La poésie de l'extase amoureuse

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Si l'amour est un excès, il se donne comprendre comme extase, dcentrement et aliénation. Le discours de l'amour a confié la poésie le soin de décrire ces lancements. L'auteur a ici convoqué des poètes de plusieurs aires culturelles, le tout tant placé sous l'égide de Shakespeare et Louise Lab auxquels deux chapitres sont consacrés.
Publié le : vendredi 1 février 2008
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EAN13 : 9782296179042
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La poésie de l’extase amoureuse Shakespeare et Louise Labé
Daniel Cohen éditeur
Philosophie,une collection dirigée par Jad HatemPartout où l'on annonce à grands cris la fin de la métaphysique et là même où l'on croit pouvoir enterrer en silence la libre pensée, c'est l'homme en la totalité de son être et en sa dimension de transcendance qui est en péril. Rien, d'une certaine manière, n'est plus vulnérable qu'elle car elle est tout l'homme. Elle s'expose à la déchéance car la liberté est son essence. Insulté par Agamemnon, Achille est sur le point de s'emporter et de tuer son rival quand Athéna, venue l'apaiser, se place derrière lui et le retient par la chevelure. Il se retourne et la reconnaît seulement pour lui. La main qui guérit la passion est en même temps la main qui dessille les yeux. Par la conversion qu'elle opère, la sagesse est vision de l'invisible. « Nous sommes tous », dit Plotin, « comme une tête à plusieurs visages tournés vers le dehors, tandis qu'elle se termine vers le dedans par un sommet unique. Si l'on pouvait se retourner ou si l'on avait la chance d'avoir les cheveux tirés par Athéna, on verrait à la fois Dieu, soi-même et l'être universel ».Dans la même collection : Monique Lise Cohen,Récit des jours et veille du livre, Orizons, 2008 ISBN 978-2-296-03820-2 © Orizons, chez L’Harmattan, Paris, 2008
Jad Hatem La poésie de l’extase amoureuseShakespeare et Louise Labé
2008
Quelques livres de Jad Hatem
Mal et transfiguration, coll. « Extasis », Cariscript, Paris, 1987. L’écharde du mal dans la chair de DieuExtasis », , « Cariscript, Paris, 1987. L’inversion du maître et du serviteur, coll. « La philosophie en com-mun », L’Harmattan, Paris, 2001. La gloire de l’Un. Philoxène de Mabbourg et Laurent de la Résurrection coll. « Théologie plurielle », L’Harmattan, 2003. Christ et intersubjectivité chez Marcel, Stein, Wojtyla et Henry, coll. « La Philosophie en commun », Paris, 2004. Le Sauveur et les viscères de l’Être. Sur le gnosticisme et Michel Henry coll. « Théologie plurielle », L’Harmattan, 2004. Semer le Messie selon Fondane poète, La Part de l’Œil, Bruxelles, 2004. Mystique et philosophie mêlées», L’Har-Théologie plurielle , coll. « mattan, 2005. Éléments de théologie politique,coll. « », L’Har-Théologie plurielle mattan, 2005. Hallaj et le Christ,coll. « Théologie plurielle », L’Harmattan, 2006. Marx, philosophie du mal, coll. « La philosophie en commun », L’Har-mattan, Paris, 2006. Théologie de l’œuvre d’art, mystique et messianisme. Thérèse d’Avila, Andreï Roublev, Michel Henry, coll. « donner raison », éditions Les-sius, Bruxelles, 2006.
Je marche vers un pays de rêve Où toutes les branches balancent Les poètes de l'extase.  Erik-Axel Karfeldt
Pour Nicole
CHAPITRE I
Les figures de l’extase amoureuse
« Nous cohabitâmes en mon cœur ».HÂFEZ DECHIRÂZ
1. L’éclipse et les retrouvailles
’amour donne beau langage à qui était muet, énonce Juan L1 Ruiz . Ne sommes-nous pas en droit de penser que c’est plu-tôt l’amour lui-même qui serait muet en sorte que la poésie seule soit en droit de parler en son nom, comme le soutient Novalis ? Il n’est cependant pas certain qu’elle le traduise ou exprime avec toute la fidélité requise. Le risque est grand qu’elle dise moins que l’amour, l’autre que l’amour mais aussi plus que l’amour 2 surtout si « tout amour est un attentat contre la langue » . Ce plus qui se peut comprendre sur la ligne de la quantité, décline également ses excès en suscitant un autre régime qualitatif. Tel 1.Libro de buen amor, v. 157. C’est grâce à « l’art d’Amour » qu’Arnaut Daniel confesse pouvoir « filer mots de valeur ». Dante se présente comme celui qui écrit lorsque Amour souffle en lui (Purgatoire,XXIV, v. 52-53). Il y a parfois des effets contraires : « Le désir qui délie si promptement la langue, lui glaçait la sienne » (Balzac,La Rabouilleuse,La Comédie humaine,IV, Paris, Pléiade, 1976, p. 395). 2. Joseph Sayegh, Kitâb Ann-Colleen, Beyrouth, Al-Ta’âwuniyyat al-lub-nâniyyat, 1974, p. 47.
10JADHATEM
est le cas de l’extase et de toute la phraséologie qui l’accompagne et souvent la dépasse pour autant qu’elles font offense aux facul-tés humaines. Les ravissements dans lesquels l’amour extatique jette ses victimes ne paraissent pas de ce monde. Mais ou la chose est banale, l’hyperbole baroquisante revenant à l’expres-sion malheureuse, ou elle est véridique, le langage s’employant à la formuler au mieux de ses moyens. On n’oublie pas que c’est un Platon, penseur de l’élan ascensionnel et de la fureur divine, qui, leur assignant la loi mystérieuse d’aller au-delà de soi, leur accorde droit de séjour dans la réflexion. Mais ce qui est pro-prement pensé dans le présent essai, s’il prend partout appui sur la sortie de soi (comme effet du don sans réserve ni abri et de la découverte de soi) et la suppression des distances, explore des régions encore plus difficiles à concevoir, comme ces effets de l’extase (récusant l’étanchéité des monades) que sont le transva-3 sement de l’essence de l’amant dans l’âme de l’aimé ou son iden-tification à lui car, selon Jules Supervielle, « chacun a toujours en 4 lui / De quoi devenir autrui » . Est-ce là propos outré ? Suppo-sons qu’il le soit. Il n’en est pas moins la dictée d’un affect. Il serait par trop étonnant et admirable que ce qui se présente à nous dans la guise de l’exagéré et de l’incongru fût la chose commune elle-même, si l’amour pouvait recevoir pareille qualifi-cation. Que l’on songe à la définition qu’en propose Jacques Maritain : « … surexistence immatérielle dans laquelle l’aimé est ou devient dans l’aimant le principe d’une pesanteur ou d’une connaturalité intentionnelle par où l’aimant tend intérieurement, comme à son propre être dont il serait séparé, à l’union existen-5 tielle avec l’aimé, et s’aliène dans la réalité de l’aimé » . L’extase n’est pourtant pas la forme universelle du noble ébranlement affectif, y compris pour les poètes. Un Yeats rap-
3. Mouvement qui met à mal la définition de la substance : ce qui est apte à exister en soi et non dans un autre. 4.Métamorphoses, v. 1-2. 5.Court traité de l’existence et de l’existant, Paris, Hartmann, 1947, p. 69.
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