La passion de N.-S. Jésus-Christ : poème / par Élie-Édouard de Générès

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Delaunay (Paris). 1852. 1 vol. (108 p.) ; in-18.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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Y
LA
PASSION
nE
N. S. JÉSUS-CHRIST.
POÈME
PAR EUE ÉDOPAHO DE GÉNÉRÉS.
PARIS
DELAUNAY, LIBRAIRE,
RUE SAINT DOMINIQUE SAINT GERMAIN, 23
1852
LA PASSION
DE N. S. JESUS CHRIST.
"V
LA
PASSION
DE
N.^ JESUS-CHRIST.
POÈME
PAR .,+" DE GÉNÉRÉS.
PARIS -
DELAUNAY, LIBRAIRE,
RUE SAINT DOMINIQUE SAINT GERMAIN, 23.
1852
Paris, Imp. de Moquet, 93, rue de la Harpe.
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LA respectable mère un RELIGION,
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ZlILIMK de CËNÉMÈ8 SOCRVIIiliÉ,
RELIGIEUSE DU CHAPITRE DE LA CONGREGATION
DE ROTRS-DAME,
couvent des Oiteouoc-
Très chère et vénérée Cousine,
Loin d'un monde profane et des bruits
6
de la terre, vous ne cessez de prier Dieu
pour nous. Vous êtes l'ange de la fa-
mille ; Dieu se rend à vos prières ; c'est
à votre généreuse et sainte intercession
que chacun de nous doit sans doute les
moments de calme et de bonheur qui
viennent remplacer des jours marqués
par de cruelles vicissitudes, oh ! ne ces-
sez jamais d'être notre interprète auprès
du Seigneur.
Je vous dédie ce poème sacré. Je
7
souhaite, chère et sainte parente, que
mon offre vous soit agréable.
François Élie Édouard de Générès.
LA PASSION
DE ft S. JÉSUS CHRIST.
-A.pôtres du Seigneur, fil. du catholicisme.
Je lègue à votre amour uu monument chrétien*
O muse ! enfant des cieux, viens éclairer mon âme,
eue ton souffle divin pénètre aussi mon cœur.
Ta douce voix m'inspire,un saint désir rdenliamme,
Je vais parler du Christ, notre Dieu rédempteur.
Entrée de Jésus à Jérusalem;–
sa première station sur le
mont des Olives. -
Rêve de Judas*
LA PASSION DE N. S. JÉSUS-CHRIST.
Une grande multitude de peuple
étendit aussi ses vêtements le long du chemin;
les autres coupaient des branches d'arbres et
les jetaient par où il passait.
Et tous ensemble, tant ceux qui allaient
devant lui, que ceux qui le suivaient, criaient :
hosanna ! Salut et gloire au fils de David: béni
il
soit celui qui vient au nom du Seigneur : ho-
sauna! Salut et gloire lui soient rendus au plus
haut des deux. (Evangile selon S. Mathieu.)
Quels transports éclatants! quelle vive allégresse !
Sur les pas du Sauveur tout le peuple se presse,
Et mille cris d'amour font retentir les cieux ;
Mais Jésus cheminait calme et silencieux,
Aucun reflet d'orgueil n'éclairait son visage
Bien qu'il eut entrevu, groupés sur son passage,
Ses nombreux détracteurs suivre d'un œil jaloux
Sa marche triomphale, et pâlir de courroux ;
Qu'auraient-ils pu tenter dans leur sombre colère!
Pouvaient-ils arrêter le torrent populaire,
Dont la force invincible et la sainte clameur
Devenaient un rempart pour le Dieu voyageur.
C'est vers Jérusalem que le Sauveur s'avance,
Il y parait suivi de son cortège immense,
fa
La ville en est ému., et l'habitant surpris
Demande quel est-il ! et pourquoi tous ces cris ?
C'est le Nazaréen, Jésus de Galilée,
Répondent mille voix au sein de la mêlée,
C'est Jésus le prophète, à lui, salut, honneur!
Gloire au fils de David, l'envoyé du Seigneur,
Que l'heureuse Salem aujourd'huilo contemple !
Mais à l'instant Jésus pénètre dans le Temple.
Qu'y voit-il!. ô scandale ! 6 sacrilège aSreux !.
Dans ce temple, où jadis on voyait les Hébreux,
Fidèles à la loi que respectaient leurs pères,
Offrir .i l'Éternel leurs vœux et leurs prières,
Dans ce temple où jadis des parfums préoieux
Brûlaient devant l'autel du souverain des cieux,
De vils spéculateurs d'impudentes cohortes
Circulaient librement et siégeaient près des portes.
16
Mais à l'aspectdu maître ils tremblent de frayeur.
Ma maison, leur dit-il, est celle du Seigneur,
Et vous en avez fait la caverne du crime!
Fuyez, profanateurs ! Le Verbe ainsi s'exprime,
Et d'une main puissante, il renverse à ses pieds
Les tables, les comptoirs des vendeurs effrayés.
Plus prompte que l'éclair, la troupe mercantile ,
Eut bientôt dépassé le sacré pérystile.
C'est alors que Jésus vers lui voit accourir
Ces mortels malheureux qui sont nés pour souffrir.
Don t les membres perclus, ou les yeux sans lumière,
Font l'éternel tourment de leur triste carrière.
Mais ces gens sont guidés par l'espoir et la foi ;
L'un lui dit humblement:-^Seigneur,guérissez-moi»
Un autre Ayez pitié de ma longue misère.
Et Jésus les guérit au nom du Dieu son père.
17
Israël applaudit à ce fait merveilleux,
Un doux ravissement se peint dans tous les yeux;
On admire, on proclame, on vante la puissance
De Jésus le prophète; on bénit sa présence,
Et de jeunes enfants qui se rassemblaient là.,.
Disaient:–Salutet gloire ! et criaient–liosanna\
Devant le peuple ému de ce nouvel hommage,
Les ennemis du Christ blasphémaient avec rage,.
Les docteurs de la loi murmuraient sourdement,
Mais ils n'osaient encor sévir ouvertement.
L'un d'eux lui dit: - Voyez jusqu'à la faible enfance!
Et votre Orgueil permet qu'elle aussi vous encense?
L'éloge le plus vrai vient des petits enfants,
Mon père les écoute, et moi je les défends.
Jésus dit, et fuyant cette tourbe ennemie,
Il sortit de la ville et gagna Béthanie. ,
18
Jésus s'arracha du milieu d'un peuple
avili qui semblait l'honorer encore ; mais le
bruyant hommage dont il était l'objet ne
pouvait être celui d'un cœur pur qui plait à
Dieu.
Jésus voulut donc se cacher aux yeux de
ces profanes.
C'est en vain que le peuple d Israël avait
jeté des palmes triomphales sur le chemin que
suivait le fils de David ; c'est en vain qu'il
faisait entendre d'éclatants hosanna dont re-
tentissaienttes cieux; ce peuple ne cessait de
méconnaître celui qu'il proclamait son roi, car
trop de ténèbres l'environnaient encore; il ne
pouvait reconnaître le béni du Seigneur.
La nuit couvre la terre, Jésus va s'approcher
de son père; il va prononcer les paroles de l'al-
liance, il va jurer au créateur qu'il a résolu de
mourir pour sauver les mortels.
19
A l'est de Jérusalem s'élève un double mont.
C'est vers cette montagne que Jésus porte
ses pas.
Le plus pieux des disciples a suivi son maî-
tre jusqu'aux tombes des prophètes ; à son
exemple le jeune Zébéïde, veut adorer le Sei-
gneur au sein de la nuit ; mais Jésus l'a laissé
dans le sombre vallon. Il gravit seul jusqu'au
sommet de la sainte montagne où s'élève un
bouquet de palmiers.
L'ange Gabriel, le messager du Sauveur, se
tenait debout sous un cèdre, il songeait au
salut des humains, au triomphe des miséri-
cordes éternelles au moment où Jésus vint à
passer devant lui. Il sait que les temps vont
s'accomplir. il sait que le jour de la rédemp-
tion s'avance, et cette pensée fait naître en son
âme de doux et de joyeux transports; il sou-
pire vers Jésus ces humbles paroles:
20
Pourquoi recherches tu cet abri solitaire,
Vas-tu prier encor et veiller en ces lieux?
Déjà d'un voile obscur la nuit couvre la terre,
Et le sommeil, hélas! ne ferme point tes yeux.
Ne puis-je préparer pour ta tête immortelle
Quelque nocturne appui sur cette herbe nouvelle?
Le flexible arbrisseau commence à reverdir,
Il étale, orgueilleux, son jeune et doux feuillage,
Mes mains peu vent,Seigneur,t'en former un bocage,
Un temple de verdure où tu pourrais dormir.
La fatigue a pâli ton auguste visage,
Tu gravis en tremblant le mont des Oliviers ;
Permets que je te suive au milieu des palmiers
Que j'aperçois sur ton passage.
Mais tu veux être seul, ô fils de l'Eternel !
Pour les pauvres humains tu vas prier ton père.
21
Déjà vers la céleste sphère
S'est élancé ton généreux appel.!.
Les disciples de Jésus se sont arrêtés au
pied du mont des Olives, sous les divers abris
que leur offrent les sinuosités de la montagne.
L'un est couché sous un arbuste, un autre
dans un étroit vallon, et sous le bras d'un
cèdre, beaucoup d'entr'eux se sont retirés
dans des sépulcres taillés dans le roc et appe-
lés: tombeaux des prophètes.
Judas Iscariote, sommeille aussi non loin de
Thadée, son parent et son ami. L'esprit des
ténèbres s'abat sur lui. Un mortel assou-
pissement ne tarde pas à l'opprimer son
visage se couvre d'une sueur glacée, l'esprit
revêt à ses yeux les formes d'un fantôme,..
Iscariote croit reconnaître l'ombre de son père
qui lui parle ainsi:
22
Judas! réveille-toi ! ton sommeil, c'est la mort.
Au moment du péril, mon fils, tu dors encor!
As-tu donc oublié Jésus et sa puissance ?
Esprit rebelle et fier, pourquoi fuir sa présence!
Hélas! ne crains-tu pas d'allumer son courroux?
De servir un tel maître, oh ! montre-toi jaloux.
Par des soins assidus captive sa tendresse ;
Ta fortune en dépend. agis avec adresse.
Tu saisqu'entre vousdetix règne un sourd désaccord,
Jésus te hait, Judas, et Jésus n'a pas tort.
Ton âme avide et sombre est peinte sur ta face.
Tel qu'un stigmate impur, qui jamais ne s'efface,
Le venin dévorant, répandu dans ton coeur,
Apparaît sur ton front hideux par sa pâleur.
23
0 disciple imprudent! mahrise au moins Ion âme,
Etouffe le foyer d'où s'élance la flamme
Dont le reflet lugubre illumine tes yeux,
Alors que tu parais devant le fils des cieux.
Judas, efforce-toi d'éviter l'anailiême,
Et reconnais ton Dieu, Jésus, c'est Dieu lui-même.
0 mon fils! fallait-il que du val de la mort,
Je revinsse vers toi pour pleurer sur ton sort!
Si tu nourris, hélas! la flatteuse espérance
De prospérer malgré ta lâche indifférence,
De posséder ces biens que, dans ta vanité,
Tu crois déjà saisir avec avidité,
Quelle erreur est la tienne, et quel est ton délire!
24
Le jour même où Jésus fondera son empire^
Les fils de Zébédée, et Simon qu'il chérit,
Partageront sans toi l'héritage du Christ.
Il léguera sa gloire à ce troupeau fidèle
Qui le suit pas à pas dans sa marche immortelle.
Les élus bien aimés du grand médiateur
Seuls obtiendront le prix de leur sainte ferveur.
Mais toi,fils malheureux du plus malheureux père,
Tu vivras délesté. Vil rebut de la terre,
Tes destins seront ceux d'un proscrit vagabond,
Et dans les temps futurs on maudira ton nom.
A ce penser cruel je sens couler mes larmes ;
Viens, déplorable objet de mes vives alarmes,
25
D'ici je vais offrir à tes regards surpris
Tous les lots merveilleux qui te seront ravis.
Aperçois-tu là bas ces fertiles montagnes
Dont l'ombre gigantesque envahit les campagnes?
Là se trouvent cachés, comme au brillant Opliir,
Les trésors les plus purs que le sol peut nourrir.
Là se trouvent aussi de ces sources fécondes
Oùrhomme peut saisir des grains d'or sous les ondes ;
Là de riches sentiers, des côteaux et des bois
Où jamais l'Aquilon n'osa lever la voix.
Enfin dans ce pays d'une richesse immense,
Règnent la douce paix, la joie et l'abondance;
Eh bien, c'est là, mon fils, l'héritage promis
Aux disciples du Christ fidèles et soumis.
26
Ah ! tu répands des pleurs ! l'indigne préférence
Blesse ton âme altière et double ta souffrance?.
Ceci n'est rien, Judas, regarde, et vois encor
Tout ce qui va s'offrir sur un horizon d'or.
De ce côté, vois-tu ces plages ravissantes
Où l'œil embrasse au loin des cités florissantes!
Ces prés luxuriants, de mille fleurs couverts,
Ces jardins embaumés aux buissons toujours Yerts,
Ces champs que le soleil de sa lumière inonde,
Où le sein généreux d'une terre féconde
Prodigue avec amour, sans jamais s'épuiser,
Les divers aliments dont l'homme doit user.
C'est l'opulente part promise, par avance,
A Simon de Cana. Quelle magnificence !
Il n'est pas un disciple, un seul, excepté toi,
Qui n'obtienne en partage un domaine d. roi.
27
Mais quel sera ton lot!. voudrais-tu le connaître?
Détourne-toi, Judas, que ton regard pénètre
A travers ces vapeurs et ces rochers neigeux
Que couronne un ciel rouge et toujours orageux.
Qu'y vois-tu? des cyprès, de sauvages bruyères,
Couvrant un sol pierreux, percé de fondrières ;
La glace est éternelle en ces climats affreux,
Et les vents révoltés s'y combattent entr'eux.
Là des arbres brisés par le choc de la foudre,
Des rochers renversés, calcinés, mis en poudre,
Un terrain sans culture, âpre, bitumineux,
Ne produisant jamais que des fruits vénéneux.
Ici de noirs torrents dont la voix mugissante
Résonne au loin dans l'air et jette l'épouvante;
Horrible solitude, immense et froid désert,
Plage où règne la mort, où se maintient l'hiver
28
Avec ses ouragans, ses frimats, ses ténèbres,
Berceau du vil reptile et des oiseaux funèbres
Dont le plus faible jour blesse les yeux surpris,
Et qui n'ont pour tout chant que d'effroyables cris !..
Judas ! voilà ton lot !. ton unique apanage !
0 mon fils! vois mes pleurs, écoute mon langage,
Ne sois pas insensible à ma vive douleur.
Le temps presse; liàte - toi, quelque destin meilleur
Peut encor advenir de ton obéissance.
Suis les sages conseils de mon expérience.
Ou bientôt tu verra, tes compagnons joyeux,
Enrichis, pleins d'orgueil, passer devant tes yeux,
Méconnaître celui que Dieu, dans sa colère,
Aura frappé, maudit, réduit à la misère.
2(l)
Tu pleures ! vains regrets! inutiles transports!
Le temps fuit sans retour. et malgrétes efforts,
Tu ne changeras rien au décret immuable
Dont la rigueur tuera le disciple coupable.
Cependant, ô mon fils! peut être existe-t-il
Quelque moyen secret. d'éviter le périt.
Ecoute-moi, Judas, au désir qui m'obsède
Il faut, sans plus tarder, que ta volonté cède.
Ne repousse donc pas les ordres absolus
Que je vais te donner, je les ai résolus.
Songe enfin que pour toi, fils ingrat et rebelle,
J'ai dû fuir le repos de l'enceinte éternelle.
Dieu cédant à mes pleurs, plein de pitié pour toi,
M a dit:–va le trouver. et reviens près de moi.
50
Il n'est bruit, tu le sais, dans la cité voisine,
Que du Nazaréen. Sa nouvelle doctrine,
Sa parole suprême, et ses accents vainqueurs,
Inquiètent les grands, humilient les docteurs,
Tous frémissent de crainte à la seule pensée
De voir au premier jour leur puissance éclipsée
Par ceUe que Jésus ne cesse d'acquérir
Chez un peuple ébloui dont il se fait chérir.
C'est là le seul motif de la haine profonde
Qu'ils vouent au fils du ciel, au fils aine du monde;
Aussi recherclient-ils, mais toujours en secret,
Les moyens de frapper Jésus de Nazareth.
Ils ne voyent en lpi qu'un mortel ordinaire,
Digne, au plus, de mourir de la mort du vulgairei
Il faut les détromper. le moment est venu
Où l'envoyé des cieux doit leur être connu.
si
C'est à toi d'accomplir cette œuvre merveilleuse.,
Qui pourra t'assurer une existence heureuse.
En forçant le Messie à dévoiler enfin
La splendeur de sa gloire et son sceptre divin.
Feins donc de le livrer au pouvoir de nos prêtres,
Non que je veuille, ô ciel! te mettre au rang des
[t rai très,
Et jeter dans ton cœur le désir orageux
Qui porte à la vengeance un être malheureux.
Arrière la pensée, à jamais détestable,
D'obtenir du bonheur par un acte coupable,
Mais tu peux, sans remords, feindre une trahison..
Pour éclaircir ton ciel, si noir à l'horizon.
Tu peux, en apparence, être un mortel infâme
Aux yeux de l'univers, mais conserver ton âme
5 2
Exempte de souillure. Ainsi reiuls-toi, Judas,
"Au palais du Pontife, et ne te trouble pas.
Dis-lui, que, torturé par l'affreuse indigence, N
Tu viens livrer Jésus pour quelque récompense.
Que, lassé d'être esclave et de subir sa loi,
Tu ne veux plus servir ce fantôme de roi
Dont un peuple ignorant fait un être sublime.
Le Pontife aveuglé ne verra pas l'abîme
Où le fera tomber Judas le délateur;
Pressé de satisfaire à son unique ardeur,
Il enverra ses gens se saisir du Messie,
Tu serviras de guide à la cohorte impie.
C'est alors que Jésus, invulnérable et fort,
D'un geste ou-d'un seul mot la frappera de mort..
33
Un si prompt châtiment confondra cette engeance
Qui prêche au nom du ciel le meurtre et la ven-
[geance.
Tel qui fut incrédule et méconnut Jésus
Alors proclamera sa gloire et ses vertus.
Quant à toi, cher enfant, ton heureux stratagème
Te posera superbe. et l'on te craindra même.
Déjà l'or qu'en tes mains les grands auront jeté
Pourra servir de base à ta prospérité.
Plus tard, et quelque soit ton chétif héritage,
Tu vaincras la misère. agis donc. et courage !
L'ombre disparaît, Judas se réveille en pous-
sant un cri terrible; pâle, égaré, tremblant, il
s'écrie :
Mon père!,., ah! c'était lui! J'ai reconnu sa voix,
Et telle, il m'en souvient, qu'elle était autrefois
54
Lorsqu'à ses derniers jours, accablé de tristesse,
Il disait au Seigneur–Veillei sur sa jeunesse !
Il est donc vrai! Je suis par Jésus détesté !
Il a sondé mon âme et vu la vérité!.
Il sait combien cette 4me est jalouse et cupide.
Que je puis pour de l'or devenir homicide !
Combattre mes rivaux et leur donner la mort,
Pourvu que sous mes mains brillent des monceaux
d'or.
Mop cœur est desséché parla soif des richesses.
Ces disciples heureux ! pour prix de leurs caresses
Obtiendront tout du ciel! et mc.i rien! ô douleur !
Déception cruelle!.,, à l'oeuvre donc !. malheur
A ce maître barbare, injuste, impitoyable
Qui me rend traîtreàDieu! que dis-je! est-il croyable
Que mon père ait quitté le séjour éternel
Puuy venir me crier: .-Mon fils, sois criminel!..
35
Ce songe, dont mon âme est encore oppressée,
Ne résulte-t-il pas de l'ardente pensée
D'acquérir des trésors ? Ne m'est-il pas aussi
Envoyé par Satan ? Serais-je à la merci
De quelqu'an'rem démon sorti des noir abîmes
Pour me perdre à jamais?.. Doutes pusillanimes!
Fuyez loin de mon cœur. et ne m'arrêtez plus.
Je livrerai mon maître!. ô ciel ! trahir Jésus!
Que t'importe, Judas, tu veux une vengeance.
Eh bien, Judas, trahis!. Mais voici la naissance
D'un nouveau jour. Jésus va paraître en ces lieux.
Et bénir ses amis. caclions-nousà ses yeux.
Et sans être aperçu de son troupeau servile,
Je le suivrai de loin pour entrer dans la ville.
36
Jésus descendu de la montagne se retrouve
au milieu de ses disciples, à l'exception de Ju-
das caché dans une bruyère. Tous les disci-
ples témoignent à leur divin maître le bonheur
qu'ils ont de le revoir; son absence et sa dis-
parition commençaient à les alarmer. Jésus
leur sourit avec amour et les rassure, puis
d'une voix tout à la fois douce et grave, il
leur dit:
-Venez, mes amis fidèles, nous allons pas-
ser encore cette journée dans une douce inti
mité, la dernière avant notre séparation
prochaine. Aujourd'hui nous parcourrons en-
semble les riantes campagnes de Saron abreu -
vées de la rosée matinale que leur verse un ciel
pur. Le cèdre qu'a planté mon père répand
une ombre rafraîchissante; il peut couvrir en.
37
corc de cette ombre le fils de l'homme; mais
hélas ! dans peu toutes ces choses vont cesser
d'être;. de funèbres nuages couvriront ce
ciel si beau, les entrailles de la terre tremble-
ront, la verdure jaunira et les fleurs périront.
Bientôt aussi ces hommes que j'ai toujours
aimés me jetteront des regards homicides , et
vous, mes amis, vous fuirez votre maître que
des barbares entraîneront avec violence pour
Je liuer à des bourreaux sans pitié. Mais
vous me reverrez un jour. alors vos cœurs
seront plongés dans la joie; en attendant l'ac-
complissement de ces choses prédites par les
prophètes, venez, suivez-moi, Dieu m'appelle à
Jérusalem, son temple doit encore retentir de
sa parole divine.
Et Jésus s'éloigne avec ses disciples attristés
par les paroles qu'ils viennent d'entendre.
38
Cependant, Marie, la sainte mère du Sau-
veur, accompagnée de Lazare et de Naihaniel,
suivait la route qui coiiduisiit à Bétliaiiie; l'ar-
rivée de son auguste fils avait rempli son cœur
d'une joie bien vive ; mais les menaces de
mort qui étaient parvenues jusqu'à elle lui
fesaienl pressentir tout le danger qui pouvait
attendre le prophète à Jérusalem, cette cité
profane où s'agitaient dans l'ombre la haine et
les fureurs homicides.
Elle précipite ses pas dans l'espoir de re-
joindre Jésus et de l'engager à ne pas entrer
dans la ville.
Jésus s'avançait sur les bords escarpés du
Cédron suivi de ses disciples; il traverse l'étroite
vallée, et bientôt il découvre les murs de Jéru-
salem.
59
- Voyez, dit-il, à ses disciples, voici la cité
du meurtre qui, rendant contre elle-même un
arrêt mortel,se dévoue au perpétuel anathême..
Ah !je cesse de pleurer sur toi, cité criminelle!
je cesse de pleurer sur le sort futur de tes
déplorables enfants, car tes saintes campagnes
sont couvertes au loin des sépulcres des pro-
phètes tombés sous tes coups. Cependant
parmi ces enfants ingrats, il s'élèvera un grand
nombre de disciples fidèles, de courageux té-
moins. qui, réunis à vous, mes amis, con-
fondront la synagogue ennemie.
Le temps arrive où le fils de l'homme
accomplira l'équitable et mystérieux décret de
son père.
Bientôt, mes amis , tout sera dévoilé à
vos yeux.
40
Va , Simon, et toi, Céphas, rendez vous
tous deux à la ville voi inc, parcourez-en les
faubourgs, vous y reconlrerez un homme
jeune encore, et portant un amphore sur ses
épaules; son bienveillant regard s'arrêtera
sur vous ; suivez-le jusque dans la maison où
vous le verrez entrer, et dites à l'hôte du lieu:
Notre maître nous envoie vers toi, c'est ici
qu'il veut célébrer la Pâques avec ses élus ;
aussitôt il vous conduira dans une salle où
tout sera prêt pour le repas sacré.
Il dit, et les deux disciples s'éloignent.
Jésus continue sa marche et aperçoit sa
mère qui se dirige vers Béthanie, le cœur
plein de joie et d'inquiétude. Jésus éprouve
une vive compassion; son visage exprime tout
à la fois la tendresse et la douleur. Sainte

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