La Logique, seconde lettre d'une vieille femme, adressée au mois d'août 1871 à M. le chef du pouvoir exécutif, à M. le président et à MM. les membres de l'assemblée

Publié par

Impr. de Crété (Versailles). 1871. France (1870-1940, 3e République). In-8°. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1871
Lecture(s) : 6
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 10
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

-LA LOGIQUE.
Elle a toujours son doigt de fer étendu
vers le trou béant I*
-::0 '"/ SECONDE
NfepE D'UNE VIEILLE FEMME
(^ /^ ^5vjiMUtEssÉE AU MOIS D'AOÛT 1871,
(^(T) "lÂlM,.éîl CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF,
v^\ I. V.Là M J&'Brésidenl et à MM. les membres do l'Assemblée.
MESSIEURS,
Dans ma première, lettre, datée d'Avril dernier, je vous
démontrais à l'aide de la logique des:faits, combien les Fran-
çais s'étaient écartés des principes qui doivent régir les
peuples civilisés, lorsque seuls -parmi les grandes nations, en
1789 ils avaient adopté la-forme démocratique. Je vous le
répéterai encore : elle est une impossibilité qui doit les mener
à la,ruine, sous•■'n'importe quel nom et avec n'importe^ quel
chef! Depuis 1848, nous marchons à cette ruine à toute va-
peur, par le suffrage universel pratiqué sans aucun frein. A
chaque guerre civile, la situation se complique et s'aggrave :
il faudrait manquer de sens commun pour ne pas s'en aperce-
voir ou de ionne foi pour n'en pas convenir.
. :_¥pus le savez,'Messieurs, le grand nombre ignore les plus
simples règles sur lesquelles s'appuie la civilisation, règles
sages qui permettent à une agglomération d'individus de
pouvoir vivre sur un espace beaucoup trop restreint pour que
chacun en puisse posséder une partie; vérités primordiales,
auxquelles tout doit être subordonnent que le Législateur et
l'homme d'État ne doivent jamais perdre de vue. Mais faites
les donc comprendre à Tégoïsme et aux instincts brutaux du
grand nombre ! Masse d'hommes surexcités presque toujours
au cabaret par des meneurs sans conscience ! Messieurs, le
grand nombre est aussi fou que de jeunes écoliers abandonnés
du maître. Braves gens au milieu de leur famille, ils perdent
au cabaret tout sentiment de conservation et ils vous appren-
draient eux-mêmes, si vous pouviez l'ignorer, que les élec-
teurs des campagnes et surtout des villes, sont généralement
influencés, entre deux verres de vin , par les gens les plus
méprisés, ivro'gnes, paresseux, n'ayant jamais rien écono-
misé ou qui ont dissipé leur avoir ; perdus de dettes et d'in-
conduite ; travaillant pour le compte d'ambitieux et d'utopistes
qui leur ont présenté le mirage d'une liberté, dont ces misé-
rables n'entendent profiter que pour s'emparer du bien d'autrui.
Voilà les conducteurs d'hommes ignorants et à moitié ivres!
C'est ainsi que nous sommes en réalité à la disposition des
fous et des pervers ; ajoutez-y VInternationale, ces barbares
de notre époque, contre lesquels nous aurions besoin d'un prin-
cipe tellement conservateur, qui nous fait défaut, et dites-moi,
Messieurs, si des hommes sensés peuvent se faire la moindre
illusion sur le sort réservé au pays? Conservez donc de chi-
mériques espérances auxquelles le passé et le présent donnent
d'aussi éclatants démentis ! Si vous vous rendez à l'évidence,
ne devez-vous pas essayer de tout sauver! Tous le'pouvez,
Messieurs, d'accord avec votre illustre et patriotique chef; dé-
sunis, vous ne pouvez rien fonder ni vous ni lui! Jetez les
yeux sur les provinces que la gangrène envahit : attendrez-
vous qu'il, n'y ait plus de ressource pour essayer de conserver
la civilisation dans notre malheureuse patrie? Soyez bien
persuadés qu'il n'existe pas d'esprit public en France; ce
peuple a le sentiment de sa légèreté, il est encore enfant,
son cerveau ne comporte pas l'avenir, il éprouve le besoin
d'être conduit et, tant qu'il n'aura perdu tout instinct de
conservation, il tournera des yeux effarés vers un gouverne-^
ment quelconque. Ce malheureux peuple, qui ne demande
qu'à être gouverné, on le dit ingouvernable, parcequ'on veut
le conduire sans bases, à rencontre de ses facultés, comme
jamais un grand peuple ne l'a été et cela au mépris des
principes les plus élémentaires qui régissent là civilisation ! Les
meilleurs d'entr'eux perdent tout courage, les autres se
mettent à la merci des premiers qui leur font des promesses
illusoires ; les abstentions et les votes en sont la preuve irré-
cusable !
Messieurs, c'est le petit nombre"qui doit gouverner et tout
doit être appuyé sur la propriété territoriale ! Il faut que
ceux-là gouvernent qui en possédant une notable partie, sont
les plus intéressés à la stabilité; trésoriers du grand nombre,
c'est à eux d'en être les conducteurs! voilà les vrais prin-
cipes d'économie politique, tout le reste n'est qu'utopies
criminelles qui achèveront la ruine de notre patrie !
Depuis 1814, la France,, au moyen de ce qu'on était con-
venu d'appeler Gouvernement constitutionnel, se flattait
d'avoir imité la solide Angleterre; non, Messieurs, elle l'avait
singée, car en ne prenant pas pour base la propriété territo-
riale, elle n'avait oublié qu'un point : c'était d'éclairer sa
lanterne !
Cette France, qui est à la fois puissance maritime et conti-
nentale, n'a jamais demandé à ses gouvernants qu'un peu
de repos pour prospérer; aussi ont-ils toujours essayé de lui
donner, en contenant les agitateurs et en influençant les élec-
tions, seules ressources qu'ils possédassent, les bases territo-
riales leur faisant défaut. Ce système fut suivi de i 814 à 1830 ;
depuis cette époque, jusqu'en 1848, le gouvernement pour •
exister, accorda tout à ceux qui pouvaient le soutenir et il
nous donna par ce moyen quelques années de tranquillité et
de prospérité. Les utopistes de 1848, auteurs du suffrage
universel sans frein, et dont on peut dire qu'ils n'ont rien
appris ni rien oublié, envoyèrent aussi leurs proconsuls dans
les provinces, mais c'était pour les corrompre : les conséquen-
ces furent les guerres civiles; nous les avons vus, comme
toujours, se déchirant entr'eux et nous nous rappelons qu'ils
ne purent rétablir un peu d'ordre, qu'au prix des démolitions
du faubourg Sl-Antoine en Juin 48. Le dernier chef accepté
par cette nation éperdue pour lui donner ce repos, pour lequel

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.