ombrelle,
Vous pouvez vous montrer à toute heure avec elle,
Et bravant du Lion l'insupportable ardeur,
De la rose et du lys étaler la fraîcheur.
Des plus chers favoris des neuf vierges divines,
Que n'ai-je les pinceaux, pour tracer ces" machines, (i)
Rivales du soleil, qui, mesurant le temps,
Règlent et nos travaux et nos amusements,
De nos salons l'honneur, dont le bronze ou l'albâtre '
Charme le spectateur, de leur forme idolâtre.
Quel magazin pompeux! Comme de toutes parts
(i) La boutique de pendules.
(8)
De ces ressorts mouvants on repaît ses regards!
O Lepaute! O Gréham ! Honneur à ce génie (i)
Qui des cercles dentés a créé l'harmonie !
Honneur à cette aiguille, utile moniteur,
Qui sur l'émail poli marchant avec lenteur,
Des mouvements du ciel marquant les différences,
Semble un être doué de vastes connaissances.
Won loin de là, je vois un groupe d'amateurs,
Par les muses guidé, rendre hommage aux auteurs,
Là, lebibliomane armé de ses lunettes,
Avec avidité parcourant ces tablettes.
Où comme dans les lieux, domaine du trépas,
Demeurent confondus les rangs et les états,
Voit ensemble mêlés', non sans quelque surprise,
I_,e bon et le mauvais; un père de l'église,
De ses feuillets sacrés touche un roman nouveau;
Près du tendre Racine, ou du grave Rousseau
Des vers désavoués des neuf soeurs immortelles
Etalent sans pudeur leurs feuilles criminelles.
Là, plus qu'en aucun lieu, règne la nouveauté,
Là, s'offre à nos respects la saine antiquité ;
Descendus dans la nuit vingt siècles s'y confondent;
Vainqueurs des lieux, des temps, les esprits s'y répondent.
Là Corneille et Sophocle , et tant d'auteurs divins,
Sur le même rayon semblent comtemporains.
Dans cet amas confus, trop heureux l'esprit sage,
Qui d'un abus commun sait distinguer l'usage,
Dont le goût épuré goûte un noble dédain
A l'auteur dangereux, à la coupable main,
(r) Lepaute et Grébam furent deux horlogers célèbres, l'un
français et l'autre anglais.
- (9)
Qui du vice ou du crime a fait l'apologie ;
C'est à ces écrivains dont la mâle énergie
Sait défendre les droits de la religion .
Et de principes faux purger la nation,
Qu'il offre son encens; il relit leurs ouvrages;
Et d'un juste laurier couronne leurs images.
C'est ainsi que vos noms, éloquents députés,
Ces noms, dont à bon droit s'honorent nos cités,
Fils de la renommée, escortés de la gloire
Déjà brillent inscrits au temple de mémoire.
Chaque âge peut ici contenter ses désirs ;
Dans ses voeux inconstante, avide de plaisirs
Espoir de nos vieux ans, voyez la tendre enfance»
Manifestant ses goûts, non pas sans pétulance;
A son âge assortis, nombre d'objets riants
Favorisent l'essor de ses esprits naissants.
Celui-ci que peut-être adoptera Linus, (ij
Déjà paraît sentir des plaisirs inconnus,
A l'aspect du haut-bois, d'un cor, de la guitare;
Il trépigne, il s'anime au bruit d'une fanfare,
Celle-là plus paisible en ses amusements.
Veut déjà préluder à de doux passe-temps,
On la voit préférant ces figures muettes,
Déjà s'initier aux secrets des toilettes;
Sur ces objets chéris, à l'abri des dangers,
Prodiguer àl'envi, mille innocents baisers,
Et sans craindre aucuns traits de leur humeur volage,
Faire de l'amitié le doux apprentissage.
Un crayon à la main, voici qu'un égrillard
S'efforce d'imiter un dessin de Mansard.
Avec empressement, un autre, comme Achille,
(i) Fils d'Apollon et grand musicien.
(10)
D'un glaive, d'une lance, arme sa main débile ;
Ces cylindres bruyants, ces coursiers de carton,
A ses yeux non moins chers, qu'à ceux de Phaéton,
Fut le char du soleil, il les prend, les admire,
A suivre Mars déjà l'on diroit qu'il aspire.
Arrête, enfant chéri; garde quêtes penchants,
Tes goûts prématurés n'alarment tes parents;
Choisis, mais d'un mentor que le conseil utile
Guide ton choix ; en tout n'imite pas Achille.
Si l'appareil guerrier a pour toi des appas,
Loin de ton coeur bannis la fureur des combats,
Novice, attends du moins que ton prince t'appelle;
Chéris, plus que les camps, la maison paternelle,
Au cliquetis du fer, aux accents du clairon,
Préfère, en ton printemps, les concerts d'Apollon.
Mais quittant d?un censeur le ton un peu sévère,
Par des tableaux plus gais efforçons nous de plaire.
Portons nos pas plus loin; de Sèvres, du Japon
L'oeuvre fragile attend notre admiration.
Des vases luxueux, inconnus à nos pères, '
Du cacao, des jus, brillants dépositaires,
Ceux où s'unit le sucre à la noire liqueur,
Qui des esprits trop lents ranime la langueur,
Par l'émail de leurs bords, par une fine touche,
Sollicitent nos yeux, nos mains et notre bouche.
Plus d'une Eglé se mire en ce brillant vermeil,
Qui du plus beau festin rehausse l'appareil.
Eh! pourrais-je oublier ces aspects, ces images,
Qui des ans destructeurs réparent les outrages,
Par quil'àge présent vit dans l'antiquité?
De Solyme mou oeil voit la sainte cité :
Je m'écrie, en voyant les débris de Palmyre,

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