La passion infinie sur le chant des étoiles

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En avril 2354, sur ce monde dorénavant « chouchouté », nous sommes à l’époque des découvertes spatiales plus poussées. Pour nous, hommes de cette décennie, les choses ont bien changé au cours des deux derniers siècles par rapport à la vie du passé. À présent, après une avancée technologique considérable entrecoupée d’hésitations et de catastrophes plus ou moins graves qui ont forgé une expérience de la vie dans l’espace plus sûre, nous bourlinguons à bord d’engins énormes, des cargos interstellaires comme nous nous plaisons à les nommer, exactement dans le même état d'esprit que nos ancêtres le faisaient il y a trois cents ans en arrière autour de la Terre...


Publié le : vendredi 28 novembre 2014
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EAN13 : 9782332710499
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Chapitre 1
En orbite au dessus de l’Afrique nord, l’Universel, vaisseau terrien extraordinaire a réglé sa vitesse de rotation sur celle de la Terre, afin de rester à la verticale de la capitale fédérale terrienne, en l’occurrence Espace IV. Alerté par des rumeurs concernant un éventuel attentat, un corps de gardes spéciaux a été spécialement engagé afin de surveiller les servants chargés de l’approvisionnement du vaisseau en denrées et matériaux divers. Le vaisseau dont l’immensité fait craindre aux terriens restés sur la planète qu’il ne leur tombe sur la tête malgré l’ère moderne, est apparemment l’enjeu de certaines puissances interplanétaires qui aimeraient se l’approprier afin qu’il fasse partie de leur flotte. L’intérieur du vaisseau est une véritable usine. Les hommes qui y travaillent, ressemblent à des fourmis, ces petits insectes qui vont et viennent dans les petites boulettes de terre cherchant inlassablement leur pitance. Pour l’instant, ils supervisent le travail des androïdes infatigables, qui pendant des heures, montent et descendent les monte-charges remplis de paquets volumineux. – Allez-y les gars ! Crie le Commandant Soumo l’officier de surveillance. Il faut absolument que tout soit terminé pour la prise de commandement du Grand Chef. Un des sous-officiers qui l’aide dans ce travail, s’adresse à lui : – Vous savez qui c’est le grand manitou qui va nous commander mon Commandant ? – Bien sur, c’est l’Amiral Parker en personne. Des sifflements admiratifs se font entendre, un autre s’égosille pour demander : – Mon Commandant, est-ce que c’est l’officier qui a sauvé ses hommes sur Tébée ? – Oui c’est lui ! – Alors ça c’est chouette, c’est un type bien l’Amiral Parker. Soumo ne peut s’empêcher de sourire à l’exclamation du jeune homme. Quelques temps plus tard, un des hommes de garde se baisse pour ramasser une sorte de bâton traînant sur le sol. Il en avise un de ses camarades non loin de lui. – Regarde Phil, qu’est-ce que c’est ? Le dénommé Phil se penche et examine la trouvaille que le découvreur lui a refilé puis finalement l’amène au Commandant Soumo. – Ou avez-vous trouvé ça les gars ? Le premier montre de la main l’emplacement, apparemment l’endroit n’est pas très visible de là où ils sont. Qui a bien pu laisser tomber cet engin ici, alors que les lieux sont sensés rester secret. Pris d’une idée subite, il donne l’ordre de fouiller pouce par pouce toutes les salles de frêts. A quoi peut-il penser cet homme ? Devant le regard surpris de Phil, il dit : – Sergent, vous savez ce qu’il se demande en ce moment au sujet du vaisseau ? – Non mon Commandant. L’autre le fixe avec une certaine profondeur. – Et bien en haut lieu, il est question d’attentats contre le vaisseau. – Quoi ! – Et oui ! C’est pourquoi nous allons redoubler de vigilance. Je vais donner l’ordre de surveiller les trains de navettes d’un peu plus près, on ne sait jamais, des fois que des gugusses s’y cacheraient. En parlant de navettes, au moment où le Commandant Soumo prononce ces paroles, il en arrive tout un convoi, au moins une trentaine avec encore d’autres colis à entreposer. Pour ceux qui repartent, la Terre vue d’une navette en provenance de l’espace est un enchantement pour les yeux. La couleur sableuse si caractéristique de ses sols, souvent mêlée de vert et d’ocre, fait tâche sur les océans prédominants. Aux environs de l’équateur, de nombreuses bandes nuageuses comme un peu partout sous toutes les latitudes suivent un parcours bien défini, aidées en cela par des vents qui s’amusent allègrement avec ces cotons
d’humidité. Sur certains de ses continents, on peut apercevoir des chaînes de montagnes dont les arides sommets pointent leurs aiguilles comme un doigt accusateur vers l’azur. De minuscules tâches blanches sur les océans, montrent l’écume des vagues charriée par la houle, seulement là où un vent assez fort domine. Des iles et des continents flottants sur une planète d’eau, c’est ce qu’elle inspire à ceux qui l’observent depuis là haut.
* * *
L’Afrique, le désert du Sahara a pratiquement disparu depuis une centaine d’années ; désormais recouvert en grande partie par une végétation luxuriante, le brouillard qui en réchappe occasionne une chaleur moite dans toute cette contrée de l’Afrique ; jadis aride, toute cette végétation retrouvée prouve que, quand on veut se donner la peine de redonner la vie… rien n’est impossible. Les hommes ont finalement compris, avec bien du mal il faut le dire et beaucoup de conciliabules aussi, que de préserver cette petite boule bleue, était plus important que n’importe quelle considération humaine égoïste et vaine les concernant.
Sur ce monde « chouchouté », dorénavant nous sommes à l’époque des découvertes spatiales plus poussées, en Avril 2354 exactement. Pour nous hommes de cette décennie, les choses ont bien changé au cours de ces deux derniers siècles par apport à la vie du passé. A présent, après une avancée technologique considérable entrecoupée d’hésitations, de catastrophes plus ou moins graves qui ont forgé une expérience de la vie dans l’espace plus sûre, nous bourlinguons à bord d’engins énormes, des cargos interstellaires comme nous nous plaisons à les nommer, exactement dans le même état d’esprit que nos ancêtres qui le faisaient il y a quelques trois cents en arrière autour de la Terre, dans des engins rudimentaires, mais qui se voulaient à la pointe du progrès pour l’époque. Partout dans les villes et les campagnes, des véhicules survolent et animent dans tous les sens, l’espace aérien. C’est agréable et plaisant de voir ces engins faire du rase-mottes à un certain niveau au dessus du sol et même en altitude, on se demande pourquoi il n’y a pas plus d’accidents à les voir se croiser ainsi au mépris de tous dangers ; munis de radars ils fonctionnent grâce à une énergie non polluante ; propres et pratiquement silencieux, ces appareils ne déparent pas dans l’environnement. C’est une véritable aubaine cette invention car les passants délivrés de la circulation sur route du passé, peuvent se promener à travers les villes et les campagnes avec un sentiment de plénitude. Si ce n’est la musique enchanteresse de la nature qui s’en trouve comblée, de ne plus respirer l’air vicié des voitures archaïques de l’ancien temps, l’on pourrait presque croire à un paradis revenu. Pour parfaire ce changement dans la vie de tous les jours, des villes nouvelles ont fait aussi leur apparition depuis quelques décennies, aussi bien sur le sol qu’en orbite autour de la Terre ; il en est une tout particulièrement qui va nous intéresser dans ce récit.
* * *
Voici une cinquantaine d’années, lors d’une expédition mouvementée, un scientifique de renom a découvert un énorme potentiel minéral dans les profondeurs de la chaîne montagneuse de l’Atlas Saharien, cette découverte a été telle que quelques mois après, le gouvernement fédéral terrien a décidé de bâtir à quelques kilomètres de l’endroit, une nouvelle ville qu’il a nommé pompeusement Espace IV en hommage de trois cents ans d’un programme spatial intensif. Cette ville ayant pris une importance considérable en l’espace d’un demi-siècle, a éclipsé toutes les autres pour devenir l’unique capitale Terrienne.
Pourquoi l’a-t-on appelé ainsi ? Et bien d’après ses dirigeants, tout simplement pour rendre hommage à tous les astronautes qui ont participé, de près ou de loin, à la découverte de l’espace et à sa conquête. Ultra moderne, bénéficiant de tous les moyens technologiques du moment, elle est sans cesse à la pointe du progrès, tout en ne pouvant espérer mieux d’une situation géographique aussi idéale. Son immense spaciodrome est repérable du ciel, ce n’est qu’un alignement de lignes et de plateformes pour engins de toutes dimensions, et qui se voit de très loin et de très haut. D’une hauteur moyenne, ses habitations sont pour la plupart de formes disparates, soit rondes, carrées ou rectangulaires ; il faut dire aussi que la place ne manque pas pour s’étendre ici, si les habitants désirent une expansion, rien ne les en empêche. Ce lieu, comme je le narre plus haut fut un désert dans le passé ; au fil des siècles, nous avons fini par comprendre que le fait de sauvegarder tout ce qui était végétal, était devenue une priorité pour tous ; après avoir raclé et enlevé des trillions de tonnes de sable dans certains secteurs du désert, nous nous sommes évertués pendant une assez longue période à ensemencer ce sol que nous avons recouvert sous d’immenses globes transparents, recréant et replantant, une végétation luxuriante composée d’arbres et de plantes tropicales. A l’aide d’humus rapporté de certaines régions, et tout en l’abreuvant d’humidité pendant des mois à l’aide d’une irrigation importante étalée sur des kilomètres, le terrain petit à petit est redevenu ce qu’il avait été voici des milliers d’années. Après ce travail titanesque, les parcelles de forêt reconstituées par fractions, les dômes qui recouvraient ces secteurs de forçage, se trouvèrent déplacés un à un pour recommencer sur d’autres emplacements et ainsi de suite pendant de nombreuses années. Idem pour la faune, de nombreux animaux y ont été réimplantés, ayant retrouvé leur milieu naturel y ont fait souche. Des races comme les félins, les reptiles, les oiseaux et tout ce qu’une forêt peut comporté d’êtres vivants se sont acclimatés dans ces lieux empreints d’histoires ; en lui redonnant l’état sauvage qu’elle a connu autrefois, nous avons voulu reconstituer son environnement, comme si les milliers d’années passées n’avaient pas existées.
La ville d’Espace IV et ses nombreuses habitations, apporte une touche de civilité agréable là où la végétation a repris ses droits avec bonheur. Qui l’aurait cru, une ville bâtie dans cette ancienne région désertique et qui s’y trouve parfaitement à l’aise désormais. Cosmopolite, elle est devenue au fil du temps un carrefour de l’humanité. On y recense quelques races interplanétaires, en plus de celles bien sur propres à la Terre, elle est aussi devenue un centre culturel très important et un grand centre médical dont la réputation n’est plus à faire. Au niveau politique, elle abrite comme nous l’avons vu plus haut, un seul gouvernement pour toutes les anciennes nations terriennes. Terminées les querelles intestines entre les peuples, querelles qui débouchaient la plus part du temps sur la négative et sur des guerres à n’en plus finir. Tout cela grâce à un vote mondial en février 2225 où tous les terriens ont opté pour un seul gouvernement de type fédéral et ceci sur toute la planète.
* * *
Dans le cadre du festival annuel de la culture, ce soir une conférence parmi tant d’autres est donnée dans le seul amphithéâtre situé à la sortie Est de la ville. Ce bâtiment dont le nom « Diana » évoque une princesse du vingtième siècle, adulée de pratiquement tous les peuples sur Terre à cette époque là et qui a laissé une trace indélébile dans le cœur de beaucoup, est devenu l’emblème de la ville ; pour en revenir à cet édifice, celui-ci est absolument splendide. Sa conception est dans la lignée des châteaux de la Renaissance mêlée de modernité du dernier cri. Quand vous en passez le seuil, vous êtes stupéfait de sa magnificence. Sa voûte est faite d’une matière semi-transparente que l’on pourrait presque la prendre pour une nef de cathédrale, sa hauteur vous donne une sensation de vertige, même un petit aéronef individuel
s’y promènerait à l’aise sans difficulté aucune. Ses murs recouverts de toiles de peintres démesurées représentent pour la plupart des scènes de la vie quotidienne. C’est un lieu magique, seul le silence est de rigueur pour celui qui s’aventure dans cet endroit, il vaut mieux pour lui de contempler le tout avec une sorte de gravité afin d’en admirer l’architecture qui ne dépare en aucune façon de celles du passé.
* * *
La conférence donnée par un astrophysicien du nom de Gérard Kopt relaté le résultat de ses recherches au cours de l’année ; apparemment très écouté par la multitude attentive à suivre ses moindres paroles, il s’en donne à cœur joie d’informer ses concitoyens. Dans l’assemblée qui lui fait face, on peut remarquer que pour la plupart des hommes présents, leurs professions n’est pas bien difficile à deviner à voir l’uniforme qui les caractérise ; presque tous sont des scientifiques, et tous ont l’insigne honneur de faire partie de l’Union intergalactique. Exceptionnellement aujourd’hui d’ailleurs et d’après ce qu’il se dit, la réunion est basée sur des découvertes faites récemment dans un domaine bien précis de la physique. Ce célèbre conférencier est très souvent invité lors de ces manifestations, qui ont pour but d’améliorer un savoir déjà acquis par les autochtones ; il faut dire que les moyens qu’il emploie pour parfaire ses explications sont très attractifs. Ses appareils de travail, sont le plus souvent des hologrammes, des films aussi sur visiorama géant, une source de plaisir pour une foule bigarrée qui l’écoute avec une certaine religiosité. Subjuguée par les longs monologues de cet astrophysicien… monologues entrecoupés de questions plus ou moins judicieuses d’érudits, la foule commente entre deux arrêts de conférence et dans un brouhaha continu, mais assez diffus, les dires de ce professeur venu de l’Europe profonde. Il parle de civilisations extraterrestres qui malgré qu’elles soient à des distances considérables, cherchent à prendre contact avec des civilisations similaires à celles de la Terre. Kopt parle en toute connaissance de cause et avance des arguments qui tiennent la route. Il est question dans les recherches qu’il a effectué d’une enquête de moralité et de civilité, de confiance aussi. A voir l’expression de certaines personnes dans l’assistance, c’est à croire qu’elles se demandent si ces recherches ne cachent pas quelque chose de plus grave que ce que cet homme veut bien dire. Un gong annonce bientôt que la conférence est terminée. Le temps aparti n’est pas assez apparemment car beaucoup restent sur leur soif d’apprendre ; toutes les bonnes choses ont une fin n’est-ce pas, de surcroit, la soirée étant déjà bien avancée, il est temps pour tout ce monde de quitter cet endroit fabuleux. Les spectateurs tel un troupeau discipliné, se dirigent en devisant, vers la sortie. De cette foule, deux hommes s’en détachent volontairement pour se retirer à l’écart ; vu la couleur bleu marine de leur uniforme et des insignes sur leurs épaules, il s’agit semble-t-il de deux officiers au service de l’Union ; marchant d’un pas qui se veut décider, ils finissent par stopper non loin de là près d’un véhicule en stationnement tout en se concertant avec sérieux. En effet, l’un deux semble assez énervé, il demande à l’autre sur un ton un peu anxieux : – Peter… franchement dis-moi que penses-tu de cette conférence ? L’autre se tourne vers lui un tantinet surpris. – En ce qui concerne !… – Mais le sujet de ce soir voyons… il m’a fait l’effet d’être vide en nouvelles connaissances, tu ne trouves pas ? Il ne nous a rien appris de nouveau. Celui qui parle, c’est l’Amiral Jimmy Parker, un des plus hauts responsables de l’Union, il semble déçu ce soir, cela se sent à sa voix, par contre l’autre homme, Peter Kirby médecin de son état, visiblement cherche à temporiser en répondant mi-figue, mi-raisin. – Oh… ce n’était pas si mal que ça… mais c’est vrai que ça manquait de nouveautés ! Sa réponse sceptique dénote une certaine indulgence. Il reprend un peu mollement :
– Il est vrai aussi qu’il n’a pas dit grand chose que l’on ne sache déjà dans les commentaires de ce soir. J’avoue moi aussi que j’espérais en apprendre davantage. Son regard erre autour de lui puis comme résigné pousse un soupir : – Tant pis, que veux-tu, nous ferons avec ce que nous avons déjà comme informations ! Il se secoue. – Bon sang ce qu’il peut faire froid ce soir, l’automne va vite arriver par ici, et si nous allions boire un pot… histoire de nous réchauffer ! Parker le fixe avec une certaine malice puis sourit, après quelques secondes de réflexion : – Ce n’est pas une mauvaise idée Peter, mais en vitesse, car du travail nous attend encore ; beaucoup de contrôles à effectuer avant l’arrivée des contingents dans quelques jours. Il faut que nous ayons tout terminé avant que les premiers servants n’intègrent le vaisseau et… Voyant que Kirby ne semble plus tellement l’écouter, L’Amiral Parker cherche du regard ce qui a pu attirer l’attention de son ami ; c’est alors que venant dans leur direction, une ravissante brunette marchant d’un pas alerte capte aussi son attention ; il croise le regard de la fille, un regard sombre et très expressif, c’est un beau brin, très jolie, vraiment très jolie. Elle ferait perdre les moyens à plus d’un avec des yeux pareils se dit-il, les magnifiques cheveux sombres eux aussi, que renforce son teint bronzé, lui donne un air presque mystérieux, la chute des reins enchâssés dans une combinaison noire moulante n’est pas mal non plus. Il se ressaisit à contrecœur et pousse un soupir… ce n’est vraiment pas le moment de penser à la bagatelle se dit-il une nouvelle fois. Pour éviter à son esprit de s’égarer vers des pensées érotiques, il se détourne en riant : – Allez Peter viens ! On a du pain sur la planche. S’étant apparemment ressaisi, le rire de son ami fait écho au sien qui s’esclaffe : – J’arrive ! Occupés à leur conversation, les deux hommes n’ont pas vu depuis le début que quelqu’un les observe sur le seuil de l’amphithéâtre et même avec une attention plus que soutenue.
Chapitre2
Le lendemain de ce jour, Kirby et Parker sortent de leur hôtel le paquetage à l’épaule pour finalement s’engouffrer dans une navette-taxi venue tout exprès les quérir. Plus tard, après un trajet sans histoire, le pilote stoppe sur une des pistes d’envol du spaciodrome d’Espace IV où un kaléidoscope d’appareils venus de tous les « horizons » s’y trouve entreposés et disséminés en rangs d’oignons. La navette se pose à proximité d’une autre, beaucoup plus grande celle-ci, où un autre pilote, un capitaine de l’Union en grand uniforme, semble les y attendre stoïquement. Intrigué par l’aspect théâtrale de l’ensemble, Parker et Kirby se regardent avec un point d’interrogation dans le regard, c’est tout juste si l’on n’aurait pas déployé le tapis rouge semblent-ils se dire. Le jeune pilote légèrement intimidé s’avance vers eux d’un pas ferme puis se met au garde à vous instinctivement. – Amiral !… Docteur ! Puis-je me permettre de vous demander… si vous vous portez bien ? Parker lui rend son salut jovialement. – Très bien merci capitaine répond celui-ci sur le même ton, pouvez-vous nous confirmer votre nom et votre grade s’il vous plait ? – Capitaine Jack Pearsen Amiral ! Je suis chargé par le général Frare de vous convoyer, vous et le docteur Kirby. Le jeune capitaine invite du geste les deux officiers à monter dans l’engin derrière lui, puis les laissant s’installer confortablement, il réintègre lestement sa place au poste de pilotage. Parker donne aussitôt l’ordre de partir : – Et bien capitaine, si vous êtes prêts et si tout est conforme au plan de vol, nous pouvons y aller dit-il avec un sourire de circonstance. La conception de cette navette est telle qu’elle peut naviguer dans l’espace sans air et dans un froid absolu. C’est un très bel engin, vraiment. Sa forme avec un renforcement en son centre, le fait ressembler vaguement à une poire. En observant le jeune pilote, d’aucun pourrait voir qu’il est accoutumé à la conduite de cet engin, d’un geste vif, il enclenche les propulseurs dont le doux ronflement presque inaudible au début devient bientôt un bruit rassurant ; une certaine lenteur aussi quand peu à peu il prend de l’altitude, ce mouvement lent et continu donne aux passagers la vague impression que le sol se dérobe sous eux. Dans ce ciel de jour et au fur et à mesure qu’ils prennent de la vitesse, Parker remarque la pâleur de la Lune devant eux, de plus en plus visible à mesure qu’ils s’enfoncent au-delà de la stratosphère. Pourtant ce n’est pas elle que le pilote vise, mais son orbite. En effet, la navette fonce vers un point brillant dans la banlieue lunaire, vers un point qui grossit à vue d’œil. Replongé dans ses réflexions, et tout en regardant cet astre sec et aride, il se dit que dans ces temps où la vie est devenue aussi chère que l’eau à boire, il ne s’agit pas de tricher avec elle.
* * *
A présent la race terrienne devenue trop nombreuse sur Terre se trouve obligée de se mettre à la recherche de planètes vierges et surtout habitables.
* * *
Depuis une décennie, l’Union a pris la décision de construire un immense vaisseau, tellement imposant qu’il a été décidé qu’il serait capable d’emmener plusieurs centaines de familles ; ceux qui accepteront d’immigrer vers d’autres cieux se verront dotés de terrains importants comme les exilés de Terra par exemple ; pour ne citer qu’elle, une planète qui se trouve dans le quatrième bras de la Voie Lactée, et qui a été découverte voici un peu plus d’un
siècle, par des colons intrépides partis à bord d’appareils rudimentaires pour l’époque, mais qui, dans ces temps reculés d’une centaine d’années, faisaient parti du progrès. Cette planète très « vivante », la plus reculée à notre connaissance, fait l’objet en ce moment d’un voyage prévu depuis longtemps, avec énormément de choses à penser pour mener à bien une expédition de cette envergure. Toujours fonçant droit devant eux, Parker et Kirby ont l’impression qu’ils vont percuter ce vaisseau démesuré, flambant neuf que les Terriens ont nommé L’Universel. Des engins de reconnaissance s’en détachent, apparemment pour venir à leur rencontre ; Parker un peu contrarié de ce retard d’escorte, se dit qu’ils auraient pu venir plus tôt. Il remarque que ce sont des navettes de combat, plus grosses encore que l’engin qui les transportent. Comme si leurs pilotes sentaient le courroux du chef suprême, ils restent à une distance fort respectable tout en donnant l’air de surveiller l’espace autour d’eux. Refoulant en lui pour le moment cet instant de réflexion, son attention se reporte sur L’Universel, il remarque fasciné sa taille gigantesque et comprend à présent pourquoi le vaisseau n’a de recours que de rester en orbite dans l’espace, entre la Lune et la Terre ; sa masse, de plusieurs dizaines d’hectares, ne lui permet en aucun cas de se poser sur aucune planète du système solaire. Il est tellement imposant, qu’une ville de plusieurs milliers d’habitants y tiendrait aisément. A cet instant de ses pensées, le vaisseau recouvert d’une couche d’or, seul minerai à ne pas se laisser infecter par n’importe quelles bactéries ou virus, reflète les rayons du soleil sur le velours noir de l’espace, le contraste est saisissant… bien que rompu à ce genre de spectacle, les trois hommes restent muet d’admiration devant tant de beauté. La forme en ellipse du vaisseau le faisant ressembler à une galaxie, est une pure merveille de la technologie du XXIVe siècle. Bientôt, leur navette se présente par en dessous devant la bouche béante du sas d’embarquement qui s’ouvre lentement à la suite d’un signal du pilote, deux des engins d’escortes qui les ont entourés s’y engouffrent en même temps qu’eux. Les deux autres sont repartis vers leurs bases lunaires, mais de quels côtés ? Parker et Kirby n’ont rien vu, ce qui fait dire à Parker : – Capitaine… où sont partis les autres convoyeurs ? Le pilote dit tout en se tournant vers eux et en souriant. – Ils sont repartis sur leur base lunaire respective, Amiral, la numéro 4 et la numéro 2 de la mer de la tranquillité. Contenant une sorte de mécontentement, Parker se penche sur l’ordinateur de bord. – Oui ? Pourquoi ne sont-ils pas venus avant ? – Je ne sais pas Amiral… voulez-vous que je demande ? A sa question, Parker remarque que l’autre a paru embarrassé, mais ce n’est pas le moment de débattre de quoi que ce soit. – Non merci… je verrais cela plus tard. C’est déjà une très forte émotion que de penser que c’est la première fois qu’il met les pieds sur ce vaisseau dont on vient de lui en passer le commandement, il y a tout juste un mois. Il comprend à présent pourquoi les hommes en haut lieu sont si orgueilleux de la création de ce mastodonte ; excité comme un enfant à l’idée de le visiter en son entier dans les prochaines heures, il s’empêche de montrer ses sentiments, c’est comme s’il avait devant lui un jouet souhaité à Noël. A présent, la navette est toujours en position stationnaire dans le sas vidé de son air, des robots humanoïdes vaquent à leurs occupations, le pilote attend le feu vert afin de libérer ses occupants ; enfin, l’énorme porte du sas se referme, l’air revient, tous peuvent entendre le léger sifflement qui indique que ce lieu va redevenir à nouveau respirable. Sur leur gauche, d’une porte dont les dimensions sont faramineuses, des hommes en sortent et à leur grande surprise, leurs réservent un accueil des plus chaleureux. Visiblement Parker ne s’attendait pas à ça, assez surpris de l’accueil, il se contient, ne voulant pas par là montrer son émotion. Un homme un peu plus grand que les autres, le
sourire aux lèvres, se détache de ce groupe et s’avance vers eux, apparemment c’est un officier ; sa présentation est assez joviale : – Soyez les bienvenus Amiral Parker et vous aussi Docteur Kirby… je me présente, je suis le commandant Olhmann, Sidney Olhmann de l’Intendance pour vous servir. Légèrement amusé de cet accueil, Parker lui tend une main franche que l’autre serre tout aussi fermement. – « Ça c’est une poignée de main que j’aime » se dit-il. Il prend le parti de se montrer enthousiaste lui aussi et sa réponse est franche. – Merci de cette bienvenue chaleureuse à vous et à vos hommes commandant Olhmann, croyez-moi nous en sommes très touchés, n’est-ce-pas Peter ? Dit-il agréablement surpris. – En effet, je suis du même avis. Olhmann fait un signe envers les hommes qui attendent rangés en un rang impeccable et au garde à vous. Comme Parker veut pour s’éloigner, Olhmann le rappelle avec un rire enjoué. – Amiral s’il vous plait, ce n’est pas terminé. – Ah ?! Et bien voyons ça. En effet, sur un signe de leur commandant, les hommes se mettent à entonner un chant de bienvenue que Jimmy reconnaît pour l’avoir chanté lui même chez les scouts du temps de son adolescence. Le chant terminé, un hourra bien sonore sort de toutes ces bouches par deux fois. – Merci à vous les gars ! Je suppose qu’un pot va nous être servi, alors messieurs profitez-en, je vous donne la permission d’y faire honneur. Mais attention hein, pas plus d’un verre à la fois ! A cette boutade, un rire général retentit dans l’aire d’embarquement puis, tous se rendent dans une pièce adjacente pour se retrouver autour d’un buffet organisé avant leur venue. Après le toast de l’amitié et une demi-heure plus tard, Parker demande aimablement au commandant Olhmann : – Commandant… je suis très bien avec vous et vos hommes, mais il me faut aussi prendre contact avec la passerelle, merci de votre accueil en tous cas. Est-ce qu’un de vos hommes pourrait nous y conduire ? – Bien sur Amiral, il sera fait selon vos ordres. Ohlmann lève la main et un planton s’approche qui se met au garde à vous, aussitôt Olhmann lui transmet la demande de son supérieur. – A vos ordres mon commandant ! Le planton fait un pas vers les deux hommes… – Si vous voulez bien me suivre Amiral ! – Nous vous suivons sergent, nous vous suivons. Avec le sourire Parker prend congé des hommes d’Olhmann et gagne avec Kirby leur appartement respectif accompagné du sous-officier guide.
* * *
A présent dans l’appartement, Parker est seul. Il subit le contrecoup de cette journée, la prise de contact s’est révélée assez difficile pour lui malgré l’accueil chaleureux, l’appréhension peut-être d’avant la visite, si bien qu’il se sent comme vidé… un peu désemparé aussi devant la tâche qui va lui incomber à l’avenir. Avec une certaine lassitude et un soupir à fendre l’âme il s’assoit sur le sofa du salon, les mondanités n’ont jamais été son fort… mais quand il le faut… certains évènements de ces derniers jours lui reviennent brusquement en mémoire, ainsi que le but de ce voyage prévu depuis des lustres par le gouvernement terrien, ce voyage qui a toujours été malheureusement reporté pour des causes diverses par le conseil de l’Union. De plus, avant de partir, avant de quitter la Terre, les hauts
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