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La Mort de César

De
101 pages

CASSIUS.

TYRAN trop orgueilleux ! impardonnable injure !
Il sait que Cassius mérite la préture,
Qu’elle est due au vengeur du malheureux Crassus ;
Il le sait, il le dit, et la donne à Brutus.
Il a fallu souffrir que Rome fût esclave :
Rome adore ses fers. Mais que César me brave,
Qu’il préfère un jeune homme à d’utiles soldats

Elevés dans les camps, vieillis dans les combats,
Et qu’avec arrogance, au gré de ses caprices,
Il donne à la faveur ce qu’on doit aux services,
Pour laver cet affront il me faut tout son sang.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Jacques Corentin Royou

La Mort de César

PRÉFACE

L’INTENTION de défendre de saines doctrines, attaquées avec acharnement, a déterminé le choix des sujets de quelques uns de mes essais dramatiques.

Dans Phocion, je me suis efforcé de peindre les vertus du véritable républicain, et de faire détester l’hypocrisie et les fureurs du démagogue ; dans la Mort de César, de prouver que le bonheur des peuples exige qu’un grand Etat soit monarchique. J’ai appelé l’intérêt sur César, l’exécration sur ses assassins.

Ces sentimens ne m’ont point été inspirés ; ce sont les miens. Soit en vers, soit en prose, je les ai professés invariablement. On peut voir dans mon Histoire Romaine, imprimée pour la première fois il y a plus de quinze ans, ce que j’ai dit des deux Brutus.

L’un, avant de faire couper la tête à ses deux fils, qui venoient d’entrer dans l’âge de puberté1, les fit déchirer à coups de verges ; leur sang couloit sur la place publique ; les spectateurs demandoient grâce avec des sanglots et des larmes ; le père, seul, ne laissa paroître aucune émotion. Je n’ai pu reconnoître en lui qu’un ambitieux forcené. Je ne saurois concevoir qu’on écoute la voix de la patrie, quand on étouffe le cri de la nature.

L’autre Brutus avoit des vertus qu’il souilla par plus d’une mauvaise action. S’étant associé avec d’infâmes usuriers qui, dans l’Asie, retiroient 48 pour cent chaque année de leurs capitaux, il voulut engager Cicéron, alors proconsul en Cilicie, à protéger ses complices, et à user de violence envers les victimes de cette criante usure. Cicéron s’y étant refusé, Brutus lui écrivit à ce sujet avec hauteur et avec dureté.

Il passoit pour le fils de César, et ne pouvoit guère ignorer un bruit universellement répandu. Néanmoins Caton l’entraîna dans le parti de Pompée. Le jour de la bataille de Pharsale, César donna l’ordre exprès de l’épargner, de le faire prisonnier s’il se pouvoit, et, s’il s’obstinoit à ne pas se rendre, de le laisser s’enfuir ; ce qu’il fit. Il sollicita sa grâce, et fut comblé de faveurs ; tout ce qu’il demanda pour ses amis, il l’obtint. Il porta trop loin la reconnoissance ; car, César ignorant quel asile avoit cherché Pompée après sa défaite, Brutus l’en instruisit. C’étoit une lâche trahison. Le dictateur, dans la suite, lui donna un gouvernement (dans lequel Brutus se comporta très-bien), puis la préture de la ville, et laissa entendre qu’il lui destinoit l’empire.

Tel est l’homme, tel est le père, que le second des Brutus assassina. Aussi, est-ce avec le sentiment d’une intime conviction que j’ai dit :

Les Brutus ont deux fois effrayé la nature.

Si Brutus fut atroce, Cassius ne le fut pas moins. On doit le regarder comme le principal auteur de l’assassinat. Après la défaite de Pompée, il implora la clémence du vainqueur, en fut accueilli, et obtint même une préture. Mais, outré de n’avoir pas eu celle de la ville, donnée à Brutus, dont il avoit épousé la sœur, il se brouilla ouvertement avec son beau-frère ; et, encore plus irrité contre César, il résolut sa mort.

Trop peu estimé pour se faire chef d’une conspiration contre le dictateur, il se réconcilie avec son beau-frère, et l’embrase si bien du fanatisme qu’il affecte pour la liberté, que Brutus consent à se mettre à la tête de l’entreprise. Il ne songeoit plus à la république, entièrement éteinte. Successivement gouverneur de la Gaule Cisalpine, préteur de la ville, désigné pour le consulat, et appelé à de plus hautes destinées, il se précipite comme une dupe2 et un insensé dans la conspiration, et César est tué par lui, pour l’avoir préféré à Cassius. Je supprime les détails trop connus des artifices employés par ce dernier pour séduire son beau-frère.

Parmi les autres assassins, on comptoit Décime qui avoit toujours suivi les drapeaux de César, et qui vint le chercher, pour le conduire en quelque sorte par la main, au sénat, où il ne vouloit pas aller ; et Ligarius, dont le discours de Cicéron, qui lui valut sa grâce, atteste la noire ingratitude. Je ne dirai rien des autres meurtriers ; presque tous étoient couverts des bienfaits de leur victime, et lui avoient dû la vie. On connoît peu d’action aussi détestable et aussi vile que leur guet-à-pens.

Cependant quelques uns ont prétendu que cette action ne fut point criminelle, que César fut tué justement ; que ses meurtriers furent de grands hommes, des hommes vertueux, de glorieux libérateurs de la patrie.

Ce n’est pas ainsi qu’en pensoit Matius. Dans la lettre qu’il écrivit à Cicéron en réponse à celle où l’orateur lui reprochoit de s’intéresser à la mémoire de César, il dit : « On me fait un crime de pleurer la mort d’un ami ; on prétend que l’amour de la patrie doit être plus fort que les sentimens de l’amitié, comme s’il étoit prouvé que le meurtre du plus illustre des hommes fut de quelque utilité à la patrie. » Il observe que ce sont ceux-là même dont César avoit accordé de si bonne grâce la vie à ses sollicitations, qui J’avoient cruellement assassiné. On me punira, disent-ils, d’improuver leur conduite. Insolence inouïe ! Quoi ! il leur sera permis de tirer vanité d’un forfait exécrable, et ceux qui en gémissent porteront la peiné de leur juste douleur ! On voudroit nous ôter par la terreur la liberté de nous affliger, et ce sont ceux qui se nomment les vengeurs de la liberté, qui prétendent nous imposer cette servitude !

Combien Cicéron, dans cette correspondance d’un moment entre Matius et lui, paroît inférieur à ce vertueux ami de César ! Combien sa gloire fut ternie à cette époque ! Il accabloit en public de ses éloges le dictateur qu’il abhorroit ; il n’entra point dans la conspiration qui le fit périr ; on ne l’en instruisit point ; on ne comptoit pas sur son audace ; mais ce fut à ses conseils secrets, à ses exhortations, à ses déclamations que fut en partie attribué le crime qu’il n’eût osé commettre de sa main. Il le traita d’action divine. Brutus et Cassius étoient, à son avis, plutôt des dieux que des héros. Il donne à ce meurtre le nom de festin. C’est une expression de cannibale. Altéré du sang d’Antoine, il mande à Cassius ! « Que ne m’avez-vous Appelé à ce banquet des ides de mars ? il n’y auroit pas eu de reste3. » Plus tard, il ne cessa d’insister près de Brutus pour qu’il tuât le frère d’Antoine, son prisonnier. Aussi Crevier, malgré la profonde estime qu’il témoigne (et justement à plusieurs égards) pour Cicéron, ne peut s’empêcher d’observer qu’il ne subit, de la part d’Antoine,, que le traitement qu’il lui eût fait souffrir, s’il en eût été le maître.

Les consuls en exercice, Hirtius et Pansa, qui tous deux, dit Crevier, étoient attachés, non seulement aux bienfaits, mais à la personne de César, demeurèrent fidèles à sa mémoire. « C’étoient, ajoute l’historien, de bons et vrais citoyens, amis de la paix, du bon ordre et des lois, jusqu’à consentir que le meurtre de César demeurât sans vengeance, plutôt que de donner lieu à une guerre civile. » Ils disoient, comme tous les amis du dictateur : « On a ôté à la république un grand homme. Sa mort a mis partout le trouble et le désordre. Sa clémence lui a été funeste ; elle lui a coûté la vie4. » L’abbé Prévost, dont j’emprunte la traduction, observe que presque tous les conjurés avoient suivi les drapeaux de Pompée ; que, non content de leur pardonner, César leur avoit conféré des magistratures.

En faut-il davantage pour les rendre odieux ?

Cependant les opinions se divisèrent au moment où le meurtre fut commis. Les uns le regardèrent comme un Irait d’héroïsme, les autres comme un crime abominable. Mais cette division même, dans un temps où il y avoit encore un fantôme de république, et des souvenirs républicains si récens, prouve du moins l’empire des sentimens de la justice, de la nature, et de l’humanité.