La légion d'honneur et la Commune : rapports et dépositions authentiques concernant le séjour du général Eudes et de son état-major à la grande chancellerie / Georges d'Heylli

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E. Dentu (Paris). 1871. 1 vol. (72 p.-[1] pl.) ; in-18.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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LA
LÉGION D'HONNEUR
ET
LA COMMUNE
DOCUMENTS
SUR LA GUERRE DE 1870-71
ET SUR LA COMMUNE
Publiés par Georges D'HEYLLI.
JULES FAVRE ET M. DE BISMARCK (Entrevue de Fer-
rières), 1 vol.
M. THIERS A VERSAILLES (l'Armistice). 1 vol.
TÉLÉGRAMMES MILITAIRES DE M. LÉON GAM-
BETTA. 1 vol.
JOURNAL D'UN HABITANT DE NEUILLY. 1 vol.
VICTOR HUGO ET LA COMMUNE. 1 vol.
LES FONCTIONNAIRES OFFICIELS DE LA COM-
MUNE, 1 vol.
LA LÉGION D'HONNEUR ET LA COMMUNE. 1 vol.
JOURNAL DU SIÈGE DE PARIS (en cours de publication
par livraisons in-8).
LE MONITEUR PRUSSIEN DE VERSAILLES (en cours de
publication par livraisons in-8).
9212. — Paris, lmp. JOUAUST, rue St-Honoré, 3 3 8
GEORGES D'HEYLLI
LA
LÉGION D'HONNEUR
ET
LA COMMUNE
APPORTS ET DEPOSITIONS AUTHENTIQUES
Concernant le séjour du général Eudes et de son État-major
à la grande chancellerie
PARIS
E. DENTU, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES
PALAIS-ROYAL, 17, ET 19, GALERIE D'ORLÉANS
1871
AUX MEMBRES
DE
LA LEGION D'HONNEUR
AUX MEMBRES
DE
LA LEGION D'HONNEUR
La note suivante a été insérée au Journal
officiel :
Versailles, le 7 juin 1871.
« Le palais du prince de Salm, acheté le
1er floréal an XII par la Légion d'honneur,
représentée par M. le comte de Lacépède, son
premier grand chancelier, a été incendié,
ainsi que ses dépendances, le 23 mai 1871,
par les mains criminelles qui ont détruit plu-
sieurs de nos monuments publics.
« Une somme, qui ne doit pas dépasser un
million, a été reconnue nécessaire pour re-
construire sur les mêmes plans ce gracieux
— 8 -
palais, admiré des artistes, seul spécimen du
genre à Paris, et dans lequel, depuis bientôt
un siècle, toutes nos gloires nationales étaient
représentées.
« En présence des désastres qui affligent
notre malheureux pays, il n'est pas possible
de demander un crédit de pareille somme au
budget; mais les soixante-cinq mille membres
de cette grande famille qui s'appelle la Lé-
gion d'honneur ne voudront pas laisser périr
le berceau de leur institution. Au moyen
d'une souscription volontaire, dont le grand
chancelier n'hésite pas à prendre l'initiative,
ils arriveront facilement, sans imposer aucune
charge à l'Etat, à relever cette maison qui est
la leur, qui est celle de leurs enfants.
« La presse tout entière s'associera à cette
oeuvre réparatrice, en lui fournissant les
moyens de publicité les plus étendus. Les
caisses publiques seront ouvertes à tous les
souscripteurs. A Paris, la caisse des dé-
pôts et consignations ; dans les départements,
les caisses des trésoriers-payeurs généraux,
des receveurs particuliers, des percepteurs ;
les bons sur la poste adressés à la grande
chancellerie, des retenues facultatives consen-
ties au moment où se touchent les traite-
ments, des délégations volontaires, seront au-
— 9 —
tant de moyens de faire parvenir rapidement
les offrandes à leur destination.
« Les noms des souscripteurs, publiés dans
le Journal officiel, seront inscrits en outre
sur un Livre d'or qui formera le premier et
le plus précieux élément des nouvelles matri-
cules de la Légion d'honneur, et bientôt, sur
lefronton de ce palais, rendu aux légionnaires
et aux arts, grâce au concours de tous, nous
verrons renaître notre immortelle devise qui
garantit le succès de la souscription :
« HONNEUR ET PATRIE. »
Les souscriptions seront reçues à Paris : à
la Caisse des dépôts et consignations; — au
Crédit foncier de France; — et dans les dé-
partements : chez MM. les trésoriers-payeurs
généraux, — les receveurs particuliers, — les
percepteurs (1).»
Cette note constate la destruction du palais
(1) Les souscriptions sont également reçues à la place
Vendôme, n° 22, où est installée provisoirement la grande
chancellerie.
On peut encore envoyer sa souscription sous forme de billet
— 10 —
occupé par le grand chancelier et situé sur le
quai d'Orsay, entre la rue Bellechasse et la
rue de Solférino; mais elle ne mentionne pas
la perte considérable faite par l'administration
même de la Légion d'honneur, qui a vu périr
dans l'incendie allumé par les mains odieuses
des iconoclastes de la Commune tous les docu-
ments qui constituaient son histoire.
Depuis la date de sa fondation par le pre-
mier consul Bonaparte, le 19 mai 1802, la
Légion d'honneur avait vu passer bien
des gouvernements : les régimes les plus dif-
férents s'étaient succédé, et les secousses po-
litiques les plus violentes avaient eu lieu
sans que son existence et sa prospérité en eus-
sent jamais souffert une sérieuse atteinte. Les
Bourbons en montant sur le trône, en 1814,
s'étaient bornés à remplacer sur le médaillon
de la croix l'effigie de Napoléon, son fonda-
de banque ou de mandat sur la poste; on souscrit aussi rue
de Lille, 64.
Nous publierons ultérieurement une brochure donnant le
nom de tous les souscripteurs, avec le chiffre des sommes
versées.
teur, par l'image d'Henri IV, qui avait reçu,
lui aussi, comme le premier Empereur, le
glorieux surnom de grand. Louis-Philippe
aux fleurs de lis qui décoraient, sous la Res-
tauration, le revers du médaillon, substitua le
drapeau tricolore, et Napoléon III, en pre-
nant le pouvoir, rendit à la croix la figure
impériale du fondateur de sa dynastie. La Ré-
publique du 4 septembre crut devoir enlever
de nouveau l'image du premier Napoléon,
qu'elle remplaça, sur le médaillon, par une
tête de femme, aux cheveux tressés, qui dut
tant bien que mal représenter la République.
Mais aucun de ces pouvoirs ne songea à dé-
truire l'ordre, et encore moins le noble et glo-
rieux principe que représentait son institu-
tion. La Commune elle-même, cette grotesque
et sanglante Commune, respecta la Légion
d'honneur, et soit oubli, indifférence ou tout
autre motif, elle ne prit aucune décision à son
égard, et, même aux plus beaux jours de sa
fiévreuse ardeur de bouleversement et de
destruction, elle laissa porter librement aux
— 12 —
membres de l'ordre leurs rubans et même
leurs insignes.
L'institution elle-même a donc survécu.
Le gouvernement de la défense nationale,
qui, dans les premiers jours de son arrivée
au pouvoir, sentit le besoin de se ménager la
faveur et l'appui de tous les partis, crut faire
grand plaisir aux républicains exaltés en dé-
crétant que la Légion d'honneur ne serait
plus désormais qu'un ordre purement mili-
taire (1). C'est là un décret condamné dès le
premier jour par l'opinion publique, bien
que ses effets subsistent encore à l'heure où
nous écrivons ces lignes, et dont la stricte
observation a déjà donné lieu à bien des dif-
(1) Le gouvernement de la défense nationale, etc,
Décrète :
A l'avenir, la décoration de la Légion d'honneur sera exclu-
sivement réservée à la récompense des services militaires et des
actes de bravoure et de dévouement accomplis en présence de
l'ennemi.
Paris, le 28 octobre 1870.
(Suivent les signatures.)
— 13 —
ficultés. Le gouvernement de la défense na-
tionale se chargea bien vite d'ailleurs de
montrer lui même les nombreux inconvé-
nients que présentait l'application de la me-
sure prise, en décorant, au titre militaire, des
individus qui n'occupaient que des fonctions
civiles, et en donnant ainsi, par les termes
mêmes de son décret, le traitement de la Lé-
gion d'honneur à beaucoup de personnages
que les événements avaient appelés, souvent
pour un seul jour, à la défense de la patrie^
et qui le lendemain rentraient pour jamais
dans le repos de leur existence ordinaire.
Il appartient au gouvernement actuel, à
M.Thiers, d'abroger ce décret intempestif, et
de rendre à la décoration de la Légion d'hon-
neur son ancien caractère de récompense
unique, universelle et nationale.
L'incendie de la grande chancellerie a dé-
truit tous les documents relatifs à la Légion
d'honneur. La rapide énumération que j'en
vais donner fera suffisamment comprendre
leur importance, ainsi que la grandeur de la
2
— 14 —
perte qui en résulte pour les services publics
et pour l'administration.
La grande chancellerie se composait :
1° D'un bureau du secrétariat général ;
2° D'une division administrative;
3° D'une division de comptabilité;
4° D'un bureau qui s'occupait spéciale-
ment des anciens militaires et de la distribu-
tion des fonds qui leur avaient été attribués,
par des décrets impériaux, à titre de subven-
tions supplémentaires. ,
Au secrétariat général étaient centralisés :
1° La collection de tous les décrets origi-
naux de nomination dans la Légion d'hon-
neur et dans la médaille militaire, rendus
sur la proposition du grand chancelier, et.
de tous les décrets autorisant le port, en
France et par des Français, des divers ordres
étrangers ;
2° Tous les décrets originaux d'admission
— 15 —
des filles de légionnaires dans les maisons
d'éducation de la Légion d'honneur (Saint-
Denis, Écouen, les Loges);
3° Tous les décrets originaux concernant
la discipline de l'ordre, c'est-à-dire les indi-
vidus exclus, pour indignité et pour un temps
plus ou moins long, des droits attachés au
titre de légionnaire et de décoré d'ordres
étrangers, de la médaille militaire et des mé-
dailles commémoratives ;
4° Tous les dossiers des aspirants à la dé-
coration de la Légion d'honneur, dossiers
comprenant, outre les pétitions avec lettres
particulières ou apostilles à l'appui, des
pièces authentiques en nombre considérable.
La première division, ou division admini-
strative, comportait :
Le bureau de la Légion d'honneur, qui
avait en dépôt les documents suivants :
— 16 —
1° La copie, certifiée par les ministres sur
la proposition desquels ils avaient été ren-
dus, de tous les décrets nommant dans la Lé-
gion d'honneur depuis la création de l'ordre :
ces décrets, rigoureusement classés à leur
date, étaient séparés par année; ils remplis-
saient plus de cent cinquante cartons ;
2° Les registres matricules de l'ordre, vo-
lumes grand in-folio, déjà au nombre de cin-
quante-deux, et sur lesquels étaient inscrits,
depuis la création de la Légion d'honneur,
et dans l'ordre de leur nomination, tous les
légionnaires nommés : ces registres portaient
en outre la qualité du légionnaire, et, avec
ses nom et prénoms, ses lieu et date de
naissance, et ensuite de décès; ils mention-
naient également les grades successifs obtenus
dans l'ordre par chaque titulaire ;
3° Les dossiers des membres de l'ordre,
renfermant, avec les pièces relatives à leur
— 17 —
réception (1), les copies certifiées de leur état
civil et de leurs états de services ;
4° Toutes les listes, certifiées par les chefs
de corps ou par les ministres de la guerre et
de la marine, et comprenant les titulaires des
diverses médailles commémoratives des guer-
res de Crimée, de Chine, d'Italie et du
Mexique ;
5° Les listes, par département, de tous les
titulaires de la médaille de Sainte-Hélène;
6° Le classement, par ordre alphabétique,
de riches portant les noms, prénoms et grades
ou fonctions de tous les légionnaires français
et étrangers morts et vivants.
On trouvait encore dans ce même bureau :
(1) Tout légionnaire devait, pour être régulièrement et défi-
nitivement admis dans l'ordre, recevoir l'investiture d'un autre
membre de la Légion d'honneur, d'un grade au moins égal à
celui qui venait de lui être conféré. Il était alors dressé, pour
être conservé au dossier du nouveau légionnaire, un procès-
verbal qui constituait, avec le récépissé de la décoration, ce
qu'on appelait « les pièces de réception ».
— 18 —
1° La section de la médaille militaire,
comprenant pour ses services, un matériel
identique à celui de la Légion d'honneur
comme décrets, dossiers, matricules, fiches
classées, etc.
2° La section des ordres étrangers, où
étaient réunis les registres matricules et les
dossiers et les fiches, classés par ordre alpha-
bétique, de tous les titulaires autorisés à
porter des décorations étrangères.
Le 2e bureau de la division administra-
tive s'occupait spécialement des maisons
d'éducation de la Légion d'honneur.
Dans ce bureau étaient centralisés tous les
dossiers, fiches classées, demandes en instance,
demandes de secours et pétitions diverses, en
un mot tous les documents relatifs aux
élèves, passées et présentes, des trois maisons
d'éducation de Saint-Denis, d'Écouen et des
Loges. Ce même bureau avait en outre dans
ses attributions le travail et les pièces concer-
— 19 —
nant les dépenses diverses de la comptabilité
générale des maisons d'éducation.
La 2e division, ou division des fonds et de
la comptabilité, comprenait tous les services
relatifs à l'ordonnancement des traitements
de la Légion d'honneur et de la médaille
militaire (1).
C'était, en raison de l'importance et de la
minutieuse étendue de son travail, la division
qui avait le plus d'employés. Ses opérations
comprenaient :
1° Le payement d'un peu plus de 30,000
légionnaires de tout grade (2);
(1) Le payement s'effectuait à Paris, à la caisse des dépôts et
consignations, et en province chez les receveurs des finances de
l'État, sur la présentation d'un titre permanent délivré par la
grande chancellerie.
(2) Le grand-croix reçoit 3, 000 fr.
Le grand officier 2,000
Le commandeur. 1,000
L'officier 500
Le chevalier 250
Les décorés de la médaille militaire
ont une pension de 100
20 —
2° Le payement de près de 45,000 décorés
de la médaille militaire (1) ;
3° le payement des secours accordés aux
anciens militaires sous le titre de subventions
supplémentaires (2).
Dans cette division se trouvait également
le bureau des décès des membres de l'ordre.
C'est donc cette quantité énorme de docu-
ments tenus au courant, au jour le jour, de-
puis bientôt soixante-dix années, qu'il s'agit
de reconstituer, en même temps qu'il faut
songer à réédifier le palais même qui fut en
quelque sorte comme le berceau de la Légion
d'honneur.
Cette double tâche est considérable. La re-
constitution des documents à l'état complet
est même absolument impossible : les pièces
(1 ) Voir aux Appendices.
(2) Le payement de ces subventions avait lieu à Paris, à la
caisse des dépôts et consignations, et en province chez les re-
ceveurs des finances de l'État, sur la présentation d'un mandat
délivré par la grande chancellerie et renouvelable chaque
année.
— 21
et décrets originaux sont à jamais détruits ;
beaucoup pourront être rétablis par la copie
qui en sera faite sur les journaux officiels,
mais ils n'offriront naturellement plus, au
point de vue de leur authenticité comme de
leur intérêt historique, qu'une importance
singulièrement amoindrie.
Quant au palais lui-même, il sera plus fa-
cile de lui rendre sa physionomie première.
Ce joli palais n'était point très-ancien : con-
struit en 1786, pour un prince de la maison
de Salin, il avait survécu à la révolution, et,
toujours affecté depuis 1802 à la résidence du
grand chancelier de la Légion d'honneur et à
l'installation des bureaux de son administra-
tion, il avait été l'objet des soins les plus con-
stants et les plus intelligents. On l'avait sou-
vent réparé, regratté, remis à neuf, à ce point
que bien des visiteurs le croyaient de plus
récente origine. Ce n'était point une grande
demeure, mais c'était bien, en revanche,
l'habitation la plus somptueuse et la plus
confortable de Paris. Les pièces étaient gran-
— 22 —
des, élevées, très-aérées, ornées avec beaucoup
de goût et sans luxe de mauvais aloi. Il y
avait plusieurs salons, une belle galerie de
réception, une grande salle en forme de ro-
tonde et partout entourée de glaces, une salle à
manger magnifique, une salle de concert, etc.
Autour du palais s'étendaient de fort beaux
jardins, qui avaient été assez notablement
augmentés lors de l'ouverture de la rue de
Solferino.
Je n'ai point à faire ici l'histoire de l'ordre
illustre dont ce palais conservait toutes les
archives, témoins glorieux de son histoire,
hélas! détruits aujourd'hui !... Depuis soixan-
te-dix ans ses destinées avaient été remises aux
mains des hommes les plus célèbres de leur
époque : Lacépède, Macdonald, Mortier,
Exelmans, Oudinot, les ducs de Plaisance et
de Malakoff, l'amiral Hamelin, le maréchal
d'Ornano, etc.. Et la Légion d'honneur était
demeurée en France la seule décoration ré-
compensant, sans distinction, tous les genres
de mérite. Elle était enviée de tous ; elle avait
— 23 -
toujours semblé la plus noble et la plus
glorieuse marque de distinction qui pût
consacrer aux yeux de tout le monde le mé-
rite personnel, la science, le courage, et en
somme elle n'avait jamais été sérieusement
décriée et dédaignée que par ceux que leur
nullité mettait dans l'impuissance d'y pré-
tendre.
C'est au nom de ces souvenirs, toujours
si vivants, que la Légion d'honneur fait un
appel à tous ceux qui portent ses insignes.
Riche et pauvre, chacun parmi eux voudra
contribuer, dans la mesure de ses moyens, à
la reconstruction de ce palais charmant qui
était, comme l'a si justement dit la note que
nous avons ci-dessus reproduite, « leur propre
maison et celle de leurs enfants ».
Le Livre d'or où seront inscrits les noms
des souscripteurs, conservera à jamais, dans
le palais et l'administration par eux recon-
struits, la mémoire de ces généreux dona-
teurs qui auront considéré comme un impé-
rieux devoir de relever, de leurs propres
- 24 —
mains, le berceau, aujourd'hui renversé,
d'une institution qui les a admis dans son
sein, et qui a toujours, en leur nom, conservé
intactes les glorieuses traditions « de la Patrie
et de l'honneur ».
15 juin 1871.
GEORGES D'HEYLLI.
LE GÉNÉRAL EUDES
ET SON ETAT-MAJOR
A LA GRANDE CHANCELLERIE
LE GENERAL EUDES
ET SON ÉTAT-MAJOR
A LA GRANDE CHANCELLERIE
I
Les bureaux de la grande chancellerie étaient
installés, récemment encore, dans des bâtiments
attenant au palais même du quai d'Orsay et formant
deux pavillons à gauche et à droite de la grande
grille d'entrée, au n° 64 de la rue de Lille. L'in-
suffisance de cet emplacement et l'importance tou-
jours croissante de l'administration avaient nécessité
la construction, en 1869, d'un bâtiment nouveau
ayant façade sur la rue de Solferino, qui venait
d'être ouverte dans l'axe de la porte des Tuileries
— 28 —
donnant sur la rue de Castiglione. Les bureaux
avaient pris possession de ce nouveau local au
mois de mai 1870. A cette occasion, tout le maté-
riel avait été renouvelé dans les meilleures condi-
tions de solidité et de confortable.
Pendant le siège de Paris, au moment du bom-
bardement, par les Prussiens, des quartiers du sud,
la grande chancellerie fut sérieusement menacée.
Quelques obus vinrent tomber à trois ou quatre
cents mètres tout au plus du palais, dans la cour
du ministère de l'agriculture et du commerce.
L'administration avait pris à l'avancé toutes ses
précautions, qui, heureusement, demeurèrent inu-
tiles. Et le péril était là particulièrement inquié-
tant: les dames et les jeunes filles, élèves de la
Légion d'honneur à Saint-Denis, que n'avaient pu
retirer leurs parents, avaient, dès le commencement
du siège, trouvé asile dans les appartements mêmes
du palais rendus vacants, le 2 septembre, par la
mort du comte de Flahaut, grand chancelier. La
bibliothèque de la maison, les lits, l'argenterie, une
grande partie du mobilier, etc., avaient été, en
même temps, transportés à l'administration centrale.
Toutes les prévisions funestes qui pouvaient naî-
tre de la nature même et de la gravité de la situa-
tion ayant été écartées par les événements, l'admi-
— 29 —
nistration retrouva, après l'armistice, ses employés,
momentanément éloignés par le dur et constant
service de la garde nationale, et les travaux arriérés
et chaque jour accumulés purent être régulièrement
repris.
La révolution insensée et incompréhensible du
18 mars survint. Le secrétaire général faisant fonc-
tions de grand chancelier, après en avoir référé à
Versailles, licencia provisoirement, trois jours après,
tous les employés de l'administration. Une déléga-
tion composée de sept d'entre eux, et présidée par
le secrétaire général, se rendit à Versailles, où elle
installa ses services au palais., dans la salle de 1850.
Enfin un nouveau grand chancelier, M. le général
Vinoy, fut nommé en remplacement du comte de
Flahaut, décédé.
Cependant le palais du quai d'Orsay et les bâ-
timents récemment construits avaient dû être aban-
donnés à la seule garde de deux concierges. Les
appartements particuliers sont fort beaux, leur orne-
mentation ancienne, très-habilement restaurée, a
une valeur artistique; dans le bâtiment nouveau, le
cabinet et le salon du secrétaire général, et surtout
la salle du grand conseil de l'ordre, ont été riche-
ment décorés et meublés. Pendant quelques jours
l'administration échappa, pour ainsi dire,à l'atten-
3.

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