La presse parisienne à propos de Laferrière dans La Maison du marin, pièce de MM. X. de Montépin et Kervani, représentée au théâtre Cluny

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impr. de J. Claye (Paris). 1873. Pièce (25 p.) ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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LA PIESSE PAPJSIENNE
A PROPOS DE
LAFERRIÈRE
DANS
LA MAISON DU MARI
PIÈCE
DE MM. X. DE MONTÉ PIN ET KE.RVANI
Représentée au Théâtre Cluny
PARIS
IMPRIMERIE DE J. CLAYE
RUE SAINT-BENOIT
187 3
LA
PRESSE PARISIENNE
A PROPOS DE
LAFERRIÈRE
DANS
LA MAISOÎT 33XJ M _A_ K, I
LA
PRESSE PARISIENNE
A PROPOS DE
iLAFERRIÈRE
DANS
!_■ .A- MAISON r)XJ MAEI
PIÈCE
DE MM. X. DE MONTÉPIiN ET KERVANI
Représentée au Théâtre Cluny
PARIS
IMPRIMERIE DE J. C L A Y E
TV U E SAINT-BENOIT
187!
LAFERRIÈRE
DEVANT
LA PRESSE PARISIENNE
LE NATIONAL
(3 Novembre 1873)
Samedi dernier, au théâtre Gluny, l'étonnant acteur
Laferrière a reparu dans un drame nouveau en cinq actes,
de MM. Xavier de Montépin et Victor Kervani, intitulé : la
Maison du Mari. Par une faculté inouïe de transformation,
que M. Scribe, par exemple, eut toujours, et que possèdent
les artistes destinés à avoir du succès pendant toute leur
vie, Laferrière, apercevant tout à coup la distance prodi-
gieuse, qui sépare 1873 de 1830, a, d'un héroïque effort,
jeté au vent la défroque d'amoureux byronien et roman-
tique : longue chevelure ruisselante, petites moustaches
comme tracées à l'encre de Chine, habit bleu à boutons
d'or, maillot gris clair, bottes à coeur et le reste. Rajeuni
comme par la baguette d'une fée, il apparaît aujourd'hui
avec le veston, le pantalon coupé à l'anglaise et la barbe
pleine du héros le plus correct des Courriers de Fervacques;
par bonheur, il n'a rien changé à son talent ardent et sym-
pathique. Laferrière est le dernier comédien enflammé, le
dernier qui sache jouer une scène d'amour, et toucher à
une femme devant trois mille personnes.
2
Jusqu'à l'heure de la défaite absolue et suprême, il a lutté
pied à pied et sans reculer d'une semelle pour la glorifica-
tion de l'amour et de l'amant; aujourd'hui que, dans tout
le théâtre moderne, l'amant est devenu ridicule et que le mari
triomphe rien qu'en se montrant, Laferrière a passé avec
armes et bagages (toi aussi, Bru tus!) du côté du mari, et
c'est ainsi que le byronisme a eu son Waterloo. Comme
l'ont fait avant lui Régnier, Got et Lalbntaine, le comédien
des fiévreuses amours représente à son tour Un Sganarelle
sublime, M. André Didier. C'est en cette qualité qu'au nom
de sa fille Jeanne, mourant de consomption, il va chercher
sa femme Marthe Didier chez M. Gaston de Rieux qui la lui
a enlevée, et que Marthe, s'étant repentie et s'étant mise à
adorer le mari que d'abord elle n'aimait pas, il tue comme
un chien le séducteur qui s'est introduit chez lui sous un
faux nom, et qui, en dépit du repentir de Marthe, veut
recommencer la pièce à son point de départ. Ce drame,
vigoureusement écrit et bien pensé, abonde en situations
émouvantes qui ont enlevé le succès.'Comment une femme
en vient-elle à aimer un homme pour lequel elle n'avait
que de la répulsion? Pour s'éclairer sur ce point et sur
bien d'autres, il faudrait aborder des questions physiolo-
giques dont l'étude est interdite au théâtre.
TH. DE BANVILLE.
LE TEMPS
(3 Novembre 1873)
Le théâtre Cluny a donné, cette semaine, un drame en
cinq actes de MM. Xavier de Montépin et Victor Kervani,
la Maison du Mari.
Vous vous rappelez peut-être une vieille comédie de
M. Walewski, qui avait pour titre : L'École du grand monde.
Le héros de la pièce y changeait de costume à chaque acte,
en sorte que Mme de Girardin l'avait appelée, dans une de
ses chroniques : I'ÉCOLE DU GRAND MONDE, comédie en cinq
— 3 —
pantalons. On pourrait de même dire : LA MAISON DU MARI,
drame en cinq acles et trois enlèvements.
Le canevas est très-simple ; il rappelle un peu, par l'idée
première qui est mise en oeuvre, le Supplice d'une Femme
d'Alexandre Dumas. Il s'agit en effet dans les deux pièces,
d'une femme qui à de son amant par-dessus la tête.
Ces réserves faites, le drame de MM. Montépin et Kervani
est bien coupé, rapide et fort intéressant. Il s'y trouve une
scène originale, et qui est remarquablement faite. Un jeune
cocodès s'est pris d'amour pour la soeur de la femme enlevée
et veut l'épouser. Il est l'ami intime de l'amant, et ils ont
soupe bien des fois en mauvaise compagnie. Ils se tutoient
et affectent, dans le langage un peu cynique des boulevar-
diers, de mépriser les femmes. Mais à présent qu'il est
sérieusement épris et pour le bon motif, il trouve fort
mauvais que son ami ne veuille pas rendre le repos à sa
future belle-soeur. Il lui lait de la morale sans quitter le
style pittoresque dont il a l'habitude et finit par le provo-
quer en duel, tout en l'appelant mon cher bon. La scène
est très-piquante et assez nouvelle.
La curiosité du drame était de voir Laferrière dans le
rôle d'un homme de quarante ans. Il a consenti à argenter
de quelques fils gris le noir éternel de- sa chevelure. Il a
de même un peu amorti son jeu. Il n'en est pas moins
fort passionné; quand il paraît, la température s'élève dans
la salle, et l'on sent le contact du grand artiste.
En somme, la Maison du Mari a été pour Cluny un vrai
succès; la pièce attire du monde et fait couler des larmes.
FRANCISQUE SARCEY.
L'ÉVÉNEMENT
(28 Octobre 1873)
Le phénomène Laferrière a reparu. Un véritable phé-
nomène, en effet! Son entrée en scène, au deuxième acte
de la Maison du Mari, a produit une sensation étrange et
voisine de la stupeur.
— h —
Pour la première fois de sa vie, il apparaissait avec une
barbe qui lui encadrait les joues et lui fleurissait le men-
ton; — pour la première fois de sa vie, il n'avait plus vingt
ans, ni même vingt-cinq, ni même trente; il en avait qua-
rante; — pour la première fois de sa vie, il n'était plus
l'amant, il était le mari.
Ainsi donc, tout passe, tout se transforme, même Lafer-
rière. Laferrière père noble! Est-ce possible? Autour de
moi, dans la salle, personne n'avait l'air d'y croire, et
lui, Laferrière, moins que personne. II fallait le voir
souriant dans sa barbe d'emprunt et dans ses quarante
ans d'emprunt. Il semblait dire :
— Ne me trahissez pas; ayez l'air d'être d'intelligence
avec moi; c'est une gageure!
Mais cette gageure, Laferrière ne l'a pas tenue jusqu'au
bout. Le sang-froid lui a manqué; le naturel, un instant
chassé, est revenu au galop. Il s'est emporté et il a em-
porté le rôle avec lui. La passion a recouvré tous ses
droits, il est redevenu Laferrière comme devant.
Sérieusement parlant, il a eu des moments très-remar-
quables : l'attitude était noble, le geste était éloquent et
précis. Le geste! voilà un secret que n'ont encore légué à
personne les artistes de cette génération, les Frederick, les
Mélingue, les Laferrière!
Les deux derniers actes de ce drame ont fait couler
les larmes de la plus belle moitié de la salle; dès lors le
succès était assuré.
Mn,e Lacressonnière joue l'épouse adultère avec plus de
moyens physiques que nous ne lui en soupçonnions. Elle
a souvent été applaudie avec justice.
CHARLES MONSELET.
LES DÉBATS
(2 et 3 Novembre 1873)
La Maison du Mari attire la foule nu théâtre Cluny. Le
principal intérêt de la soirée était dans la rentrée de
M. Laferrière. Voilà plusieurs années, si je ne me trompe,
que M. Laferrière n'avait joué à Paris. Il a reparu dans
le rôle d'André Didier, toujours jeune et en possession
de ces qualités dramatiques qui ont fait sa réputation.
C'est un des derniers survivants de celte génération bril-
lante d'acteurs excellents qui ont été les dignes interprêtes
du théâtre romantique. Gomme on le pense bien, ni les
applaudissements ni les rappels ne lui ontmanqué; et voilà
le théâtre Cluny, qui était depuis longtemps à la pour-
suite d'un succès, assuré d'un bon nombre de représen-
tations fructueuses.
CLÉMENT CARAGUEL.
LE MONITEUR UNIVERSEL
(3 et 4 Novembre 1873)
Le nouveau drame de Cluny, la Maison du Mari, est une
variation du Supplice d'une femme. Même motif et mêmes
personnages : un mari vertueux et martyr, un amant
haïssable et intolérable, entré, comme une bombe, dans
l'existence, de la femme séduite, pour y commettre d'abo-
minables dégâts. Les époux trompés faisaient rire autrefois;
ils font pleurer aujourd'hui, et Molière serait étonné de la
quantité de larmes que peuvent contenir les infortunes de
Georges Dandin.
Cette interversion des rôles du mari devenu intéressant
et de l'amant tourné à l'odieux n'est pas neuve, mais dans
bien des cas elle est vraie. Que de liaisons pesantes comme
des jougs ! que d'amertumes et de déboires recèle le fruit
défendu ! La femme, en trahissant son mari, croit échapper
à une servitude et tromper un maître, et souvent c'est pour
en prendre un cent fois plus exigeant et plus dur. On ne
le trompe point, celui-là; il n'a pas la sécurité de l'époux,
il se défie de celle dont il a éprouvé la fragilité; sa jalousie
rôde jusqu'autour du lit conjugal. En secouant un lien, la
— 6 —
femme s'est rivée à une chaîne que la passion la plus
ardente peut seule faire endurer.
C'est cette excuse de la passion qui manque à Marthe
Didier, séduite par M. Gaston de Rieux. Elle est naturelle-
ment honnête, elle prétend avoir toujours aimé son mari, et
il suffit d'une absence faite par ce digne homme pour
qu'elle devienne la maîtresse d'un beau ténébreux fatal et
banal qu'on prendrait pour un Antony de province.
Quoi qu'il en soit, au retour du mari, la femme coupable
fuit avec lui de la maison conjugale en passant par-dessus
sa petite fille Jeanne, ce qui aggrave étrangement son saut
périlleux.
A l'acte suivant, André Didier reparaît devant l'épouse,
et il lui annonce que sa fille meurt de/son absence. Une
maladie de langueur l'a prise ; elle mourra sijsa mère ne
lui revient pas. Ce n'est point un mari irrité et jaloux qui
reparaît devant elle, c'est un père qui veut sauver la vie de
sa fille. 11 ne lui apporte point son pardon, mais il lui pro-
met le silence. Il y aura entre eux, non pas une réconci-
liation, mais une trêve, — la trêve de l'enfant. Lorsque
Jeanne sera guérie, il la laissera s'éloigner et ne fera rien
pour la retenir. Marthe accepte, en courbant la tête, ce
pacte humiliant et suit son mari.
Quand la toile se relève, la petite Jeanne est guérie;
elle a repris dans les baisers de sa mère une vie nouvelle.
Le repentir de Marthe commence à désarmer le ressenti-
ment de Didier ; il n'a pas oublié encore, mais il a déjà
pardonné. — C'est à ce moment que M. Gaston de Rieux
reparaît : il vient chercher sa complice et la remettre à sa
chaîne. Marthe indignée se révolte ; elle avait, s'il faut l'en
croire, toujours aimé son mari, son amant le lui a fait ado-
rer. En comparant sa bonté au caractère tyrannique de son
séducteur, et le bonheur du devoir à l'esclavage de la faute,
elle a honte d'elle-même et horreur de l'homme qui l'a
fait déchoir. Mais M. de Rieux n'est pas homme à lâcher
sa proie; il la menace d'un éclat, et la contraint à le pré-
senter, sous un faux nom, à Didier, qui ne connaît pas son
visage. L'adultère l'a prise dans son engrenage de men-
— 7 —
songes et de tyrannies ; il faut qu'elle passe par toutes ses
pressions.
Cependant une indiscrétion d'enfant terrible, commise
par la petite Jeanne, révèle à Didier le vrai nom de l'homme
que sa femme lui présentait tout à l'heure comme un
étranger. Il se croit de nouveau trahi avec l'effronterie de
la récidive, et il tend à sa femme un piège tissu de façon à
ce qu'il puisse la surprendre en flagrant délit avec son
amant. Ce piège la disculpe et prouve la sincérité de son
repentir. Marthe résiste avec énergie au second enlèvement
que le séducteur lui propose. Didier intervient alors, il
provoque Gaston de Rieux et le tue. C'est par là peut-être
qu'il aurait dû commencer.
C'est touchant; je constate ce succès de mouchoirs. —
Laferrière est inextinguible; sa passion ne vieillit pas plus
que son visage : il doit avoir dans sa cave de l'eau de Jou-
vence en bouteilles. A cent ans, il fera encore des déclara-
tions vraisemblables.
PAUL DE SAINT-VICTOR.
PARIS-JOURNAL
(29 Novembre 1873)
• M. Xavier de Montépin,qui jouit depuis quelque temps
d'un grand crédit auprès du public, vient de tendre une
main à la fois galante et généreuse aux pauvres anges déchus
qui ne demandent qu'à retrouver leurs ailes. 11 était assisté
dans cette bonne action par un jeune collaborateur qui s'an-
nonce comme un auteur dramatique de talent, M. Victor
Kervani. Remercions-les d'avoir créé le seul chemin de fer
qui nous manquât, le chemin de fer de l'Enfer au Paradis ;
nous comptons trop de trains de plaisir, il était urgent
d'établir le train du devoir.
La Maison du Mari a obtenu un succès de larmes et de
curiosité : Laferrière abordait pour la première fois l'em-
ploi des hommes de quarante ans; il y a là pour lui toute

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