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La Marreuse

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Cette jeune femme doit se défaire des démons qui se sont emparés d’elle au cœur de la phase de sa construction personnelle.

Ils la formatent, la malmènent et dérèglent sa vie. Elle devient méchante, assassine, cruelle. Elle souffre de ces douleurs que l’on cache, de ces douleurs qui ne sont pas seulement physiques, mentales, affectives ou sociales. Ces douleurs innommables qui échappent trop souvent au commun des mortels.

La Marreuse porte dans tout son être les stigmates d’une première fois, d’une arme de poing brandie, d’une domination révoltante. Elle souffre d’une douleur nécessairement empathique.

Il faut la prendre dans vos bras, la consoler, l’aimer d’amour vrai. Aucune Marreuse ne mérite d’être abandonnée.


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LUCIEN RENCIOT

La Marreuse


Cette jeune femme doit se défaire des démons qui se sont emparés d’elle au cœur de la phase de sa construction personnelle.

Ils la formatent, la malmènent et dérèglent sa vie. Elle devient méchante, assassine, cruelle. Elle souffre de ces douleurs que l’on cache, de ces douleurs qui ne sont pas seulement physiques, mentales, affectives ou sociales. Ces douleurs innommables qui échappent trop souvent au commun des mortels.

La Marreuse porte dans tout son être les stigmates d’une première fois, d’une arme de poing brandie, d’une domination révoltante. Elle souffre d’une douleur nécessairement empathique.

Il faut la prendre dans vos bras, la consoler, l’aimer d’amour vrai. Aucune Marreuse ne mérite d’être abandonnée.

©Lucien Renciot 2016

ISBN : 979-10-92020-10-6

Sommaire

 

La Marreuse porte en elle la contradiction de toutes les nébuleuses. Elle réunit tous les tourments humainement supportables.

Sa vie, ses pensées, ses obsessions donnent à croire, même à comprendre que les traumatismes se trouvent seulement ailleurs.

La terrible douleur humaine va au-delà du virtuel.

La Marreuse est devenue esclave de sa propre existence, mais elle est loin d’être une exception.

Ce récit ouvre un pan de vie à travers les agissements et les comportements condamnables.

Aujourd’hui, toutes les Marreuses du monde doivent héler de toutes les forces de leur corps.

Préambule

La Marreuse,

Ou… le visage pluriel des femmes créoles.

Que nous cache ce surnom devenu le titre d’un roman ? Une fiction sociale qui devient une carte d’identité ; un métier qui fait corps avec celle qui l’exerce, au point de l’habiller de la tête aux pieds ?

Ou alors s’agit-il d’un nom perdu, d’un secret de naissance et de filiation qu’il fallait réparer au plus pressé ? Je n’en dirai rien. Et je ne vous dirai pas un mot sur la quête qui habite la Marreuse.

Son cheminement doit vous surprendre, vous happer et vous obliger à la suivre, d’une manière ou d’une autre. Tantôt, vous lui prendrez la main affectueusement, puis tout d’un coup vous la lâcherez, la laissant seule avec elle-même.

Mais jamais vous ne la quitterez des yeux. Elle cherche coûte que coûte, vaille que vaille, comme si la vie dépendait de ce qui lui serait révélé. En fait, elle cherche qui ? Quoi ?

Vous voilà alors animé d’une curiosité (saine ?), profonde et tenace. De la première à la dernière page, la Marreuse vous tient jusqu’au bout, à bout de souffle.

Son existence est peuplée d’embûches, de méandres, d’obstacles, de rencontres et de fulgurances. Toutes ces épreuves jalonnent votre lecture. Car rien de ce qui l’atteint ne vous sera épargné.

C’est le prix à payer pour arriver à la vérité, pour avoir une once de lumière, pour savoir enfin la source et la fin. La Marreuse vous chavire sous un flot d’émotions contraires, diverses et variées.

Son entêtement obsessionnel vous effraie. La perversité de ses stratégies vous stupéfie. Sa candeur vous émeut. Son impétuosité force l’admiration. Sa soumission a un goût amer, et parfois abject.

Sa douleur vous met en compassion. Sa beauté vous trouble, qu’elle soit naturelle ou étudiée. Selon les jours et les circonstances, « Elle » est attraction et répulsion, elle est Soleil et Orage, elle est aussi Averse et Embelli.

Selon ses humeurs, selon qu’elle s’approche ou s’éloigne de « son » but, c’est sa chair qui s’exprime, ou son âme qui la conduit ou encore, son cœur qui la fait avancer.

La Marreuse à quelques fois, l’allure d’un gibier pourchassé et malmené par la vie. Mais son instinct de survie est si puissant, si fort, si aiguisé, qu’elle confond volontiers attaque et défense. Elle endosse en un tour de main le costume caméléon du prédateur.

La Marreuse a le visage pluriel des femmes créoles, ai-je dit plus haut. Elle a tous les visages des femmes du monde. Elle est mille femmes en une.

Elle est d’ici et d’ailleurs, singulière et universelle. Ceux qui vont croiser son chemin, se mesurer à elle, l’aimer, la haïr ou la trahir ; ils vont subir et souffrir ; rire et pleurer ; ils vont toucher le fond, et côtoyer les sommets, frôler les abîmes et flirter dangereusement avec les excès.

Ils composent le tableau mosaïque de notre société, dans son opacité, sa fragilité et sa dureté.

Celui qui a écrit ce roman, celui qui a fait naître le personnage de la Marreuse, a sans conteste trempé sa plume dans l’encre complexe de la psychologie humaine et sociale, dans nos blessures et nos déchirures les plus secrètes.

Il l’a fait avec sensibilité et profondeur. Ce qui nous donne un livre à « vif » captivant de bout en bout, poignant, énigmatique, troublant, révoltant, ô combien humain, misérablement, douloureusement, savoureusement et divinement humain !

Marie-Line Ampigny

La Marreuse

La cour nègre regroupait des petites cases obscures. En déséquilibre sous des toits d’une paille misérable, elles représentaient le regroupement de la misère récurrente et de l’infamie imposée.

Cette misère se perpétuait pour que l’homme ne devienne jamais un homme. De loin, les murs restaient indéfinissables, à cause des couleurs : brun sale, noir, verdâtre et gris.

L’œil non exercé et même le toucher ne peuvent définir le matériau de base de leur fabrication, et qui demeure fragile et inconstant. Cette matière résultait d’un mélange de bouse et de paille mêlé dans un mortier de fortune.

Ceci s’appliquait à mains nues. Cette méthode d’imperméabilisation des façades, bien que rudimentaire, supportait relativement bien les années.

Les toitures reflétaient la même décrépitude. Pourtant des générations y vivaient sans le minimum nécessaire.

À l’orée de cette ribambelle de cabanes mortifiées, deux débits de la régie donnaient semblant de vie en attirant les hommes pour une déglutition abusive d’un rhum unique, neuf, odorant et puissant.

Ce rituel était devenu formel. Avant chaque coucher du jour, la compagnie d’hommes tourmentés venait offrir leurs gosiers en sacrifice d’alcoolisation.

La présence de femmes téméraires, pressées et provocantes ne dérangeait pas ces habitudes. Derrière le simulacre de liberté, les hommes et les femmes, abandonnaient toujours leurs cœurs aux carcans de la misère.

Paradoxalement, des rires âcres se dégageaient de leurs gorges mutilées par l’alcool. Ils se parjuraient unanimement dans cette condition d’existence. Un secret rongeait leur existence.

 

D’ailleurs, ces déploiements presque immoraux cachaient les désillusions qui, par-delà les réparties, déclenchaient facilement des invectives déconcertantes et inutiles.

Des désordres suppurant, la légitimation des refoulements et des soûleries résultait de ces réunions informelles. En somme, ces gens subissaient le parfait dérèglement psychologique qui demeurait inextricable.

Les larmes intarissables accompagnaient la dilapidation des vies, dans un processus enclenché dès l’enfance.

Cette cour nègre était devenue ainsi par une force inexpiable. Véritablement, cet espace entretenait les misères et sauvegardait les mélancolies et les audaces.

Les cruautés et le mutisme arbitraire avaient emménagé, enfouissant dans la partie la plus obscure de sa mémoire les pourritures, que les nécrophages refusaient.

Les événements en avaient produit un monde impénétrable, qui devint au fur et à mesure réfractaire à la libre conscience et hostile à la dignité.

Pour sa part, l’ignorance refusait de se porter caution de la naïveté de ces cases. Personne ne pouvait non plus déterminer par quelle décision l’une de ces stupidités semblait porter tout le poids de la communauté.

Cette case-là paraissait banale dans sa posture recroquevillée de paillote usée.

Elle accusait certes, les coups du temps, mais supportait certainement le poids d’une infamie. Sous son toit couvait une accusation affligeante. Dans son aspect, elle saisissait de facto à la gorge, mais encore figeait l’imagination.

La curiosité seule pouvait inciter à creuser autour de ses blessures.

Dans l’antre même de cette case pitoyable se cachait ce que seule une sépulture pouvait garder. Sous sa cape de sorcière, elle apparaissait toute tordue.

Pire, une honteuse machination l’humiliait. Un feu inconsolé semblait attisé par le plus sordide des agissements, contre l’humanisme.

Le monde avait accueilli une Marreuse. Elle avait ouvert les yeux un peu tardivement, un signe de confiance. L’innocence tranquillisait son avenir, d’autant que sa famille lui en offrait l’assurance.

Mais pouvait-elle penser un seul instant que son existence s’étalerait sur toutes les avenues ?

Comment pouvait-elle imaginer que son nom ferait tressaillir d’exaspération ?

Les années lui offraient déjà toutes leurs gratitudes. Dans le même temps, une voie secrète et mystérieuse se préparait pour l’engeôler à jamais. À cause d’une promiscuité déroutante, l’effroyable perspective vint dessiner sa trame.

Le mécanisme rigoureux d’une misère historique déclenchait sournoisement la lapidation, libérant des malheurs outrageants qui s’exhibaient dans la confusion la plus impudique.

La misère déchirait les êtres, dissimulait honteusement ses actes dans des soupirs incessants.

L’amertume pourrissait les êtres rendus à la plus simple expression de la vie. L’homme finissait par se transformer en prédateur, empreint de sérénité et capable de tuer la décence, sans se repentir.

Il parvient à anéantir secrètement l’âme avec ses remords. Il réussit à désavouer la dignité, à mépriser l’enfance, à annihiler la probité dans un égocentrisme primaire et durable.

Du fait de ce contexte, beaucoup se livraient à ce jeu sordide interdit.

Dans l’obscurité redoutable des cases, ne se distinguaient plus ni père, ni autorité, ni enfance, ni morale, ni bien, ni mal, ni amour, ni tendresse. La haine dominait et, par filiation, se transmettait dans la même perversité.

Les actes se mêlaient aux actes dans un infini chaos. Le matin en perdait sa capacité à produire le jour. La lumière et l’espoir s’égaraient, donc la vie allait en déliquescence.

Emportée dans sa promesse de la vie, la Marreuse ne se souciait guère des histoires de grandes personnes.

À l’amorce de ses treize ans, elle connut une vision nouvelle de sa vie. À ce moment, alors que la plénitude semblait s’emparer d’elle sans aucun complexe, sa générosité bascula dans un désordre indescriptible.

La violence l’avait déconcerté, la gifle de sa vie ; un monde étrangement pervers la cueillit sans prévenir. L’exécution d’une damnation programmée par la misère se lançait à sa poursuite sans avoir édicté les règles.

Ce bouleversement lui apprenait que la vie ne se contentait pas une simple philosophie. Ainsi, l’existence la ponctionnait déjà sur ce qu’elle ne lui avait pas accordé, ceci sans autre alternative.

Alors, ce monde d’alcooliques, mis à genoux par la rudesse quotidienne, continuait de transformer ses victimes en marionnettes dans un choix imposé.

Les rêves de la Marreuse se brisèrent du coup. Cette insoutenable situation la transformait en une rebelle effarouchée, insatiable et dépouillée de toute lucidité.

Elle se trouvait écartelée comme lorsque l’éclair provoque la nuit dans un duel lumineux contre l’obscurité.

Ce spectre inconnu lui imposait des scènes et des actes pervers, au cœur d’un théâtre sans aucun rideau ni coulisse où l’irrationnel saisissait l’absurde sur un pan de la vie, comme exutoire sans fin.

La case abjecte lui faisait terriblement peur. Dès la nuit tombée, elle se sentait toute entière happe, prise dans un bouleversement intérieur.

Seuls des souvenirs d’un soir, dans sa brutalité aveugle, pouvaient l’expliquer.

Quelque chose avait interrompu son sommeil cette nuit-là, sans produire de bruit. Un animal avait étranglé son corps dans un geste inattendu. Aucune possibilité de fuir ne s’offrait à elle.

Depuis ce réveil brutal, des cauchemars d’une indescriptible violence pavaient sa vie, jusqu’à la faire sombrer dans une tragédie dont l’opacité masquait la clairvoyance.

L’odeur de la bête l’avait stupéfiée, puis tétanisée. Une trahison venait de naître !

Les hommes, le monde, l’humanité, avait rompu leurs liens. Elle fulminait parce que personne ne l’avait mise en garde contre la prédation perverse des mâles.

Souillés, corrompus par l’alcool, ces mâles excellaient pour la restitution du mal avec la liberté animale, conduit dans une compétition acharnée, et normalisée par le spirituel, la pauvreté morale et intellectuelle.

Quelque chose d’extravagant s’était formaté dans les tréfonds de cet homme. D’ailleurs, personne n’était entré dans son secret. Jusque-là, il ne réussissait pas à extirper de sa mémoire et de son cœur une sottise de jeunesse.

La source de son échec s’y trouvait. Sa femme, la mère de la Marreuse, porterait la cause des malheurs de sa fille. Avec le temps, la rancœur avait occupé et gonflé le cœur de l’homme jusqu’à l’abominable inceste.

Lui seul pensait ignorer la portée de son acte. Personne ne peut dire combien de temps lui a demandé cette préparation.

Cette fois, la patience avait soutenu la stupidité et l’égoïsme diabolique s’était installé. Cet homme fruste avait intériorisé sa dite spoliation et s’empoisonnait de méchancetés.

Après toutes les années partagées avec sa famille, l’outrage prenait toujours plus valeur de rejet.

La Marreuse se révélant chaque jour le maillon faible, il consentait à piétiner des règles élémentaires. Seul un pauvre d’esprit peut ainsi évoluer vers la consécration d’une déshumanisation complète.

Il n’avait pas été le premier à étreindre sa femme et cela l’accablait.

Incapable d’exorciser ce mal-être, il tramait sa vengeance dans une folle démesure.

Au bout de quelques années, il entra à corps perdu dans ce jeu d’erreur et d’échec, de spoliation et d’ignominie, de douleur et de perversion.

Cet acte ne désignait rien d’autre qu’un vol ! Pire, il avait commis un viol !

Plus qu’un meurtre accompli, cela signifiait un assassinat dans la lâcheté d’une extériorisation imbécile.

Un meurtre

Comme tout exutoire enfoui dans les entrailles du silence, celui-ci se partageait certainement avec d’autres écervelés.

L’incommunicabilité arbitrait ces faits en toute impunité, qui se justifiaient d’ailleurs par des raisonnements, tous aussi pervers. S’évertuer à ménager le serpent et le rat permettait aux choses de demeurer dans l’état et sans aucune issue.

La Marreuse se sentait saisie par l’énergie du voleur, puis projetée contre le mur froid, inodore et incolore de la brutalité. Elle n’avait trouvé aucune arête où accrocher sa tête.

Sa vie devint un écroulement vertigineux et incontrôlable. Sans espoir et sans pouvoir rebondir, elle était restée pendue aux souvenirs toujours plus vifs.

À la suite à une brève absence matinale, son père avait feint l’épuisement, et s’était affalé sur une sorte de banc bancal adossé à une façade rugueuse de la case. Il avait observé les enfants qui évoluaient dans leur généreuse exubérance à exécuter des jeux anodins.

De sa posture, le père par substitution soutenait résolument une autre explication. L’adolescente bouleversait son œil traître. Son cœur ne reconnaissait plus aucune limite.

La haine qu’il avait cachée débordait à noyer le monde de la cour nègre et au-delà. En son for intérieur, la personne qu’il voyait ne représentait rien d’autre qu’une chose, jeune, femme, idéale, docile, disponible, maudite.

Cette splendeur juvénile convenait fatalement à cet idéal forgé par la bêtise. Ses fantasmes refoulés le ramenaient vers sa femme et son machiavélisme, l’avaient enfermé très insidieusement dans la stupidité humaine : l’obscène décapitation avait pillé les règles élémentaires de sagesse et d’honneur, de bienveillance et de raison.

La filiation s’était évanouie comme une brume qui se dissout sous l’effet acharné d’un vent tirailleur.

Des regrets, des pensées, des douleurs le dressaient contre sa femme qui ne ressemblait plus qu’à une pincée de sel qui s’évanouit dans le thé fumant du soir.

Les événements lui avaient offert le profil idéal pour excuser l’inconséquence et museler jusqu’au dernier témoin : sa conscience.

Dans cette démesure, l’ignorance solennelle de l’influence immorale du plus grand ennemi de l’homme œuvrait. Ni sa femme, ni la misère, ni la vie, ni l’amour, voire la jeune fille, n’exacerbaient cette raison. Lui seul en nourrissait le coupable.

Cet homme se rendait coupable contre lui-même, coupable contre l’innocence, coupable de spoliation et d’outrages. Il devenait aussi coupable d’inconséquence parce que la douleur ne se restitue jamais, surtout par filiation.

Le mal ne peut souffrir d’une quelconque comparaison avec le bien. Cette protection ne peut en aucun cas se payer ou se compenser.

Sous prétexte de misère, la méchanceté avait fourbi ses armes contre l’adolescence avare de protection, de consolation, de direction, d’Amour, puis avait exhibé sa force, la prenant comme un prédateur sauvage saisit sa proie...

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