La lyre des petits enfants : poésies nouvelles dédiées à toutes les mères chrétiennes (Nouvelle édition) / par Alphonse Cordier,...

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J. Vermot (Paris). 1857. 1 vol. (356 p.) ; in-18.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1857
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LA LYRE DES ENFANTS
PRÉFACE
DE LA PREMIERE EDITION,
A TOUTES LES MÈRES CHRÉTIENNES.
Faire paraître un ouvrage de poésie, au milieu de
l'effroyable tourmente révolutionnaire qui agite, en ce
moment, notre vieille Europe et semble vouloir englou-
tir jusqu'aux derniers débris de sa civilisation, serait
presqu'un acte de folie de la part de son auteur si cet
ouvrage, entièrement composé pour la première enfance,
ne vous était pas dédié et humblement offert, ô ver-
tueuses mères chrétiennes !
En effet, que les rois s'en aillent, que les empires
s'écroulent, que les États changent leurs bases fonda-
mentales et qu'une nouvelle ère politique s'ouvre-pour
les nations, toutes ces grandes commotions qui déchirent
le flanc des sociétés modernes ne sauraient troubler la
paix des berceaux que vous gouvernez.
Mères, vous êtes des reines dont la couronne ne se
brise pas; votre sceptre est un sceptre d'amour qui ne
s'étend que sur des fronts innocents. Vous présidez aux
— 6 —
vertus du foyer domestique que ne peut éteindre la
tempête du dehors, et vos plus fidèles sujets, ceux, que
vous chérissez avec le plus de tendresse, sont les petits
anges que vous avez dérobés aux cieux et qui ne vivent
que de vos baisers et de vos caresses.
L'intelligence de ces aimables créatures n'étant pas
encore assez développée pour s'effrayer de nos agitations
extérieures, elles ne comprennent bien qu'une seule
chose : le doux sourire de leur mère ! Aussi est-ce sur le
sein materne] qu'elles aiment le mieux à se reposer,
comme de petits avares sur leur plus précieux trésor.
Si donc -les tempêtes politiques sont étrangères aux
jeunes enfants, elles ne doivent retarder ni amoindrir
en rien leur première éducation morale, cette naïve
éducation du coeur qui, commençant au berceau et s'a-
chevant sur les bancs de l'école, se fait, pour ainsi dire,
tout entière sous l'aile de la mère.
Jusqu'à présent peu d'écrivains se sont occupés de la
culture de ces plantes fragiles qui se brisent si facile-
ment , de ces tendres fleurs que le moindre souffle peut
effeuiller dans la tombe. Soit qu'on ne les trouvât point
capables de sentir la poésie, soit qu'on ne les regardât
que comme de petits êtres à l'état intermédiaire qui,
devant bientôt grandir, ne valaient pas la peine qu'on
s'occupât alors" de la formation de leur coeur et de leur
esprit, c'est à peine si quelques poètes ont daigné, jus-
qu'ici faire vibrer accidentellement pour eux une corde
de leur lyre.
Et pourtant, vous savez, ô tendres mères, combien
vos cliers petits anges, vos enfants bien-aimés chérissent
tout ce qui est beau, tout ce qui frappe leurs yeux, tout
ce qui charme leurs oreilles! Un oiseau, un papillon,
une fleur, un fruit, une image ne suffisent-ils pas sou-
vent pour les amuser? N'aiment-ils pas les récits tou-
chants et n'attachent-ils pas, avec avidité, leurs yeux
aux lèvres des nourrices qui leur racontent des histoires
attrayantes?
Il était donc urgent de songer à cette délicate et inté-
ressante portion du genre humain, qui est à la société
ce que les bourgeons sont aux arbres, et de lui consacrer
un volume de poésies qui pût tout à la fois l'instruire et
lui plaire. Tel est le noble but que s'est proposé l'auteur
de cette Lyre, instrument d'un nouveau genre qui, vi-
brant sous les doigts d'un père ou d'une mère, ne
manquera pas de charmer les petits enfants par la dou-
ceur de ses sons.
Quant à la forme de l'ouvrage, le poêle qui l'a conçu
et exécuté, a cru que le genre didactique était celui qui
convenait le mieux à cette espèce de poëme. C'est pour-
quoi il prend, tour à tour, et le langage tendre et per-
suasif du père, et la voix si aimée et si attendrissante de
la mère, empruntant à la poésie du coeur tout ce qu'elle
a de plus vrai, de plus simple, de plus pur et de plus
touchant, pour se faire comprendre et chérir de ses pe -
tits auditeurs.
Bonnes et vertueuses mères, vous dont l'âme a déjà
compris la générosité de mes efforts, agréez, au nom
de vos petits enfants, l'ouvrage qui vous est oifert au-
jourd'hui, et si mes vers parviennent à instruire et à
amuser quelques-unes des chères et innocentes créatures
dont Dieu vous a confié la garde, je me considérerai
comme suffisamment dédommagé de mon travail et de
mes veilles.
Mon livre ne peut manquer de vivre si l'amour ma-
ternel, auquel il est dédié, l'accueille favorablement et
le protège.
ALPHONSE CORDIEH
(de Tours.)
Juin 1850.
PREFACE
DE LA SECONDE ÉDITION.
Le livre que nous rééditons aujourd'hui a été écrit
pour les jeunes enfants, et partant pour les mères chré-
tiennes auxquelles il est dédié. Le plus grand mérite de
l'auteur est de s'être mis à la portée de ses petits lecteurs
qui l'aiment, parce qu'ils comprennent toutes les belles
choses qu'il leur dit. Cet ouvrage, français parla langue
dans laquelle il a été écrit, n'a en réalité aucune nationa-
lité ; car il est, par le fond, de tous les âges et de tous les
pays, puisqu'il chante les joies de la famille et qu'il s'a-
dresse à tous les berceaux.
M. l'abbé Cordier n'était pas encore prêtre, lorsqu'il
publia sa Lyre des enfants. Il la composa pour aider et
cultiver la mémoire de quelques élèves qui lui avaient
été confiés et qui ne pouvaient apprendre par coeur ni
les fables de La Fontaine, ni les beaux \-ers de Florian.
Donnant donc à sa phrase toute la naïve simplicité du
langage enfantin, il parvint à se faire comprendre, rete-
nir et aimer. Ces premiers succès obtenus, il conçut la
pensée de coordonner son travail et de le livrer à la pu-
1.
— 10 —
biicité, afin qu'il profitât à d'autres qu'à ceux pour les-
quels il avait été entrepris.
La Lyre des enfants parut dans une ville de province,
au milieu des agitations et des troubles politiques qui
suivirent la chute de Louis-Philippe. Néanmoins elle fut
bien accueillie par ceux entre les mains de qui elle
tomba. Sa Sainteté le Pape PIE IX daigna envoyer sa bé-
nédiction apostolique à l'auteur, dans une lettre datée
du 7 décembre 1850 et dont voici la traduction :
« Monsieur,
» Yos lettres duxiv°jourdes caleudes du mois de juil-
» let dernier, ainsi que l'exemplaire du livre publié ré-
» cemment en français et dans lequel vous vous êtes ap-
» pliqué à attirer et à exciter les adolescents au culte de la
» piété et de la vertu chrétienne, ont été soigneusement
» remis au Souverain Pontife Pie IX. Si les très-graves
» occupations de la charge apostolique eussent laissé
» quelques instants de loisir à ce même Souverain Pon-
» tife, il n'est pas douteux qu'il ne les eût employés à lire
» un ouvrage qui traite à fond un sujet si beau et qui lui
» plaît tant. C'est ce qui fait que, sur l'ordre de sa Sain-
» teté, je réponds aujourd'hui, Monsieur, pour vous re-
» mercier en son nom de votre envoi. Telle est la volonté
» que le Souverain Pontife a manifestée à votre égard ; il
» vous accorde la Bénédiction Apostolique qui est le gage
» de toute grâce céleste.
- 11 —
» En voustransmettant cette heureuse nouvelle, j e pro-
r> fite volontiers, Monsieur, d'une occasion si favorable
» pour vous assurer de mon entier dévouement et vous
» souhaiter toutes sortes de bonheur.
» Je suis, Monsieur,
» Yotre très-humble et très-attaché serviteur,
DOMINICUS FlORAMONTI,
» Sanctissimi Domini Nosiri
» ab Epistolis Latinis.
» Rome, 7 décembre 1850.
» A Monsieur Alphonse Cordier (de Tours. ) »
A peine l'auteur de la Lyre des enfants avait-il reçu
cette douce et précieuse récompense de sa foi, qu'un de
nos plus grands poètes modernes lui écrivait les lignes
suivantes :
« Je prends le parti de jeter à la poste l'expression du
» plaisir que m'a fait la lecture de votre ouvrage, heureux
» que je suis d'applaudir au projet que vous avez accom-
» pli, en composant pour l'enfance des vers que parents
» et maîtres puissent lui faire apprendre sans inconvé-
» nient.
» Les mères surtout vous sauront gré de la peine que
» vous devez avoir éprouvée à descendre jusqu'à l'intelli-
» gence des plus jeunes enfants, et à graduer vos compo-
» sitions suivant les progrès de l'âge Votre livre est
» une bonne action, et je suis fier, Monsieur, qu'on ait eu
» la pensée de me le faire connaître. Croyez que j'en
» apprécie le mérite et que je lais des voeux pour que le
» succès de ce livre réponde à l'intention qui vous l'a in-
» spire. C'est là une i*écompense que vous devez ambi-
» tionner et que tous les bons coeurs doivent souhaiter à
» votre oeuvre. »
Plusieurs journaux de la capitale et des provinces fi-
rent l'éloge du livre de M. Alphonse Cordier. L'un d'eux,
le Journal de Lille, disait à ce sujet :
« Si c'est une chose difficile que de faire un livre hors
» de Paris et sans l'appui d'un patronage influent, quels
» obstacles ne faut-il pas surmonter lorsqu'il s'agit d'un
» volume de vers, et de vers honnêtes et chrétiens adres-
» ses à de petits enfants. C'est triste à dire ; mais il est cer-
» tain qu'aujourd'hui un recueil de pensées sages, mo-
» raies, de conseils salutaires, d'exemples d'une saine
» vertu a bien moins de chances d'être lu que ces livres
» qui s'adressent seulement aux passions et n'enseignent
» rien à l'homme, sinon aies satisfaire à quelque prix
» que ce soit. Il y a dans toute chose une question d'op-
» portunilé qui influe d'une manière considérable sur cer-
» taines oeuvres et, il faut bien l'avouer, ce n'est pas à une
» époque de révolution, à une époque où les esprits, pré-
» occupés au plus haut point de questions politiques et
» sociales, sont excités, irrités même par les ardentes dé-
— 13 —
» elamations des ambitieux et les chimères des utopistes;
» ce n'est pas, dis-je, à une pareille époque qu'il faut
» raisonnablement espérer que l'attention publique se
» portera vers un volume de poésie, quelque valeur qu'il
» ait d'ailleurs.
» Ces réflexions qui naissent naturellement en voyant
» le livre de M. Cordier (de Tours), le jeune auteur a
» dû sans doute les faire et, ceci soit dit à sa louange, elles
» ne l'ont pas arrêté. Au contraire, comme tous les es-
» prits justes et courageux, M. Cordier s'est dit quepuis-
» que le sentiment de la moralité s'affaiblissait au sein
» d'une société que chacun cherche à l'envia corrompre
» et à détruire, puisque les croyances religieuses étaient
» menacées, les convictions mortes, le sens du juste et
» du vrai perdu, loin d'abandonner le combat et de se
» réfugier dans un lâche égoïsme, c'était précisément
» l'heure d'agir, d'écrire, de parler. Il s'est dit qu'aux
» jours de crises, tout citoyen doit à la société en raison
» de son intelligence et de ses forces. 11 a voulu, en
» homme de bien, lui, payer sa dette, et il faut haute-
» ment le reconnaître, il a réussi.
» La Lyre des Enfants serait un charmant recueil de
» poésie, si elle n'était aussi une oeuvre essentiellement
» morale, et à ce double titre elle sera lue non-seulement
» par la blonde génération à qui elle est adressée, mais
» encore par les hommes sérieux et surtout par les mè-
- u —
» res de famille qui y trouveront des consolations pour
» toutes les peines, des sourires pour tous les bonheurs.
» Cependant, il faut le reconnaître, c'est aux enfants que
» M. Cordier a voulu parler; c'est à eux qu'il s'adresse;
» il leur emprunte ce langage touchant et familier qui
» est leur apanage et qu'il a revêtu d'un brillant man-
» teau de poésie ; on voit qu'il les aime, qu'il les com-
» prend, qu'il veut en être aimé. A chaque page éclatent
» ces sentiments tendres et doux qu'inspirent ces petites
» têtes blondes, ces yeux purs et innocents où les larmes
» sèchent si vite, ces bouches roses et fraîches où le sou-
» rire des anges semble se refléter.
» M. Cordier a pris pour épigraphe de son livre ces
» douces paroles du Christ : Sinite parvulos venue ad
» me...
» Yoici comment il les a traduites :
» Enfants, venez à moi, ma bouche vous dira
» Des mois que votre coeur sans peine comprendra :
» Je veux vous enseigner à devenir bien sages,
» Et du livre de Dieu vous montrer les images;
» Moi, je veux vous apprendre à prier le Seigneur,
» A conserver longtemps votre aimable candeur ;
» A couvrir de baisers le front de vos bons pères ;
» A presser dans vos bras le cou blanc de vos mères ;
» A caresser l'aïeule, assise en son fauteuil,
» Et dont bientôt, hélas ! vous porterez le deuil ;
» A sourire aux anus de votre heureuse enfance,
» Qui de vous, à toute heure, éloignent la souffrance,
» Et qui, vous conduisant dans le chemin du ciel,
» Boivent toute l'absinthe et vous laissent le miel!
« Comme on peut le voir, ce sont là de jolis vers, dic-
» tés par le sentiment religieux le plus pur. D'autres mor-
» ceaux de La Lyre des enfants renferment des leçons
» d'histoires auxquelles M. Cordier a su donner une
» forme attrayante et faite pour inspirer à ceux qu'il
» appelle ses petits amis le désir de l'étude, tout en meu-
» blant ces petites têtes d'idées justes sur la plupart des
» faits historiques. La mort des Fils de Clodomir, la
» triste destinée d'Arthur de Bretagne, les Enfants d'E-
» douard, le Louis XVII, le Massacre des Innocents, et
» mille autres faits historiques, ont fourni à M. Cordier
» l'occasion de récits pleins de charmes et de sages le-
» çons. Tout cela est rempli de vers heureux où rayonne
» une morale douce et pure comme le coeur d'un enfant.
» La Lyre des Enfants a été, au reste, accueillie avec
» une grande faveur, et il est certain que ce succès s'ac-
» croîtra encore. Dans un temps où les mauvais livres
» sont si communs, un bon ouvrage peut avoir quelque
» peine à se faire jour, mais au fur et à mesure qu'il est
y> connu, il est apprécié et son succès ne peut que gran-
» dir. C'est ce qui arrivera pour La Lyre des Enfants. »
Le Spectateur de Dijon, la Liberté d'Arras, le Cor-
respondant, la Bibliographie Catholique et plusieurs
— 16 —
feuilles de l'époque parlèrent dans le même sens.
M. Cordier qui, jusqu'en 1851, s'était spécialement
occupé de l'éducation morale de l'enfance, tourna alors
ses regards du côté du sanctuaire et embrassa l'état ec-
clésiastique. Il annonce lui-même son pieux dessein à
ses petits amis, dans les derniers vers de son livre, lors-
qu'il dit :
» Adieu donc, ô ma lyre, adieu doux instrument
» Qui rendais de mon coeur le moindre sentiment,
» Toi qui vibras toujours pour instruire l'enfance
» Ou pour chanter du ciel l'amour et l'espérance !
» Adieu, l'aquilon souffle; adieu, ma lyre, adieu;
» Cache-toi maintenant à l'ombre du saint lieu! »
Devenu prêtre, l'auteur de la Lyre des Enfants publia
son beau volume des Catacombes Romaines et son His-
toire des Martyrs et Bourreaux de 1793; mais, ne per-
dant pas de vue ceux pour qui il avait toujours montré
un amour de prédilection, il retoucha et augmenta con-
sidérablement le charmant livre qu'il avait autrefois écrit
pour les enfants, et confiant son nouveau travail à un
libraire de la capitale, il lui permit ainsi d'en donner une
seconde édition qui, beaucoup plus complète que la pre-
mière, aura, nous l'espérons, le même succès.
Paris, 1857.
PRÉLUDE.
« Sinite parvulos venire ad me !... »
« Laisse/, venir a moi les pelils enfants!... v
{Evangile selon saint Matthieu.)
Oh ! laissez-les venir pour que je les caresse !
Que leur futile rieuse à mes côtés se presse !
Qu'ils s'attachent, à moi, montent sur mes genoux,
Sans craindre de jamais exciter mon courroux !
Je ne gronderai pas, enfants, si vos doigts roses
Déchirent mes papiers ou ravissent mes roses;
Si du verger vos dents attaquent chaque fruit,
Ou si vous remplissez tout mon logis de bruit.
Non, non ! ne craignez rien, vous serez tous les maîtres.
Je ne sais point tenir le langage des traîtres ;
Tout ce que je possède, à présent, vous l'aurez ;
Ici vous serez rois, et seuls vous régnerez !
Enfants que l'Innocence a pris nus dans sa robe,
Doux trésors que le temps si vite nous dérobe,
- 18 —
Venez, vous dont le coeur n'aime rien à demi,
Venez vous reposer dans les bras d'un ami,
Sur le sein d'un poëte aimant, tendre et sensible,
Que toutes les douleurs ont percé comme un crible,
D'un barde qui se plaît auprès de vos berceaux;
Qui chérit, comme vous, les fleurs et les oiseaux ;
Qui, chantant dans ses vers votre amour et vos charmes,
Voudrait, en un seul jour, tarir toutes vos larmes !
Enfants, venez à moi, ma bouche vous dira
Des mots que votre coeur sans peine comprendra :
le veux vous enseigner à devenir bien sages,
Et du livre de Dieu vous montrer les images ;
Moi, je veux vous apprendre à prier le Seigneur ;
A conserver longtemps votre aimable candeur ;
A couvrir de baisers le front, de vos bons pères;
A presser dans vos bras le cou blanc de vos mères ;
A caresser l'aïeule, assise en son fauteuil,
Et dont bientôt, hélas ! vous porterez le deuil ;
A sourire aux amis de votre heureuse enfance,
Qui de vous, à toute heure, éloignent la souffrance,
Et qui, vous conduisant, dans le chemin du ciel,
Boivent toute l'absinthe et vous laissent le miel !
Accourez, chers agneaux ; venez, blanches colombes,
Vous dont les nids soyeux vont se changer en tombes ;
LE FOYER DOMESTIQUE.
« Conjjrcgalepaivulos.el ïugeu!es
» ubera... »
« Réunissez autour de moi les ye-
» 1 i 1s enfants et ceux qui sont fiï-
») core a la mamelle... »
(Joël, «h. n.)
A TOUS LES PETITS ENFANTS CATHOLIQUES.
Soit que je vous connaisse ou que je vous ignore,
Enfants que l'Innocence en ses bras porte encore,
A vous ces premiers chants d'un poëte chrétien
Qui de tous vos berceaux s'est fait l'ange gardien ;
A vous petits garçons, à vous petites filles,
Doux trésors du foyer de toutes les familles,
A vous ces vers du coeur qui chantent votre Foi.
En retour, mes amis, ah ! priez Dieu pour moi !
— 22 —
1
LA PRIÈRE DU MATIN.
Notre Père des cieux, Dieu que mon père adore,
Qui répands sur les fleurs les larmes de l'aurore,
Qui fais briller, là-haut, un grand soleil si beau,
Qui donnes à la nuit la lune pour flambeau ;
Toi qui dores les blés, ô Roi de la nature,
Que ton nom soit béni par toute créature!
Sur les ailes des vents qu'il traverse les mers,
Pour rendre au malheureux ses chagrins moins amers ;
Que l'air le dise aux flots et les flots à la rive !
Que ton règne équitable, ô Seigneur nous arrive !
Qu'ici-bas, comme au ciel, ta sainte volonté
S'accomplisse à présent et dans l'éternité !
Toi qui nourris l'oiseau, sous l'épaisse feuillée,
Qui prends soin de la fleur au fond de la vallée;
Toi qui revêts le lis d'une robe d'argent,
Ecoute les soupirs que pousse l'indigent;
Donne à l'enfant qui pleure, au pauvre enfant sans mère,
Les aliments du jour que donne tout bon père,
Le berceau, les habits, les tuniques de lin,
Et sèche de tes doigts les yeux de l'orphelin.
Pour moi. je te demande aussi le pain de vie,
Les vêtements bien chauds, qu'en hiver l'on envie,
— 23 —
Les joujoux, les bonbons que l'on donne aux enfants
Qui, durant huit longs jours, n'ont point fait les méchants !
Pauvre petit pécheur, à toi je m'abandonne,
Pardonne-moi, bon Père, ainsi que je pardonne!
Que ton ange sur moi veille pendant l'exil :
Délivre-moi du mal, Seigneur. — Ainsi soit-il ! —
Je te salue, ô Vierge, ô très-sainte Marie,
Qui de l'enfant Jésus es la mère chérie,
Reine que visita l'archange Gabriel,
Toi qui vois à tes pieds les étoiles du ciel,
Chaste épouse de Dieu, que ta main protectrice
S'étende sur mes soeurs, mes frères, ma nourrice ;
Qu'elle garde mon père au milieu du danger,
En rendant son coeur pur et son fardeau léger 1
Mais, ô fleur d'innocence, ô ma douce patronne,
Prépare pour ma mère une belle couronne,
Sur son front attristé verse un rayon d'espoir,
Et pour elle toujours rends l'horizon moins noir !
Ma mère! oh! tu sais bien, avec quelle tendresse,
La main de son enfant, chaque jour, la caresse!
Donne-lui le bonheur, donne-lui la santé ;
Vierge, fais que je sois digne de sa bonté !
Ange que pour aimer Dieu lui-même m'envoie,
Guide mes faibles pas dans la céleste voie ;
- îk-
Fais donc que je sois sage, humble et gentil garçon,
Que j'apprenne toujours, sans faute, ma leçon,
Qu'aux ordres maternels je me montre docile,
Et que pour moi le bien ne soit point difficile!...
2
LE PREMIER MOT.
11 est un mot sacré, bien plu^ doux à lui seul
Que tout ce qui se dit des langes au linceul ;
Un mot, ô mes enfants, qui résume en lui-même
Tout ce que la tendresse a de douceur extrême,
Tout l'amour qu'en son sein nous garde l'avenir ;
Un mot que notre coeur doit à jamais bénir ;
Un mot dont notre oreille est par deux sons frappée
Et qui vaut cent fois plus qu'une longue épopée ;
Un mot qui, prononcé pour la première fois,
Rend le front paternel plus gai que ceux des rois,
Qui déride celui de la vieille grand'mère
Et procure à l'aïeul un plaisir éphémère ;
Un mot, depuis longtemps, avec crainte attendu,
Et qui fait tressaillir lorsqu'il est entendu ;
Un mot consolateur qui rend la joie à l'âme,
Mot que la jeune mère avec ardeur réclame,
Doux mot que sa voix pure aime à faire épeler
Et dont le père heureux veut s'entendre appeler ;
— 25 —
Mot qui dit beaucoup plus que toutes les harangues
Et que nous retrouvons presqu'en toutes les langues ;
Mot que l'enfant bégaie, avec le môme amour,
Des bords du Pamisus aux rives de l'Adour,
Du pays des Saxons à celui du Sarmate,
Et qui trouve un écho de la Seine à l'Euphrate ;
Mot que l'orphelin seul n'ose plus prononcer,
Mais que d'un coeur aimant rien ne peut effacer !
Enfants, ce premier mot, sorti de votre bouche,
Quand votre père était penché sur votre couche,
Et que l'empressement en deux moitiés coupa,
Oh ! c'est le mot si tendre et si doux de Papa !...
Voilà, mes bien-aimés, la parole sacrée,
Le premier mot par qui toute langue se crée !
o
O
LE SEIN D'UNE MÈRE.
Sais-tu, mon bel enfant, aux deux grands yeux d'azur,
A la bouche vermeille, au front candide et pur,
A la peau satinée, aux épaules qu'inonde
De flots longs et bouclés ta chevelure blonde ;
Enfant dont le sourire apaise tout courroux,
Dont la voix argentine a le timbre si doux,
Qui marches parmi nous, sans toucher notre fange,
Et que semblent porter les deux mains d'un saint ange ;
2
Dis-moi, sais-tu .l'endroit où l'on s'endort le mieux.
Le berceau le plus chaud, le nid le plus soyeux ?
L'endroit où la paupière à peine demi-close,
Chaque petit enfant plus mollement repose,
Quand, fatigué du jour et des feux du soleil,
Son oeil bleu, qui se gonfle, appelle le sommeil ?
Sais-tu quel est le lieu dans lequel, à toute heure,
Il peut aller, sans crainte, établir sa demeure ?
Sais-tu quel est l'endroit où bravant l'ennemi,
Tant de fois, mon enfant, doucement endormi,
Tu fus bercé des bras et des chants de la femme
Qui dans les deux avait été chercher ton âme ?
Connais-tu cet endroit, palais de marbre et d'or,
Où les petits enfants vont cacher leur trésor,
Où toujours sur leur bouche, étrangère aux mensonges,
Vient s'abattre l'essaim si joyeux des doux songes;
Où rien ne peut troubler leur repos bienfaisant ;
Rien, sinon les baisers que leur père, en passant,
Dépose sur leur front d'une lèvre attendrie,
Sinon la voix de l'ange à leurs côtés qui prie ?
Dis-moi, sais-tu la source où tu puisas le lait
Qui jadis, pour toi seul, à chaque instant coulait ?
Le sein qui te nourrit, une année tout entière ?...
— Oui, je le connais bien ; c'est le sein de ma mère !...
27
4
PETITS FRÈRES ET PETITES SOEURS.
Heureux l'aimable enfant qui se fait un bonheur
D'aider son petit frère ou sa petite soeur!
Heureux le premier-né de la jeune famille
Qui préside, le soir, ses jeux sous la charmille,
Et qui, presqu'aussi fier qu'un sénateur romain,
Au plus faible de tous marche en donnant la main !
Voyez-vous, mes enfants, mes pauvres petits hommes,
Nous devons nous aimer sur la terre où nous sommes,
Nous unir fortement et nous prêter secours ;
Le coeur est un ruisseau qui doit suivre son cours,
Un foyer dont la flamme à toute heure rayonne
Et duquel on ne doit faire éloigner personne !
La haine, dont l'orgueil sait grossir chaque flot,
Ne vous a pas encor donné son triste lot ;
Observant de l'amour la loi sainte et suprême,
Votre bouche sourit à tout ce qui vous aime;
D'un coeur sensible et bon remplissant le devoir,
Vous aimez, mes enfants, sans même le savoir!
Ah ! puisque l'ennemi de toute créature
Ne jette point de liel dans votre nourriture ;
— 28 —
Puisque le noir Satan, caché dans les enfers,
N'a point encor pour vous forgé de brûlants fers ;
Puisque vous possédez, précieuses richesses,
Vos baisers innocents et vos fraîches caresses,
Partagez entre vous, ainsi que des vainqueurs,
Tous ces nombreux trésors, entassés dans vos coeurs!...
Après vos grands parents, vos pères et vos mères,
Votre amour appartient à tous vos petits frères,
A vos petites soeurs, ces frêles arbrisseaux,
Qui poussent comme vous au bord- des mêmes eaux ;
Agneaux de quelques jours, chez qui rien n'est immonde,
Et qui sont, après vous, entrés dans notre monde ;
Fleurs qui n'ont pas encor vu, deux fois, le matin ;
Lis dont s'ouvrent déjà les robes de satin ;
Chérubins, condamnés au fardeau de la vie,
Et que le ciel jaloux regrette et nous envie;
Anges dont votre mère a construit les berceaux
Et qui dorment la nuit, entre de blancs rideaux !
Vous, comme étant l'aîné, comme étant le plus sage,
De vos droits auprès d'eux vous devez faire usage,
Les faire tous valoir, ou bien vous avez tort ;
Vous êtes le plus grand, vous êtes le plus fort,
Au milieu d'eux, chacun, en passant, vous remarque.
Vous devez donc, enfant, déjà petit monarque,
— 29 —
Exercer tous vos droits ; or, vos droits les voici :
— Soutenir celui-là, défendre celui-ci ;
Augmenter leurs plaisirs, dissiper leurs alarmes;
Essuyer leurs doux yeux, quand ils versent des larmes :
Éloigner, chaque jour, leurs pas de tout danger ;
Contre le noir chagrin savoir les protéger;
Dérober leur pied rose à l'épine qui blesse ;
Les environner tous d'une égale tendresse ;
Partager avec eux vos joujoux et vos fruits ;
Ne les quitter jamais, durant les sombres nuits ;
Leur apprendre vous-même à devenir dociles,
Et que de la vertu les chemins sont faciles.
Puis, vous devez encor leur indiquer comment
Un enfant se soustrait, parfois, au châtiment,
Lorsqu'il a contristé le coeur de son bon père,
En faisant le méchant qui pleure de colère,
Qui déchire, qui frappe et fait le laid garçon,
Comment il doit alors implorer son pardon.
Mais, vous devez surtout (ce sont des choses justes)
Chérir bien plus vos soeurs, frais et jolis arbustes,
Charmants roseaux, bercés par le moindre zéphyr,
Colombes dont les yeux ont l'éclat du saphyr ;
Leur sourire est si doux, leur tête si gentille....
Petit garçon toujours défend petite fille!
2.
— 30 —
Vous devez être fier, heureux et triomphant
De défendre et d'aimer les faibles, mon enfant ;
Des riches et des forts, c'est là le privilège,
Il faut bien protéger pour que Dieu nous protège !
Aimez donc ces agneaux, nés dans votre bercail;
Baisez avec amour, leurs lèvres de corail ;
Caressez tendrement leur chevelure blonde
Qui flotte sur leur cou, comme l'esquif sur l'onde ;
Passez vos doigts légers sur leur front satiné
Que la sombre douleur n'a jamais chagriné;
Bercez-les dans vos bras, durant les longues veilles,
Et murmurez ce chant, le soir, à leurs oreilles :
— « Chères petites soeurs, petits frères mignons,
» Abeilles que voudraient dévorer les frelons;
» Séraphins qui dormez, enveloppés de langes,
» Je suis à vos côtés, ne craignez rien, chers anges ;
» Auprès de vos berceaux l'amour a ses gardiens,
» La tendresse d'un frère est le meilleur des biens!... »
Ah ! mon ami, plaignez, plaignez l'enfant sans frère,
Pour courir avec lui dans la haute bruyère,
Dans les genêts dorés, les lilas du jardin,
Sous les arbres touffus qui bordent le chemin ;
Pour folâtrer ensemble, à travers la prairie ;
Pour répondre à sa voix et qui chante et qui crie ;
Pour renvoyer sa balle ou frapper son cerceau ;
Pour reposer, la nuit, dans le même berceau.
Plaignez le pauvre enfant qui s%ul toujours s'amuse
Et dont chaque joujou, sans nul bruit, hélas ! s'use
Qui, du plus pur amour ignorant les douceurs,
N'a jamais embrassé de frères ni de soeurs;
Qui, près du grand foyer, où la flamme pétille,
Forme presqu'à lui seul le cercle de famille,
Et qui, lorsqu'il lui faut à la table s'asseoir,
Sans petits compagnons, prend le repas du soir.
Oui, plaignez cet enfant qui vainement réclame
Un frère pour aimer, une âme pour son âme!...
5
LES GENOUX D'UN PÈRE.
Mon coeur est triste, enfant, laisse,-là tes joujoux ;
Viens un instant, mon fils, t'asseoir sur mes genoux.
Pardonne si ton père, à présent, te dérange;
Mais il veut caresser ta tête, mon cher ange,
Coller sa bouché en feu sur ton beau front si pur,
Rafraîchir son regard dans tes deux yeux d'azur.
Viens, je raconterai quelque charmante histoire,
Un conte de brigands, gardé dans ma mémoire,
— 32 —
Une antique légende aux faits miraculeux,
Ou bien je te ferai des récits fabuleux.
Des contes! Non, cela laisse l'âme trop vide,
Et la mienne d'amour est maintenant avide.
Viens à moi, viens, mon fils, ton père te dira
Des choses que ton coeur bien longtemps retiendra!
Connais-tu, doux agneau, mes droits à ta tendresse ?
Sais-tu, mon bien-aimé, pourquoi je te caresse?
Pourquoi je suis heureux, lorsque tu viens, le soir,
Gentil, comme à présent, sur mes genoux t'asseoir?
Le Seigneur te créa petit mouton sans laine,
Ta mère et moi t'avons chauffé de notre haleine,
Endormi dans nos bras, couché dans un berceau,
Arrosé, nuit et jour, frêle et Lendre arbrisseau.
Oui, tu dois chérir Dieu, comme sa créature,
Mais, nous t'avons donné, mon fils, la nourriture.
Nous t'avons défendu contre l'hiver glacé
Par un chaud vêtement bien souvent remplacé :
Nous t'avons prodigué, dans ta couche mobile,
Les mille soins voulus par ton être débile.
Chaque fois que tes yeux se remplissaient de pleurs,
Ton père, mon amour, ressentait tes douleurs :
Le moindre cri poussé redoublait ses alarmes ;
11 eût versé son sang pour arrêter tes larmes!
Puis, lorsque tu devins, plus tard, un grand garçon,
C'est lui qui te donna la première leçon :
Qui, se rendant pareil aux enfants de ton âge,
T'apprit de tes joujoux à faire un bon usage;
Qui, te tendant la main, quand tu voulus marcher,
Eloigna le caillou qui t'eût fait trébucher;
Qui, vingt fois dans le jour, se faisant ton semblable,
S'amuse à te bâtir des châteaux sur le sable.
Tu me dois, après Dieu, l'existence et le pain-
Mon titre à tes baisers est-il un titre vain?
Mais, tu ne connais pas les tourments de la vie ;
Seul, à présent, mon fils, le plaisir te convie
A son premier banquet, à son plus doux festin :
Moi, je suis à midi, toi, tu n'es qu'au matin.
L'oiseau qui, jeune encore, est nourri par sa mère
Ne lui demande pas d'où vient la graine amère,
D'où vient l'insecte ailé, d'où vient le vermisseau
Qu'il mange, chaque jour, au fond de son berceau.
Pour te nourrir, enfant, il faut que je travaille,
Ma main doit séparer le froment de sa paille,
Semer, chaque matin, pour recueillir, le soir,
Emoûsser la faucille, épuiser l'arrosoir,
— 34 -
Guider dans les sillons le soc de la charrue,
Couper l'herbe des prés par la chaleur accrue.
Souvent sur le papier se hâtant de courir,
Il faut, ô mon enfant, il faut pour le nourrir
Que ma plume s'applique à trouver une rime,
Douce pour la vertu, sanglante pour le crime ;
Il faut que mon esprit, toujours grave et rêveur,
Cherche tous les moyens d'obtenir la faveur ;
Oui, mon enfant, il faut que, toute la journée,
Par les noeuds du travail ma main soit enchaînée.
Hélas ! triste héritier du crime paternel,
L'homme lave en ses pleurs son vice originel !
Eh bien ! lorsque, le soir, abandonnant l'étude,
Ou revenant des champs rempli d'inquiétude,
Je rentre à mon foyer, n'est-il pas juste alors
Que tu m'ouvres, mon fils, tes plus riches trésors,
Et qu'enchaînant mon cou de tes petits bras roses,
Tu verses tes baisers sur mes deux lèvres closes?
L'amour fait tant de bien, quand le coeur est souffrant,
Qui me caressera si ce n'est mon enfant?...
Ange qui me dois tout, tout jusqu'à la naissance,
Je ne veux rien de toi que la reconnaissance,
— 35 —
Qu'un peu de ton amour dont je suis affamé.
L'enfant qui n'aime pas ne sera pas aimé!
Entre ta mère et moi partage tes richesses :
Donne lui tes baisers et j'aurai tes caresses.
Je ne puis à moi seul prendre tout le butin,
l'a mère doit avoir ton sourire, au matin ;
Mais, lorsque je reviens, accablé de fatigue,
Le soir, tout est à moi, tu dois être prodigue!
Bien mieux, ô mon enfant, tu comprendras un jour,
Pourquoi le coeur d'un père a tant besoin d'amour!
6
LE COMMENCEMENT DU VOYAGE.
Mes bien-aimés, la vie est pour nous un voyage
Que nous faisons à pied, chargés d'un lourd bagage :
C'est un chemin mauvais, de cailloux hérissé,
Où déjà, bien souvent, votre ami s'est lassé ;
Une route, en tous sens, par des torrents coupée,
Où l'âme à plus d'un piège est, hélas ! attrapée,
En cela ressemblant à l'ignorant oiseau
Qui vient manger le grain, placé dans un réseau.
Au filet des douleurs, malheureuse colombe,
L'homme se prend cent fois, avant que dans la tombe
— 36 —
Il aille reposer ses membres fatigués
D'avoir dans le chemin traversé tant, de gués !
Ce voyage, pour vous, enfants, commence encore,
Votre oeil de notre jour n'aperçoit que l'aurore ;
Les rayons du soleil ont doré seulement,
A l'horizon lointain, les bords du firmament ;
Son foyer radieux dont la chaleur féconde,
Pour vous n'a pas encore étincelé sur l'onde ;
À ses molles clartés vos yeux à peine ouverts
N'ont fait que d'entrevoir des fleurs dans les prés verts.
Vos blanches mains encor n'ont cueilli que des roses •
Nul caillou n'a blessé vos deux petits pieds roses ;
Les soucis dévorants, les travaux ennuyeux
N'ont point en longs sanglots changé vos cris joyeux.
Vos sentiers, au contraire, ombragés de verdure,
Ont toujours côtoyé le ruisseau qui murmure,
Entre deux frais tapis de mousse et de gazon ;
Aucun orage encor ne gronde à l'horizon;
La souffrance n'a point rendu votre front morne ;
Vous n'avez du chemin dépassé qu'une borne,
Vous n'avez, en marchant, rencontré que des fleurs,
Pourquoi vos yeux d'azur verseraient-ils des pleurs ?
Tandis qu'à son banquet le bonheur vous invite
A son rare sourire, enfants, répondez vite !
Courez et folâtrez dans les champs embaumés;
A travers les sillons qui sont tout parsemés
De liserons grimpants, de nielles montantes,
De ponceaux, de bluets, aux robes éclatantes
Que l'on prendrait de loin, magnifique trésor,
Pour de brillants rubis enchâssés dans de l'or,
Pour des saphirs tombés de la voûte azurée
Et par Dieu répandus sur la moisson dorée ;
Puisez la vie, enfants, comme font les oiseaux,
Dans l'air pur, les bois verts, les prés et les roseaux ;
Puisez-la dans la source à l'onde cristalline
Qui baigne, en murmurant, le pied de la colline ;
Puisez-la dans l'hiver, blanchi par les glaçons ;
Dans le printemps fleuri qui verdit les buissons,
Dans l'été couronné d'épis et de verveines,
Et dans la pâle automne, aux humides haleines;
Puisez-la dans les lis que berce le zéphyr,
Dans tes flots où l'aurore aime à se rafraîchir;
Mais surtout, puisez-la, vous que l'amour altère,
Dans les baisers si doux de votre tendre mère,
Dans l'éclair qui jaillit du regard paternel,
Dans tout ce qui vous aime et doit être éternel !...
.'i
— 38 —
De fleurs, mes bien-aimés, couvrez vos blondes têtes !
L'enfance est pour nous tous la plus belle des fêtes,
Celle dont le remords ne suit point les plaisirs
Et qui n'a rien d'impur dans ses nombreux désirs;
C'est l'âge où la douleur nous trouve inaccessibles,
Où l'espoir nous suspend à ses rameaux flexibles,
Comme à l'arbre, en automne, on voit pendre le fruit;
Où nous rêvons le jour sans redouter la nuit ;
L'âge d'or, où pour nous le voyage commence,
Où la sagesse austère alors serait démence,
Où nous sommes heureux sans comprendre pourquoi,
Où du Seigneur encor nous épelons la loi !
Puisque, boutons charmants, vous venez tous d'éclore
Sous les féconds baisers de la brillante aurore,
Livrez donc à la brise, aux zéphyrs amoureux
Votre fraîche figure et vos jolis cheveux.
Folâtrez, mes enfants, couronnez-vous de roses.
Avant que le chagrin vous rende tout moroses,
Avant que les soucis, avant que les douleurs
Changent vos deux beaux yeux en deux sources de pleurs !
7
L'ÉTUDE.
Il est un temps pour tout dans cette courte vie :
Tantôt à son bnnq'iet le plaisir nous convie ,
-— 39 —
Tantôt c'est le travail qui courbe notre front.
Vous devez faire aussi ce que les autres font,
Si'vous voulez, enfants, acquérir la science
Qui mûrira les fruits de votre intelligence.
Au labeur le péché condamna les humains,
Et c'est pour travailler que nous avons des mains.
L'un met dans le sillon la semence féconde,
L'autre abat le sapin qui doit flotter sur l'onde ;
Celui-ci du brasier où fondent les métaux
Retire un fer rougi que frappent les marteaux ;
Celui-là, mélangeant les couleurs sur la soie,
Tisse les beaux habits que l'on porte avec joie.
Le savant, nuit et jour, sur son livre pâlit,
Afin d'approfondir ce que son regard lit,
Afin de contempler de l'oeil de la pensée
Tout ce que ne voit pas une foule insensée.
Le poêle, qui chante et fortune et revers,
Ecrit sur le papier lentement ses beaux vers,
Tandis que, retiré loin des vains bruits du monde,
Le moine nous fait part du bonheur qui l'inonde
Dans des livres pieux, qu'on ne lit qu'à genoux
Et dont la phrase exhale un parfum pur et doux.
Chacun doit, comme il peut," combattre dans la lice,
Apporter ou rouler sa pierre à l'édifice ;
— /|0 —■ .
("est un devoir sacré qu'un chrétien n'omet pas,
Sans trouver le remords en face du trépas.
Ainsi, vous, mes enfants, laissant les jeux futiles,
Vous devez travailler pour devenir utiles
A ceux qui dans le monde, après Dieu, vous ont mis,
Pour défendre l'État contre ses ennemis,
Pour prêter au malheur une main secourable,
Pour être aimé du grand comme du misérable,
Pour relever le front, au milieu du danger,
Pour servir, en tout temps, et savoir protéger.
Eh bien ! si vous voulez acquérir la sagesse •
Qui, jointe à l'innocence, orne votre jeunesse
D'une vive auréole et d'un manteau d'honneur,
Vous devez, mes enfants, demander au Seigneur
Qu'il ouvre votre esprit, votre coeur, vos paupières
A tous les sentiments, à toutes les lumières ;
Qu'il vous donne le goût du silence pieux
Où l'âme recueillie entend parler des deux;
Qu'il ôte de vos coeurs toute sollicitude,
Hors celle du travail dans le temps de l'étude !
Qu'il est beau, mes amis, mes chers petits agneaux,
D'écouter, chaque jour, quelques récits nouveaux;
D'épeler, à genoux, les mots de la loi sainte
Dans un livre doré que l'on ouvre avec crainle;
_ /,i _
D'apprendre tous les noms des monarques hébreux
Qui du divin Messie ont été les aïeux;
De prêter au prophète une oreille attentive,
N'importe que sa voix soit joyeuse ou plaintive ;
De contempler l'image où de vives couleurs
Ont peint l'Enfant-Jésus et l'Homme des douleurs!
Qu'il est beau de savoir le principe des choses,
De connaître celui qui parfume les roses,
Qui fait pleuvoir les lis sur l'herbe de nos champs
Et que l'oiseau du ciel célèbre dans ses chants!
Qu'il est beau d'admirer l'oeuvre de la nature,
De remplir-le devoir de toute créature,
Dans les larges chemins de prendre le milieu
Et de savoir pour nous ce qu'a fait le bon Dieu!
Tout ce que votre esprit désire tant comprendre,
Oui, c'est l'étude, enfants, qui pourra vous l'apprendre.
8 -
LA PROMENADE.
Un beau soleil de mai .brille dans le ciel bleu,
Vous savez vos leçons, nous sortirons un peu.
Accrochez à présent les deux fermoirs de cuivre
Qui retiennent captifs les feuillets dans le livre;
- 42 -
Otez vos sarreaux gris et prenez vos chapeaux.
Nous irons chercher l'ombre au pied des grands coteaux ;
Nous irons promener dans la verte prairie
Et cueillir dans les bois l'aubépine fleurie.
Les plus grands aux petits donneront tous la main ;
Les désobéissants seront punis demain.
Quand le printemps revient, que la nature est belle!
Quel superbe manteau la terre met sur elle !
Dans les prés reverdis murmurent les ruisseaux,
Partout s'ouvrent des fleurs ou chantent des piseaux ;
Caressant les buissons de sa plus douce haleine,
Le zéphyr amoureux seul est roi de la plaine.
Tous les bosquets du parc sont maintenant semés
De muguets odorants, de lilas embaumés :
De tous côtés on voit des milliers de fleurettes
Arrondir dans les champs leurs corolles coquettes;
On rencontre partout le léger papillon,
Le brillant scarabée et l'innocent grillon.
Sur les arbres blanchis l'abeille qui bourdonne
Cherche déjà le miel que sa ruche nous donne.
Tandis que l'hirondelle, au faîte de sa tour,
Bâtit le nid de glaise où l'enchaîne l'amour.
— 43 —
Vous voyez, mes enfants, que toute la nature
Pour vous plaire a repris sa plus riche ceinture,
Ses plus beaux vêtements, tissus de soie et d'or,
Que le printemps jaloux garde dans son trésor.
Respirez cet air pur que parfument les roses,
Les narcisses rêveurs, les jacinthes écloses,
L'aimable violette au front toujours penché,
La primevère jaune et l'oeillet panaché :
Dilatez vos poumons, aspirez à votre aise
La brise qui descend de la haute falaise,
Qui surgit du grand lac dont se rident les flots,
Souffle presque divin, chéri des matelots,
La brise, âme des champs, la brise qui s'élève
Pour faire dans les fleurs mieux circuler la sève !
Oh ! l'air ici n'est pas, comme dans la cité,
Par un miasme impur chaque jour infecté !
Suivons le frais sentier que bordent l'aubépine,
Et les genêts dorés, et la pâle églantine,
Et le large noyer dont l'ombre au loin s'étend,
Et le saule courbé dont le vieux tronc se fend,
Et le fossé rempli d'une eau toujours dormante
Où la grenouille verte, en été, saute et chante.
Côtoyons à présent le torrent qui mugit;
Gravissons le rocher qui tout à coup surgit ;
- 44 -
Traversons le ruisseau sur la planche légère,
Frêle pont de sapin jeté pour la bergère.
On ne peut triompher sans faire des efforts,
L'exercice en tout temps, mes enfants, nous rend forts,
Marchons d'un pas égal : celui qui va trop vite
Retrouve-un peu plus loin le danger qu'il évite!
Nous sommes arrivés, arrêtons-nous ici :
Ensemble asseyons-nous sur l'herbe que voici.
II faut sécher nos fronts qui réclament de l'ombre,
Avant de pénétrer dans le bois frais et sombre
Où vous voulez courir, pour ravir aux oiseaux
Les nids qu'ils ont cachés sous les épais rameaux:
Pour ramasser la fraise entre l'herbe qui pousse,
Comme un grain de corail enchâssé dans la mousse;
Pour cueillir la noisette encore dans sa fleur ;
Pour arracher la baie, à la vive couleur,
Que l'églantier suspend au sommet de ses branches
Et qui tranche si bien parmi ses roses blanches.
Puis, quand nous reviendrons tout chargés de butin,
Nous ferons à la ferme un rustique festin ;
Nous mangerons du lait, du beurre et de la crème,
Et de ce bon pain noir que chacun de vous aime,
De ce pain qu'on envie aux dents du villageois
Quand on a bien couru dans les champs et les bois.
— 45 -
Nous aurons des raisins séchés dans la fournaise
Et des marrons rôtis lentement sous la braise.
Ensuite nous joûrons à la balle, au cerceau,
Sur le gazon fleuri qui longe le ruisseau.
Nous entendrons de loin la clochette argentine
Du troupeau qui gravit, en broutant, la colline:
Et quand l'astre du jour, touchant à son déclin,
De ses longs rayons d'or couvrira le chemin,
Quand la nuit descendra d'un pas lent et tranquille ,
Heureux, nous reprendrons le sentier de la ville.
Ali! plaignons les enfants dont les grands yeux d'azur
N'ont jamais rencontré que les pierres d'un mur,
Qui, renfermés toujours dans une cour aride,
Usent leurs deux genoux sur une dalle humide. :
Prisonniers qui, du ciel ne voyant qu'un lambeau,
Ne savent pas combien le firmament est beau,
Combien la terre est verte, à la saison des roses ;
Papillons mal éclos, petits anges moroses
Qui ne connaissent rien dans la création,
Et dont le faible corps est privé d'action !
S'ils pouvaient, comme vous, courir dans la campagne,,
Aller respirer l'air si pur de la montagne,
Aux brises du printemps livrer leurs blonds cheveux,
Se baigner dans le lac où se mirent les deux,
3.
— Û6 -
Laver leurs petits pieds dans l'onde des fontaines,
Aller ravir la mousse aux collines lointaines,
Folâtrer dans les bois, fouiller dans les buissons,
Se perdre dans les fleurs et dans l'or des moissons.
Se faire des bouquets de roses odorantes,
Tresser entre leurs doigts des couronnes charmantes,
Agacer leur dent blanche en mordant un fruit sur,
Dérober le 'raisin qui n'est pas encor mûr,
Monter dans le pressoir quand se font les vendanges
Et prendre leurs ébats sur la paille des granges!...
S'ils avaient tout cela, comme ils seraient heureux !
Comme envers Dieu leur coeur serait grand, généreux !
Plus que vous, mes enfants, chacun d'eux serait sage
Et des bienfaits du Ciel ferait un saint usage.
Hélas! ils n'ont pour eux que leurs noirs carrefours,
Que le glissant pavé de leurs étroites cours,
Que le ruisseau boueux souillant la rue obscure,
Qu'un jardin sans soleil, qu'une sombre masure.
Encor sont-ils contents quand, pressés par la faim,
Ils peuvent dévorer un dur morceau de pain!...
Chérubins, soyez donc pleins de reconnaissance
Pour celui qui vous fit naître au sein de l'aisance,
Le Dieu qui vous chérit d'un aussi tendre amour
Et vous donne un air pur avec le pain du jour !
- 47 -
9
LE REPAS.
Le repas est sonné ; vos entrailles sont vides,
Revenez tous au nid, petits oiseaux avides,
Revenez, passereaux que dévore la faim ;
Votre mère, à présent, vous donnera du pain,
Du lait, des fruits, du miel ou de la confiture.
Mais avant de toucher à votre nourriture,
Vous devez, un instant, prier à haute voix
Et marquer votre front du signe de la croix.
N'est-il pas, mes enfants, n'est-il pas raisonnable
De bénir le Seigneur qui charge votre table
De vins délicieux et de mets abondants,
Quand, souffrant de la faim, tant de petits enfants
Que la misère, hélas! a privés de leurs charmes,
M'ont pas même du pain pour tremper clans leurs larmes?
Vous qui trouvez toujours des aliments, du feu,
Ah ! soyez donc au moins reconnaissants un peu !
Avant chaque repas au Ciel, oui, rendez grâce
De vous avoir donné, chers enfants, une place
A la table du riche, au banquet des heureux
Que Dieu couvre de mets et de fruits savoureux !
- 48 -
Vous avez Lotis prié, c'est bien, mes petits anges;
Vous aurez au dessert des bonbons, des oranges,
Des abricots confits et des marrons glacés.
Mangez avec lenteur, vous n'êtes point pressés.
Pratiquez, mes amis, pratiquez, dès l'enfance,
Cette belle vertu qu'on nomme Tempérance :
Il est si beau, plus lard, d'être sobre et frugal !
Du pourceau le gourmand devient presque l'égal.
Vous prenez, maintenant, ce que le corps réclame,
Mais il existe un pain dont se nourrit notre âme,
Un pain qu'on ne voit pas, un pain mystérieux,
Un pain qui, chaque jour, pour nous descend des deux.
Ce pain, mes bien-aimés, c'est la sainte parole,
La parole de Dieu qui dans les maux console,
C'est le froment sacré que mangent les élus ;
C'est le Verbe fait chair, c'est le corps de Jésus !
Quand vous serez, enfants, devenus bien plus sages
Et que des livres saints vous comprendrez les pages,
Alors vous goûterez à ce pain de l'esprit,
Vous pourrez recevoir le corps de Jésus-Christ.
En attendant le jour où dans voire poitrine
Le Ciel fera tomber cette manne divine,
Soyez toujours gentils, toujours obéissants ;
Ce doux pain n'est point l'ait pour ceux qui sont méchants.
- 49 —
Allons, je m'aperçois que voire faim s'apaise ;
Voire corps fatigué s'agite sur la chaise ;
Vous rendez à la table et fourchette et couteau,
Vos dents n'en veulent plus qu'au sucre du gâteau ;
Prenez, petits friands, ce que je vous accorde,
Votre mère a pour vous trop de miséricorde.
Priez Dieu, maintenant, et signez votre front;
C'est ainsi, mes amis, que les bons chrétiens font.
De votre habit de lin rabattez les deux manches
Et -ne froissez pas trop vos collerettes blanches.
Mais surtout au jardin qu'on respecte mes fleurs,
Sinon, je punirai moi-même les voleurs :
Ils iront se coucher sans embrasser leur mère,
Dès que le jour dans l'ombre éteindra sa lumière ;
Nul par son repentir ne pourra m'apaiser,
Car pour l'enfant vilain je n'ai pas de baiser.
10
L'ORAGE.
L'éclair a déchiré le flanc noir du nuage,
Dans le ciel assombri déjà gronde l'orage :
L'aquilon, déchaîné par le vouloir divin./
Soulève en tourbillons la poudre du chemin,
— 50 —
Agite et fait plier sous sa puissante haleine
L'arbre de la montagne et celui de la plaine ;
Les oiseaux effrayés rentrent dans les buissons
Ou vont chercher abri sous le toit des maisons.
De larges gouttes d'eau s'échappent de la nue,
Rentrons, ô mes enfants, la tempête est venue;
Malheur à l'imprudent qui s'expose à ses coups!
L'agneau doit se sauver quand arrivent les loups.
Devant la blanche image où nous prions la Vierge,
Pour éloigner la foudre, allons placer un cierge
Et réciter ensemble une sainte oraison.
Lorsque le Seigneur gronde il a cent fois raison,
Il nous faut donc, enfants, conjurer sa justice
De ne point nous frapper selon notre malice.
Que vous êtes heureux de trouver un abri
Et d'avoir du secours à votre premier cri !
Combien d'enfants, hélas ! qui sont tout seuls au monde,
Ne peuvent se cacher lorsque la foudre gronde !
Bénissez le Seigneur d'être plus fortunés,
Tant d'autres pour souffrir et pour pleurer sont nés !
Savez-vous, mes amis, pourquoi contre la terre
Le bon Dieu quelquefois déchaîne son tonnerre?
— 51 —
Pourquoi le firmament se voile, avant le soir,
Et cache son azur sous un nuage noir?
Pourquoi celui qui règne au-dessus de nos Lètes
Abandonne le ciel à l'esprit, des tempêtes?
Pourquoi les épis mûrs sont-ils dans le sillon
Renversés, sous l'effort du fougueux aquilon?
Pourquoi, mes bien-aimés, le Seigneur nous envoie
La grêle qui ravage et l'éclair qui foudroie?
Pourquoi l'eau des ruisseaux, subitement enflés,
Inondant nos vallons, nos vignes et nos blés,
Enlevant de nos champs la gerbe moissonnée,
Détruit-elle, en un jour, tout le fruit d'une année?
Oh! qu'avons-nous donc fait pour que le Créateur
Laisse peser ainsi sur nous son bras vengeur ,
Pour ^que sa main d'airain nous frappe et nous écrase,
Pour que son pied puissant nous brise comme un vase ?
Ce que nous avons fait!
— Nous avons tous péché;
Dans les sentiers du bien nous avons trébuché :
Nous, en prêtant l'oreille à la voix du mensonge,
En passant sur la loi bien souvent une éponge,
En livrant notre coeur à tous ses vams désirs,
En vidant follement la coupe des plaisirs :
— 52 ~
Vous, en n'écoutant pas ce que dit votre père,
En consistant parfois votre bonne grand'mère,
En n'étant point gentils, en faisant les méchants. —
Voilà pourquoi Dieu gronde, à présent, mes enfants !
Il faut donc être purs, il faut donc être sages
Si nous ne voulons point redouter les orages;
Mais les plus forts de tous et les plus dangereux,
Chers anges, ne sont pas ceux qui troublent les cieux,
Qui font gronder la foudre au milieu de l'espace
Et passent sans laisser après eux une trace.
Ce sont les ouragans, les tempêtes du coeur,
Les orages secrets qui chassent le bonheur,
Flots houleux des désirs où la faible innocence,
Séduite par l'erreur, s'engloutit en silence.
Puissiez-vous, chers enfants, ne connaître jamais
Les orages du coeur qui ravissent la paix !
Mais la foudre déjà ne se fait plus entendre,
L'éclair a disparu comme un feu sous la cendre,
Le ciel bleu balayé par l'haleine du vent
A repris son azur plus beau qu'auparavant;
Aux rayons du soleil l'oiseau mouillé s'essuie ;
Chaque arbre fait perler mille gouttes de pluie ;
Venez dans le grand parc agiter les rameaux,
Voir les flots limoneux que roulent les ruisseaux ;
— 53 ~
Enfants que la frayeur avait rendus timides,
Venez tremper vos pieds dans les touffes humides
Où l'arc-en-ciel déteint ses brillantes couleurs ;
Venez, après l'orage, on cueille encor des fleurs !
11
LA PRIÈRE DU SOIR.
Le jour s'en est allé ; Seigneur, il faut encore
Qu'à deux genoux l'enfant se prosterne et t'adore.
Je viens te demander humblement le pardon
Du mal que j'ai commis, ô Dieu mille fois bon.
Ah ! daigne m'accorder un peu plus de sagesse. ;
Tu sais que je suis faible, excuse ma faiblesse !
Je crois .les dogmes saints que m'enseigne la Foi,
Et quand Rome a parlé je pense que c'est toi.
J'espère, par ta grâce, arriver à la vie
Où l'éternelle paix ne peut être ravie.
Je t'aime enfin, mon Dieu, de cet amour brûlant
Qui doit à son bon père unir toujours l'enfant.
Tout en moi t'appartient, le corps, le sang et l'âme,
Et mon être sans toi n'est qu'un foyer sans flamme;
II.
LES DOUCES CROYANCES LU COEUR.
« Confltebor.tibi, Pater, Domine coeli et
>» terra?, quia abscondisti liaîc a sapienti-
« bus et prudentibus, et revelasti ea par*
» vulis, »
« Je vous rends gloire, mon Père, Sei-
» gueur du ciel et de la lerre, parce que
» vous avez caché ces choses aux sages et
» aux prudents, et que vous les avez ré-
>' vélées aux petits enfants. »
(5. Mnltliien. c\i. xi, y. 23.)
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LA PROVIDENCE.
A EMILE GERL1É.
A genoux, ô mon Dieu, quand commence le jour,
Je chante ta bonté, je chante ton amour!
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Béni soit le Seigneur qui m'a donné la vie,
A moi petit enfant dont l'âme est si ravie
De connaître et d'aimer -tout ce qui rend joyeux,
Tout ce qui parle au coeur, tout ce qui plaît aux yeux!
A sa voix, chaque jour* le ciel bleu se déploie
Comme un riche manteau de velours et de soie,
Comme une vaste tente où brillent suspendus
Mille astres éclatants sous ses pieds répandus.
Le soleil est le char qu'il, guide sur nos têtes;
Il marche sur les tlots et commande aux tempêtes;
Sa main verse à chacun l'absinthe avec le miel ;
Il nourrit les poissons et les oiseaux du ciel ;
Il relève la fleur que l'orage a brisée ;
L'herbe reçoit de» lui sa goutte de rosée ;
Chaque être le bénit, le chante tour à tour,
Puis-je lui refuser quelques doux mots d'amour?
Non, Seigneur, non, mon Dieu, je Le dois mes louanges!
Je te chante, au matin, le cantique des anges,
Et le soir, à genoux, près de mon humble lit,
C'est lui qu'avec amour ma bouche te redit.
La terre, je le sais, est ton vaste domaine,
Tu donnes sa richesse à la famille humaine ;
L'oiseau te doit son nid, la campagne ses fleurs,
La rose ses parfums, l'insecte ses couleurs.

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