La lanterne magique, revue prospective de 1874 / par Septime

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Laporte (Paris). 1872. In-18, 152 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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LA
LANTERNE
MAGIQUE
REVUE PROSPECTIVE DE 1874
Habent sua fata.. .. libelli..
PAR
SEPTIME
PARIS
A. LAPORTE, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
7, QUAI MALAQUAIS, 7
1872
LA
LANTERNE
MAGIQUE
REVUE PROSPECTIVE DE 1874
SOUS PRESSE
DU MÊME AUTEUR
« THÉÂTRE D'UN CENSURÉ »
Le Nazaréen, drame historico-légendaire, on 12 tableaux, avec
épilogue.
L'Honneur sans l'Argent, éthopée en 5 actes. — Théâtre de
salon.
Nissa-eI-Djamiy, drame indien, en 5 actes, à grand spectacle.
L'espion prussien, ou Une Vengeance, pièce en 3 actes. —
Rires et pleurs.
L'Oubliette du Manoir ou les Trois âges, Revue des siècles,
en 5 actes et 12 tableaux.
Voyage à travers le monde, roman d'aventures.
Voyage humoristique autour des abus et des pseudo-
grands hommes.
Histoire do Quinze mois : De la résistance héroïque de Paris
aux exécutions sommaires de Versailles.
IMPRIMERIE LAPORTE ET Ce, 10, RUE JACQUES-DE-BROSSE,
LA
LANTERNE
MAGIQUE
REVUE PROSPECTIVE DE 1874
PAR
SEPTIME
Habent sua fata . . . .libelli...
PARIS
A. LAPORTE, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
7, QUAI MALAQUAIS, 7
1872
1871
DEDICACE
Au Dieu— encore inconnu — qui brisera — pour
toujours — le bâillon sacrilège de toutes les
censures.., Deo... ignoto...
SEPTIME
LA
LANTERNE MAGIQUE
Revue prospective de 1874
PROLOGUE
En publiant ces lignes, l'auteur a eu pour objectif
non-seulement une constitution radicale, seul moyen
de régénération qui puisse obvier aux maux du présent
et à ceux signalés par notre Lanterne magique, mais
aussi la démonstation virtuelle de cette vérité, qui,
pour le bonheur à venir des peuples, doit être solen-
nellement proclamée : à savoir que la liberté absolue
d'examen, de discussion et même de critique, est le
Palladium des sociétés modernes.
Dans telle situation donnée que puisse se trouver
une nation, si le mensonge peut la conduire à sa
perte, comme on en a fait la terrible expérience, la
verité ne peut jamais lui nuire. Il se trouvera tou-
jours une voix inspirée, prophétique souvent, pour
crier : Casse-cou ! aux gouvernés comme aux gou-
vernants. .
La liberté de penser et d'écrire, c'est le phare lu-
— 4 —
mineux qui, éclairant les navigateurs sans boussole,
les préserve des écueils !
En politique, surtout, la libre expansion des esprits
est comme la respiration normale de l'opinion pu-
blique, ce jet vivifiant dont rémission, répercutée
d'écho en écho, effraye les seuls despotes.
Les penseurs, les écrivains sont les vigies dévouées
du navire de l'Etat, dont le pilote, énervé par les dé-
lices de la dunette de cour, ne prend le point que
lorsqu'il a fait côte et que la tempête lui répond :
Trop tard !
Une voix, entre mille, s'élève aujourd'hui pour
constater ce fait, qui veut surtout être un enseigne-
ment.
Vaincu par les habiles et les traîtres; car tout l'of-
ficialisme de ces vingt dernières années se compose
de transfuges de tous les camps, nous dûmes subir
les conséquences de notre... tempérament : les
esclaves, eux, le sont aussi par nature, qu'on le croie
bien et qu'on les prenne en pitié; puisque Dieu a mis
le remède à côté du mal, le philosophe à côté du cy-
nique : l'un étant la raison d'être et le médecin de
l'autre, jusqu'à la perfection relative de l'homme.
De retour d'un exil, volontaire en apparence, nous
avions trouvé la France de 89 et de 48 enguirlandée
de ses chaînes, qu'elle faisait semblant de bénir,
comme si elle ne devait pas, un jour, expier sa com-
plicité. Car la honte produit cet effet : qu'on semble
glorifier le fétiche qui vous dégrade, jusqu'au jour
— 5 —
où on le met sous les pieds ; on le fait grand pour
paraître moins petit.
Grâce à Dieu, l'ignominie n'est pas héréditaire !
elle saute au moins une génération : celle qui a gémi
de ses auteurs. Après les dragonades de l851, léchant
du départ de 1871 ! Après les lâches bénédictions du
père, les fières imprécations du fils
Plongée dans une torpeur mortelle, la France terri-
fiée ne voulait pas être réveillée; pour lui mettre le
moxa sauveur, il fallait alors courir plus de risques
qu'aujourd'hui pour tuer un ennemi envahisseur.
Nous dûmes donc, pour tenter de conjurer la gan-
grène totale de cette reine de la civilisation, revêtir
la cuirasse de l'allusion, quand nous n'aurions voulu
qu'une épée loyale, une arme toujours courtoise. Vo-
lontaire de la presse, il nous fallut ceindre notre
plume du pseudonyme panaché pour faire pénétrer
quelques rayons de lumière au milieu de la grande
Babylone, de la Sybaris impériale, de la Capoue du
proxénétisme, de la Gomorrhe bonapartiste enfin !
Mais la censure, aux mille formes, ne nous fut ja-
mais légère ! Editeurs, imprimeurs, directeurs de
théâtres et même de journaux furent toujours plus
ou moins empêchés : ils étaient ce qu'on les faisait.
Oui, nous le disons pour ceux qui nous suivront dans
la carrière, le plus perfide comme le plus redoutable
ostracisme dont puisse gémir un écrivain, c'est la
surveillance de sa plume, mise, non à l'index : on
craindrait l'opinion publique, mais en interdit par
voie officieuse, ou mieux ténébreuse, comme les dix.
— 6 —
Les persécutions occultes, procédant par insinuations
perfides, sont les projectiles explosibles à l'usage des
tyrans sans foi ni loi ! L'on ne traduit pas plus un
écrivain devant ses pairs, c'est-à-dire devant l'opinion,
que l'on fait un 2 décembre en plein jour ; tout au
plus trouve-t-on un juge prévaricateur ou un écrivain
vénal pour vous Vitu... pérer, après vous avoir dé-
loyalement travesti. Juges de la manche et prétoriens
sont les immeubles par destination de tout bandit
couronné !
Le généra! prétorien tire le glaive et signe les capi-
tulations honteuses; le juge de la manche, assis
ou à asseoir dans le fauteuil le mieux fait pour
le piquer... d'honneur, devient, par assimilation de
robe, pourvoyeur de Pélagie et autres marguerites
plus ou moins effeuillées par le maquillage — pour
ne pas dire le maquignonnage !
Sur cette politique sans pudeur, sinon sans liste
cynique, combien de choses à dire, que nous dirons
plus tard avec détails circonstanciés ! L'historique
des persécutions est le même, hélas ! pour tous les
caractères indépendants ! Ici, c'est un journal sus-
pendu ou supprimé, en réalité à cause de notre prose
désagréable: en apparence pour un autre motif...
Là c'est un leading article qui nous est rendu en
épreuves, sur le veto du Monsieur en cravate blan-
che de la censure amiable et impé.... rieuse. C'est
enfin un journal de sport qui, au 4e article, et par
ordre bien certainement, nous ferme ses colonnes où
nous cultivions, avec trop de succès, l'allusion poli-
- 7 —
tique : les renards officiels s'étaient tous reconnus :
shocking !
Un aventurier parvenu peut rendre son épée,
vierge de tout exploit honorable ; un écrivain digne
de ce nom ne rend pas sa plume : il la jette aux or-
ties, quand il ne peut la lancer au visage — masqué
— de l'exécuteur des basses-oeuvres !....
C'est sous vos verroux, ô nocturnes meurtriers de
la République, ô arcadiens de toutes les turpitudes,
que nous avons découvert, et sans avoir pu crier
notre eureka ; le centre de gravité des sociétés mo-
dernes, leur constitution normale... C'est sous le coup
des atteintes portées à notre foi et à notre dignité que
nous avons trouvé les clefs authentiques de la véri-
table église chrétienne, de la Jérusalem retrouvée :
le Nazaréen tel qu'il était !
Notre « théâtre d'un censuré » où vous vous êtes
trouvés laids jusqu'à l'interdiction personnelle, a été
votre oeuvre par antithèse ! Si nous avons eu le génie
du bien, et cela nous fait tout pardonner, c'est sous
les tortures infligées par les suppôts du mal à notre
âme libre !
Saturé donc de dégoût des hommes, inconscients
de leur complicité plus encore que blessé des traits
du Parthe aux camélias, nous nous étions retiré sous
la tente idéale du penseur, pour y édifier notre éden
cosmopolite. L'idée a le monde pour patrie, en at-
tendant qu'elle en fasse une oasis! La liberté, c'est le
paradis des âmes, d'où descendent les lois rédemp-
trices de l'humanité !
— 8 —
La civilisation tient l'univers sous ses lofs, qui ne
sont divines que parce qu'elles sont internationales !
Les rois sont ses grands vassaux, en attendant qu'un
Richelieu de la démocratie, —et ce sera l'honneur de
la France de le produire, — les courbe tous devant
le roi du monde : l'homme libre, dictant des lois fra-
ternelles aux peuples unis.
Architecte inspiré par le seul amour des peuples,
et oubliant l'homme pour ne voir que l'humanité,
pardonnant l'intimité de la créature pour l'amour
du Créateur infini et indéfini qui règne sur les âmes;
nous tracions sur l'airain de l'avenir les plans de
notre Elysée, lorsque le danger de la patrie terrestre,
courant au suicide plébiscitaire, nous fit sortir de
notre retraite si doucement idéale.
La France, se précipitant vers l'abîme, à la voix
profane du maître, qui voulait lui imposer un nou-
veau bail, nous dûmes reprendre la plume pour tâ-
cher de dessiller les yeux, obscurcis par vingt an-
nées de léthargie chronique. Nous fimes à notre pays
un appel in extremis.
Ce suprême Ananké de miséricorde transmis au
comité plébiscitaire de la gauche, — et que nous re-
produisons ici, sans y rien changer, — Servait d'in-
troduction à notre Constitution, mise en parallèle
avec celle du vespasien crétinisé.
« A LA FRANCE.
« France, patrie de l'intelligence, cette seule aris-
tocratie légitime, je t'adresse ces lignes que l'invinci-
— 9 —
ble amour de l'humanité a seul pu surprendre à une
muse désenchantée, à force de dégoût des hommes.
« Avernie de Vercingétorix, qui as su résister au
César avant la lettre; Gaule des preux de l'atticisme,
nos devanciers; France chevaleresque de Voltaire,
notre initiateur, reçois cet hommage que je dépose
respectueusement aux pieds de tes plus dignes en-
fants, de tes élus, de ceux qui résument en eux toutes
les mâles vertus, de ceux enfin dont le civisme chris-
tianisé se reflète dans les échos du rappel au droit,
du réveil de la nation, et qui, grâce au temps et aux
lumières du siècle, a pu nous ouvrir une échappée
céleste sur le ciel azuré de l'avenir, dont les 35, bien-
tôt myriade, sont les apôtres militants. A l'opposition
libérale !
« Qui se lève solennellement pour crier à la
France, notre patrie quand même, son dernier sur-
sum cordal Les temps sont proches.
« Nous qui avons la foi raisonnée, envoyons donc
à tous les échos, ce cri de ralliement : L'avenir est à
nous, si nous sommes l'avenir.
« Le jour où Dieu, trop vengé, pardonne aux peu-
ples, il foudroye les oppresseurs, qui ont été les ins-
truments aveuglés, aliénés de ses divines oeuvres.
Quos vult perdere jupiter dementat.
« Mais, pour revenir au point immaculé où a été
laissée la nation, et vers lequel elle tourne ses re-
gards contrits en même temps que ses aspirations sou-
veraines, il faut d'abord déblayer le terrain de toute
récrimination qui ne serait qu'une rancune, de tout
1.
— 10 --
mal entendu générateur de conflits. Nos divisions,
nos petites églises, ayant chacunes un nom pour clo-
cher, nos fautes enfin, que nous devons confesser
pour n'y plus retomber; ont assez longtemps fait les
affaires du césarisme liberticide. La leçon a été don-
née, l'expiation noblement subie.
« La réaction a dépassé l'action : — Le destin est
désarmé. C'est dire que l'écho vengeur retentit déjà
de ce fatidique tonnerre :
« Despotes, et vous tous exécuteurs de mes hautes
oeuvres, l'oeuvre expiatoire est consommée!... Ren-
trez sous terre, d'où j'espère bien n'avoir plus à vous
tirer, si l'enseignement suprême a porté ses fruits.
Les sauveurs providentiels et les héros légendaires
ont vécu.
« Dieu protège la France... Voilà le secret du châ-
timent expiatoire de ces dix-huit dernières années.
Après le débonnaire Soliveau de 1848, la grue pur-
gatoire de 1851.
« Oui, France tour à tour si chevaleresque et si
pusillanime, tu as eu plusieurs fois tes destinées
entre tes mains; plusieurs fois tu as été libre, pour
cesser de l'être par ta faute,
« Aussi, avant d'enlever les voiles pudibonds dont
se couvre la liberté, rassurons-là, montrons-lui que
nous lui avons préparé, dans les veilles du proscrit,
dans les offres de l'exil volontaire, un piédestal si
élevé, si monumental, que tous les génies du mal
réunis ne pourraient plus ébranler sa base, désor-
mais immuable comme la morale éternelle,
—11 -
« France de l'ordre et de la liberté, prends con-
fiance en toi-même ; refuse de jouer ton avenir sur
une subtilité d'avocat, oeuvre de l'empirisme le plus
machiavélique.
« Profite des leçons de l'étranger; écoute les risées
tudesques sur notre « farce » plébiscitaire; les dis-
cussions de John Bull, pris de pitié pour la « Comédie »
qu'on te fait jouer devant le monde civilisé.
« L'ordre fécondant la liberté, c'est l'avenir édeni-
que.
« Alors, secouant le joug honteux qui le courbe
comme si lu n'étais plus française, tu reviendras, par
ton vote plébiscitaire, à la veille du 2 décembre 1851
« Là est le refuge contre un conflit certain, contre la
guerre sous toutes les formes, là seulement est le
salut. »
Que chacun apporte donc sa pierre au grand oeuvre
inachevé, et que la nation reprend, en sous-oeuvre,
à l'endroit où elle l'a laissée, le 4 mai 1848 : — 89
reprend sa voix décrétée d'en haut.
« France prédestinée, réfléchis bien : Songe que
les Etats-Unis d'Europe, dont tu peux être le trait
d'union, pourraient bientôt te demander compte de
ton abdication, si une défaillance, indigne d'un
grand peuple, devait, en te livrant encore aux châ-
timents du présent, te clouer au pilori de l'histoire;
car l'histoire est à refaire : elle sera désormais une
science positive, et non plus une fable ad usum scoloe,
ou un moyen de fortune pour l'historien ambitieux
ou vénal, hélas I
— 12 —
« Peuple français, le plus spirituel du globe, à ton
dire, sache bien que tu ne serais plus qu'un vulgaire
usurpateur de renommée si l'on pouvait t'appeler
plébi serviteur.
« Après avoir étonné le monde par ta valeur sécu-
laire, voudrais-tu l'étonner, aujourd'hui, par ta plébi
servilité.
« L'Ananké de miséricorde va te rendre une der-
nière fois le souverain dispensateur de tes destinées
suprêmes.
« Fais un choix viril entre le passé et l'avenir;
entre la Roche vaticane et le Capitole de la libre
pensée; entre la mort et la vie : — Tu n'as pas une
seule faute à commettre : — La providence est lasse
de tes cris d'enfants et de tes fétiches! Tertiar
solvet !
« Je suis, France, de ta seule majesté, sans être
sévère. »
« SEPTIMË. »
Maintenant, qui oserait affirmer que cette dernière
aux Corinthiens du plébiscite, répandue ou patronée
par le comité de la gauche, n'eut pas, par la compa-
raison des deux constitutions, changé des milliers de
oui inconscients en non convaincus?
Le Comité de l'opposition donna son approbation
écrite à l'oeuvre, engageant l'auteur à une publica-
tion isolée, qui pouvant ressembler à une spécula-
tion de librairie, perdait dès-lors son caractère na-
— 13 —
tional; car pour produire tout son effet, il lui fallait
l'estampille, au moins, du comité, hélas ! en désac-
cord ouvert.
Nous ne récriminons pas, si la gauche, scindée,
n'a pas fait autant d'effort que le comité d'Albuféra,
c'est sans doute que les moyens lui ont fait défaut;
mais qui dit liberté dit responsabilité.
Quoiqu'il en soit, le fait prédit mathématiquement :
« conflits sous toutes formes, » ne nous permit
guère de rentrer sous notre tente d'abstraction. Nous
avions à signaler un nouveau et pressant danger.
Le César fatalement aveuglé devait être solennelle-
ment averti par la vigie qui, veillant du haut de
l'idée, déduit sûrement les conséquences des pré-
misses.
Ici encore se place, sans y rien changer, quand
môme, l'avertissement ultime, remplaçant l'appel à
la France, et qui, lui aussi, n'a pu trouver ni éditeur,
ni imprimeur. Soit dit sans autre reproche : Editeurs,
imprimeurs et autres privilégiés étaient ce qu'on les
avait faits. Et notre prose désagréable fut jetée au
panier sans fond du cabinet impérial.
« PRIÈRE IN EXTREMIS — ÊPITRE AU TOUT-PUISSANT
« A L'EMPEREUR.
« Sire,
« J'ai écrit quelque part cette profession de foi ;
<< Religion d'État ? Déraison d'Etat !
« Conquêtes ? Chauvinisme !
_ 14 —
« Vocable de gouvernement? Fanatisme!
« Individualités prédestinées? Fétichisme)
« Égalité, qui a sacrifié sa mère à sa vanité ? Rêve
contre nature tant que l'intelligence sera une aristo-
cratie légitime !
« Fraternité? Résultante de la civilisation : pein-
ture murale aujourd'hui, quotient de la liberté de-
main !
« Liberté? Vérité absolue, seule reine du monde!
« Je puis donc, Sire, sans blesser Votre Majesté,
m'adresser au prisonnier de Ham, au penseur grandi
par l'exil, puis détourné de sa voie. (L'avenir dira
bientôt si ce fut par la providence.)
« A voir ce qui se fait : retrait ou ajournement des
mesures libérales; et à entendre ce qui se dit avec
emphase : Sadowa plébiscitaire, il est à craindre,
Sire, que Votre Majesté se fasse illusion, et l'illusion
conduit à l'aveuglement, sur la valeur numérique
des oui plébiscitaires, se chiffrant par 7 sur 10, tan-
dis que leur valeur géométrique renverse entièrement
cette proportion arithmétique. Le dynamomètre,
l'Europe le sait trop, est faussé depuis vingt années !
« Et c'est sur cette vérité apocryphe que Votre
Majesté voudrait asseoir un gouvernement ?
« Sire, Votre Majesté usera tous les... équilibristes
d'Etat avant d'avoir rien fondé. Le balancier qui pré-
serve des chutes, Votre Majesté le détient encore per-
sonnellement.
« Aussi, des avocats, pas un Sully ! Des courtisans,
— 15 —
pas un caractère! C'est qu'il ne suffit pas à l'erreur
de prendre le nom de la vérité pour s'imposer !
« Deux rois, séparés par une montagne, par un
fleuve ou un bras de mer, ont déjà beaucoup de
peine à vivre en paix, et vous voudriez, Sire, pouvoir
placer deux souverains sur le même échiquier gou-
vernemental, en donnant au plus ancien, pour ne
pas dire le plus légitime, la portion congrue réservée
aux cadets ou aux interdits?
« Sire, élargissez ou diminuez le Palais-Bourbon,
nous vous affirmons, comme vérité tangible, que le
dépossédé ne tardera pas à faire valoir son droit d'aî-
nesse et à prendre sa part, qui réellement ne lui est
pas faite; car les libertés octroyées ou promises par
votre gouvernement sont tout à fait inacceptables
pour un peuple qui se respecte. Tant qu'il manquera
une liberté à la France , il manquera un peuple à
Votre Majesté, et à votre gouvernement la stabilité !
« Et, Sire, laissez-nous vous le dire quand même,
ce sont bien plus les destinées de la France, qui nous
touchent que les intérêts de votre gouvernement. Les
hommes passent, la nation reste !
« Déjà n'entend-on pas les rugissements du ... pro-
pulseur, qui, trop à l'étroit au milieu des autres
rouages constitutionnels, et gêné dans ses mouve-
ments... automoteurs, menace, par sa force d'expan-
sion, de faire voler en éclats la ...locomobile gouver-
nementale ? Et que de ruines amoncelées par cette
explosion, qui est fatalement dans la logique des
choses humaines. Et ce conflit trop certain se com-
— 16 -
plique encore de la politique extérieure de Votre
Majesté, qui affirme cette double erreur, à savoir que
votre puissant voisin vous redoute parce vous
croyez avoir granitisé le peuple français, comme
l'obélisque de l'admiration et de l'obéissance passive,
tandis que c'est le contraire que l'histoire proclame
être la vérité !
« Croyez-le bien, Sire, si le babélisme social est la
raison d'être de l'absolutisme, la réaction, qui pro-
cède par l'avilissement des âmes, amène logique-
ment, à son tour, l'action, qui procède par le bris
des chaînes !
« Et alors, Sire, Voe victis ... et victoribus !
« Veuillez donc bien, sire, méditer cette double
vérité qui espère encore être un phare sauveur. Que
votre majesté daigne être persuadée que la vigie qui
ose signaler l'écueil au chef du navire en détresse,
a chassé toute passion de son coeur. A l'indignation
a succédé la pitié pour les ouailles, comme pour
celui qui les paît.
« Ayant écouté, puis entendu ses voix, elle a la
même sérénité d'âme que l'héroïne nationale. Et dût
le même sort être réservé au même dévouement à la
patrie, notre Caveant Consules n'en retentirait pas
moins de toute la force de nos convictions libérales :
Périsse tout plutôt que la liberté !
« Daignez donc, Sire, accueillir, ne serait-ce qu'à
titre d'essai, pour ne pas dire à correction, la cons-
titution radicale de " mon pays » qui vous permettra,
au moins durant l'essai, de juger entre l'amour vrai
— 17 —
d'un peuple et sa désaffection... latente! Le trône est
trop haut et le peuple trop... éloigné. La vérité qui
les sauveraient, n'arrive jamais aux rois que sur le che-
min de Damas de l'exil, que ne suit plus la cour ni le
subtil encens !
« Cette constitution, Sire, ce statut de droit divin,
toujours perfectible, contient tous les progrès, toutes
les réformes réalisables à ce jour. Mon pays, aujour-
d'hui encore idéal en gestation cosmopolite, peut de-
main, devenir l'Eden français : Faites le vôtre, Sire !
« Il est vrai que si votre majesté fronce le sourcil,
les courtisans, on le sait, les sceptiques, les railleurs
crieront à l'utopie, au paradoxe, etc., et sur le seuil
même de l'olympe, se permettront un éclat de rire
homérique, pour ne pas dire arcadien. Il est toujours
plus facile de rire que de s'élever à la hauteur d'une
question sociale.
« Que si au contraire, Sire, réhabilitant le person-
nalisme, vous dites hautement, noblement :
« Je veux clore l'ère des révolutions stériles. Je
veux, cette fois, faire grand ! je veux étonner le
monde par ma grandeur, en paraissant me diminuer!
Je reviens loyalement à la veille du 2 décembre 1851,
je restitue honnêtement ce que je n'aurais peut-être
pas pris sans une complicité trop facilement amnis-
tiée...
« Je veux enfin placer, sur sa véritable base, la
pyramide qui portera mon nom plus haut et plus
loin que celui des Pharaons !
« La terreur et la corruption, je le vois trop, avi-
— 18 —
lissent les hommes, sans grandir celui qui les mène.
Quel prestige ma couronne a-t-elle reçue de ces orléa-
nistes et de ces légitimistes, traîtres au roi ou à l'em-
pereur ; de ces avocats de toutes les causes, transfuges
de tous les camps, et même de ce spectre, pour rire,
d'un sceptre qui fait peur?
« J'aime mieux être le premier parmi un grand
peuple, que le maître d'un troupeau qui, venant à se
léoniser, pourrait, à un moment donné, me traiter
comme un simple dompteur : tout César finit par
avoir son Brutus ou son Waterloo !
« Je veux donner l'exemple du rare courage de
confesser ses fautes : Guerre du Mexique où j'ai
opprimé le faible et dû subir, comme représailles, le
veto du fort; tout en ruinant mes obligataires trop
confiants! Sadowa, où j'ai laissé jouer la France, que
mon plébiscite dévoilé réduit à un vain épouvantai!.
« Mentana, où j'ai fait fusiller des patriotes, en
continuant le rôle de dupe et de complice. Proscrip-
tions, condamnations, confiscations, prisons, amen-
des, meurtres, toutes choses odieuses, je vous répudie
solennellement! Je veux la grande, la vraie gloire,
qui n'a rien à redouter des redresseurs de torts de
l'histoire !
« Je veux, à la fin, changer ma légende, ou plutôt
celle qui m'a été imposée sur un berceau qui n'était
pas à ma taille. Le noble sang des Beauharnais l'em-
porte enfin dans mes veines : Chevalerie et Bandi-
tisme s'excluent !
« Et cette glorieuse légende ne sera pas posthume,
— 19 —
je la veux contemporaine. Aux grands coupables les
grandes réparations. A vos plumes, historiens de ma
réhabilitation ! Si une seule liberté vous manque
demain, refusez mon budget, ce sera justice !
« Oh ! alors, sire, votre majesté trouvera les tablet-
tes des Lanfrey, des Ténot, des Quinet, des Michelet
et tutti quanti, prêtes pour un Tandem d'actions de
grâces. Il n'y aura pas une voix opposante, tant, dans
« mon pays », sont religieusement sauvegardés les
intérêts de tous et de chacun.
« Alors, sire, après ce superbe langage de votre
majesté, digne d'un continuateur du Nazaréen, vous
faites pâlir toutes les plus pures renommées, votre
gloire sans alliage, rayonnant jusqu'aux confins de
la terre, ira à travers les âges, perpétuant votre nom
avec le couronnement de votre oeuvre humanitaire !
Vous aurez payé plus que vos dettes. Vous aurez
fondé les Etats-Unis d'Europe, dont vous serez la
première étoile resplendissante! Vous aurez mis eh
action la grande doctrine évangélique. Vous n'aurez
voulu être le premier parmi un grand peuple, que
pour le servir chrétiennement, après l'avoir châtié
exemplairement !
« Votre légende alors, Sire, quoique à dix-huit
siècles d'intervalle, prendra rang après celle du Gali-
léen, du grand génie humanitaire! A lui le gibet qui
déifie, à vous la terre pour piédestal! Alors la France-
unie, sauvée réellement, cette fois, amnistiant le
2 décembre avec le passé, s'écriera dans sa gratitude
universelle:
— 20 -
« O felix crimen !Et au ciel on chantera hosannah !
« Qu'il en soit ainsi, Sire, pour la seule vraie gloire
de Votre Majesté et pour la jubilation intime de celui
qui reste toujours, avec respect des autres comme de
lui-même,
« SEPTIME. »
Après la lecture de cette missive toute d'intuition
qui ferait croire à la divination, sinon aux prophètes,
quel esprit loyal oserait affirmer que la discussion
qui aurait dû se faire autour de ce que les officieux
auraient certainement appelé un pamphlet séditieux,
n'auraient pas porté d'autres fruits qu'une fanfaron-
nade suivie d'une lâcheté ?
Qui sait si la Marguerite aux Camélias n'aurait pas
eu plus de lucidité d'esprit que son impérial amant?
L'impératrice, de son côté, se livrant à l'étude de la
politique comparée et se résumant dans ces mots si
éloquemment instructifs : « Amuse-toi pour te refaire
un moral! » On peut, dit-on, se refaire une virginité,
madame, mais quand il a fermenté dans le sang, le
moral est condamné à s'appeler toujours le crime! La
vague vengeresse le répétera sans cesse, de Cayenne
à Berlin ! Mais grâce à Dieu, la France n'est plus
solidaire de ses criminels, une fois quelle les a jetés
à la voirie !
« Le départ triomphal du généralissime eut donc
lieu, en apparence, pour apprendre le métier de
prince au rejeton, espoir des arcadiens, mais en réa-
— 21 —
lité pour s'étourdir, en sauvant la caisse, sur cette
prédiction plus encore que sur cet oracle réservé
aux gérontes et tiré du dernier pétale arraché à une
marguerite plus désolée que repentante : Pas du
tout? Trompé! Prends la couleur de ta robe, ô illustre
chef de la magistrature nommée et amphibie : De-
sinit in piscem ! Un collègue du fils de la mère des
trois Dupin accusé pour tromperie sur la qualité, —
malgré la quantité, — de la marchandise vendue! ô
tempora, ô mores !
Ce départ de dépit, agencé sans doute par le comte
de Bismark, qui se connaît en têtes couronnées, sinon
en peuples émancipés, fut un nouveau et irrémé-
diable malheur. La seconde vue que donne la philo-
sophie de l'histoire, procédant du rétrospectif au
prospectif, nous tira encore irrésistiblement cet avis
suprême: « La guerre étant malheureusement décla-
rée, nous ne pouvons vaincre que par et pour la
liberté. L'idée, cette reine du monde, est la seule
armée invincible! Donc, des armes et la liberté ! »
Avis resté encore sans échos. Le sort en était jeté. La
France plébiscitaire devait être purifié par le feu qui
brûle toutes les plaies : le malheur! La providence
qui, en science sociale, s'appelle logique, et qui a
pour elle l'éternité des âges, sinon des mondes phy-
siques, a déjà accompli la moitié de sa tâche divine.
Elle s'est servi du dernier des Hohenzollern, pour
exécuter le dernier des Bonaparte. Demain elle se
servira de la France expurgée, régénérée par la Répu-
blique, pour délivrer l'Allemagne, ses philosophes,
~ 22 -
ses Jacob et ses Sonneman de la féodalité prus-
sienne et de son militarisme conquérant! Du haut de
notre observatoire infaillible, parce qu'il s'élève au-
dessus de tous les préjugés, nous voyons déjà les
républiques germaniques et les républiques latines
marier leurs étoiles resplendissantes sur la bannière
immaculée de l'Europe-unie ! Alors le vandalisme
redeviendra un fait préhistorique; le soldat aura fait
place au citoyen. Le diadême des rois, parjures sou-
vent, inutiles toujours, aura passé sur la tête des
peuples à jamais émancipés! L'océan lui-même ne
sera plus qu'un lac de Constance internationale !
Ainsi sera-t-il bientôt ! Aujourd'hui que la première
partie de l'oeuvre rédemptrice a brisé le bâillon de
toutes les censures, avec la main qui le tenait, nous
publions la constitution de « mon pays», hier encore
sans éditeurs, et qui, à cette heure solennelle, peut
rallier les brebis égarées ou dispersées au bruit de
la chûte ignoble de celui qui ne les paissait que pour
mieux les dévorer! La troisième république a mis
« mon pays » à la place de la France plébisci-tuée !
Mais cette république ne sera pas fondée tant qu'un
homme aura faim, et tant qu'un penseur aura soif de
liberté !
Hélas! cette république pour laquelle le plus
grand nombre tremble; tandis que d'autres s'y dispu-
tent leur place au banquet de la vie; cette républi-
que, chargée d'une liquidation odieuse, est condam-
née, comme Saturne, à dévorer ses plus héroïques en-
fants. La guerre civile inconsidérément provoquée,
— 23 —
va encore, pour le malheur de la patrie, déjà tant hu-
miliée, faire dans son propre sein des vaincus et des
vainqueurs sans gloire.
Notre « Commune autonome dans l'Etat représen-
tatif » peut être une solution pacifique. Tentons l'é-
preuve pour l'acquit de notre conscience. Voici donc
encore et quand même notre lettre d'envoi, transmise
à la Commune de Paris, par. son doyen d'âge, le délé-
gué à la Banque, l'ancien représentant Beslay.
A LA COMMUNE DE PARIS.
« Représentants de la Cité,
« J'ai l'honneur de vous proposer l'unique solu.
tion, portant en elle sa sanction, qui puisse honora-
blement désarmer Versailles sans faire, des victimes,
c'est-à-dire, sans vainqueurs ni vaincus.
« Il ne s'agit pas de mettre Paris au-dessus de la
province, mais bien d'élever la France à la hauteur de
sa capitale, au moyen d'une décentralisation radicale
ayant pour base la « Commune autonome dans l'état
représentatif, » et que la grande cité proposerait de
suite dans un manifeste solennel adressé urbi et orbi :
seul plébiscite loyal et pratique.
« Que si, ensuite, la Province réfractaire aux sé-
vères leçons de l'histoire contemporaine, voulait ab-
solument se suicider, se décapiter, eh bien ! Paris, im-
muable dans son droit municipal et dans sa dignité,
resterait la capitale intellectuelle du monde civilisé,
de l'Eden de l'avenir. Je joins donc à ma missive,
- 24 —
cette organisation souverainement libérale, que j'ex-
trais d'un opuscule qui aurait peut-être sauvé la pa-
trie s'il avait pu trouver grâce devant la censure im-
périale ou triompher des craintes pusillanimes des
éditeurs, des imprimeurs et autres monopoliseurs
qui devront disparaître devant l'association libre.
Les éphémérides de nos révolutions, ou mieux nos
révolutions éphémères, s'expliquent par ce fait, irré-
fragable, que, jusqu'ici, tout politique n'était doublé
que d'un avocat, ce qui amenait fatalement des joutes
oratoires aussi fallacieuses qu'au Palais et toujours
vides de sens pratique, en attendant de nouvelles
chaînes : Ever iron !
« Aujourd'hui que la Société est en gestation de ré-
formes rédemptrices, tout politique qui n'est pas so-
cialiste, dans la haute acception du mot, c'est-à-dire
qui n'est pas capable, à moins de violences, de faire
passer dans la pratique les théories humanitaires, les
réformes sociales qu'il a fait miroiter comme un
phare sauveur, aux yeux de ses naïfs mandants, est
un double traître et un usurpateur de renommée.
« Représentants de la grande Cité, si vous êtes à la
hauteur de votre mandat, si vous êtes vraiment des
initiateurs comme vous le dites, vous accepterez ce
meszo-termine de salvation (?)
« Si vous placez hardiment votre seul point d'ap-
pui legitime sur « l'autonomie communale de la
France, » base de notre constitution d'Etat, vous sou-
levez le vieux monde, aux applaudissements de la
terre réveillée d'un trop long sommeil ! Par cette pro-
- 25 -
pagande, sacro sainte, vous entraînez tous les peu-
ples dans votre course sublime. Sursum cordal
« Pour moi, je mets ma seule ambition à rester le
conseiller in partibus de mon pays, pour qui je rêve,
pour frontières, les quatre points cardinaux. Les Pré-
toriens bravi d'un bandit couronné, les fanatiques,
les juges de la manche et leurs complices de toute
robe, ont mutilé et asservi ma patrie : Je veux lui
conquérir l'univers.
« Aidez-moi donc à en faire la première et resplen-
dissante étoile du firmament terrestre
« Sur ce, artisans du grand-oeuvre, que le divin
révolutionnaire de Galilée vous tienne tous sous sa
généreuse inspiration.
« SEPTIME. »
Cette proposition, qui eut les honneurs de la ques
tion préalable, dut décider M. Beslay à donner sa dé-
mission, ce dont il doit lui être tenu compte dans son
exil, qui a déjà trop duré,
Nous ne récriminons pas contre cet ostracisme
de la Commune de Paris, aussi inconscient que le défi
de Versailles, surtout quand il s'agit de vaincus, à
qui il doit être beaucoup pardonné parce qu'ils ne
savaient vraiment pas ce qu'ils faisaient. N'est pas so-
cialiste qui veut. Il faut savoir.
Et des incapables seuls pouvaient répondre aux
exécutions trop sommaires des Versaillais, par le sau-
vage talion de La Roquette, ce qui les a couverts de
l'opprobre habilement rejeté sur les archéologues
2
— 26 —
de 93. Sans ce crime qui est une faute, les flammes
des Tuileries auraient pris une toute autre couleur :
celle de la purification.
Aussi nous qui, immuables dans le domaine de la
science sociale pure, défions les conseils ultra et extra-
judiciaires, nous disons hautement, à la face du
monde, que la France, mal représentée dans le plus
affreux des conflits civils, a immolé ces plus braves
enfants, ceux qui voulaient se faire tuer pour elle,
ou la venger de toutes ses humiliations
Maintenant, que les traîtres et les habiles, à Paris
comme à Versailles, survivent encore, c'est le lot de.
l'humanité... imparfaite.
M. Delescluze, quelles que soient ses erreurs, a af-
firmé sa foi. Nous ne troublerions donc pas le repos
de sa tombe, pavée sûrement de bonnes intentions,
si l'histoire ne devait pas être un enseignement mu-
tuel.
Lors du retour des exilés, nous crûmes devoir
adresser au directeur du Réveil cette épître dont l'ob-
jectif évident était, non de récriminer, mais de pré-
venir la récidive de ces fautes qui nuisirent tant à la
deuxième République, et qui pouvaient encore nuire
à la troisième, qui était déjà... dans l'air.
« AUX REVENANTS.
« C'est à vous, nobles revenants, dont le seul nom
fait trembler le personnalisme, que nous adressons
ces lignes, auxquelles vous avez concouru par vos
erreurs même.
— 27 -
« Vous avez trop de virilité dans l'âme, trempée
qu'elle a été par l'ostracisme, pour ne pas reconnaître
avec nous, pour l'enseignement des peuples, que vous
eûtes plus de bon vouloir que de savoir gouverne-
mental.
a Pour en avoir la triste certitude, reportons-nous
au temps de votre pouvoir et de vos fautes, qui nous
ont conduits sous le joug le plus abject. Aussi, s'il
nous reste un vestige d'entendement, c'est nous-
mêmes, nos erreurs, nos défaillances indignes , que
nous devons maudire, plutôt que l'opresseur mérité.
« Jetons donc un amer regard rétrospectif sur les
dix-huit années qui nous séparent de notre premier
enthousiasme politique.
« C'était par une journée de février, sombre
comme la colère céleste. Un roi, fatalement aveuglé,
et qui, comme dérivatif aux nobles aspirations de
liberté, avait semé les premiers germes de l'agiotage
parmi les bourgeois satisfaits, recueillait le fruit de
son appel aux instincts démoralisateurs de ce bien-
être matériel qui devait, par un honteux échange, lui
assurer le pays légal, dont il avait fait un gigantesque
mât de cocagne. Il avait supprimé la roulette pour la
mieux installer à la Bourse.
« Puis, pour opérer un autre genre de diversion
qui a porté des fruits bien amers, n'avait-il pas osé,
le naïf chauvin, glorifier les cendres du plus grand
tyran de sa patrie, du vil meurtrier d'un Condé ! Inde
iroe coeli ! La nature a horreur de ce vide qui s'appelle
un sabre!
— 28 —
« Pauvre roi, il est allé où l'ire vengeresse des
gouvernés conduit les gouvernants lorsque la coupe
des iniquités est pleine. Il a trouvé des plagiaires trop
facilement... subis pour que nous répétions, ici, que
le mépris lui fit cortège. Il s'en alla comme il était
venu, bourgeoisement : fouette cocher !
« Ce qui vient par le Palais-Royal, s'en va par... le
souterrain des Tuileries.
« L'enthousiasme populaire était à son comble. Un
gouvernement provisoire venait de proclamer des
vérités éternelles ; il avait fait de grandes choses, en
avait oublié de plus grandes encore. Mais les erreurs
sont inhérentes à la nature humaine, surtout quand,
grâce à l'étroitesse de la vie politique, du pays, nul,
si bien intentionné fût-il, n'était préparé à recevoir le
lourd fardeau de la dictature dû bien public. Mais
l'histoire, si mal connue encore, n'a d'autre raison
d'être que de préserver des écueils sur lesquels on a
déjà sombré.
« Aussi, ce gouvernement provisoire aurait pu,
sans crainte, compléter son décret sur l'abolition des
titres en imposant le niveau par en haut,en décrétant
la noblesse de tous les Francs ; car, le 4 mai 1848, ce
deuxième 4 août 89, la seconde République, leur vrai
titre de noblesse, était proclamée 17 fois par les man-
dataires de ces mêmes Francs, à l'admiration de l'Eu
rope entraînée.
« Mais, hélas ! ce beau jour capitolin fut suivi de
près par le tarpéïen 15 mai, qui... infandum !
« Un patriote sincère, que les comices ont absous
- 29 —
de ce malentendu, aveuglé, entraîné par les séides
briseurs d'un de ces prétendants pour qui la fin jus-
tifie tous les moyens, venait porter une main sacrilège
sur la souveraineté nationale, au nom de la souve -
raineté populaire.
« La base de l'édifice glorieusement inauguré la
veille venait d'être violemment ébranlée. La lame
d'un bancal y était entrée.
« Et vous, honnête proscrit, retenu déloyalement
sur l'île hospitalière de la liberté, avez-vous bien tenu
compte des loyales craintes, pour l'avenir, que nous
vous exprimions au sujet de vos circulaires un peu
trop... proconsulaires (trop pour la liberté , pas
assez pour la dictature qui veut l'imposer), et que vos
successeurs ont rendues si vénielles? Hélas! de ce
germe malsain, oublié dans les cartons ministériels
et réchauffé pour les besoins d'un système de com-
pression, est né ce monstre aux mille pattes, appelé
la candidature officielle, à renfort de poigne ! Les
Gymnistes, les pancratiastes impériaux étaient inven-
tés! Et, il aura fallu près de vingt années au flot qui
l'apporta pour reculer épouvanté ! Tout ministre ré-
publicain doit agir comme s'il devait quitter le pou-
voir le lendemain et
« Avez-vous davantage profité de nos patriotiques
avis, allant jusqu'au blâme, quand il le fallait, lors-
que nous imprimions ces lignes contemporaines de
votre pouvoir :
« Frappe, mais écoute.
2
— 30 —
« Avis, conseils, reproches, terminant le leading
article par ces mots :
« La France, l'Europe même sont mûres pour les
institutions démocratiques. Rien donc ne justifie de
pareils moyens. Est-ce à dire que la conduite de cer-
tains agents du gouvernement doive porter atteinte à
la cause de la démocratie? A Dieu ne plaise! La Ré-
publique triomphera de tout, de ses ennemis comme
de ses imprudents amis.
« Nous ne sommes pas hostiles à la République;
mais nous souffrons à l'idée de la moindre souillure,
jaloux que nous sommes de sa pureté; car, qu'on le
sache bien, la République est notre foi, et si jamais
ses autels devaient être désertés, on ne nous trouve-
rait ni moins fidèle, ni moins fervent! La vigie qui,
pour ne pas troubler le sommeil de l'équipage, né-
glige de signaler un écueil, est responsable du nau-
frage. La République est le vaisseau qui, en som-
brant, doit engloutir notre dernière espérance. Il n'y
a qu'un traître qui puisse voir la roche de perdition
sans la signaler.
« Pour nous, qui veillons comme veille l'avare sur
son trésor, quelque dur que soit notre cri d'alarme,
dut-il nous faire subir le sort des enfants de Saturne,
nous le pousserons toujours de toute la force de notre
indépendance. Périsse tout plutôt que la liberté!
« Vous le voyez, nous l'avions dit avant qu'un
prince l'eût répété au Sénat : Défiez-vous des impru-
dents amis!
« Nous n'avons jamais flatté ni peuple, ni gouver
— 31 —
nements. Et cependant, si notre constitution normale
basée sur l'autonomie communale, qualifiée d'utopie,
eût été prise en considération, les coups d'Etats eus-
sent été impossibles! La République unitaire étouffée
dans sa capitale, quatre-vingt-neuf républiques fédé-
rées se levaient pour la soutenir ou la venger ! Et si
les 632 eussent partagé notre avis contre le bannisse-
ment des prétendants, à l'exception du traître Bona-
parte : même conclusion.
« Et vous, austère vieillard aux moeurs... antiques,
c'est de bonne foi que vous commîtes cette grande
faute d'un surcroît d'impôt frappant sur le pauvre
comme sur le riche, sur l'innocent comme sur le cou-
pable ! Nous aurions, nous, décrété à la face du ciel
et de la terre, un emprunt, forcé ou non, puisqu'il
était indispensable à l'honneur de la France, menacée
de banqueroute, sur le pays légal, complice du roi-
bourgeois qui avait cru régner sur un grand peuple
en enrichissant des bourgeois par l'agiotage quasi-
officiel qui commença à prendre alors le chemin des
palais, qu'il n'a plus quitté, hélas ! Comme si l'aristo-
cratie nouvelle, avec les caractères chevaleresques
en moins, n'avait pas encore les vices de toutes les
autres.
« Certes, nous abhorons toutes les confiscations,
qui ne sont que des spoliations déguisées, surtout
celles des émigrés ; mais qui, en février 1848, était
coupable et responsable de la pénurie du Trésor ne
pouvant faire face à ses échéances?
« Un gouvernement n'est qu'un être moral, ou
— 32 —
bien plutôt de convention. Les coupables étaient les
ministres, les pairs, les mandataires repus et satis-
faits de ce pays légal, les préfets, les fonctionnaires
politiques et, enfin, cette tourbe d'électeurs pourris
(nous en avons été juste à temps pour en connaître les
détours, ou mieux les tours, hélas!) pour qui le cens
électoral, destructeur du sens moral, était l'échelle
des prédestinés qui conduit à tout : aux places, aux
honneurs, à la richesse, au grand détriment du
peuple ainsi spolié (1). Quand le roi, qui règne, est
passible du bannissement, le ministère, qui gouverne,
est passible du pilori !
» Je vous le dis, en vérité, ce pauvre roi, honnête
homme privé, surmené par des ministres chauvins,
a subi le châtiment qui attend tous ses semblables.
Le sceptre était tombé en... parapluie.
« Prince peu scrupuleux sur le fidei-commis de la
couronne, prise sur la tête d'un innocent enfant,
lieutenant du royaume peu clairvoyant, ou plutôt fai-
sant passer une ambition vulgaire avant le droit divin
du peuple, il a empêché la seconde république, au
moment où elle n'avait qu'à être présentée pour
être saluée et finalement aimée.
« Après l'aristocratie de naissance qui avait cheva-
leresquement abdiqué au 4 août 1789, et avant l'in-
tronisation de l'aristocratie bourgeoise de l'argent,
qui n'était pas encore née, il n'y avait place que pour
(1) Aujourd'hui, nous pouvons formuler la même conclusion et
les mêmes critiques contre le gouvernement de la défense de Paris
et ses prédécesseurs : Arcades ambo !
— 33 —
des citoyens ! Le tiers-état de 1792, ce réel partageux,
en s'aristocratisant, grâce aux biens nationaux des
émigrés, devint, aux glorieuses journées de 1830,
l'Etat-Thiers.
« Voilà tout ce que gagna la France au changement
de ses virtuoses politiques, ou plutôt ce qu'elle perdit;
puisque la liberté, grâce aux lois de septembre, a
dû rester voilée de longues années et ne reapparaître
qu'au prix du sang inhumainement versé. Et nunc
erudimini !
« Aussi au sens du penseur, voilà pourquoi la faute
de 1830 a été si durement expiée. Ce fut un malheur
public qui criait vengeance. Et la logique ne som-
meille jamais, qu'on le sache bien et surtout qu'on
s'en souvienne en haut-lieu.
« Et vous tous, bien-intentionnés membres de la
Constituante, avez-vous bien fait tous vos efforts pour
empêcher le peuple de descendre dans la rue, quand
il avait encore le fusil perfectionné de son bulletin
de vote? Aussi les représailles ne se firent pas atten-
dre. Ce même peuple n'y descendit pas, le seul jour
où il le devait, pour le droit et la liberté.
« Mais vingt années d'expiation ! N'est-ce pas trop?
« Quant à vous, lymphatique frère du généreux
Godfroy qui, au lieu de mériter le Panthéon, n'avez su
que tendre des bras inconscients au Papisme, et por-
ter une main de sabreur sur la plus précieuse des
libertés, celle de la presse, sous le simpiternel cliché
de salut public, que Dieu vous absolve !
« L'historien vous condamne afin que vous n'ayez
- 34 —
jamais d'imitateurs. Grand exemple pour ceux qui
croient que le patriotisme, comme toute vertu, est
héréditaire et qu'un nom le représente. Assez de ce
culte aveugle pour des noms qui souvent n'ont d'autre
mérite qu'une notoriété usurpée aux dépens des pen-
seurs, qui s'étiolent en silence à l'ombre malsaine de
ces mancenilliers de tous les chauvinismes ! !
« C'est par des actes que l'on doit, partout et tou-
jours, gagner ses éperons.
« Chef insuffisant de l'exécutif, vous aviez contre
vous la réaction, et vous n'eûtes pas pour vous le
génie de la liberté. Le fourreau avait rouillé la lame !
« Aussi bien, jouet de Rome, renié des radicaux,
fûtes-vous encore cruellement puni, après votre
échec devant les comices, en voyant le grand et sim-
ple Baudin mourir à votre place, à cette place que
tout vous faisait un devoir d'occuper, mort ou vif.
Quand on avait su rétablir l'ordre de la rue, troublé
par les malentendus suscités par le candidat impérial,
on devait savoir déjouer lés attentats tramés dans
l'ombre. Peut-être alors, à ce moment solennel, votre
sabre, se réhabilitant, eut-il réuni assez de défenseurs
pour se transformer en épée vengeresse du droit
méconnu et de la souveraineté nationale outragée.
« Et la grande image de la liberté ne serait pas
voilée, et la France encore en deuil.
« A vous donc, revenants, qui avez si chèrement
acquis la science sociale, l'art des gouvernants. Reve-
nez tous ! La France a besoin de vous. Elle compte
sur vous. Car l'expérience vous dit par notre organe :
— 35 -
« Tout par la liberté, désormais. Rien par la violence.
« La liberté fonde, la violence dissout.
« SEPTIME »
De bonne foi, si ces conseils patriotiques, qui
trouveraient plus d'échos aujourd'hui et qui furent
pris pour une mercuriale, avaient trouvés les colonnes
du Réveil moins inhospitalières, est-ce que bien des
erreurs, bien des fautes n'auraient pas pu être pré-
venues
Nous n'en voulons pas triompher autrement qu'en
répétant: Rien par la force qui dissout, tout par la
liberté qui fonde. Alors, s'il pouvait encore y avoir
des accusateurs publics, de tout uniforme ou de toute
robe, ils baisseraient les yeux devant la fière attitude
des accusés, car ceux-ci seraient les vrais apôtres du
droit, de la justice et de la vérité éternelle !
Maintenant notre quart est-il fini? Pouvons-nous
descendre du grand hunier de vigie sans craindre de
sombrer sous voiles? Non, pas encore... L'accalmie
n'est qu'apparente, les courants contraires peuvent
nous rejeter sur les rescifs.
Aussi bien, découvrons-nous à l'horizon une voile
amie qui porte fièrement son blanc panache au grand
mât. Faisons les signaux d'alarme afin d'éviter un
abordage qui nous submergerait tous deux corps et
biens.
— 36 —
AU COMTE DE CHAMBORD.
" Dieu-donné,
« La France, en forçant son gouvernement à vous
ouvrir ses portes vous a-t-elle appelé comme roi ou
comme son premier citoyen : primus inter pares,
c'est-à-dire comme président de son self-government ?
« Ne pouvant douter de votre amour de la patrie,
malgré certains manifestes qui témoignent quevous
êtes mal renseigné ou mal conseillé, j'oserai vous
dire : Henri de France, venez présider aux destinées
de la France républicaine, débarrassée pour toujours
de ses prétendants de faux-aloi, de ses princes de car-
ton et de leurs oripeaux. Vous seul êtes assez fort pour
proclamer une constitution radicalement libérale; ga-
rantissant à la fois l'autonomie communale et l'unité
nationale.
« Vous seul, comme vous.le dites excellemment,
avez le droit de clémence ; car. dans les déplorables
conflits dont nous sortons, les plus coupables ne sont
pas ceux que l'on dit.
« La cause éfficiente, et quelquefois consciente,
mérite bien moins d'indulgence que l'effet brutal,
hélas ! presque toujours inconscient. ( Voir l'épi-
logue. )
" Aussi bien nos étendards ont-ils besoin d'être
purifiés : l'un portera toujours le stigmate d'un talion
barbare, l'autre est à jamais contaminé par la boue
de Sedan, les turpitudes de Metz et la capitulation
hypocrite de Paris qui, lui, voulait sauver la France,
et qui l'eût sauvée si Dombrowski eut été à la place
de son insulteur. J'en atteste, devant les mânes de
Coriolis et autres sacrifiés, ce brouet noir à l'usage des
seuls héros — ou des pourceaux — et mon encre figée
au coin d'un parcimonieux feu de bois vert, par un
froid qui ne put refroidir que le timoré généralissime,
que Pline eût condamné à première vue : un grand
plan ne pouvait entrer dans si petite cervelle : ov^ VAH.
(Esope).
« Honte et malédiction sur ceux qui ont méconnu,
trahi, aigri et finalement dénaturé de tels défenseurs !
Ils pouvaient remplir le Panthéon en immortalisant
Paris et la France, on les a conduits aux gémonies
par tous les chemins du désespoir ! Et il appartient à
l'innocent exilé de M. Thiers de les réhabiliter. (Je
ne parle pas de tous ces misérables qui se trouvent
partout, à Paris comme à Versailles.)
Quoi, après vous être humiliés devant l'Attila prus-
sien, vous avez osé mettre en suspicion l'héroïque .
cité, la provoquer, la répudier pour capitale, l'aban
donner à elle-même, après avoir désorganisé tous les
services, et finir par lui porter ce défi outrageant :
Moins méritante que Fouilly-les-Oies, tu ne nommeras
pas tes édiles !
« Quoi ! vous avez sans droit, non pas international
mais divin, vendu des Français comme un vil bétail ;
vous avez passé sous toutes les fourches de la honte,
quand vous, les conseillers de fait de la nation, vous
n'aviez, pour triompher, qu'à lui dire : Un grand
3
- 38 -
peuple qui se laisse envahir et vaincre dans ses foyers,
sous l'oeil irrité de ses pénates, mérite d'être déchiré
et détruit, car il n'y a de légitimes que les guerres dé-
fensives, et chasser l'étranger est le plus sacré des
devoirs ! Formez donc vos bataillons — désormais
invincibles avec la liberté, — serrez vos rangs ; que
tous les coeurs vraiment français battent à l'unisson ;
que toutes les mains se touchent, et que le dernier en-
vahisseur soit étouffé dans cet enlacement suprême,
dans cette étreinte de l'effort désespéré !
Mais, pour tenir ce superbe langage, à défaut des
preux chevaliers d'autrefois, il fallait des patriotes
comme les Gambetta, les Rossel, les Cremer, les Fai-
dherbe, les Garibaldi et tutti quanti : et non des eunu-
ques... Biais pour succéder au bandit plébi-sollicitcur
— à main armée — qui venait de livrer nos frontières
et nos armées, il ne fallait ni prétoriens à la suite, ni
avocats à la judicieuse (?) oblitérée par la pratique du
palais, ni compères par insuffisance, ni complices
naïfs qui laissent faire, ni historien du chauvinisme
napoléonien intrigaillant dans les coulisses étran-
gères, ni journaux sans foi, faisant passer le divi-
dende avant le sacerdoce, et s'appelant, selon les
goûts, l'endormeur, l'amuseur, l'équilibriste, le per.
vertisseur — mais jamais l'éducateur du peuple, —
à qui l'on ne doit pas plus ménager les dures vérités
qu'aux gouvernements eux-mêmes.
« Àh ! race de pharisiens, comme vous appelait le
Nazaréen, réjouissez-vous que ma conscience, mon
Dieu à moi, m'ait fait voter l'abolition de la peine de
— 39 —
mort:—à celui-là seul qui crée le droit de détruire,—
car je serais obligé de vous traduire tous devant les
grandes assises du pays, et de requérir, pour de tels
crimes, la potence exemplaire !
« Mais il reste à la vindicte publique, violemment
outragée depuis le 2 décembre 1851, l'art. 1382 du
Code qui, en cessant de s'appeler Napoléon, retrou-
vera, je l'espère, sa juste application.
« La France régénérée portera donc d'azur, à
l'étoile immaculée: unité d'attente.
« Mais si trop docile à des conseils que l'histoire
condamne, et feraient de vous, cher exilé d'hier, le
banni de demain, en vous condamnant à une royauté
éphémère, vous étiez obligé de revenir d'abord com-
me Roi à vie, au lieu de Président de la République,
que votre première parole soit : Amnistie générale,
liberté sans restriction. Et que votre premier acte soit
l'adoption solennelle de la République comme votre
seule et unique héritière.
« La France vaut bien une concession. Vous
aurez, par cette... messe, conquis la gloire, à nulle
autre pareille, d'être le Monck, donné par Dieu, pour
mettre la couronne du droit divin provisoire sur la
tête du Peuple-roi, à jamais émancipé. Vox populi,
vox Dei.
« La France, marchant alors pacifiquement et sans
secousses vers ses destinées suprêmes, fera des voeux
pour la conservation du premier roi réellement aimé,
parce qu'il sera le dernier !
« Et ce sera avec l'accent d'une respectueuse admi-
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ration, qu'elle s'écriera, à l'heure fatidique : Le roi
est mort, vive la République !
« Le temps que nous avons passé, depuis 70 ans, à
demander, à conquérir, à défendre la liberté', nous
aurait suffit, si nous avions été délivrés de ce soin
pieux, à acquérir la plus forte somme possible de
puissance morale et matérielle.
« L'historien national de Napoléon III se trompe
donc, ou nous trompe, quand il préconise la prési-
dence héréditaire, qui est un déni de logique en même
temps qu'une usurpation sacrilège sur les droits im-
prescriptibles de la nation, souveraine à toute heure,
à toute minute des siècles : Deo régnante. Mon pays
est-il donc tombé si bas qu'il prenne un nain pour un
géant, un mirmidon pour un homme d'État, comme
si la toison, ou le ruban, pouvait donner la... . gran-
desse.
« Non, il n'y a pas davantage de République de
droit divin : — « Le suffrage universel étant seul
de droit divin. Aussi tous les inconscients qui
votent la monarchie ne doivent plus ignorer qu'ils
votent en même temps les révolutions périodi-
ques, aussi fatalement décrétées que les révolutions
solaires. -
« Le grand nombre, le plébisciteux par ignorance,
est trompé, mais il y en a qui, trompant pour satis-
faire un égoïsme d'un jour, s'écrient cyniquement, in
petto : après moi... le déluge, c'est-à-dire les catastro-
phes inhumainement léguées aux cadets de la famille,
quelquefois même aux aînés.
— 41 —
« Avec la vitesse acquise du mouvement actuel, je
prouverai mathématiquement que deux lustres de
monarchie doivent inexorablement conduire ceux
qui ne l'ont pas votée à la révolte armée. Et nunc...
eligite reges !
« Aveugle donc qui ne voit, insensé ou félon qui
ne veut comprendre que deux souverains ne peuvent
trôner sur l'échiquier du suffrage universel sans se
faire échec et mat — au grand détriment de ceux qui
font les frais du Poll.
« Quand c'est le sang du peuple qui arrose l'arène,
on doit séparer et désarmer les deux champions.
Quand la nation est l'enjeu de ces folles parties, elles
doivent être prohibées pour cause de moralité et de
sécurité publique.
« Une grande nation, marchant dans les voies de
Dieu, s'inspirant du vrai génie humanitaire, ne peut
donc, sans forfaiture et sans révolutions violentes,
aliéner la liberté, le droit d'élection, le pouvoir sou-
verain des générations futures qui, comme les consti-
tutions, sont perfectibles à l'infini.
« Si la France n'est pas éclairée, à la fin, par les
terribles et providentielles leçons qu'elle vient de re-
cevoir, c'est qu'elle aura le sens moral atrophié par
vingt années de servitude énervante et sera, dès lors,
fatalement condamnée à disparaître au milieu de ses
propres ruines et des malédictions universelles : —
elle aura fait reculer le progrès civilisateur.
« Nourri de souvenirs touchant au fétichisme, té-
moin, alors inconscient, de larmes versées sur de
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pieuses reliques, retour de la « voie sacrée »,bercé par
des chants calédoniens, donnant l'incomparable au-
réole du malheur à l'exilé de nos rêves, si je suis
devenu son courtisan, c'est pour lui dire la vérité,
qui doit le grandir en sauvant la France, ou au moins
l'empêcher de reculer. Si légitimiste par sentiment,
républicain par raison et libertiste (?) par tempéra-
ment !
« Amicus rex, sed magis amica respublica...
« Le Gouvernement républicain, qu'on le sache
bien! est le seul qui puisse sauver la France; car seul
il peut renverser le militarisme européen et la féoda-
lité prussienne, en leur substituant la République
germanique et la paix universelle.
« Que toutes les puissances se le persuadent bien :
La France devra être... germanisée jusqu'aux Pyré-
nées, inclusivement, et après elle l'Europe, ou l'Alle-
magne républicanisée jusqu'au duché de Posen !
« Tel est le dilemme étroit, d'où l'on ne peut
plus désormais sortir par la tangente. Il faut choisir
entre la civilisation ou la barbarie, entre la liberté ou
l'oppression, entre la vie ou la mort. Mais Dieu a fait
l'homme perfectible. Voilà pourquoi la France sera
protégée.
O vous, que je nomme Henri IV second, dès 1848, je
vous appelais comme président de la deuxième Répu-
blique, malgré l'ostracisme de proconsuls... extraor-
dinaires, plus forts en archéologie politique qu'en li-
berté appliquée, — mon rêve à moi, ma panacée uni-
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verselle, mon premier et plus impérieux desideratum
qui menace, hélas ! de s'éterniser dans l'attente, dans
les regrets, dans le doute, dans le dégoût de toutes
choses et même des hommes ! Oh ! heureux les escla-
ves par nature, les affranchis de tous les régimes, ils
ont la paix de leur âme absente, leur fierté native
n'est pas tangible.
« Il faut bien qu'il y en ait comme cela, puisque...
« Naguère encore, pour faire échec, par allusion,
au plébiscite trompeur qui menaçait la France cour-
bée sous son joug, j'assurais les destinées glorieuses
de « mon pays, » mon Eden à moi, en rétablissant la
concorde parmi les citoyens, au moyen de cette épître,
toute d'intuition, que j'attribuais, par une pieuse
fraude, au comte de Chamblard de ma fiction, et que
le duc de Bordeaux, dans le fond de son âme chevale-
resque et toute française, ne désavouerait certaine
ment pas.
« A MES COMPATRIOTES.
« C'est de l'exil, où le malheur des temps m'a con-
duit, bien plus que les fautes que je n'ai pu commet-
tre, que je fais cette solennelle déclaration : —Sans
accuser mes ancêtres, qui ont pu se tromper ou être
trompés, sans jamais tromper « mon pays, » je dé-
clare que, devant ma conscience, religieusement au-
scultée, le droit divin des peuples est antérieur et su-
périeur au droit divin des monarques.
« Jusqu'ici, deux principes rivaux se sont disputé
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la prééminence : — la République, ou le pouvoir à
temps, et la légitimité ou le pouvoir héréditaire : —
Je ne parle pas du personnalisme, de la dictature
militaire, qui ne peuvent être qu'une impasse expia-
toire. Aujourd'hui, je reconnais loyalement que les
peuples, et surtout « mon pays, » ont le droit impres-
criptible désormais de choisir la forme de gouverne-
ment qui leur convient et les hommes qu'il leur plai-
rait d'élever au gouvernail de l'Etat.
« Conformant donc ma conduite à venir à cette
conviction sincère, quoique tardive, j'abdique for-
mellement tous droits comme toute prétention au
trône de « mon pays, » tout en lui souhaitant le bon-
heur qu'il mérite et qu'il aura si chèrement conquis.
J'ose donc me dire, de « mon pays », le plus dévoué
comme le plus fidèle sujet.
Signé : H. Comte de CHAMBLARD. »
« P. S. Si mon pays m'appelle, à quel titre que ce
soit, je serai toujours à sa disposition; car j'ai seul
droit d'amnistie générale, c'est-à-dire de haute justice,
et suis seul assez fort pour fonder la liberté absolue. —
ce palladium de l'avenir, ce criterium de la gran-
deur et de la prospérité de tous les peuples.
« Périsse donc mon principe plutôt que mon pays !
« Le roi est mort, vive la République ! »
« Cette seconde aux sceptiques de la grande Baby-
lone, de la prostituée impériale, qui n'a même pas pu
- 45 —
trouver grâce devant le composteur, décèle au moins
les aspirations invariables d'un penseur qui fera tou-
jours passer la liberté et le bonheur de son pays avant
toute autre considération, même et surtout celle de
l'intérêt personnel, — comme dans l'espèce. Il mourra
dans l'impénitence finale...
« Suscité pour être l'instrument de transition, le
trait d'union entre le passé et l'avenir, vous viendrez
donc, fils de France. Mais tenez pour certain que les
Sully et les Turgot sont rares, « si les courtisans de
toute robe pullulent, en ces jours de casuistique
besogneuse ou des L... sont sénatorisés; des M. H...
Muratisés et, infandum ! un G..., menin de son roi,
impérialisé.
« Vous prendrez donc vos conseillers là où ils se
trouvent, sinon parmi vos amis : — vos courtisans
politiques.
« Aussi, laissez-moi vous tracer ces lignes, ad
usum presidentis.
« En science sociale, la providence s'appelle logi-
que, et la philosophie tirée de l'histoire a rendu ses
lois tellement positives, que j'oserai dire en forme
d'axiome que la sagesse des nations ratifie déjà :
« Tout gouvernement qui attente à la liberté, —
« toutes les libertés sont solidaires, — est condamné
« à périr quand même ! »
« Comme aussi :
« Le premier gouvernement qui s'asseoira sur le
3.
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« trône de la liberté absolue sera inébranlable quand
« même ! car toute réaction immodérée entraîne fata-
« lement l'action désordonnée et vice versa. »
« Sur cette mer agitée de passions tumultueuses,
babord touche sur Carybde, tribord sombre sur
Scylla ! Pour avoir le calme qui conduit au port, c'est
sur l'Atlantique de la fédération des peuples, sur le
Pacifique de la fraternité universelle, et toutes liber-
tés déployées, qu'il faut naviguer désormais!....
« Vous ne placerez donc pas votre pavillon sur le
Vengeur de 1870-71.
« Sedan fut un revers sans médaille, vous serez,
vous, la médaille sans revers.
«. C'est par la glorieuse inauguration des grandes
doctrines économiques et sociales, par le rayonne-
ment infini de toutes les aspirations humanitaires que
nous devons conquérir nos vainqueurs et les attacher
invinciblement au char triomphal de la France
libératrice !
« Ces vérités, ces maximes, pourrions-nous dire,
devront toujours être présentes à votre esprit élevé,
chaque fois que vous signerez un acte de votre pouvoir,
quel qu'il soit, car le peuple ne sera pas toujours
assez ignorant pour voter, contre ses intérêts, pour les
officiels et les officieux de tous les régimes. Si l'igno-
rance, qui conduit aux abîmes, est le boulet de l'intel-
ligence, qui est le salut providentiel, Paris est et res-
tera toujours l'intelligence cosmopolite qui soulève
les mondes !...
— 47 —
« Les révolutions périodiques, et de plus en plus
précipitées, seront donc un fait normal, scientifique-
ment prédit, mathématiquement fixé tant que l'auto-
nomie communale ne sera pas la base de la constitu-
tion d'état et del'unité nationale : — d'où l'indifférence
politique; tant que le fanatisme religieux sèmera
l'ignorance avec le préjugé et le mensonge, pour
dominer le pouvoir par la société et la société par le
pouvoir : d'où le scepticisme allant jusqu'à la négation
du Dieu-conscience; tant qu'il y aura des prétoriens
exécuteurs, faisant passer leur maître avant leur pays :
d'où le citoyen émasculé et la nation ignominieuse-
ment mutilée; tant que Thémis ira à la cour et se
prostituera comme un amour d'opéra : d'où la désaf-
fection latente pour le gouvernement responsable, et
se multipliant à l'infini par chaque seconde de cha-
que jour de l'année; tant enfin qu'il y aura des cor-
porations privilégiées, source d'abus, de scandales et
d'iniquités : d'où l'agiotage sans frein, la spéculation
éhontée, les fortunes improvisées, le luxe effronté,
aux dépens du travail honnête et du prolétariat
sacrifiés !...
« Donc, décentralisation administrative radicale;
budget des cultes : irréligiosité, et budget de la guerre :
barbarie, portés à l'instruction et aux travaux publics :
civilisation; juridiction unique, à l'exclusion de tous
tribunaux exceptionnels ou militaires; juges élus-ou
au moins provisoirement révocables ; abolition abso-
lue de tous monopoles et privilèges ; la mutualité des

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