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RenéBelletto
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Roman
PO.L 8,villad'Alésia,Paris14e
@P.O.LEditeur,1990 ISBN2-86744-163-3
1
Léonardattendraitquesamèresoitcouchéepourlatuer. Illatueraitdanssonlit. Bientôt. «Entoutcas,jenem'yprendraipascommeça»,sedit-il enpassantd'unechaîneàl'autre,ilétaittombésurune séquencedetéléfilmdanslaquelleunclassiquetueurde femmestuaituneclassiqueprostituéed'uncoupdecouteau enpleincœur. Lui,Léonard,ildonneraitplusieurscoups. Lavictimesaigneraitbeaucoup,ellegeindrait,setortille-raitavantdemourir. Dansunéclair,ilsevitfrappantenpleincœur.Oui,pour finir,luiaussifrapperaitenpleincœur Çat'intéressevraiment? Legaminsursauta. Non.JepréfèreZorro. Alors,remetsZorro,ditgentimentlamère. Clac,ilremitZorro.Qu'ileûtinterrompulefilmquelques minutesavantledénouementétonnaitMarieLacroix.
D'habitude,untremblementdeterredanslejardinn'aurait pas faitbattreuncilàsonLéonardpendantladiffusiondesa sériefavorite.EllerepensaauxmyrtillesàlaChantillydu dessert,quin'avaientpasprovoquélesglapissementsdejoie traditionnels. Serait-ilmalade? Avecquelquebrusquerie,Léonardjetalatélécommandeà côtédelui.Samèreluipritlamain.Illuiadressaunsourire, uneespècedesourire,puisretirasamain.Luiqui,àun momentouàunautre,pendantlesséancesdetélévision, avaitcoutumedesepelotonnercontreelle,avidedecâlins. Tun'espasmalade?demandaMarieLacroix.Tun'as malnullepart?Tunetesenspasdefièvre? Elleluitâtalefront.Ilselaissafaire,réprimantuntrem-blementd'émotion.Illatuerait.Ilallaitbientôtlatuer.Il pourraitbientôtexprimertoutelahainequ'ilavaitaccumu-lée,qu'ilaccumulaitencoreàlaminuteprésente,commesi samèrefaisaittoutcequ'ilfallaitpourportercettehaineà soncomble. Non.Non,jet'assure,maaaman.Jemesenstrèsbien. Elleétaittropinquiète,ellelesavait.Elles'étaittoujours efforcéedenepastropcouverLéonard.Maisencemoment, aprèstout,ellepouvaitselepermettre.Lescirconstances avaientchangéleurcomportementàtous. DansquelétatMarcallait-ilrentrer? Ilétaitdéjàsurmenéquandilavaitcessésontravail,six joursauparavantsurmenéet,selonelle,assezdépriméet depuisilyavaiteul'histoireavecMichelZyto,siterrible-mentéprouvante.Sansparlerdecettemaladiequ'ils'était soudaindécouverte,etquidevaitlepréoccuperplusqu'ilne l'avouait.Elleregrettadenepasavoirinsisté,pourles vacances.Le31juilletausoir,elleauraitdireàMarc qu'ilspartaientlelendemainoulesurlendemain,n'importe où,enavions'ilétaittropfatigué.
C'étaitpareiltouteslesannées.Quandarrivaientles vacances,Marcétaitàboutdeforces,maisilnepouvaitpas sedétendre,sontravailluimanquait,ilavaitdumalàs'en détacher.Illuifallaitplusieursjoursdetransition.D'ailleurs, enallantàl'hôpitalce31juillet,quitombaitunlundi,il avaitfaitdu«rab».Ilauraits'arrêterlevendrediprécé-dent.Marieluiavaitproposédébutjuilletderetenirquelque chose,quitteàannulerauderniermoment,maisiln'avaitpas ditoui,etensuiteiln'enavaitplusreparlé.Marieavait laissé tomber. Unpointpositif,pourtant,etd'importancependantces sixjours,ilsavaientrecommencéàavoirdesrapports sexuels.Marienepouvaits'empêcherdepenserquelesévé-nementsyétaientpourquelquechose.Ilyavaitunlien,elle nesavaittroplequel. MaisMarcétaitretombéamoureuxd'elle. Ellerepritespoir.Aprèsl'affaireZyto,toutallaitrentrer dansl'ordre.Ilfallaitavoirducourageetfairebonnefigureà Léonard. Espéronsquepapavatéléphonerbientôt,dit-elle. Pourlapremièrefoisdepuisqu'elleétaitrentréedechez lesCazanvielh,Léonards'animacommes'animentordinai-rementlesgarçonsdesonâge.Elleleremarquaavecsatis-faction.Ilsetournaverselle,lesyeuxbrillants. Ilabienditdenepassefairedesouci Oui,monchéri. Elleleserracontreelle.C'étaitvrai.SiMarcavaitdità Léonarddenepassefairedesouci,iln'yavaitpasàs'en faire. «ilest,etdansl'étatilest,ilnerisquepasde téléphoner»,seditLéonard,cequitempérasacolèred'avoir levisageainsipressécontreleseindesamère. Enfin,ellelelibéra. Monpauvrecanard,jet'empêchedevoirZorro.
Scènefinaledel'épisodeilapparaîtauxyeuxdetousque lejusticiermasquétraçantdesZsanglantssurlevisagedes mauvais etlecaballerofortuné,parfumé etcouardsontune seuleetmêmepersonne.Larévélationde cettedoubleperson-nalitéréjouittouslesenfantsdumondeengénéral,etréjouis-saitLéonardenparticulier,saufcesoirilbâilladeuxfoisde suiteenoubliantdemettresamaindevantsabouche. Jecroisquand mêmequetuestrèsfatigué,ditMarie Lacroix.Ondormaitmal,danscethôtel.Ondorttoujours moinsbien,dansleshôtels. Elleregrettaaussitôtd'avoirfaitallusionàl'hôtel.Quelle terriblefrayeurMaisl'enfantnerelevapas. Allez,dododit-elle. Elleseleva.Lecanapédecuirrepritsaformeavecun soupirquasianimal,prochedusifflement,quisouventfaisait rireLéonard.Ilarrivaitmêmequ'illeprovoquâtexprès. Elletraversalagrandepièce,effleuradelamainune planteverteaupassage,s'approchadelabaievitrée. Onvoyaitlejardin,lecielemplid'étoiles. Demainseraitunebellejournée. Arrêtelatélé,tuveux?C'estassommant,cespublici-tés.Tunetrouvespas? Si. Léonardrécupéralatélécommandequis'étaitenfoncée entrelescoussins(commelaplupartdesobjetsqu'onposait surcecanapé), tripotalesboutons.Lepostes'arrêtaavecun joliclacbiennet.«Coupélesifflet»,pensaLéonard. Legrandsilencedelacampagneserefermasurlamaison. L'enfantnebougeaitpas,neparlaitpas.MarieLacroixse retourna.Illaregardaitd'undrôled'air.Ellel'avaitrarement vuaussiabattu. Aulit Ilsmontèrent.Ellelaissatoutesleslumièresdubasallu-mées,pourleretourdeMarc.
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