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La Littérature à Lyon dans l'entre-deux-guerres

De
498 pages
Le début du XXe siècle avait vu une littérature propre se développer à Lyon, autonome du contexte national et qui remettait à l'honneur une tradition spiritualiste lyonnaise. Mais les querelles antireligieuses et le traumatisme de la grande guerre vont porter un grave coup à cette inspiration. Les auteurs les plus ambitieux vont s'orienter vers le roman historique ou psychologique et, malgré leur succès, ces entreprises n'ont pu ressusciter un système de sens propre au monde lyonnais. Avant même la crise de 1939, la tradition littéraire lyonnaise s'érode.
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BernardPoche
La Littérature à Lyondans l’entredeuxguerres
L’érosion d’une culture
Espaces EL Littéraires
La littérature à Lyon dans l’entre-deux-guerres
L’érosion d’une culture
Espaces Littéraires Collection fondée par Maguy Albet Dernières parutions Isabelle BERNARD,Patrick Deville, « Une petite sphère de vertige »,2016Ramona ONNIS,Sergio Atzeni, Écrivain postcolonial, 2016. Marcel BOURDETTE-DONON,Raymond Queneau, le Peintre de la vie moderne, 2016. Michèle DUCLOS,Un regard anglais sur le symbolisme français, Arthur Symons,Le mouvement symboliste en littérature (1899), généalogie, traduction, influence, 2016. Anne-Marie REBOUL et Esther SÁNCHEZ-PARDO (éd.),L’écriture désirante : Marguerite Duras, 2016. Gladys M. FRANCIS, Amour, sexe, genre et trauma dans la caraïbe francophone, 2016. Fabienne GASPARI,L’écriture du visage dans les littératures francophones e et anglophones, De l’âge classique au XXI siècle, 2016. Yulia KOVATCHEVA,Modernité esthétique chez André Malraux,2015. Hanétha VETE-CONGOLO (dir.),Léon-Gontran Damas : Une Négritude entière,2015. Naïma RACHDI,L’art de la nouvelle entre Occident et Orient, Guy de Maupassant et L’Égyptien Mahmûd Taymûr, Influence de la littérature française sur la littérature arabe moderne, 2015. Augustin COLY,Duplications et variations dans le roman francophone contemporain, 2015. Marie-Denis SHELTON,Eloge du séisme, 2015. Marie-Antoinette BISSAY et Anis NOUAIRI,Lorand Gaspar et la matière-monde,2015. Thierry Jacques LAURENT, Le roman français au croisement de l’engagement et du désengagement,2015. Moussa COULIBALY et Damien BEDE, L’écriture fragmentaire dans les productions africaines contemporaines,2015. Jean Xavier BRAGER, De l’autre côté de l’amer, Représentations littéraires, visuelles et cinématographiques de l’identité pied-noir,2015. Isabelle CONSTANT,Le Robinson antillais. De Daniel Defoe à Patrick Chamoiseau, 2015. Tiannan LIU,L’image de la Chine chez le passeur de culture François Cheng, 2015. Jakeza LE LAY, Le Parnasse breton. Un modèle de revendication identitaire en Europe, 2015.Servilien UKIZE,La pratique intertextuelle d’Alain Manbanckou. Le mythe du créateur libre, 2015.
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Bernard Poche La littérature à Lyon dans l’entre-deux-guerres
L’érosion d’une culture
Du même auteur Lyon tel qu'il s'écrit. Romanciers et essayistes lyonnais,Presses Universitaires de Lyon, 1990. L'espace fragmenté. Eléments pour une analyse sociologique de la territorialité, L' Harmattan. 1996. Le monde bessanais. Société et représentation, CNRS Editions, 1999. Les langues minoritaires en Europe, Presses Universitaires de Grenoble, 2000. Dictionnaire bio-bibliographique des écrivains lyonnais, BGA Permezel, 2007. Une culture autre – La littérature à Lyon (1890-1914), L’Harmattan, 2010.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10690-8 EAN : 9782343106908
Introduction LA LITTÉRATURE DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES MUTATIONS ET DÉCLIN L’ouvrage qui a précédé celui-ci, intituléUne culture autre, consacré à la 1 littérature à Lyon entre 1890 et 1914 et qui constituait la première partie d’une étude consacrée à l’histoire culturelle de la ville jusqu’en 1939, était centré sur l’affirmation d’une autonomie intellectuelle qui, si l’on développait le cas ème particulier de la région lyonnaise, montrait qu’à la fin du XIX siècle les mondes sociaux distincts, dont la juxtaposition avait donné naissance sur le plan politique à un État centralisé, avaient entrepris d’échapper à la chape de discrédit un peu méprisant dont l’opinion de la capitale, intoxiquée par le jacobinisme – qui avait sur ce point succédé à l’arrogance de l’Ancien Régime – 2 avait trop souvent recouvert la totalité du territoire national hors de Paris . Cette analyse s’était donc axée sur la production d’une littérature propre à la société lyonnaise, susceptible de faire apparaîtrede factosensibilité d’un la monde particulier situé au sein de l’ensemble français – et on pourrait même ème dire européen, si l’on prend en compte l’influence qu’ont eue à la fin du XIX siècle les littératures scandinaves et celles de la Belgique et même la culture germanique (à travers Schopenhauer et Wagner, en particulier), qui sont perçues sans passer par l’intermédiaire du monde parisien. Cette littérature va par ailleurs retrouver dans une certaine mesure une tradition philosophique remontant au début du siècle, représentée par Ballanche, Blanc de Saint-Bonnet, Lacuria et autres, qui n’avait jamais cessé d’être cultivée par les intellectuels de la ville et de constituer le fondement d’une culture qui s’était tenue à l’écart de l’influence du naturalisme. La culture lyonnaise va connaître alors, en particulier dans la poésie, une véritable apogée, qui est accompagnée par plusieurs revues ou périodiques culturels ; elle se développe en parallèle avec la poésie symboliste qui a connu son essor à Paris à la suite de Baudelaire, avec Verlaine et Mallarmé, sans toutefois l’imiter.
1 Paris, Éditions L’Harmattan, 2010. 2 La préface que donne Anselme Petetin à l’excellent ouvrage collectifLyon vu de Fourvière, édité par L. Boitel à Lyon en 1833, témoigne de l’intériorisation de ce dédain par la société ème lyonnaise de la première moitié du XIX siècle.
Dans l’hebdomadaireLeTout-Lyon, le poète Louis Raymond, qui sera par ailleurs un des meilleurs auteurs symbolistes lyonnais, donne de novembre 1895 à janvier 1896, sous l’intitulé d’ensemble « Les Poètes modernes », huit articles où il présente le mouvement et consacre des analyses détaillées à Verlaine, Henri de Régnier, Vielé-Griffin, Verhaeren, Moréas, Gustave Kahn, Albert Samain, Adolphe Retté, Stuart Merrill, et à la fin à ceux qu’il appelle « les jeunes » : Tristan Klingsor, André et Maurice Magre, Francis Jammes, Charles Guérin et de nombreux autres. Quelques années plus tard, Tancrède de Visan 1 publiera un volume de vers tout-à-fait symbolistes,Paysages introspectifs , qu’il fait précéder d’une importante étude, « Essai sur le Symbolisme » ; il est déjà allé suivre les cours de Bergson au Collège de France, et, en 1911, il réunira toute une série de textes dans un autre ouvrage,L’Altitude du lyrisme 2 contemporain, où il traite en particulier des rapports entre la poésie symboliste et la philosophie bergsonienne. Le monde culturel lyonnais se trouve donc en étroite connexion avec les tendances idéalistes de la poésie de l’époque, et de nombreuses œuvres sont publiées à Lyon qui vont dans ce sens. Mais le courant symboliste va peu à peu perdre de sa vigueur, et un nouveau groupe va lui succéder, rassemblé par Joseph Billiet autour de la revueL’Art Libre, qui paraîtra de 1909 à 1911. Bien que celui-ci ait déclaré plus tard qu’il avait lancé la revue en faisant appel à des auteurs parisiens qu’il ne connaissait d’ailleurs pas, mais dont le rapprochaient « des raisons de pure sympathie littéraire, Romains, Duhamel, Vildrac, 3 Arcos … », ces écrivains y ont assez peu collaboré et l’essentiel des textes de la revue est dû à des auteurs lyonnais d’une seconde génération : Aeschimann, Darmet, Gros, Guitard, Mermillon et, un peu plus tard, Louis Pize, Antoine Vicard, etc., ainsi qu’à quelques auteurs non lyonnais, entre autres Roger Allard, Francis Carco, Guy-Charles Cros, le dauphinois Jean-Marc Bernard ; on 4 notera aussi l’influence de F.-T. Marinetti, qui habite alors Paris . Dans les dix-sept numéros de la revue, figurent à peu près tous les jeunes auteurs intéressants de Lyon à cette époque, principalement les poètes ; ils se répartissent entre le lyrisme intimiste (dont les inspirateurs sont surtout Charles Guérin et Guy-Charles Cros) et les auteurs séduits par les thèses unanimistes de Jules Romains, au premier rang desquels Joseph Billiet lui-même, qui consacre aux romans de 1Paris, Jouve, 1904. 2Paris, Mercure de France, 1911. 3» de Maurice Caillard et Charles Forot, dans lasur les revues d’avant-garde l’« Enquête  Cf. s revueBelles-Lettres, décembre 1924, n° 62-66, pp. 121-122. 4Filippo Tommaso Marinetti, né à Alexandrie (Piémont) en 1876, s’était installé à Paris en 1897. Il écrivit en français ses premières œuvres, et en particulier publia en 1909 dansLe Figaro son « Manifeste du futurisme », qui lança le mouvement dont il allait devenir le chef et qui exerça une influence majeure aussi bien en littérature que dans les arts plastiques. Son romanMafarka le futuristefut l’objet d’une critique passionnée, encore qu’anonyme, dans le numéro 13-14 deL’Art Libre(décembre 1910-janvier 1911).
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celui-ci des recensions enthousiastes ; il faut également citer le spiritualisme de Louis Darmet et les poèmes néo-classiques de Jean-Marc Bernard, dont 5 l’esthétique est d’influence maurassienne . Mais de cette relative abondance ne naîtra pas un mouvement poétique durable ; à l’été 1911, Billietʺliquideʺsa revue, probablement pour des raisons financières, tout en agressant, dans un texte d’une grande violence, la ville de Lyon et son public qui n’a pas été capable d’accueillir la production de ces jeunes idéalistes, oubliant que les mêmes avaient déclaré, au début de leur 6 entreprise, que Lyon était, pour eux, « surtout la patrie de l’imprimeur » . Dans les années 1911-1914, la poésie va connaître à Lyon une régression sensible. Après 1911, les collaborateurs deL’Art Libre vont, soit interrompre leur activité, soit quitter la ville, le plus souvent pour Paris ; seul le jeune Louis Pize, à l’époque encore étudiant, devait entreprendre une vraie carrière de poète après la guerre. Deux auteurs nouveaux venus, dont l’inspiration est nettement plus conventionnelle, Pierre Aguétant et Germain Trézel, vont par la suite tenir une certaine place dans la vie littéraire de l’entre-deux-guerres. Mais le premier ira se fixer à Paris, où il avait déjà été remarqué en 1914 par la poétesse (et princesse) roumaine Hélène Vacaresco, pour des recueils d’une tonalité plus 7 sentimentale que réellement sensible ; quant au second, dont les tentatives 8 assez académiques avaient suscité l’ironie des critiques deL’Art Libre, il restera à Lyon et tentera de se donner un rôle de chef de file ; on le retrouvera aux chapitres III et VII. Le roman avait eu une destinée plus modeste ; mais lui aussi avait connu l’influence, quelquefois indirecte, du mouvement symboliste à travers l’ambiance de crise morale qui correspondait à la dégradation de la littérature naturaliste, ou plutôt à la vision délibéremment pessimiste du monde social tel que cette littérature avait choisi de le montrer, et qui était contemporaine de ce que le milieu littéraire parisien désignait sous le nom de décadentisme (ou 9 décadisme) . Lorsque le roman commence à compter comme genre littéraire à Lyon, il s’agit d’abord d’ouvrages qui prennent pour cadre une société en pleine crise, dans laquelle les relations affectives et sexuelles connaissent le plus grand désordre, et qui est gagné par ce que les critiques et les auteurs eux-mêmes 10 appellent la « névrose fin-de-siècle » . 5Cf.Une culture autre, op. cit., pp. 483-538. 6Frédéric Guitard, « Départ »,L’Art Libre, n° 1, octobre 1909. 7VoirUne culture autre,op. cit., pp. 563-572. 8Ibid., pp. 558-562. 9Voir Louis Marquèze-Pouey,Le Mouvement décadent en France, Paris, P.U.F., 1986. 10Cf.Une culture autre, op. cit., pp. 341-352.
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