La première aux hommes de bien. 3 / , par M. le Cte de Salaberry

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impr. de Poussielgue-Rusand (Paris). 1828. 10 fascicules en 1 vol. ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1828
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LA TROISIÈME
AUX HOMMES DE BIEN.
DE L'ESPRIT DE DOCTRINES ET DE L'ESPRIT
DE RÉVOLUTION.
DEPUIS 1815 MEMBRE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS,
(Extrait du Conservateur de la Restauration.)
A PARIS ,
DE L'IMPRIMERIE DE POUSSIELGUE-RUSAND,
rue de Sèvres, n° 2.
1828.
LA TROISIÈME
AUX HOMMES DE BIEN
DE L'ESPRIT DE DOCTRINES ET DE L'ESPRIT
DE RÉVOLUTION.
Le 14 juillet le roi Louis XVI dit avec inquié-
tude et douleur à un personnage fameux : « Mais
« c'est une révolte ! » — Non , sire, répondit doc-
trinairement M. le duc; c'est une révolution, (1)
Un savant célèbre et un pauvre homme public ,
M. Bailly, continua cet étrange lazzi, et dit le len-
demain non moins doctrinairement à Sa Majesté,
sur le perron de l'Hôtel-de-Ville de Paris : « Sire,
« Henri IV, votre aïeul, avait reconquis sa bonne
(1) Révolution, le plaisir dés petites vengeances. Le roi en
assemblant les états-généraux a eu le plaisir d'humilier la morgue
des parlemens ; les parlemens ont eu le plaisir d'humilier la
cour; la noblesse a eu le plaisir de mortifier les ministres; les
banquiers ont eu le plaisir de détruire la noblesse et de piller le
clergé; des curés de 1789 ont eu le plaisir d'être évêques; les
avocats ont eu le plaisir d'être administrateurs; les bourgeois
ont eu le plaisir de triompher des banquiers ; la canaille a eu le
plaisir de faire trembler les bourgeois. Ainsi chacun a eu son
plaisir et ensuite sa peine; et voilà ce que c'est qu'une révo-
lution. (Dernier Tableau de Paris, par PELLETIER, tome Ier,
page 16.)
( 4 )
« ville le 22 mars 1594 ; le 14 juillet 1789 la bonne
« ville a reconquis son bon roi. »
Et dans ses doctrines le bon M. Bailly le croyait :
il ne le croyait plus ou il le croyait peut-être en-
core trois ans après, le 21 janvier 1793, le jour
de l'assassinat du bon roi au milieu de la bonne
ville.
Ne disputons pas sur les mots; les révolution-
naires de 1789 n'étaient pas des révoltés selon la
doctrine du duc défunt et selon M. Bailly, premier
maire de Paris révolutionné ; les cadavres sanglans
des Flesselles, des Foulon, des Berthier, des Lau-
nay attestent que ces révolutionnaires, qui notaient
pas des révoltés, étaient des Cannibales. L'esprit de
révolution veut du sang, verse le sang, boit le sang :
l'esprit de doctrines ne fait pas le crime; il le laisse
faire, et le lendemain il le justifie, parce que sa
nature est de sacrifier à la peur. « Après tout, disait
« à la tribune le jeune Barnave, qui n'était ni plus
« ni moins qu'un homme à doctrines, ce sang était-
« il donc si pur? »
Libre à tous de joindre à Barnave Bertrand Bar-
rère, l'anacréon de la guillotine, et Garat, le mi-
nistre qui lui disputera dans l'histoire la palme de
la lâcheté et du mépris public.
La différence entre l'esprit de doctrine et l'esprit
de révolution, c'est que l'un parle sans agir et que
l'autre agit en parlant : mais dès que ce dernier
est devenu le premier, quand il est devenu maître il
agit sans parler, et il n'en est que plus craint et mieux
(5)
obéi. Le citoyen Robespierre et sa majesté l'em-
pereur et roi feu Napoléon Bonaparte, la chapelle
expiatoire de la rue d'Anjon et la plaine de Grenelle
comme les fossés de Vincennes vous l'attestent.
L'esprit de doctrines a un air de famille , un air
de fraternité avec l'esprit de révolution, parce que
tous les deux ont la tendance à l'hostilité envers tout
pouvoir établi, et par préférence, par instinct, par
mauvaise nature envers le pouvoir légitime, envers
notre monarchie, celle du roi très chrétien, fils
aîné de l'Eglise.
Si S. Jean Bouche-d'Or revenait, tout en con-
naissant l'article II de la charte, et tout en évitant
de se mêler des disputes religieuses, il pourrait
répondre en famille à une question qui vient à l'ap-
pui de ma proposition; et je dis en famille parce
qu'il est convenu à peu près, sur le dire bien heu-
reux assurément d'un des honorables députés de
1828, que les libéraux sont devenus royalistes, et
que les royalistes sont devenus libéraux. Chrysostôme
nous dirait donc pourquoi les Julien de Toulouse,
les La Source et plusieurs autres ont été régicides,
et pourquoi je ne dirai pas tant de révolutionnaires
se sont faits jansénistes, mais pourquoi tant de jan-
sénistes ont été révolutionnaires.
Mais j'aborde une autre question sans sortir du
même sujet, et les hommes entichés de l'esprit de
doctrines la résoudront eux-mêmes avec moi en fa-
veur des hommes possédés de l'esprit de révolu-
tion : j'établis que la franchise est égale chez les
( 6 )
uns et les autres, que les uns et les autres ne sont
que trompés par l'esprit qui les anime; ce qu'il y
aura de piquant pour la vanité des hommes à doc-
trines c'est que la niaiserie est d'un seul côté : et
pour rendre l'image plus sensible représentez-vous
l'esprit de doctrines sous la figure d'un libéral, et
l'esprit des révolutions sous la figure d'un jacobin,
en admettant que tous les deux soient de bonne foi
dans leurs croyances.
N'en déplaise aux professeurs de la perfectibilité
moderne, qui ont donné des noms nouveaux aux
mots reçus ; aux vertus comme aux vices, je dirai
même aux crimes, le libéralisme proprement dit,
dans son acception vertueuse, n'est autre que la
philantropie connue et pratiquée partout et tou-
jours par tous les gens de bien : Homa sum, hu-
mani nihil a me alienum puto, (TER.) a dit l'hon-
nête homme de tous les temps. La philantropie ou
le libéralisme seraient-ils autre chose aujourd'hui
que la charité chrétienne, qu'il est dans l'esprit et
le coeur de tous les gens de bien en France de con-
naître et de pratiquer? Ainsi tous les chrétiens se-
raient libéraux sans le savoir, et tous les libéraux
sans le savoir seraient des chrétiens. Quelle vérité
je découvre! quelle lumière de salut et de conso-
lation sort de la pensée qui m'est échappée, à moi
pauvre d'esprit ! tous les libéraux sont chrétiens !
tous les chrétiens sont libéraux! suis-je récompensé
de n'avoir pas porté envie à l'homme de l'inno-
cence élevé sur le pavois du Constitutionnel et du

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