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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
Retrouvez tous nos livres numériques sur e.belial.fr Discuter de ce livre, signaler un bug ou une coquille, rendez-vous sur les forums du Bélial’ forums.belial.fr ISBN : 978-2-84344-336-7 Parution : janvier 2011 Version : 1.0 — 26/01/2011 © 2011, le Bélial’, pour la présente édition
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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
« ET IL Y AVAIT CETTE BONNEfemme, avec cet accent de la Citadelle… » Monsk pose sa fourchette dans le bazar qui encombre son assiette : « Tu vois ce que je veux dire ? Elle parlait comme ça : “Est-ce que quelqu’un peut vraimentjurer qu’il estpossibled’élever un enfant sansjamaisressentir de pulsion sadique ? Je suis samère, quand même ! Je ne suis pascenséelui faire croire que le monde estsympa, n’est-ce pas ? Quand il arrive avec un de cesfoutus dessins qu’il fait à l’école, je suisvraimentde obligée faire semblant que c’estbeau? Pour qu’il croie qu’il suffit dechierune feuille pour me sur faireplaisir? Je veux dire, je suis samère! C’estmon boulot, ! Et cet imbécilede l’élever m’aime! Et pourquoi ? Parce que ça lui vientcomme ça ?D’instinct ? Et je suiscenséelui ap-prendre à sefierà ses instincts ? Et à déborder d’amour pourn’importe qui? Et à le manifes-tern’importe comment? Je suis censée l’expédier dans lavraie vie avec cette mentalité de… cette sensiblerie de… deperdant ?J’en ai fait desconfettis, de son dessin ! Parce que ça m’a faitplaisir, et parce que ça lui apprend lavie !” » Monsk éclate de rire et reprend ses couverts : « C’est excellent. Excellent. Qu’est-ce que c’est, au fait ? » Je consulte le menu : « Gibier à la sauce au yaourt et jeunes pousses de fougères. Accompagné de mangue fraîche en tranches. Et tu en as fait quoi, de cette… poufiasse pédagogique ? – Je lui ai transféré la liste des charges pénales contre la maltraitance infantile. Ce n’est pas le genre à plier devant autre chose, elle doit carburer aux Damato. Affect toasté. Et je lui ai dit : “Le prochain dessin, vous dites merci et vous l’accrochez dans vos chiottes, si-non c’est huit mille euros et deux mois fermes.” Elle a trouvé ça… elle a trouvé l’argument recevable. En fait, elle avait plutôt l’air satisfait. Elle trouvait que ça tenait debout, comme point de vue. Plus que le couplet sur l’amour maternel et les névroses abandonniques, en tout cas. Et puis je lui ai balancé ma note et elle a changé de tête. Je lui ai dit : “Eh, si je fais ce bou-lot dégueulasse, ce n’est pas pour la beauté de la chose.” Alors elle a validé le virement. Une femme intelligente, au fond. D’ailleurs on a baisé. Et tu sais quoi ? – Hm ? – Elle a laissé le sac à foutre sur-mon-bureau. Au milieu. Comme ça. Je veux dire, les nanas, d’habitude, elles s’en débarrassent discrètement. Elle, pas du tout : sur mon bureau. Et elle a dit : “Au revoir etmerci”, comme ça. Et elle est partie. – Hm. – Salope. – Hm hm. – Pas mal imitée, la mangue. – Hm ? Tu plaisantes ?
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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
– C’est le plusdifficile, les fruitscrus. Etjene la trouvepasmal imitée. » Monsk rit et avale sa tranche de pseudo-mangue pâteuse : « Où en es-tu, toi ? » Je retourne, du bout de mon couteau, un lambeau de chair rose grillée sur un bord : « Canard fumé aux endives et sirop d’érable. Je crois. » Je m’appelle March. Von March. Protect von March, très exactement. « Elle est sublime, cette v-food. Ça s’améliore de plus en plus, tu ne trouves pas ? pos-tillonne Monsk. Non ? » Lui, c’est Monsk Andernatt. Il me regarde avec des yeux de gosse plongé jusqu’à la taille dans un bac de barbe à papa. Normal, c’est un faux-maigre. « Et j’ai fait un signalement à sa compagnie d’assurance. Le gamin a déjà une nounou force 7, je suppose que la compagnie va l’envoyer à un séminaire sur la gestion des conflits maternels et le facturer bonbon à la brave mère. Et codiciller le dossier du gamin. Maltrai-tance parentale à cet âge-là, on peut tabler sur un bon dix ans de moins en espérance de vie, et une surcons’ d’antidépresseurs de… oh, vingt pour cent par rapport à la moyenne offi-cielle, soit à peu près ce qu’un budapesti avale en une soirée ! » Il étouffe de rire dans son verre de Pouilly. De r-Pouilly. Je ne sais pas pourquoi, il commande toujours du r-pinard, duréel, à base d’herbes. Enfin, de raisin. Monsk adore la v-food mais préfère la r-gueule de bois. Un vrai faux-maigre. Dès qu’un nouveau v-restaurant ouvre en promettant des ersatz alimentaires plus goûteux que nature, il y court. Et en géné-ral, il m’invite. « Qu’est-ce que je disais ? Ah oui : toi, où en es-tu ? À part dans ton assiette ? – Ça roule. Je viens de signer avec la NAN’s. Ergonomie de toute sa communication réseau. Je fais l’intra-intranet, le sous-réseau décideurs : en terminant une consultation, les hors-cadres doivent se sentir relaxés comme au sortir du bordel. – Je l’aime, ton travail. Tu alignes des couleurs, des sons, des formes, des rythmes, tu incites les gens à prendre telle ou telle posture musculaire et mentale, et ils en sortent détendus. C’est gé-nial. – Ouais. Sauf quand on me demande que les gens en sortent avec un torticolis, mais sinon c’est génial. » Le serveur, tout de noir vêtu, s’incline près de nous et fait glisser nos assiettes vides sur son pla-teau. Monsk rote, tâte son ventre : « J’ai l’impression de m’être gavé alors qu’en fait, j’ai avalé 122 kilocalories et la moitié de ma ration quotidienne en sels minéraux. Hmmm… On peut manger ce qu’on veut, bon sang, on peut mangerautantveut ! Et il y en a pour dire qu’être riche, c’est triste  qu’on ! C’est quoi, la suite ? – Ration d’oligo-éléments sous forme de… saucisses de coquilles Saint-Jacques au vinaigre de framboise et à la sauce bleue ? Étouffé de saumon en croûte au coulis de petites tomates vertes ? – Envoyez les deux », ordonne Monsk au serveur avec un geste conquérant de la main. Ce type est unréel-minable. « Qu’est-ce que tu disais, avec ton torticolis ? »
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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
Le v-restaurant offre un décor aussi taré que tous les autres. Cette fois, il s’agit d’une grosse bulle vitrée au cul plat qui glisse à ras d’herbe dans une prairie. On voit les han-netons qui crapahutent sous nos pieds, il y a même des bouffées chaudes d’humus qui re-montent, mais ça doit être un leurre chimique : un champ aussi vert pue forcément le lisier ou l’azote. Des espèces de buissons gratouillent la coque, parfois elle traverse un cours d’eau et j’entrevois des ombres saumâtres de poissons entre mes chaussures qui crissent sur le sol transpa-rent, ou encore elle passe sous des frondaisons assez haut perchées. Le ciel est d’un bleu dou-teux ; je m’ennuie. J’ai beau jeter des coups d’œil à droite et à gauche, je ne vois parmi les dî-neurs que de la blonde en crêpe de soie ; pas une seule brune en lin écru. Elles doivent toutes sentir le Naphegy de Gyula, la douche intime de Phytomir et le ialuset polytensif. Quelle merde. « Je disais que parfois, je tombe sur un client qui vend des minerves en gel auto-chauffant, ou qui vient d’arrêter la production et qui veut liquider ses stocks. Alors je tra-vaille pour lui avec un designer de jeux, le gars fait le jeu et moi, je me débrouille pour que les joueurs attrapent un torticolis, et mon client leur fait vingt pour cent sur les minerves. C’est ça que je veux dire. » Monsk hausse les épaules : « C’est ça, le vrai jeu. Tu es doué. Tu as de la chance. – Eh, tu n’es pas mal doué, toi aussi. Tu es un bon médecin, pour ce que j’en sais. – Oui mais moi, je suis dans une branche où on reconnaît vos dons après cent cin-quante mille euros d’études. » Il fronce les sourcils en mâchant nerveusement un bout de sériole. C’est l’entremets. La table est couverte de sushis, à l’anguille et à je ne sais pas quoi, et puis des beignets de seiche, des petits pots de sauce de soja avec des glaçons, des dés à coudre de saké avec des femmes à poil au fond, des lamelles de gingembre orangées jetées en vrac. Je déteste le goût de savon du r-gingembre, et il est sacrément bien imité. « Niveau cul ? marmonne Monsk à travers sa sériole. – Une touche sur le net. » Il glousse. « Comment est-elle ? – Marrante. Pas bête. Psychomotricienne sortie de Csongrad, habite à Kossuth, aime le v-combat, la nuit, les appliques indiennes à quatre pans de papier rouge et le Rapahël. Et le bom-bong art. Boit beaucoup. Pas de problème majeur avec papa. Une fille bien, pour une fois. – Je t’ai demandé :commentest-elle ? – Hm. Petite brune avec un cul, fringuée chez Wasitt. Pas vue en vrai. – Wasitt… le trip lin écru, feuille d’or sur la chatte et serpent sur la joue ? Tu nous fais une déprime ? – Nonononon Monsk, je ne tringlerai pasunepétasse ialuset de plus ! Je veux toucher une femme qui ait encore une côte, une dent, un poil et une glande mammaire d’origine ! Le serpent sur la joue, il se lave ausavon! » Je balance ce foutu bout de gingembre contre la vitre. J’aimerais bien savoir pourquoi je m’énerve. Parce que le Pouilly est tiédasse ? J’appelle le serveur. Monsk prend sa voix de toubib :
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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
« Du calme, Protect. Si ça te botte, après tout… – Elle me botte. Enfin… elle me désennuie. – On ne demande rien de plus aux autres. Est-ce que ça te dit, des sorbets ? Kiwi, ca-rambole, cherimolle, fruit du cactus, poire du Japon ou copeaux de chocolat ? » Je jette les lamelles de gingembre sur le plateau du serveur qui s’est approché pendant que Monsk marmonne : « Carambole, cherimolle, bon dieu, ça existe… Psychomotricienne, hein ? Comme ta mère, quoi. » * * * « Oh non… » On vient de descendre du taxi, je devais penser à autre chose, je n’avais pas bien com-prisà quel pointon allait au nord. La v-gargotte est dans les glaces, cette fois. Quelque part en Nouvelle Zemble. Un immense igloo éclairé depuis l’extérieur, dans les tons ambre et azur, bien sûr. C’est d’une beauté fabuleuse, bien sûr. On a l’impression d’être assis dans un diamant ruisselant, poudré de neige comme des fesses de bébé, avec des colonnades de cris-tal. Je crains de me geler autant que la dernière fois, auPalais de givre, mais la combinaison thermique est parfaite, efficace, légère, surmontée d’un casque d’air chaud. Seul problème : il faut boire son verre assez vite, ou à la paille, vu qu’il est lui aussi taillé dans un bloc de glace. « Je-veux-du-cham-pagne, je-veux-du-cham-pagne, psalmodie Monsk. Du brut de brut, à l’antigel. Et une vodka au jus d’airelle. De la Safar ou rien. – La Safar est con-ta-mi-née, Monsk. – C’est ça qui est bon. Je respire filtré, je baise emballé et je mange de la pâte aux vitamines, je veuxme défoncer trash. » Je hausse les épaules : pas question de prendre une cuite. Je pose un patch et com-mande une v-kirin. Elle est bien imitée, et le patch diffusera ce qu’il faut pour que je sois saoul. Mais demain, je n’aurai pas les boyaux aux piments et une haleine de cadavre. « Vol-au-vent de baudroie et de calmar avec du caviar doré ? Eh, il y a même de la bet-terave gratinée aux noisettes et aux petits pois nains ! De la betterave, quelle idée. Et ta chatte en or, tu l’as revue ? Je veux dire : r-vue ? – Non. Mais j’ai une grande nouvelle quand même : mon vieux, je crois que je suis amou-reux. » Monsk en éteint son menu : « Tu veux dire… d’elle ? D’une nana que tu n’as vue que sur le net ? – Oui. Je crois. On s’est envoyé des s-mails, puis des v-mails, elle me fait découvrir des liens sur des trucs, mon vieux… Je m’amuse. Je m’amuse beaucoup. Elle m’a entraîné dans desroomstrop bizarres. On aime écouter les mêmes choses, éprouver les mêmes choses. Elle me plaît. – Et… tu as envie de la baiser ? – Hm ? Oui. Oui, mais ça ne presse pas. Vraiment. Pour une fois. »
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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
D’imaginer sa taille très fine fondant dans mes bras au-dessus de son gros cul me sèche la gorge. Monsk secoue la tête. Il rallume son menu. Je bois ma kirin qui mousse sur la glace. Cer-tains dîneurs ont éteint leur casque et font des panaches de buée avec leur bouche en riant. Le son résonne bizarrement dans cette cathédrale de glace. Et j’ai l’impression que Monsk est jaloux. « Tu es jaloux ? – Non. Mais méfie-toi. – De quoi ? » Il lève vers moi des yeux de médecin : « Méfie-toi, c’est tout. Tu sais ce que c’est, ces rencontres virtuelles. – Justement. Je connais par cœur les embrouilles, les tas de silicone, et celles qui ap-prennent par cœur ton CV et se font un personnage d’après lui, et les appartements de luxe en trompe-l’œil sur une turne miteuse du Taltos, et les b-flirts qui te fourguent n’importe quoi, je connais ça. Aussi bien que toi. Et là, c’est différent. » Je me sens excédé. Je n’ai pasbesoin d’un foutu diagnostic de plus. Monsk soupire bruyamment. « Et puis, elle aime bien la bouffe. – C’est un bon point, lâche-t-il du bout des lèvres. – La r-bouffe. – C’est une future grosse. – T’es trop con. » Les plats arrivent. Le serveur, emmitouflé dans du renard argenté, remplit de Krug nos coupes translucides. À travers leur paroi épaisse, je regarde les bulles monter en jetant de fins éclairs distordus. Monsk avale la moitié de son assiette et rallume le menu : « Pâté aux raisins avec la salade de gumbos ? » Je grogne. Il décide de prendre ça pour un oui. « Et sinon, ton travail ? – La NAN’s. – Et ta famille ? – Pas vue depuis longtemps. Et la tienne ? » Il grimace : « Ma mère veut un toast pour son anniversaire. – Un toast ? De toi ? – Oui. Tu me connais, ça ne me gêne pas de me faire cloner. Je suis comme tout le monde : j’ai un foie et quelques yeux au frais, au cas où. Mais un gosse… – Ce n’est pas vraiment ça. Le développement cérébral est bloqué très tôt. – Oui, je sais, je sais. On grille le cerveau, on planque un petit drain à comateux au fond du couffin et le tour est joué. Mais ça coûtecherpour ce que c’est, bon sang. Ça dure quoi, ce genre de légume ? Deux mois ? – Si tu payes la qualité, ça peut aller jusqu’à quatre. C’est un peu comme… un poisson rouge ? Un animal de compagnie à durée limitée ? »
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Catherine Dufour — La Liste des souffrances autorisées
Monsk n’a pas l’air convaincu. Il lorgne vers une entraîneuse bleue de froid qui danse à quelques tables de nous, sa poudre argentée lui tenant lieu de vêtement. « C’est sûr, marmonne-t-il entre ses dents, ça n’aurait pas de sens d’avoir chaud dans un froid pareil s’il n’y avait personne pour prouver qu’il faitvraimentfroid. Poursouffrirdu froid. Le fric, ça n’est drôle que s’il y a au moins un pauvre pour vous envier. Tu disais ? – Elle le veut à quel âge, son toast ? – Trois mois. Avant, elle dit que ça n’est pas très beau et après, que c’est censé être un peu plus éveillé qu’un clone démédullé. » Il agite sa coupe vide en direction du serveur, puis plonge dans son assiette. « Tu vois… ça me gêne. Ça me gêne, de savoir ma mère faisant des agaceries à une copie de moi-même trente ans après, le lavant, lui séchant le pli des genoux et le ventre, lui changeant sa couche et lui peignant ses trois tifs en chantant “Le joli sous-marin jaune”. Je suis pour la régression, entendons-nous bien, mais… je n’ai pas envie de voir ça. Ça me débecte, tu vois ? – Peut-être qu’elle ne s’en occupera pas ? Peut-être qu’elle le mettra juste dans son sa-lon pour prouver à ses copines que son fils était beau quand il était petit, et qu’il est riche aujourd’hui ? – Peut-être. Peut-être que c’est ça qui me fait peur. Dans le fond, je me demande si elle n’insiste pas autantseulementparce qu’elle sait que ça me gonfle mais… » Ma v-pitance est vraiment bonne, pour une fois, et je déconnecte du channel de Monsk. Il me tarde de retrouver ma petite brune sur le net. On doit faire une plongée mi-croscopique dans le pigment brut de Klein, tous les deux. Ça va être bien. * * * « Alors ici, c’est homard. Homard au caviar et ses raviolis de pêches, et homard carbo-nisé au coulis de clémentines. Et un jeune crabe à coquille molle à la gelée de pistaches pour commencer… Ou tu préfères un étron braisé ? – Hm ? – March, tu planes. » Je soupire en dépliant ma serviette en éponge. « Sûr que c’est homard, ici. » C’est un restaurant sous-marin, cette fois. Avec de gros projecteurs à l’extérieur, qui imitent le soleil. D’épais fragments de lumière flottent comme des morceaux de beurre dans l’eau bleue. Il fait à peine humide, les tables sont de gros aquariums dans lesquels nagent de petits machins gréés de longs voiles multicolores, probablement très coûteux. Et les porte-couteaux sont faits avec des étoiles de mer séchées et peintes. J’ai mal à la tête, je suis crevé. En prenant mon verre ballon plein de r-cherry, je note que ma main tremble un peu. « Un problème ? demande Monsk d’un ton détaché. – Ça va. Ma petite brune à la chatte en or était une salope, tu avais raison, c’est bon, ça va. »
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