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La Montagne de l'âme

De
503 pages
La Montagne de l’Âme, le roman qui a valu à GAO sa notoriété et son prix Nobel, est désormais un classique de la littérature universelle. GAO entraîne le lecteur dans un vertigineux voyage initiatique à travers la Chine des années 1980, entre tradition millénaire et vestiges de la Révolution culturelle.
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La Montagne de l’Âme
Extrait de la publication
Gao Xingjian prix Nobel de littérature
La Montagne de l’Âme
roman traduit du chinois par Noël et Liliane Dutrait
É D I T I O N S D U S E U I L e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
LAMONTAGNEDEL’ÂME(roman) Lingshan, Taipei, Éditions Lianjing, 1990 © Gao Xingjian, 1990 ISBN978-2-7578-0450-6 re (ISBNpublication)2-7526-0274-X, 1 © Éditions de l’Aube, 1995, pour la traduction française
ISBNOp u s )co lle ct io n ro ch é , 978-2-02-108826-7 (b IS BN978-2-02-109760-3(e -p u b )IS BN978-2-02-109761-0 (p d f)
© Novembre 2012, Éditions du Seuil, pour le présent volume
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www.seuil.com
Extrait de la publication
Préface
Dès 1995, les lecteurs français ont eu largement accès à l’œuvre de Gao Xingjian avec la publication, aux Éditions de l’Aube, de la traduction française deLa Montagne de l’Âme. À l’époque, la parution de ce roman a déjà connu un succès certain et les grands journaux et hebdomadaires francophones ont publié des articles élogieux à son sujet. Gao Xingjian lui-même, qui résidait en France depuis la fin de l’année 1987, n’a pas été avare de son temps pour dialoguer avec un public souvent enthousiaste, fasciné par le style nouveau de ce roman atypique porteur d’une force poétique prodigieuse. En chinois,La Montagne de l’Âme avait été publiée cinq ans plus tôt à Taïwan de manière presque confidentielle et il faudra attendre l’an 2000 et l’attribution du prix Nobel de littérature à son auteur pour que le roman soit très largement diffusé à Hong Kong, Singapour et Taïwan, et même en Chine continentale, mais clandestinement, dans des versions « pirates ». La généralisation d’Internet a permis ensuite aux sinophones du monde entier d’en prendre connaissance sur de nombreux sites. En dehors des lecteurs francophones et sinophones,La Montagne de l’Âmea été accessible très tôtégalement au lectorat suédois puisque Göran Malmqvist, lui-même membre de l’Académie suédoise, l’a traduite et éditée dès 1992. Enfin, la version anglaise de Mabel Lee a été publiée en 2000 et a obtenu elle aussi un immense succès. En 1996, après une dizaine d’années consacrées à la fois à la peinture et à l’écriture théâtrale, Gao Xingjian, qui avait indiqué à plusieurs reprises que, grâce àLa Montagne de l’Âme, il avait « réglé ses comptes avec la nostalgie du pays natal », revient à l’écriture romanesque. Après avoir écrit directement en français plusieurs pièces de théâtre sans aucun arrière-plan chinois, il se tourne dansLe Livre
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Préface
d’un homme seul vers l’histoire de la Chine et la sienne propre. Les différents personnages deLa Montagne de l’Âmedésignés par de simples pronoms personnels, « je », « tu », « il », et « elle » sont présents, mais, dansLe Livre d’un homme seul, « je » a disparu. Le personnage principal est désigné par « tu » et « il ». « Tu » existe au présent et « il » est celui dont parle le narrateur. Ce personnage évolue e dans la société chinoise depuis le milieu jusqu’à la fin duXXsiècle. Dans les deux romans, la quête amoureuse et les difficultés à exister librement constituent les thèmes principaux. Ces chefs-d’œuvre sont inséparables, on peut les lire et les relire dans n’importe quel ordre. Le voyage intérieur ou le voyage à travers les étendues chinoises ou occidentales, les rencontres extraordinaires que fait le narrateur partout dans le monde, l’observation du comportement humain, que ce soit dans des lieux reculés peuplés de minorités ethniques vivant dans les montagnes de Chine, que ce soit dans un théâtre e américain duXXou dans une ville d’Australie, la recherche siècle de la beauté, de la spiritualité, du sens de la vie, de l’amitié ou de l’amour, la désillusion face à la modernité galopante, l’impossibilité de réaliser ses rêves, la nostalgie de l’enfance, tous ces thèmes sont présents dans ces deux romans, à la fois longs poèmes en prose de la « sinitude », manifestes implacables contre l’utopie politique, odes à la beauté du monde. Lorsque, en 2000, l’Académie suédoise décide de décerner le prix Nobel à Gao Xingjian, elle indique dans ses attendus que ce prix lui a été décerné « pour une œuvre de portée universelle, marquée d’une amère prise de conscience et d’une ingéniosité langagière, qui a ouvert des voies nouvelles à l’art du roman et du théâtre chinois ». Elle qualifie ensuiteLa Montagne de l’Âmede«roman de pèlerinage où le personnage principal fait un voyage à la rencontre de lui-même le long de la surface miroitante qui sépare la fiction de la vie, l’imaginaire du souvenir ». Enfin, elle indique que, dans Le Livre d’un homme seulretrace avec une sincé-, Gao Xingjian « rité impitoyable tour à tour son expérience d’activiste politique, de victime et d’observateur extérieur ». Antérieures àLa Montagne de l’Âme,les nouvelles publiées dans le recueilUne canne à pêche pour mon grand-pèrebien montrent comment Gao Xingjian a forgé son style narratif dans chacun de ces textes avant de passer à la rédaction de ses deux longs romans. La
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Préface
technique de « courant de langage », dérivée du fameux « courant de conscience », est exploitée avec maestria dans la nouvelle qui a donné son nom au recueilUne canne à pêche pour mon grand-père, écrite en 1986. Le narrateur se remémore son passé à l’occasion d’un court séjour chez son grand-père, tandis qu’un match de Coupe du monde de football est retransmis à la télévision. Les deux nou-velles proposées dans ce volume (inédites en traduction française), L’Ami etVingt-cinq ans après, sont parmi les premières publiées par l’auteur au tout début des années 1980. Elles contiennent déjà plusieurs thèmes que celui-ci reprendra abondamment par la suite : la nostalgie du temps passé trop vite ou qui a été volé par les événements politiques, les amitiés fidèles, les amours contrariées… Après la parution duLivre d’un homme seulen 1999 à Taïwan et en 2000 en traduction française, Gao Xingjian n’a plus écrit d’œuvres romanesques. Certains commentateurs s’en sont inquiétés, se demandant même si la notoriété soudaine de l’auteur n’avait pas tari son inspiration. C’était bien mal le connaître. En effet, Gao Xingjian a toujours pratiqué plusieurs formes d’expression artistique. Dès son enfance, la peinture et le théâtre l’ont fasciné, mais aussi l’écriture puisqu’il évoque l’une de ses premières rédactions dans le discours de remerciement au roi de Suède qu’il a prononcé en décembre 2000 à Stockholm. Grâce au prix Nobel, il a pu jouir d’une certaine aisance qui lui a permis de mener à bien les projets les plus fous dont il rêvait depuis toujours : mettre en scène un opéra à Taipei et à Marseille réunissant des dizaines d’acteurs et un grand orchestre symphonique,La Neige en août2003 et 2005) (en , mettre en scène l’une de ses pièces de théâtre,Quatre quatuors pour un week-end, à la Comédie-Française (en 2003), exposer ses toiles gigantesques à la Vieille-Charité à Marseille (en 2005) et au Palais des papes d’Avignon (en 2002), publier son magnifique poèmeL’Errance de l’oiseau(Seuil, 2003), donner d’innombrables conférences et exposer ses peintures dans le monde entier, publier en chinois un recueil de textes théoriques montrant la richesse de sa réflexion sur la création littéraire, théâtrale, picturale, et sur le rôle de l’artiste dans la société (à paraître au Seuil). De plus, il a publié et mis en scène plusieurs pièces de théâtre dont certaines ont été écrites d’abord en français, commeLe Quêteur de la mort, qu’il a ensuite lui-même traduites en chinois. Cette activité débordante,
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Préface
perturbée pendant un temps par des problèmes de santé, ne l’a pas empêché de se lancer dans une activité nouvelle : le cinéma. Après avoir tournéLa Silhouette, sinon l’ombre, il a continué avecAprès le délugeprépare actuellement un nouveau long-métrage. Enfin, et sur le plan littéraire, il est loin d’être absent puisqu’il a publié Ballade nocturne, écrite directement en français, qui constitue un livret pour un spectacle de danse (éditions Éolienne, 2012), et que son dernier long poèmeLe Deuil de la beauté sera bientôt publié. À soixante-douze ans, Gao Xingjian est plus productif que jamais. En homme seul, loin des chapelles et des partis, il suit sa voie, tra-cée depuis son enfance, recherche inlassable de la beauté artistique, seule consolation devant l’absurdité du monde. Les traductions en français des romans et nouvelles de Gao Xing-jian (à l’exception des deux nouvelles inédites publiées dans cet Opus) ont été réalisées par l’auteur de ces lignes et Liliane Dutrait, décédée en 2010. Elles ont fait l’objet d’un travail constant avec l’auteur lui-même, parfaitement francophone, qui poussait ses traduc-teurs à s’éloigner de son texte d’origine pour, disait-il, « recréer » son œuvre en français.
Noël Dutrait Aix-en-Provence, juin 2012
Extrait de la publication
Extrait de la publication