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La Petite Poucette - Histoire vraie

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276 pages

DOMAINE charmant de la fiction, où nos pères se promenaient à l’aise sans que la réalité au masque froid et sévère vînt arrêter leurs pas en leur défendant d’aller plus loin ; pays des fées créé par l’imagination dans un monde enchanté et qui n’aviez d’autres limites que celles du caprice ; horizons toujours couronnés de vertes montagnes ; vallées paisibles où serpentaient des ruisseaux murmurants, bordés de fines pâquerettes et de gazon de velours ; châteaux moresques dont les aiguilles aiguës se perdaient au sein de l’éther, ou bien dont les tours imposantes se garnissaient d’archers ; géants terribles qu’on était exposé à rencontrer chevauchant à travers plaines, la masse d’arme sur l’épaule ; nains malicieux qui passiez le temps à imaginer de bons ou plutôt de mauvais tours ; chevaliers fidèles jusqu’à la mort ; belles demoiselles captives sous la garde vigilante de quelque dragon à la gueule enflammée ; princesses gémissantes et fiancées à un prince d’Arménie ou de Trébizonde ; ménestrels courant le pays avec le luth en sautoir ; fées bienfaisantes et fées méchatnes, dont la baguette d’or traçait le cercle des destins ; magiciens nichés dans une caverne ; sylphes sautillant dans les chênaies, au clair de lune ; ondines folâtrant au bord de lacs-miroirs ; gnomes tapis dans les entrailles de la terre Voilà la poésie des siècles passés, la poésie des contes de fées !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Une fillette d’environ neuf ans poussait devant elle trois ou quatre moutons
Alfred Des Essarts
La Petite Poucette
Histoire vraie
LISTE DES VIGNETTES
1 Poucette ramenant ses moutons 10 2 Poucette chez sa marraine 31 3 Penghill au cabaret 47 4 Visite à M. Imbert 67 5 Le beau livre 76 6 Sylvestre et la sorcière 83 7 Le Couriquet et la fée 99 8 La torche de Penmarch 141 9 Départ de Poucette 177 10 La mauvaise rencontre 182 11 Poucette et maître Pierre 204 12 Les deux frères220
Chapitre I
Contes d’autrefois, contes d’aujourd’hui
DOMAINE charmant de la fiction, où nos pères se prom enaient à l’aise sans que la réalité au masque froid et sévère vînt arrêter leurs pas en leur défendant d’aller plus loin ; pays des fées créé par l’imagination dans un monde enchanté et qui n’aviez d’autres limites que celles du caprice ; horizons toujours couronnés de vertes montagnes ; vallées paisibles où serpentaient des ruisseaux murmurants, bordés de fines pâquerettes et de gazon de velours ; châteaux moresques dont les aiguilles aiguës se perdaient au sein de l’éther, ou bien dont les tours imposantes se garni ssaient d’archers ; géants terribles qu’on était exposé à rencontrer chevauchant à trave rs plaines, la masse d’arme sur l’épaule ; nains malicieux qui passiez le temps à imaginer de bons ou plutôt de mauvais tours ; chevaliers fidèles jusqu’à la mort ; belles demoiselles captives sous la garde vigilante de quelque dragon à la gueule enflammée ; princesses gémissantes et fiancées à un prince d’Arménie ou de Trébizonde ; ménestrels courant le pays avec le luth en sautoir ; fées bienfaisantes et fées méchatnes, dont la baguette d’or traçait le cercle des destins ; magiciens nichés dans une caverne ; sylph es sautillant dans les chênaies, au clair de lune ; ondines folâtrant au bord de lacs-miroirs ; gnomes tapis dans les entrailles de la terre Voilà la poésie des siècles passés, la poésie des contes de fées ! Les contes de fées s’en vont ! Ils s’en vont comme tout s’en va en ce monde. Et qui donc pourrait y croire encore ? Quelle foi a ssez robuste pour admettre ce merveilleux que tout vient démentir ? Écoutez ! écoutez ce tonnerre roulant, ce dragon en flammé, ce long serpent de voitures et de roues de fer glissant sur le fer. C’est le rail-way ; c’est la locomotive ; c’est la vie moderne qui défile par son train de poste, ou plutôt son train d’électricité. Le rail-w ay pénètre partout ; il défriche les vieilles campagnes reculées, il renverse les forêts sombres, il transporte des populations entières, il fait connaître les nations les unes aux autres. Voilà le miracle qui s’accomplit partout et à chaque instant. Et vous, rêveur isolé, contemplateur opiniâtre, vous chercheriez encore un coin désert où les fées, les sylphides, les trilbys, les farfadets, les lutins, les gnomes, les ondines, les géants, les chevaliers, les nains, les magiciens et les princesses éplorées eussent conservé le droit d’exercer leur aimable empire ! V ous vous attacheriez à cette vision me adorable, en souvenir de Torquato Tasso, de l’Arioste, de Boïardo, de Perrault, de M d’Aulnoy, et de tant d’autres conteurs qui ont amusé votre jeunesse ! Non, non, ce temps n’est plus, et il faut y renoncer résolûment. Mais ne nous reste-t-il plus rien à faire, et le champ de l’imagination s’est-il fermé pour nous ? Puisque nous vivons en face de la réalité, p ourquoi ne l’adopterions-nous pas ? pourquoi ne nous servirions-nous pas des ressources qu’elle nous offre d’une main assez large encore ? Bien des tableaux se déroulent sous nos yeux : la v ie positive a ses combats, ses luttes pénibles, ses espérances, ses déceptions, se s triomphes ; elle a les joies de la bonne conscience, les satisfactions du devoir, les palmes du dévouement. Les caractères vrais et qu’il ne s’agit que d’observer y font un contraste éternel, et les portraits s’y dessinent d’eux-mêmes. Faisons donc deshistoires vraies, à défaut decontes des fées.sait si plus d’une Qui
des figures qui brillaient dans les contes de fées ne se retrouvera pas dans nos histoires vraies ? LePetit Poucetpar exemple, a fait la joie de la jeunesse depuis deux cents ans ; mais les enfants de nos jours sont de grands enfants, et, avouons-le, vous ne réussiriez pas aisément à leur offrir comme vraisemblable ce qui a si peu de vraisemblance. Ils riraient de votre ogre en vous montrant le gendarme qui saurait bien mettre la main sur le collet de tous les ogres du monde ; et quant aux bottes de sept lieues, ils vous répondraient par le chemin de fer, qui lance son sifflement aigu et son jet de vapeur. N’écrira-t-on plus de contes ? Déjà cette question a reçu sa solution. Contons à notre manière et tâchons d’être utile si nous ne sommes p as aussi amusant que nos devanciers. Peut-être bien, dans le cas présent, aurons-nous le plaisir de présenter à nos lecteurs un ogre rébarbatif : mais cet ogre ne portera plus un grand cimeterre de Damas, et il n’est pas possible qu’il dissimule sa férocit é sous les dehors mielleux dont s’était affublé le loup, de sinistre mémoire, qui rencontra sur la lisière d’un bois l’imprudent Petit Chaperon rouge.
Chapitre II
Où l’on fera connaissance avec Melles Brigitte, Jeanne, Françoise et Madeleine Penghill
LE soir descendait sur les bruyères fleuries et les courtils qui bordent les longues routes 1 blanches de la Cornouaille , les derniers reflets du soleil éclairaient encore, à travers la brume, le faite des Montagnes-Noires : mais, dans les plaines et sur les landes, l’ombre gagnait les ajoncs, les genêts et les chaumières. C’était l’heure où les pasteurs ramènent leurs troupeaux, et où le long des sentiers rocaill eux retentissent les clochettes des animaux qui prennent la direction de la file et semblent, à en juger par leur air de gravité, comprendre l’importance du ministère qui leur est d évolu. De temps en temps, quelque Cornouaillaise alerte passait avec un lourd paquet d’herbe sur la tête ; parfois aussi quelque paysan attardé hâtait sa marche vers Quimper en s’appuyant sur son redoutable 2 3 pen-bar . — C’étaitaussi une troupe de jeunes gens aux cheveux longs sous leurtok , a u xbragou brazcuir, aux guêtres ou culottes bouffantes en toile, à la ceinture de montantes et aux souliers à boucle. Ceux-ci, se ten ant sous le bras et pressant de la lèvre leur petite pipe noircie, chantaient la chanson de l’Aireneuve ;une si jolie chanson que nous ne pouvons résister au désir de la transcrire ici :
« Les miens étaient allés à l’aire neuve ; et moi d’aller aussi avec eux, à la fête ! Ils étaient. allés à une aire neuve, au manoir ; ce n’est pas moi qui serais resté à la maison ! Les jeunes garçons n’y manquaient point, croyez-le, ni les jeunes filles non plus. Mon cœur bondissait d’entendre les sonneurs sonner. Alors je vis danser une jeune fille. Elle était aussi éveillée qu’une tourterelle ; Ses yeux brillaient comme des gouttes de rosée sur une fleur d’épine blanche, à l’aurore, Et ils étaient bleus comme la fleur du lin ; ses dents étaient aussi belles que des pierres fines, Son air vif et joyeux ; et elle de me regarder, Et moi de la regarder, et moi d’aller, un peu après, l’inviter, 4 L’inviter pour unjabadao ,et nous voilà en danse !... J’irai la voir et lui porterai un velours et une croix, Un velours noir avec sa croix, que j’ai achetés à la foire de Saint-Nicolas, De Saint-Nicolas, notre grand patron ; cela fera bien sur son petit cou nu ; Et, de plus, je lui porterai une bague d’argent pour mettre à son joli petit doigt. En m’en revenant de chez elle, le vieux tailleur m’a rencontré ; 1 J’ai rencontré le vieux tailleur, et il a fait cette chanson . »
A cinq cents pas de la ville, cette troupe juvénile en traversant un gracieux paysage aperçut une fillette d’environ neuf ans qui, une baguette de coudrier à la main, poussait devant elle trois ou quatre moutons d’assez chétive apparence. A la vue de l’enfant, les gars s’écrièrent, d’une voix unanime : — Voilà Poucette ! holà, Poucette ! Bonsoir, Poucette ! 1  Dans la plus grande partie des villages de la Bret agne, ce sont les tailleurs qui se chargent de porter la parole, de la part des préten dants, auprès des jeunes filles ou Penneres.l’on accepte l’ambassadeur, on lui fait manger des gâteaux d’avoine, et, Si pour l’éconduire, on lui pose dans un coin une tasse de bouillie. Et ils s’éloignèrent en riant, tandis que celle qui venait d’être l’objet de leur salut tant soit peu ironique souriait modestement,. la tête pe nchée, et gagnait le toit paternel, à savoir une chaumière assez délabrée, sise de l’autre côté de la route.
Pendant qu’elle chemine avec ses petits pieds délicats, observons-la et saisissons ses traits. Ce n’était point sans raison que les gars, à l’imit ation de tous les gens d’alentour, l’avaient appelée Poucette. La taille de la fillette donnait suffisamment l’explication de ce sobriquet ; il eût été difficile de rencontrer une enfant de neuf ans qui eût des proportions plus exiguës. Ce mince corsage semblait appartenir à un âge beaucoup plus tendre ; ces traits finement dessinés étaient plutôt ceux d’une poupée de cinq à six ans. Un jour, il était arrivé que le magister du hameau, maître Gill es Jefifik, un vrai savant qui avait beaucoup lu dans les livres, s’était écrié en voyant qu’elle n’avait jamais besoin que d’un escabeau pour s’asseoir : « Par saint Caradec ! c’e st comme qui dirait la sœur du Petit Poucet, une vrai Petite Poucette, quoi ! » Le surnom en était resté à la fillette, et l’on ne s’occupait guère de se rappeler si son nom véritable n’était pas Brigitte Penghill. Du plus loin qu’on l’apercevait, on lui faisait fêt e, à cause de sa gentillesse, à cette aimable miniature ; mais on ne la saluait jamais que du titre de Poucette. Et, en vérité, un 5 miracle du bon Dieu lui eût donné tout à coup la be lle stature deIliennesBatz ,  de qui cueillent vaillamment le varech et abattent la moisson, qu’on eût continué tout aussi bien à l’appeler « Poucette. » Au reste, elle s’accommodait de ce nom et elle n’hé sitait jamais à y répondre. On ne tardera pas à voir que Brigitte avait autre chose à faire qu’à s’occuper d’un sobriquet. A peine fut-elle rentrée dans la chaumière, après a voir installé ses moutons sous le hangar grossier qui leur tenait lieu d’étable, qu’e lle fut tout émue d’entendre sa mère Yvonnette qui pleurait. Elle courut à sa mère, tand is qu’elle était tout de suite accostée elle-même et suivie de trois petites filles ses sœu rs, Jeanne, Françoise et Madeleine, âgées de trois, quatre et cinq ans.  — Jésus ! Maria ! qu’avez-vous, ma bonne mère ? de manda Brigitte en joignant les mains par-dessus son sarreau de grosse toile. La mère releva la tête, ouvrit les bras à sa fille aînée et lui donna un baiser au front, mais sans répondre autrement. Brigitte n’insista pas ; elle avait compris : une s ourde inquiétude fermentait au cœur d’Yvonnette. Son mari Jacques n’était pas encore de retour de l’usine où il travaillait comme contre-maître ; il se faisait tard, et c’était le jour de la paye.  — Mère, dit Brigitte, répondant à sa propre pensée , ne vous tourmentez point ; mon père est quelquefois retenu à Quimper bien après l’heure accoutumée  — Sans doute, retenu par ces mauvais sujets de la fabrique qui l’entraînent à boire 6 tant de cidre et degwinque c’en est une pitié, et, de plus, à jouer pour de l’argent aux cartes et aux quilles. Brigitte garda le silence à son tour : il ne lui appartenait pas de blâmer son père. Yvonnette comprit le motif délicat de sa réserve et dit en l’embrassant de nouveau :  — J’ai tort ; je devrais cacher mon chagrin. Avec ça que tu ne sais pas l’origine de toutes nos misères. — Pardon, excuse, mère chérie, je la connais. — Voyez-vous ça !.. On ne peut rien lui cacher. — Mais je n’en disais rien, je n’en dirai rien jamais ! — Tu as raison. — Ça ne me regarde pas. J’ai bien autre chose à faire. Et d’abord faut que je mette le coucouà l’heure. Aussitôt dit, aussitôt fait. Poucette tira alternativement les deux cordes du coucou, qui sonna de sa voix argentine et vibrante, comme pour saluer à sa manière la bienvenue de
l’aimable enfant. Ensuite elle alla ouvrir la huche au pain où se trouvaient des galettes de blé noir ; elle coupa trois morceaux égaux qu’elle distribua entre Jeanne, Françoise et Madeleine, qui tendaient impatiemment leurs mains. — Et toi, Poucette ? dit la mère, est-ce que tu ne soupes pas ? — Merci ; je n’ai pas appétit. En ce moment, une voix vibrante se fit entendre du seuil de la porte, criant : — Pas appétit à son âge ?.. Qu’est-ce que c’est ? des façons de mijaurée ?... Ça joue à la demoiselle de la ville cettenabote !... Et un coup de bâton appliqué rudement sur le sol argileux accompagna la voix. Mais sans rien craindre, bien que le bâton parût vo uloir se relever sur elle, Poucette s’élança joyeusement en disant : — C’est cher père ! Les trois petites filles s’étaient cachées par une prudence instinctive derrière la courtine de toile peinte qui masquait l’espèce de v aste armoire où tous les lits de la maison s’étageaient les uns au-dessus des autres, ainsi que des tiroirs, à la vieille mode bretonne.
1En Bretagne (Finistère).
2Bâton à tête recourbée, que les Bretons manient avec beaucoup d’adresse.
3Chapeau à larges bords.
4C’est, avec lepasse-pied,une des danses nationales des Bretons.
5Ile bretonne.
6Eau-de-vie, — vin de feu.