La Liberté des proudhoniens, des libéraux, c'est l'esclavage, par Henri Marchegay...

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impr. de Derenne (Paris (Mayenne). 1868. In-8° , 16 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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LA LIBERTÉ
DES PROUDHONIENS, DES LIBÉRAUX
Par HENRI MARCHEGAY.
PRIX: 60 CENTIMES.
PARIS
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES.
LA LIBERTÉ
DES PROUDHONIENS, DES LIBERAUX ,
C'EST L'ESCLAVAGE.
A l'exemple de Proudhon, qui perdait sa logique à essayer
de passer de sa peau de communiste dans celle d'un libéral,
quantité d'économistes et de socialistes, d'accord sur ce point
unique, intervertissent les deux termes essentiels de la question
sociale, l'individu et la collectivité, et subordonnent le plus
important au plus faible, quand ils ne le suppriment pas
entièrement. Ces gens-la mettent la charrue avant les boeufs,
et confondent les moyens avec la fin, parlant de la liberté
absolue pour arriver à l'égalité. Ils croient avoir tout dit,
quand ils ont rempli leur bouche de ce grand mol de liberté,
qui peut rallier les ambitions et les théories les plus illibérales.
Eh! la liberté ne s'improvise pas, ne se décrète pas d'un seul
coup: elle se fonde, elle s'élabore patiemment, péniblement,
et que de précautions généreuses et d'efforts infatigables pour
amener cet enfant délicat à l'âge adulte et fort! Cette oeuvre
impersonnelle réclame l'union continue de toutes les forces
vives de la société, dont l'expression, et l'instrument est cette
puissante centralisation administrative et politique, hors de
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laquelle la liberté marche au hasard et sans frein. Ainsi
l'entend le communisme, le seul système économique qui fasse
rigoureusement sortir les conséquences de ses prémisses. C'est
sans doute parce qu'il est simple, clair et logique, qu'il a
compté tant d'ennemis dans tous les camps. Pour le déconsi-
dérer, toutes les armes ont paru bonnes, excepté celles du bon
sens et de la bonne foi. Ses adversaires les plus acharnés ne sont
pas les partisans du monopole bourgeois, les orléanistes, trans-
formés en libéraux, qui s'introduisent frauduleusement dans
les rangs de la démocratie, pour en exploiter le dévouement
ou les faiblesses: une opposition non moins vive lui vient de
jeunes démocrates inexpérimentés, qui, par haine du despo-
tisme, renient l'unité, la force collective de l'Etat, qui est
l'épée et le bouclier de la liberté individuelle.
Qu'entendent par liberté ces héritiers des contradictions
proudhoniennes, qui font sans le savoir l'oeuvre des saltim-
banques du régime constitutionnel, et crient: guerre à la
tyrannie! de concert avec les héros de la rue Transnonain,
les promoteurs des lois de septembre? Ils entendent par
liberté la décentralisation. La barque penchant d'un côté, ils
se jettent de l'autre, pour la faire avancer. Comme la centra-
lisation est un instrument que l'arbitraire a mis à son service,
ils assurent qu'il n'y a qu'un moyen d'être libre, c'est de se
passer d'Etat, de se gouverner chacun soi-même. Il est temps
d'en finir avec celte comédie de libéralisme, et de défendre
avec énergie contre les ambitieux et les naïfs, les droits de
l'Etat, base fondamentale de tout ordre et de tout progrès. Il
est temps, après tant de.persécutions et d'injures, de rappeler
aux adversaires du communisme, qu'à son égard ils n'ont
jamais daigné faire oeuvre de raison. C'est pitié de voir ces
bourgeois, ces libérâtres , ces normaliens , ces économistes
d'institut, ces petits rois de l'opposition, ces marquis de
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la démocratie, lui jeter sans cesse pour tout argument cette
ridicule affirmation : « Le communisme? Mais c'est le partage
des biens, c'est la propriété moscovite ou la propriété arabe,
c'est la caserne, c'est le couvent, c'est l'asservissement des
minorités, l'anéantissement de la liberté humaine !"
Un peu plus d'indulgence , Messieurs. Car votre rêve de
décentralisation absolue est le fait d'insensés, qui, arrivés à
moitié chemin du but, se relournent vers le point de départ,
lequel est ici purement et simplement la sauvagerie, l'état de
guerre de l'homme contre l'homme, où, libre en théorie, il
subit en réalité le plus dur des esclavages. Est-ce que les
riches, les forts, les habiles renonceront jamais spontanément
à leurs privilèges, tant que richesse, force ou ruse auront
liberté d'action dans le monde? L'homme n'est ni ange ni
bête, il est même ceci plutôt que cela: donc, si les insulteurs
du communisme prétendent que ses institutions ne pourraient
s'accommoder que d'une société d'anges, c'est à leur idéal
d'absolue liberté que le reproche peut plus justement s'a-
dresser. C'est parce que rien n'est parfait sous le soleil, qu'il
ne faut prendre rien d'absolu pour principe d'organisation
sociale. Ce n'est pas, vraiment, la liberté de tout faire qui
peut engendrer l'habitude de bien faire, mais plutôt l'énergique
répression du mal et de sages et fortes institutions qui le
préviennent. Quand vous réclamez avant tout la liberté, pure,
illimitée, sans contrainte et sans gêne, s'équilibrant par elle-
même, se neutralisant par antinomie, avec le respect, non plus
forcé, mais facultatif, du droit de chacun par tous et de tous
par chacun, vous demandez ni plus ni moins que la tyrannie
décentralisée, le despotisme de village ou de province, le droit
du brigandage civilisé, l'irresponsabilité de l'audace et de
l'égoïsme, le laissez faire et le laissez passer des vipères, des
hyènes et des tigres à figure humaine

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