La maison de France dans les revers et dans la victoire / par Gaston de Puygirra

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E. Dentu (Paris). 1872. France (1870-1940, 3e République). 1 vol. (VI-92 p.) ; 18 cm.
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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LA
MASION DE FRANCE
DANS LES REVERS
ET DANS LA VICTOIRE
PAR
GASTON DE PUYGIRRA
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Palais-Royal, Galerie d'Orléans, 17 et 19
LA
MAISON DE FRANCE
DANS LES REVERS
ET DANS LA VICTOIRE
LA
MAISON DE FRANCE
DANS LES REVERS
ET DANS LA VICTOIRE
PAR
GASTON DE PUYGIRRA
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-EDITEUR
Palais-Royal, Galerie d'Orléans, 17 et 19
PREFACE
La troisième race qui fonda la France
moderne, pour assurer l'indépendance et
plus tard la suprématie de son pays, eut
à combattre les Normands qui rava-
geaient le monde civilisé, les différents
peuples qui s'élevèrent tour à tour en
Europe, et enfin après avoir triomphé
de chacun d'eux la coalition de tous les
vaincus.
Les guerres que cette race héroïque sou-
tint contre des ennemis souvent très-supé-
rieurs en force ne furent pas toujours
heureuses dès le commencement ; les des-
cendants de Robert le Fort éprouvèrent
souvent des échecs, subirent même des dé-
sastres, mais ils les réparèrent toujours
— VI —
glorieusement; si le roi vaincu ne pouvait
lui-même venger sa défaite, son fils ou son
petit-fils recueillait cet héritage d'hon-
neur. Indomptable comme le sénat de l'an-
cienne Rome, la maison de France ne si-
gnait de paix définitive qu'après avoir
expulsé de son territoire l'étranger qui
l'avait envahi.
Dans les défaites comme dans les vic-
toires, les princes français montrèrent tou-
jours la plus éclatante bravoure ; ils furent
les dignes chefs de cette chevalerie fran-
çaise si renommée en Europe; aussi habiles
que braves, ils triomphèrent finalement
de tous leurs ennemis et assurèrent à la
France le premier rang parmi les nations.
L'histoire de notre passé doit être pour
nous une leçon et aussi une espérance.
La Maison de France a toujours été le
salut de notre pays dans ses désatres. Au-
jourd'hui comme autrefois, c'est aux fils
de Robert le Fort, c'est à notre dynastie
nationale que nous devons demander de se
dévouer une fois encore pour refaire la for-
tune de la France.
GUERRE AVEC LES NORMANDS
ROBERT LE FORT.
ROBERT LE FORT, le premier ancêtre connu
de la maison de France, fut le plus illustre
des guerriers qui défendirent le royaume
contre les Normands.
La puissance de la France étaitalors bien amoin-
drie. Les conquêtes de Charlemagne, la désastreuse
bataille de Fontanet avaient décimé la noblesse
franque, qui était la principale force militaire
de la nation : la masse gallo-romaine avait depuis
longtemps perdu l'habitude des armes. La fai-
blesse du roi Charles le Chauve, l'insubordination
de ses vassaux ôtaient toute force et toute unité à
la résistance. La France était donc une des proies
les plus faciles que pussent saisir les avides Nor-
mands; la fertilité de son sol attirait les bandes
l
— 2 —
nombreuses de ces hardis pirates qui alors rava-
geaient le monde connu.
Telle était la situation du royaume lorsque Ro-
bert, que sa bravoure fit surnommer le Fort, fut
créé duc de France par Charles le Chauve et
placé à la tête du pays entre Seine et Loire, le
plus menacé de tous par l'invasion.
Le nouveau duc eut à combattre les hommes du
Nord et les Bretons que la haine pour la domina-
tion franque avaient alliés à ceux-ci.
Robert par son habileté et son courage devint
bientôt la terreur des ennemis, l'espoir de son roi
et de sa patrie. Il livra aux Normands et à leurs
alliés de nombreux combats : un jour il détruisit
une flotté de pirates et fit périr plus de 500 d'entre
eux dans une autre rencontre.
Vainqueur ou vaincu il imposa toujours à ses
adversaires par sa fière contenance, et la région
qu'il commandait fut une des mieux gardées de
l'Europe.
La mort du duc de France fut digne de ses ex-
ploits, digne de la race héroïque que la reconnais-
sance des Français devait plus tard appeler au
trône.
A la nouvelle qu'une troupe de Bretons et de
Normands commandés par le célèbre Hastings,
s'était avancée sur son territoire, Robert se mit
à leur poursuite : il les atteignit à Brissarte et
les repoussa dans l'église où Hastings se retran-
cha.
— 3 —
Le duc de France après avoir considéré la force
du bâtiment occupé par les Normands résolut de
différer l'attaque jusqu'au lendemain. La chaleur
était accablante; Robert, après avoir pris cette
décision, ôta sa cuirasse, son casque et se re-
posa sous les arbres avoisinants.
A ce moment, Hastings tenta de se faire jour à
travers les troupes qui le cernaient; au bruit du
combat le chef français, sans prendre le temps de
revêtir ses armes défensives, courut se mettre à la
tête de ses soldats, repoussa les ennemis et tenta
de pénétrer à leur suite dans l'église, mais il fut
frappé de plusieurs coups par les Normands qui
l'entouraient et tomba mort sur la place.
EUDES.
EUDES, fils de Robert le Fort, se distingua
contre les mêmes ennemis et s'acquit une
gloire immortelle par sa belle défense de
Paris.
Les Normands, que rien n'arrêtait plus sous le
règne du trop faible Charles le Gros, dévastèrent
toutes les parties de la France. Sigefried, un de
leurs chefs les plus connus, se présenta devant
Paris avec plusieurs de ses compagnons et à la
— 4 —
tête d'une armée nombreuse, ils mirent le siège
devant cette ville.
Eudes résolut de défendre vigoureusement la
capitale de son gouvernement, et s'enferma dans
la place.
Paris ne comprenait alors que la cité; deux
ponts en bois ralliaient la ville aux deux rives
de la Seine, chacun de ces ponts était défendu
par une tour. Les Normands assaillirent avec vi-
gueur la tour de la rive droite, mais toutes leurs
attaques furent sans succès, ils ne réussirent pas
davantage dans une tentative qu'ils firent pour
incendier le pont qui assurait les communications
avec la cité; ils livrèrent plusieurs assauts à la
ville elle-même. Eudes, l'évêque Gozlin, Eblé, ne-
veu de ce prélat, se multiplièrent et repoussèrent
les efforts désespérés des barbares.
Les Français ne furent pas aussi heureux sur la
rive gauche, une crue subite de la Seine emporta
le pont de bois et la tour fut isolée. Les Normands
dirigèrent leur attaque de ce côté, la tour fut prise
et les douze soldats qui la défendaient massacrés
après une héroïque résistance.
Malgré cet échec les Parisiens ne perdirent pas
courage et les assauts répétés de l'ennemi n'ob-
tinrent aucun résultat.
La famine commença à se faire sentir dans la
ville assiégée, Eudes reçut la mission de faire con-
naître la situation à l'Empereur.
Après avoir obtenu de Charles le Gros la pro-
— 5 —
messe d'un prochain secours, le comte de Paris
se hâta de venir reprendre son commandement.
Les Normands résolurent de lui barrer le che-
min, ils comptaient avoir facilement raison du
faible corps qui l'accompagnait; Eudes, sans se
laisser effrayer par le nombre, força les lignes
ennemies et rentra triomphant dans Paris.
Le secours annoncé arriva bientôt, mais Henri,
duc de Saxe, qui le commandait, fut surpris et tué
par les Normands.
Cet échec ne put ébranler la constance des as-
siégés et de leur chef : Paris continua à résister.
Charles le Gros parut à la fin à la tête d'une
nombreuse armée pour secourir ses sujets, mais
au lieu de combattre les barbares, l'empereur si-
gna avec eux une paix honteuse.
Les Parisiens, malgré cette paix, refusèrent de
laisser passer sous leur ville les barques des Nor-
mands auxquels Charles avait abandonné le pil-
lage de la Bourgogne révoltée contre lui.
Lors de la déposition de l'Empereur, les Fran-
çais donnèrent le trône au héros qui avait si va-
leureusement défendu leur capitale.
Eudes se montra digne du trône par ses ex-
ploits.
A la tête d'un faible corps de cavalerie, il surprit
à Montfaucon une armée normande, et sans s'ef-
frayer de son infériorité numérique, il engagea la
bataille ; les ennemis effrayés par cette brusque
attaque furent mis en déroute. Dans le combat un
— 6 —
cavalier frappa le roi de France de sa hache
d'arme, et fendit son casque. Eudes se retourna
et perça le Normand de son épée.
Le fils de Robert le Fort eut à combattre plu-
sieurs fois les ennemis avec des alternatives de
succès et de revers.
GUERRE AVEC LES ANGLAIS
ET
CROISADES
LOUIS LE GROS.
LA conquête de l'Angleterre par Guillaume
l'origine des guerres entre les rois de
France et les descendants de Rollon.
Les nouveaux souverains supportèrent avec
impatience la suprématie des Capétiens, et ceux-ci
ne purent voir sans crainte la grandeur des mai-
sons de Normandie et d'Anjou qui réunirent sous
leurs sceptres l'Angleterre et une partie de la
France.
Les possessions limitrophes du suzerain et de
ses formidables vassaux furent de plus une cause
perpétuelle de guerres entre eux.
La mort de Guillaume le Conquérant sauva la
France d'un grand danger. Guillaume le Roux,
son fils, empiéta souvent sur le royaume, mais il
— 8 —
trouva dans le prince Louis, fils de Philippe Ier,
un adversaire intrépide.
Le jeune héros, que sa bravoure remarquable,
ses talents militaires avaient rendu formidable à
sa turbulente noblesse, résista à toutes les entre-
prises du roi d'Angleterre et sut, malgré l'in-
fériorité de ses forces, contenir son redoutable en-
nemi.
Devenu roi à la mort de Philippe, Louis le
Gros eut à combattre Henri, successeur de Guil-
laume. La possession de Gisors, que le roi d'An-
gleterre avait acquise, fut la cause première de
cette guerre. Gisors, en effet, était une des clefs
du royaume de France, et Louis ne pouvait sans
danger la laisser aux mains du duc de Nor-
mandie.
Après quelques pourparlers inutiles, les hosti-
lités commencèrent. Le chevaleresque roi de
France défia son adversaire en combat singulier,
mais Henri ne répondit pas à ce défi.
Louis envahit la Normandie et obtint d'abord de
rapides succès, mais la fortune des armes changea.
Les deux armées se rencontrèrent à Brenneville
et la discipline des Normands leur donna l'avan-
tage sur leurs fougueux adversaires ; dans ce
combat, Louis montra la bravoure dont il avait
déjà donné tant de preuves ; il s'élança au milieu
des ennemis et fut l'un des plus intrépides cheva-
liers de son armée, il combattit l'un des derniers
pour protéger la retraite des siens.
— 9 —
La défaite de Brenneville ne décourage pas le
roi de France qui attaque la Normandie avec une
nouvelle armée ; aucun résultat décisif ne signale
cette invasion où Louis obtint quelques succès.
Sur ces entrefaites, l'empereur d'Allemagne,
gendre du roi d'Angleterre, désireux de défendre
son beau-père et de se venger du roi qui avait
soutenu contre lui le Souverain Pontife, leva
une nombreuse armée et envahit la France. Louis
marcha à sa rencontre à la tête de ses sujets qui
s'étaient levés en masse contre l'ennemi et força
l'Empereur à une retraite précipitée. Dans le
même temps, Amauri de Montfort, son lieu-
tenant, repoussait les attaques du roi d'Angle-
terre.
La paix fut enfin signée entre les deux souve-
rains et Louis accorda le château de Gisors à
Guillaume, fils de Henri; le prince anglais lui
prêta serment de foi et hommage.
Louis mourut après un règne glorieux de trente
ans, laissant le trône à son fils Louis VII qu'il
avait marié à Eléonore de Guyenne.
LOUIS VII, LE JEUNE.
LES dissensions intestines de l'Angleterre
sous Henri II sauvèrent le roi de France
du danger que lui aurait fait courir un
— 10 —
aussi puissant vassal, s'il eût pu donner tous ses
soins à sa querelle avec son suzerain.
Louis le Jeune prit la croix et fit admirer en
Asie sa valeur guerrière ; il gagna sur les bords
du Méandre une glorieuse bataille contre les
Turcs qui défendaient le passage du fleuve, il fit
un grand carnage des ennemis et les poursuivit
jusqu'au pied des montagnes.
Cette victoire anima le courage des croisés,
mais leur donna un excès de confiance qui leur fut
bien fatal.
En quittant Laodicée, les Français s'avançaient
vers la Pamphylie; leur armée était divisée en
deux corps. Un jour qu'on devait traverser une
montagne, l'ordre avait été donné à Geoffroy de
Rancon, seigneur de Taillebourg, qui comman-
dait le premier corps, d'occuper les hauteurs et
d'y attendre le reste de l'armée qui marchait avec
le roi ; ce seigneur, ne voyant pas d'ennemis,
commit la faute de descendre dans la plaine et de
laisser le sommet de la montagne inoccupé.
Les Turcs survinrent, s'emparèrent des hau-
teurs et se placèrent entre les deux corps d'ar-
mée.
Le roi et sa troupe s'avancèrent sans défiance,
croyant la montagne au pouvoir des leurs ; les
Turcs se précipitèrent alors sur les Français, et
profitant de leur surprise, de l'avantage du ter-
rain, ils les taillèrent en pièces. Louis courut les
plus grands dangers ; il resta presque seul sur le
—11 —
champ de bataille et se réfugia au pied d'un
rocher où il attendit l'attaque des ennemis ; adossé
à un arbre, il résista avec une telle vigueur à plu-
sieurs Sarrasins qui l'avaient assailli, il se défen-
dit si valeureusement que ces derniers n'osant
l'approcher s'éloignèrent de lui ; le roi de France
se saisit d'un cheval abandonné et rejoignit son
premier corps d'armée.
PHILIPPE-AUGUSTE
PHILIPPE II succéda à Louis VII son père ; ses
exploits, la gloire de son règne lui valurent
le surnom d'Auguste ; il fut l'un des plus
grands princes qui aient occupé le trône de France.
A son avènement, il eut, ainsi que ses prédé-
cesseurs, à combattre les rois d'Angleterre; il
soutint diverses guerres contre Henri II et Ri-
chard, son fils : elles furent peu décisives et con-
sistèrent surtout en embuscades et surprises de
forteresses.
Henri II conclut une trêve avec Philippe, et les
deux monarques formèrent le projet de prendre
la croix.
Sur de nouvelles hostilités de Richard, la trêve
fut rompue, le jeune prince anglais, peu de temps
après, passa dans le parti du roi de France et
combattit son père. Dans ces guerres, le succès
— 12 —
demeura presque toujours à Philippe. La mort
de Henri II amena la paix. Le nouveau roi Ri-
chard et Philippe prirent la croix.
Après la prise de Saint-Jean-d'Acre, Philippe,
mécontent de Richard, revint en France ; il en-
vahit les possessions anglaises et s'empara de
plusieurs villes et forteresses : le roi d'Angleterre,
à son retour de captivité, marcha contre son
ennemi.
Le succès fut longtemps douteux; cependant
un jour Richard, avec 1,500 cavaliers et un grand
nombre de fantassins, surprit le roi de France
non loin de Gisors. Philippe n'avait avec lui que
500 cavaliers; il ne se laissa pas effrayer par le
nombre et s'élança au milieu des Anglais ; il réus-
sit par son courage à se faire jour, mais la
plupart de ses chevaliers demeurèrent prison-
niers.
La mort de Richard délivra la France d'un ter-
rible ennemi. Philippe ne rencontra plus dans le
nouveau roi d'Angleterre un adversaire digne
de lui ; il conquit la Normandie et une partie
des possessions anglaises. Jean se mit rarement
à la tête de ses troupes ; il n'osa jamais livrer ba-
taille au héros français et s'enfuit chaque fois qu'il
le rencontra.
Mais bientôt la France fut menacée d'un grand
danger : excité par le roi d'Angleterre, l'Empe-
reur Othon, allié aux comtes de Flandre et de
Boulogne, se présenta en Flandre à la tête d'une
— 13 —
grande armée composée de Hainuyers, de Fla-
mands, de Brabançons et d'Allemands.
Philippe marche contre les ennemis ; les deux
armées se rencontrèrent à Bovines aux bords de
la Meuse. Une partie de l'armée française, qui ne
s'attendait pas à être attaquée, avait déjà passé
le pont pour se diriger vers Tournay lorsque pa-
rurent les coalisés.
Othon assaillit avec vigueur les Français de-
meurés sur la rive ; Philippe donna l'ordre aux
troupes qui avaient traversé la Meuse de revenir
sur leurs pas et courut lui-même se placer à la
tête des soldats attaqués.
La vue du roi arrêta les ennemis. Les deux
armées se préparèrent au combat ; Philippe
exhorta ses troupes par un chaleureux discours et
la bataille s'engagea.
L'évêque de Senlis, qui commandait l'aile droite
française, fit les plus habiles dispositions : il en-
fonça les Flamands qui lui étaient opposés, et le
comte Ferrand resta prisonnier; mais ce fut au-
tour du roi qu'eut lieu le combat le plus terrible.
Othon et ses confédérés dirigèrent de ce côté tous
leurs efforts; ils voulaient prendre ou tuer Phi-
lippe et terminer ainsi la guerre. Entouré d'enne-
mis, renversé de cheval et foulé aux pieds, le roi
de France, qui combattit héroïquement, ne dut la
vie qu'à la bonté de son armure ; il fut secouru par
ses chevaliers qui enfoncèrent les troupes d'O-
thon. Après une lutte acharnée, les ennemis ne
— 14 —
purent soutenir le choc des Français : l'Empe-
reur s'enfuit et faillit être pris par Mauvoisin et
par le chevalier des Barres; l'aigle impérial brisé
resta aux mains des vainqueurs : le comte de
Boulogne fut pris après une lutte terrible, et l'in-
fanterie brabançonne, qui résistait encore, enfon-
cée par Thomas de Saint-Valéry. La bataille
était gagnée. Le nombre des morts et des prison-
niers fut considérable.
Vers la même époque, Louis, fils du roi de
France, avait dans le Poitou repoussé Jean-sans-
Terre. Philippe se dirigea vers l'ouest au secours
du jeune prince, et le roi d'Angleterre effrayé se
hâta de conclure une trêve avec le vainqueur.
Peu après, Louis, appelé par les barons anglais
révoltés, passa en Angleterre et détrôna Jean-
sans-Terre ; mais celui-ci étant mort, les Anglais
abandonnèrent le prince français que le pape
avait excommunié et proclamèrent roi Henri, fils
de Jean.
Louis, dont les troupes furent battues à Lin-
coln, fut contraint de repasser en France.
SAINT LOUIS.
SAINT Louis exerça contre les ennemis
acharnés de la France sa valeur nais-
sante.
— 15 —
Henri III le vainqueur de Louis VIII, excité
par sa mère, descendit en France à la tête d'une
armée anglaise pour secourir son beau-père le
comte de La Marche qui s'était révolté contre le
roi de France.
Saint Louis réunit ses troupes et marcha à la
rencontre des rebelles et de leur allié; le roi d'An-
gleterre prit position devant le château de Tail-
lebourg; les soldats de saint Louis étaient sé-
parés de leurs ennemis par la Charente, un étroit
pont de pierre rejoignait ensemble les deux rives.
A la vue des Anglais, les Français se précipi-
tèrent les uns sur le pont, les autres en bateaux
pour atteindre la rive opposée, Louis se mit à là
tête des siens et chargea vaillamment ; la mêlée
s'engagea alors furieuse ; malgré l'avantage du
nombre accru encore par la position qui ne per-
mettait aux Français que d'arriver par petites
troupes et les uns après les autres devant leurs
ennemis réunis, la bravoure, l'élan du roi et de
ses chevaliers furent tels, qu'ils enfoncèrent les
Anglais et les mirent en pleine déroute.
Dans cette bataille, saint Louis combattit au
premier rang et fut brave entre tous les braves
chevaliers de son armée.
Les ennemis se retirèrent à Saintes où les Fran-
çais les battirent encore.
Le roi d'Angleterre fut contraint de signer la
paix.
Saint Louis déploya dans sa croisade contre
— 16 —
l'Egypte le même courage qu'il avait montré à
Taillebourg.
A Damiette il débarqua un des premiers en
présence de l'ennemi.
A la première bataille de Mansourah, il raffermit
par sa fière contenance les Français ébranlés par
la défaite et la mort du comte d'Artois ; ses sol-
dats le virent au premier rang s'élançant au
milieu des ennemis qu'il abattait sous son glaive ;
il semblait dominer de toute la tête les chevaliers
qui l'entouraient. Son énergie, sa valeur, arra-
chèrent seules la victoire aux Sarrasins; électrisés
par son exemple les Français repoussèrent les
ennemis et s'emparèrent de leur camp. Lors de
l'attaque que les Mahométans dirigèrent peu après
contre les chrétiens, le roi de France ne montra
pas une bravoure moins héroïque et une deuxième
victoire couronna sa valeur. Mais bientôt la di-
sette et les épidémies détruisirent les chré-
tiens; malade lui-même, saint Louis tomba au
pouvoir des Sarrasins avec les malheureux débris
de son armée que le fer n'avait pu vaincre.
Dans sa captivité le roi de France sut par sa
grandeur d'âme, son invincible fermeté se faire
admirer de ses ennemis comme de ses soldats.
Rendu à la liberté, Louis, malgré le petit nombre
de ses troupes, se rendit à Saint-Jean d'Acre où il
resta plusieurs années, il assura ainsi la liberté
des captifs que son retour en France aurait sacri-
fiés. Pendant ce temps, malgré l'infériorité de ses
— 17 —
forces, il combattit les Sarrasins de Syrie; par lui
les places appartenant aux chrétiens furent forti-
fiées et la ruine complète du royaume de Jéru-
salem fut retardée.
PHILIPPE LE BEL.
LA guerre entre Philippe et les Anglais
n'eut aucune importance : occupé par la
conquête du pays de Galles et ses expé-
ditions en Ecosse, Edouard ne put donner qu'une
médiocre attention aux affaires du continent et la
paix fut bientôt signée entre les deux royaumes ;
ce fut contre les Flamands révoltés que Philippe
exerça sa valeur.
Une armée française commandée par Robert
d'Artois avait été détruite à Courtray, et son chef
lui-même était demeuré parmi les morts. Philippe
marcha lui-même à la tête de ses troupes pour
venger cette défaite ; surpris dans son camp par
les Flamands, le roi de France ne dut son salut
qu'à son intrépide courage et à la valeur des quel-
ques chevaliers qui l'entouraient. Philippe et cette
troupe de braves résistèrent longtemps contre la
multitude des ennemis, le roi combattit en héros,
les Français surpris se rallièrent et vinrent au se-
cours de leur prince après une lutte terrible les
Flamands furent extermines. Courtray fut vengé
et la paix suivit de près cette petite victoire.
GUERRE DE CENT-ANS
PHILIPPE DE VALOIS.
JUSQU'ICI nous avons vu les rois de France
presque toujours triomphants dans les
guerres qu'ils soutinrent contre les rois
anglais malgré la supériorité des forces de
ceux-ci.
Les difficultés que les princes normands et
angevins rencontrèrent dans l'affermissement de
leur conquête, avaient, aussi bien que la bravoure
et le génie des rois leurs ennemis, contribué à ce
résultat si glorieux pour la France ; le moment
vint où l'Angleterre unifiée, accrue par la conquête
du pays de Galles, exercée par les rudes guerres
d'Edouard Ier, devait présenter à la France et à
ses héroïques rois une ennemie bien plus redou-
table.
Bretons, Saxons, Danois et Normands étaient
devenus Anglais; leur armée possédait déjà ses
qualités formidables, et trois princes du plus grand
— 20 —
génie devaient, tour à tour les conduire contre les
Français.
Tels furent les ennemis que les Valois eurent à
combattre et dont ils triomphèrent définitivement
après une lutte acharnée et de terribles revers.
En vertu de la loi salique qui reçut en cette
circonstance sa troisième application, Philippe
de Valois succéda à son cousin Charles le Bel au
détriment d'Edouard III, roi d'Angleterre, fils
d'Isabelle, soeur du dernier roi.
Edouard III ne réclama pas le trône aussitôt
après la mort de son oncle, mais bientôt excité
par Robert d'Artois que Philippe avait persécuté,
il résolut de faire valoir ses droits à la cou-
ronne.
Leroi de France, vainqueur des Flamands à
Cassel, était alors considéré comme le plus puis-
sant prince de l'Europe ; mais cette puissance était
plus apparente que réelle : malgré la supériorité
numérique de ses troupes, Philippe devait lutter
avec désavantage contre le roi d'Angleterre.
Les troupes féodales que le roi de France pou-
vait opposer à son adversaire n'avaient entre elles
aucune cohésion ; la noblesse qui faisait la force
des armées françaises ne reconnaissait que no-
minalement l'autorité du roi; les chevaliers fran-
çais étaient d'une bravoure à toute épreuve, mais
ils étaient encore les guerriers des croisades; ils
combattaient sans ordre, ne songeant qu'à frap-
per individuellement les coups les plus vigoureux;
— 21—
l'armée française n'avait participé en rien à la
réforme militaire qui commençait à se prononcer
en Europe. Malgré l'expérience de Courtray, et
les leçons de la guerre soutenue par les Anglais en
Ecosse; les chefs français plaçaient en la cavalerie
toute leur confiance et cette héroïque cavalerie
ne connaissait aucune discipline.
Les gens des communes, qui formaient alors
une grande partie de l'infanterie de l'armée fran-
çaise, n'avaient aucune habitude des armes et ne
rendirent aucun service dans cette guerre.
Enfin les arbalétriers génois étaient incapables
de lutter avec les célèbres archers de l'Angle-
terre.
L'armée anglaise présentait au contraire une
bien plus grande homogénéité, elle était plus disci-
plinée.
Les chevaliers anglais descendaient pour le
plus grand nombre de ces chevaliers normands,
réputés dans toute l'Europe. Ils égalaient en bra-
voure les chevaliers français et les surpassaient
par leur organisation militaire ; fiers de leurs pré-
rogatives, luttant contre leurs rois pour les li-
bertés du' pays, ils leur obéissaient cependant sur
le champ de bataille.
Les archers anglais étaient alors les meilleurs
tireurs de l'Europe, et peut-être du monde. Ils
étaient recrutés parmi ces célèbres yeomen qui,
dès leur enfance, étaient familiers avec l'usage de
l'arc. Dès qu'un enfant atteignait l'âge de cinq ans,
— 22 —
on lui mettait entre les mains un de ces instru-
ments de guerre proportionné à sa taille et on en
augmentait la grandeur au fur et à mesure que
l'enfant grandissait ; c'est ainsi que l'archer arri-
vait à manier un arc de six pieds, dont il tendait la
corde jusqu'à son oreille, et obtenait ainsi la force
de décharger des traits longs d'une aune.
L'armée anglaise était depuis le règne d'E-
douard Ier exercée par de rudes guerres contre les
Gallois et surtout les Ecossais. Victorieuse ou
vaincue elle avait augmenté beaucoup sa valeur
militaire en combattant contre les célèbres chefs
écossais qui pouvaient passer pour les premiers
généraux de leur siècle.
La bataille de Falkirch où les picquiers de Val-
lace avaient failli mettre en déroute la cavalerie
anglaise, le désastre de Ramathburn, les rudes
leçons que Bruce leur infligea, avaient beaucoup
modifié la tactique des Anglais et leur avaient
appris les principes d'une guerre qui devait tou-
jours être la leur.
Les surprises continuelles de Douglas et de
Randolph leur avaient démontré la nécessité
d'une garde sévère.
Edouard et son fils le prince Noir étaient des
hommes de premier ordre secondés par d'excel-
lents chefs.
Edouard, dans les premiers jours de son règne,
avait eu à soutenir contre Douglas et Randolph
— 23 —
une guerre difficile qui développa ses facultés mi-
litaires.
Instruite par l'exemple de ses ennemis habiles,
l'armée anglaise choisissait de bonnes positions
et les défendait avec la solidité et la ténacité
qui sont le caractère de cette race.
Telles étaient les forces militaires des deux na-
tions lorsque Edouard défia Philippe.
Le roi d'Angleterre fit alliance avec le duc de
Brabant, le duc de Gueldres, le marquis de Ju-
liers, le comte de Hainaut. Malgré leur comte il
obtint l'appui des Flamands, grâce au concours
de Philippe de Artervelle qui lui était dévoué.
L'empereur d'Allemagne nomma Edouard vicaire
général de l'empire et augmenta ainsi son in-
fluence auprès des princes ses alliés.
Edouard passa en Flandre à la tête de 40,000
hommes anglais et allemands et envahit la France ;
cette première campagne n'eut aucun résultat :
Philippe réunit une nombreuse armée et s'avança
à la rencontre des Anglais ; les deux rois s'obser-
vèrent sans se combattre.
Edouard retourna en Flandre et repassa en
Angleterre. Quelque temps après, les Anglais re-
prirent la mer, anéantirent à l'Ecluse la flotte
française et avec l'aide des Flamands et de leurs
alliés assiégèrent Tournay. La ville se défendit
vigoureusement. Une trêve suspendit la guerre
entre les deux rois.
A l'expiration de cette trêve, Edouard sur le
— 24 —
conseil de Godefroy d'Harcourt, banni par Phi-
lippe, débarqua en Normandie. Le roi de France
leva une grande armée et marcha à la poursuite
des Anglais qui se retirèrent sur la Picardie.
Philippe espérait rejeter ses ennemis sur la
Somme dont il avait fait garder les passages ;
mais un habitant du pays, fait prisonnier, indiqua
au roi d'Angleterre le gué de Blanche-Tache ;
l'armée anglaise prit cette direction et culbuta
12,000 Français qui sous les ordres de Godemar
de Fay voulurent empêcher les Anglais de tra-
verser le fleuve.
Edouard, après avoir traversé la Somme, ma-
nifesta l'intention d'attendre les Français et de
les combattre. L'armée anglaise s'arrêta auprès
de Crécy et y choisit une forte position défensive.
Le roi'd'Angleterre fit mettre à pied toutes ses
troupes et les divisa en trois corps d'armée ; le
prince de Galles, secondé par Jean Chandos et
d'autres vaillants chevaliers, eut le commande-
ment du premier corps, le comte de Northampton
fut placé à la tête du deuxième et le troisième de-
meura avec Edouard lui-même.
Les chefs anglais disposèrent leurs archers en
première ligne et attendirent tranquillement leurs
ennemis.
L'armée anglaise ne comptait pas plus de 8,200
hommes.
Philippe quitta Abbeville suivi d'une très-nom-
breuse armée et s'avança à la rencontre d'Edouard.
— 25 —
Lorsqu'il fut arrivé en vue de l'ennemi, il en-
voya quatre chevaliers le reconnaître. Lemoine
de Basde, l'un d'eux, après s'être assuré de la forte
position des Anglais, conseilla au roi d'attendre
le lendemain pour les assaillir, car, lui dit le che-
valier, le jour est avancé, et il sera tard avant
que vous puissiez combattre.
Le roi suivit ce conseil et ordonna à ses trou-
pes de s'arrêter ; les premiers rangs obéirent, mais
les derniers continuèrent à marcher en avant et
lorsqu'ils eurent atteint les premiers, ceux-ci,
dans la crainte d'être dépassés, reprirent leur mou-
vement ; c'est ainsi que l'on arriva en présence
des Anglais.
Philippe alors commanda d'attaquer et fit pas-
ser en avant les arbalétriers génois; ceux-ci, ac-
cablés de fatigue, ne purent tenir devant les ar-
chers anglais qui les couvrirent d'une grêla de
flèches. Le roi de France, irrité de leur lâcheté,
donna l'ordre à ses gens d'armes de leur passer
sur le corps pour charger les Anglais ; un grand
désordre s'ensuivit ; les archers et l'infanterie lé-
gère galloise en profitèrent habilement. Les che-
valiers français vinrent sans ordre, sans plan de
bataille, chacun agissant pour soi-même, assail-
lir les solides lignes anglaises. Chevaliers et ar-
chers les accueillirent froidement et repoussèrent
cette attaque désordonnée.
Le roi Philippe montra la plus grande bravoure
dans cette bataille ; il refusa de suivre l'avis de
2
— 26 —
Jean de Hainaut qui lui conseillait la retraite ; il
s'avança même au plus épais du combat; il tenta,
mais en vain, de rejoindre le duc d'Alençon dont
les ennemis le séparaient ; le roi de France ne
quitta le champ de bataille entraîné par Jean de
Hainaut, qu'après avoir vu la déroute complète
de ses troupes et alors qu'il ne restait plus un
seul corps organisé en face de l'ennemi.
La bataille de Crécy eut des résultats bien
fatals pour la France ; elle donna aux Anglais une
telle opinion de leur valeur qu'ils regardèrent
chaque combat comme une victoire assurée ; elle
accrut le nombre de leurs partisans en France et
réunit sous leurs bannières les plus braves aven-
turiers de tous les pays chrétiens. Les conquêtes
du comte de Derby et plus tard celles du prince
Noir dans le midi de la France assurèrent au roi
Edouard le service de l'élite des chevaliers gas-
cons.
Malgré cette terrible défaite, Philippe ne déses-
péra pas, il réunit une deuxième armée pour
secourir Calais que les Anglais avaient assiégé ;
mais à son arrivée, les ennemis ne sortirent point
de leurs retranchements où il n'eût pu les atta-
quer sans folie; l'armée française battit donc en
retraite sans avoir pu délivrer Calais. Après la
prise de cette ville, une trêve fut conclue entre les
deux royaumes.
Sous le règne de Philippe de Valois s'éleva la
guerre de la succession de Bretagne. A la mort du
— 27 —
dernier duc, Jean de Montfort et Charles de Blois
réclamèrent son héritage. Philippe de Valois ap-
puya les droits de Charles de Blois son neveu ; le
roi d'Angleterre soutint Jean de Montfort. Les
Anglais eurent ainsi en Bretagne un nouveau
champ de bataille.
JEAN LE BON.
JEAN succéda à son père Philippe de Valois
et eut à repousser comme lui les préten-
tions d'Edouard III.
Jean le Bon emprisonna Charles le Mauvais,
roi de Navarre, qui avait assassiné le connétable
Charles d'Espagne. Le roi de France accrut ainsi
le nombre de ses ennemis. Le frère du roi de Na-
varre et ses partisans s'allièrent aux Anglais : il
s'ensuivit une guerre d'escarmouches en Norman-
die où Charles le Mauvais avait de grandes pos-
sessions.
La guerre avec les Anglais reprit bientôt une
nouvelle force; le fils aîné d'Edouard III, le fa-
meux prince Noir, le vainqueur de Crécy, partit
de Bordeaux avec une armée composée d'Anglais
et de Gascons, et après avoir augmenté par ses
conquêtes les possessions anglaises dans le midi
de la France, il s'avança jusqu'au centre du
royaume.
— 28 —
Le roi Jean leva une grande armée pour aller
combattre les Anglais ; il passa la Loire, se mit à
la poursuite du prince qui battait en retraite
et le rejoignit auprès de Poitiers.
L'armée anglaise était très-inférieure en nombre
à l'armée française. Le roi Jean avait sous ses
ordres 50,000 hommes et l'armée du prince ne
comptait pas plus de 8,000 combattants.
Les chefs anglais compensèrent par d'habiles
dispositions cette infériorité numérique.
Le prince Noir avait auprès de lui pour le diri-
ger Jean Chandos, un des meilleurs guerriers de
l'Europe; d'après les conseils de ce brave cheva-
lier, le prince de Galles plaça ses troupes dans
une position très-forte à laquelle on ne pouvait
arriver que par une haie ; les Anglais bordèrent
cette haie de leurs archers, ils cachèrent sur une
hauteur à la droite un corps de cavalerie qu'ils
destinaient à surprendre l'ennemi, et après s'être
fortifiés par des travaux de terrassement, ils
attendirent l'assaut.
Les Français s'avancèrent au combat en bien
meilleur ordre qu'à Crécy, le roi Jean fit recon-
naître soigneusement la position des ennemis;
d'après le conseil de ses meilleurs chevaliers, il
divisa son armée en trois corps : il donna le
commandement des deux premiers au duc de
Normandie, son fils, et au duc d'Orléans; il se
réserva le troisième. Une troupe de 300 cavaliers,
choisis parmi les meilleurs chevaliers et écuyers
— 29 —
de l'armée, et placée sous les ordres des deux
maréchaux de France, reçut la mission de com-
mencer l'attaque, de charger les archers anglais
et forcer le passage de la haie ; les auxiliaires
allemands étaient disposés pour soutenir ce corps,
le reste de l'armée suivait en trois colonnes et
devait combattre à pied.
Les maréchaux échouèrent dans leur attaque,
la difficulté du terrain et les décharges terribles
des archers anglais mirent en déroute les cava-
liers qu'ils commandaient ; les Anglais vainqueurs
prirent l'offensive, dispersèrent les Allemands et
se trouvèrent en présence du corps d'armée com-
mandé par le duc de Normandie ; Jean Chandos
recommanda alors au prince de Galles de pour-
suivre son succès et de marcher en avant.
A la vue de la déroute des deux premiers corps,
la colonne du duc de Normandie fut ébranlée,
beaucoup de gens d'armes remontèrent sur leurs
chevaux et prirent la fuite ; le prince de Galles fit
alors charger en flanc ce corps d'armée par les
cavaliers qu'il tenait en réserve sur la montagne
et accrut ainsi le désordre. Les chevaliers aux-
quels était confiée la garde du duc de Norman-
die et des autres princes crurent alors nécessaire
de pourvoir à la sûreté de ceux-ci et se retirèrent
avec 800 lances.
Le corps du duc d'Orléans hésita et se retira
derrière la colonne du roi qui eut alors à soutenir
l'effort des ennemis victorieux.
— 30 —
A la vue du désastre des siens, le roi Jean ne
fut pas troublé, il fut le digne descendant des
héros de sa glorieuse race ; sur son ordre, tous les
chevaliers qui l'entouraient mirent ainsi que lui
pied à terre; il se saisit de sa hache d'armes,
ayant à ses côtés le jeune Philippe qui devint plus
tard duc de Bourgogne, il s'élança sur les enne-
mis, se montra le plus brave chevalier de l'ar-
mée française et peut-être des deux armées ; il
frappait de si grands coups que nul n'osait l'ap-
procher, et si, dit Froissart, le quart de ses soldats
eussent combattu comme lui, la victoire eût été
pour la France. Il ne cessa de résister qu'après
avoir vu tous ses compagnons morts ou pris à
ses côtés; alors entouré d'ennemis, restant le
dernier sur le champ de bataille, il se rendit aux
Anglais que sa valeur avait remplis d'admiration.
Le prince de Galles lui rendit les honneurs dus à
un aussi brave guerrier.
Pendant la captivité du roi, le duc de Norman-
die fut nommé régent du royaume, et un conseil
composé de nobles, de prélats et de gens de com-
munes lui fut adjoint dans le gouvernement.
La situation de la France après la bataille de
Poitiers fut désastreuse: l'élite de la chevalerie
avait péri ou était prisonnière , aucune force ne
restait pour protéger le royaume.
Sous le nom de compagnies, des bandes de bri-
gands composées d'Anglais et d'aventuriers de
toutes les nations, servant sous les Anglais, ra-
— 31 —
vagèrent tout le pays. Ces gens observaient peu
ou point les trêves, et la guerre des deux rois n'é-
tait pour la plupart d'entre eux que prétexte ho-
norable pour exercer leurs rapines.
A la suite de la terrible défaite de Poitiers, la
populace des villes et des campagnes poussa se-
lon son habitude des cris de trahison et exerça ses
horreurs : les campagnesse révoltèrent, les ré-
voltés prirent le nom de Jacques, assaillirent les
châteaux mal gardés et massacrèrent les nobles,
leurs femmes et leurs enfants.
Etienne Marcel, prévôt des marchands, souleva
Paris; l'insurrection préluda aux actes du régent
en massacrant Robert de Clermont, maréchal
de Normandie, et le seigneur de Conflans, maré-
chal de Champagne. Etienne Marcel délivra le
roi de Navarre. Charles le Mauvais vint à Paris et
s'établit ensuite à Saint-Denis, à la tête d'une
troupe d'Anglais et d'aventuriers de tous les
pays.
Le duc de Normandie fut forcé d'abandonner
Paris qu'il laissa aux mains des bandits et des
traîtres ; il réunit une armée et mit le siège de-
vant sa capitale qu'Etienne Marcel fortifia contre
lui.
De leur côté, les Jacques continuèrent leurs
ravages, mais ils furent heureusement écrasés à
Meaux par le comte de Foix et le captal de Buch ;
les autres bandes de ces brigands furent extermi-
— 32 —
nées par le sire de Coucy et d'autres chevaliers
qui s'étaient enfin réunis contre eux.
Après un assez long siège, le traître Etienne
Marcel fut tué par Jean Maillard selon les uns,
par Pépin des Essarts et Jean de Chany selon les
autres, au moment où il allait livrer Paris aux
soldats du roi de Navarre.
Charles rentra alors dans sa capitale et com-
mença à exercer effectivement le gouvernement
de cette France qu'il devait sauver et relever après
son avènement au trône.
A cette époque, le roi d'Angleterre débarqua en
France à la tête d'une armée formidable ; il par-
tit de Calais et dévasta le pays sur son passage.
Charles suivit alors la tactique qui lui fut plus
tard si favorable ; il mit des garnisons dans les
villes fortes, y fit apporter toutes les provisions
et vivres des provinces que l'ennemi parcourait,
et s'enferma lui-même dans Paris.
Le roi d'Angleterre s'approcha de cette ville et
envoya demander la bataille au duc de Norman-
die; Charles la refusa et maintint ses troupes
derrière les murailles de la capitale qu'il avait
abondamment pourvue de vivres. Edouard dé-
campa et se dirigea vers les provinces du centre.
La France était alors épuisée par la guerre étran-
gère, par la guerre civile et les compagnies. Le
régent envoya des ambassadeurs pour demander
la paix au roi d'Angleterre. Edouard consentit à
l'accorder à des conditions désastreuses pour ses
— 33 —
ennemis. Le traité fut signé à Brétigny, auprès
de Chartres.
Charles V devait le déchirer plus tard et rendre
à son pays la puissance qu'il venait de perdre.
Le roi Jean revint alors de captivité.
Malgré la paix signée entre les deux rois, les
compagnies, avec ou sans l'assentiment des An-
glais, ne continuèrent pas moins à ravager la
France.
Le roi ordonna à Jacques de Bourbon, son pa-
rent, de réunir une armée et de marcher contre
les pillards. Jacques rencontra ceux-ci non loin
de Lyon ; mais il avait affaire à des ennemis d'une
bravoure à toute épreuve et rompus aux ruses de
la guerre.
Les compagnies choisirent une position formi-
dable et tendirent une embûche aux Français;
l'armée de Jacques de Bourbon fut écrasée et son
chef blessé mortellement.
Jean mourut en Angleterre où il était retourné.
CHARLES V
CHARLES V monta sur le trône à la mort
du roi son père.
La France était, à l'avènement de ce
prince, dans une situation désastreuse, diminuée
par le traité de Brétigny, ravagée par les com-
— 34 —
pagnies et en guerre avec le roi de Navarre dont les
troupes occupaient les environs de Paris.
Charles était un prince habile et sage, compre-
nant les difficultés de la situation, choisissant bien
ses conseillers et ses capitaines ; il résolut de rele-
ver son royaume et consacra sa vie à ce noble
but qu'il atteignit avant de mourir.
Duguesclin, le plus illustre des chevaliers fran-
çais, reprit sur les Navarrais Mantes et Meulan.
Peu de temps après, le roi de France envoya en
Normandie une armée contre Charles le Mauvais.
Les Français rencontrèrent auprès de Cocherel
les troupes du roi de Navarre commandées par le
captai de Buch; l'armée navarraise était compo-
sée d'Anglais et d'autres soldats des grandes
compagnies.
Le captai avait choisi une très-forte position
défensive, mais Duguesclin que les Français choi-
sirent pour chef savait combien il était difficile de
battre les Anglais en position; il renouvela la
manoeuvre qui avait si bien réussi à Guillaume
pendant la bataille d'Hastings. A la vue des en-
nemis, il feignit de se retirer ; les Navarrais quit-
tèrent les hauteurs qu'ils occupaient, Duguesclin
alors se retourna contre eux et engagea la bataille ;
après une lutte acharnée la victoire demeura aux
Français et le captai fut fait prisonnier.
Cette brillante victoire inaugura le glorieux rè-
gne de Charles V.
Le roi conçut la plus vive estime pour le guer-

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