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La larme du saule

De
118 pages

Roland, quinze ans, est exclu du cours de maths et doit effectuer sa punition au CDI du collège. À la place, il relit un conte de fées qu’il a étudié en sixième : La larme du saule. Dans cette histoire, une princesse nommée Ariane entreprend la quête d’une larme d’or de saule pleureur, le seul remède à la maladie de son père. Sa route sera jalonnée d’embûches. Toutes ces épreuves n’ont d’autre but que de la préparer à sacrifier sa vie par amour pour son père : ainsi, à la fin, elle se transforme en saule dont les larmes d’or guériront son père et sauveront son royaume.


Mais ce que Roland ignore, c'est que pour chaque conte, il existe un unique livre-portail qui permet de voyager dans l’histoire et qu’il en tient précisément un entre les mains. Il trouve très amusant de prononcer « Abracadra, sésame, ouvre-toi ». C'est alors qu'une drôle de fée apparaît et lui propose d’exaucer un vœu ! Au début très sceptique, Roland formule son vœu et c'est le début d'une incroyable et trépidante aventure.

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Résumé

Roland, quinze ans, est exclu du cours de maths et doit effectuer sa punition au CDI du collège. À la place, il relit un conte de fées qu’il a étudié en sixième : La larme du saule. Dans cette histoire, une princesse nommée Ariane entreprend la quête d’une larme d’or de saule pleureur, le seul remède à la maladie de son père. Sa route sera jalonnée d’embûches. Toutes ces épreuves n’ont d’autre but que de la préparer à sacrifier sa vie par amour pour son père : ainsi, à la fin, elle se transforme en saule dont les larmes d’or guériront son père et sauveront son royaume.
Mais ce que Roland ignore, c'est que pour chaque conte, il existe un unique livre-portail qui permet de voyager dans l’histoire et qu’il en tient précisément un entre les mains. Il trouve très amusant de prononcer « Abracadra, sésame, ouvre-toi ». C'est alors qu'une drôle de fée apparaît et lui propose d’exaucer un vœu ! Au début très sceptique, Roland formule son vœu et c'est le début d'une incroyable et trépidante aventure qui débute.

Du même auteur
Drôle de mort, comédie policière, Numeriklivres
D'un homme à l'autre, science-fiction, Numeriklivres

Sophie Moulay

 

La larme du saule

ROMAN


ISBN : 978-2-89717-924-3

editionsNL.info

1.

Son compas tenu comme une plume médiévale, Roland gravait son nom sur la table d’un mouvement appliqué du poignet.

— Roland ! s’écria Mme Magnan, horrifiée.

La bouche de la prof de maths dessinait un O presque aussi parfait que celui que l’artiste improvisé venait d’achever. Sur le tableau derrière elle, des systèmes d’équations alignaient leurs inconnues et bataillaient à coups de x et de y. Dans cette guerre sans merci, Roland trompait l’ennui avec les armes dont il disposait. Quatre ans que les fractions et les cosinus ricochaient sur son échine imperméable aux mathématiques ! Mme Magnan, sa prof de troisième, avait fait de lui sa croisade personnelle : elle vérifiait qu’il notait chaque mot, surgissait dans son dos pour s’assurer qu’il travaillait à la résolution de ses exercices ou l’interrogeait à tout va. Cette année davantage que les précédentes, Roland vivait les cours de maths comme un véritable calvaire. Inscrire son nom à coups de compas bien nets constituait à ses yeux un exutoire autant qu’une vengeance.

— Roland Fournier ! répéta Mme Magnan, une octave plus haut. Que fais-tu à cette table ?

Il aurait pu lui répondre que cela crevait les yeux mais, d’expérience, il préféra garder le silence. Toutes les preuves étaient contre lui et l’exclusion de cours, inévitable. La sentence tomba :

— Quand Mme Moreau en aura fini avec toi, tu te pencheras sur la page 117 de ton livre de maths.

Roland rangea ses affaires sous l’œil mi-admiratif, mi-méprisant de ses camarades de classe.

— Même si elle ne t’avait pas vu en train de graver la table, elle aurait forcément su que c’était toi, dit Solenn, la déléguée qui accompagnait Roland chez la conseillère principale d’orientation. Tu écrivais ton nom !

Il haussa les épaules. Fut un temps où il aurait bu les paroles de Solenn, les jambes tremblantes sous le poids de son regard gris-bleu, mais elle l’intéressait beaucoup moins depuis qu’elle avait adopté l’épaisse frange et le slim, inévitable uniforme des filles du collège Jacques Brel. D’ailleurs, depuis l’année dernière, Roland avait l’impression que la gent féminine formait une espèce à part, toute en regards charbonneux et chuchotis.

Un silence gêné s’installa. Solenn pressa le pas, impatiente de se débarrasser au plus vite de son encombrant colis.

 

Cinq minutes plus tard, dûment sermonné par Mme Moreau puis refoulé d’une salle de permanence pleine, Roland fut prié de se rendre au CDI afin d’y exécuter sa punition. Il s’attela sans enthousiasme à la tâche, crucifia un x sur son cahier, rajouta deux petites cornes à un y solitaire et s’arrêta là, vaincu. M. Damien, le documentaliste, l’avait placé de façon à pouvoir le surveiller depuis son bureau. Derrière lui, une étagère croulait sous les romans étudiés en cours de français, ici un Oliver Twist,Les contes du chat perché. À gauche comme à droite, des rayonnages se perdaient dans les tréfonds du CDI. Roland était cerné.

Encore vingt-trois minutes avant la sonnerie. M. Damien quitta son poste, sollicité par un élève de quatrième. Roland en profita pour attraper un livre au titre familier : La larme du saule. Il se souvenait avoir travaillé sur ce conte en sixième. Mme Ducros l’avait choisi car il était atypique, loin des « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » habituels. L’héroïne, une belle princesse, partait à la recherche du seul remède capable de sauver son père malade et n’y parvenait qu’en se sacrifiant. Elle se transformait alors en saule pleureur et ses larmes d’or guérissaient le roi. À la première lecture, Roland en avait jugé le dénouement naïf : qui pouvait croire que les saules pleureurs étaient nés ainsi ? Puis, à mesure que la classe avançait dans l’étude du texte, il avait compris que l’histoire recélait une profondeur insoupçonnée et laissait la part belle à la réflexion. Mme Ducros s’était refusée à leur donner la réponse à la devinette posée par la barque avant la fin de la séquence. Par contre, elle avait encouragé les conjectures quant à la nature de la fameuse formule magique que la princesse prononçait pour se métamorphoser en arbre.

Les yeux sur la couverture usagée, Roland esquissa un sourire. À la réflexion, il gardait de bons souvenirs de ce conte.

Il ouvrit le livre au hasard.

 

… en réalité d’un loup qui avait volé des vêtements d’homme et s’était rasé les joues afin de parfaire la ressemblance.

Roland réprima un soupir agacé. Il avait oublié le passage du loup, cet animal ridicule qui se grimait en homme. Même si l’héroïne était aussi idiote que ses consœurs de contes de fées, comment avait-elle pu se laisser prendre à une mascarade aussi grotesque ?

Il poursuivit sa lecture quelques instants encore puis referma le livre. Un nouveau coup d’œil à sa montre confirma ses pires craintes : dix-huit longues minutes le séparaient de la fin de l’heure.

Désœuvré, Roland articula sa formule magique personnelle :

— Abracadabra, sésame, ouvre-toi !

Il plissa les yeux : le visage féminin à demi-dissimulé dans l’arbre de la couverture brillait-il ? Roland s’approcha : le doute n’était plus permis, le livre luisait, pulsait, de plus en plus fort. Affolé, il chercha du regard M. Damien, mais celui-ci avait disparu dans les rayonnages. À cette heure, le CDI était calme et les rares élèves, occupés sur les ordinateurs du fond.

Pof !

Hagard, Roland se retourna vers le livre à l’origine de cette onomatopée. Une créature vaporeuse d’un mètre de haut flottait dans les airs. Dans un cri étranglé, il renversa sa chaise.

— Roland ! cria M. Damien à l’autre bout de la pièce. Moins de bruit !

Il ne fallait espérer aucune aide de ce côté-là. Si la femme ailée s’en prenait à lui, Roland atteindrait peut-être la porte avant elle. Mais, pour l’instant, elle se contentait de pencher la tête avec bienveillance et le scrutait de ses yeux pailletés d’or. Vêtue d’une robe verte, très prude, ornée d’un col de dentelle sur lequel cascadaient ses cheveux d’un rouge profond, elle n’aurait pas démérité parmi les mannequins qui décoraient les pages des magazines de toutes les salles d’attente du monde… si elle avait été plus grande d’un petit mètre.

— Bonjour, mon enfant, dit la femme avec un sourire apaisant.

Roland regarda à droite et à gauche pour vérifier qu’un de ses camarades ne lui jouait pas un mauvais tour. Personne ! Mais où étaient-ils donc tous passés ? Il se mordit l’intérieur de la joue ; il ne rêvait pas !

— Euh, bonjour ? risqua-t-il à son tour.

D’où cette femme pouvait-elle bien sortir ? De ses ailes tombait une pluie d’étincelles qui s’évanouissaient sitôt le sol touché. Elle rejeta sa chevelure flamboyante par-dessus son épaule en une vague brillante et la lumière des néons s’empourpra devant la beauté irréelle de cette créature magique. Une fée ? Une fée myope, alors, qui plissait les yeux de façon ridicule. Toute crainte évanouie, Roland s’autorisa un ricanement.

— Pourquoi sanglotes-tu, mon enfant ? demanda la fée.

Les sourcils de Roland s’envolèrent vers la racine de ses cheveux, dérangeant quelques boutons au passage. Lui, sangloter ? Cette fée n’y voyait rien et dégringolait dans son estime de seconde en seconde !

— Tu as l’air si triste, insistait-elle. Te plairait-il que j’égaye ta journée à l’aide d’un vœu ? Je suis la fée Coquelicot et dispense ma magie à qui en a besoin. Formule donc ton souhait !

— La magie, ça n’existe pas ! affirma-t-il en parfait rejeton d’un monde saturé de téléphones portables et d’écrans plats.

La fée émit un claquement de langue que Mme Magnan n’aurait pas renié, celui destiné à l’élève qui s’obstinait à ne pas comprendre après de copieuses explications.

— Contesterais-tu ma condition de fée ?

— Non, bien sûr que non ! C’est juste que…

Les fées n’étaient pas censées exister, voilà ! Où était M. Damien, d’habitude si soucieux de la quiétude de son CDI ?

— Qui êtes-vous ? La fée des larmes ? demanda-t-il, méfiant.

— Non, ses occupations ne lui laissent guère de temps. Je la seconde. En fait, je lui suis même indispensable. Sans fausse modestie, j’excelle dans la rédaction des mémentos administratifs et sublime comme personne le jargon botanique nécessaire aux livres d’enchantements. Mais ne t’inquiète pas, la magie n’a aucun secret pour moi ! Alors, as-tu un vœu à formuler ? La tristesse ne sied point à ton joli minois, il me plairait de le voir plus joyeux.

— Joli minois ? s’étrangla Roland.

— Un nez noble et droit, des pommettes distinguées, une bouche parfaite, tous les ingrédients de la beauté sont réunis. L’ovale de ton visage juvénile me rappelle celui d’un elfe, hélas perdu de vue depuis longtemps…

Roland s’empourpra. Lui, trouvait sa figure très banale : un nez, une bouche, deux yeux noisette assortis à ses cheveux. De plus, ces temps-ci, il n’aimait guère croiser le chemin d’un miroir. Lorsqu’il avait fini de se coiffer, il détournait vite le regard de son reflet, défiguré par l’acné qui colonisait ses joues. Certaines filles cachaient leurs boutons sous une frange ou une épaisse couche de fond de teint. Lui avait choisi de recourir à la tactique de l’évitement.

Roland hésitait. Coquelicot se fit tentatrice :

— Que risques-tu à formuler un souhait ? S’il ne se réalise point, tu seras un peu déçu. Alors que s’il est exaucé…

Il faillit céder. Coquelicot était peut-être une fée, mais cette histoire de vœu ne disait rien qui vaille à Roland. Il avait lu assez de contes dans lesquels les souhaits se retournaient contre le héros. Il s’apprêtait à répliquer vertement, puis se souvint qu’il avait eu une mauvaise journée : il décida de s’amuser aux dépens de son interlocutrice. Elle aimait les contes de fées ? Elle allait être servie !

— Je n’ai jamais compris pourquoi dans votre histoire, la princesse ne voyait pas qu’elle avait affaire à un loup. Je veux dire, c’est comme le petit Chaperon rouge, elle aurait dû voir que sa grand-mère n’était qu’un loup en pyjama. Des poils de cette taille, ça ne pousse pas en une nuit. Et même si celui-là s’est rasé le museau, comment peut-on confondre une truffe et un nez humain ? C’est du grand n’importe quoi ! Moi, à sa place, je lui aurais mis un bon coup de pied au derrière et il serait parti en couinant comme un chiot. Remarquez, les petits chevreaux n’étaient pas bien futés non plus pour croire qu’un loup aux pattes pleines de farine pouvait être leur mère. Et…

Noyée sous ce flot soudain de paroles, Coquelicot avait l’air un peu perdue. La malheureuse se raccrocha à une bribe de phrase glanée au hasard.

— Botter l’arrière-train de l’homme-loup, voilà ton vœu ? avança-t-elle d’un ton hésitant.

— Ouais, s’oublia Roland.

— Qu’il en soit ainsi ! psalmodia la fée.

Le sourire moqueur de Roland se figea : un vortex de lumière pétillante surgissait des pages du livre et se ruait à sa rencontre avec avidité. En un instant, des dizaines de particules aveuglantes, l’entourèrent, s’insinuèrent sous sa peau, l’illuminèrent de l’intérieur.

Pof !

Restée seule, la fée Coquelicot se tapota les cheveux avec le sentiment du devoir accompli puis disparut à son tour.

Pof !

ISBN numérique 978-2-89717-924-3
ISBN papier 978-2-89717-925-0


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SOPHIE MOULAY
et Numeriklivres, 2016

eBook design : Studio Numeriklivres
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