La Princesse de.

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«Tous les fils ne sont pas faits pour devenir des hommes.» Daniel a été adopté très jeune par une immigrée polonaise et son petit mari français. Fasciné par cette mère et sa plantureuse beauté rousse, il s'efforce à la fois de lui obéir et de lui ressembler : or si obéir à sa mère signifie être un homme, lui ressembler signifie être une vamp en guêpière. Pris entre ces exigences contradictoires, il renonce à la sincérité et relègue ses avatars féminins dans ses abysses personnels, ou encore, comme il le dit lui-même, dans une boîte de Pandore qu'il s'efforce de maintenir fermée. Avec l'entrée dans l'âge adulte, les choses s'arrangent un peu : il rencontre un homme qui devient à la fois son amant, son mentor et son employeur. Grâce à lui, il va se produire sur scène, travesti en femme, ce qui permet à sa vérité intime de sortir un peu, au moins à la nuit tombée...
Publié le : mardi 8 mars 2011
Lecture(s) : 28
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818002735
Nombre de pages : 271
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La Princesse de.
DUMÊMEAUTEUR
Chez le même éditeur
RAIDECOEUR, 1996
TOUTCEQUIBRILLE, 1997
PAUVRESMORTS, 2000 HYMEN, 2003 LETRIOMPHE, 2005
UNEFILLEDUFEU, 2008
Emmanuelle BayamackTam
La Princesse de.
Roman
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2010 ISBN : 9782818000052 www.polediteur.fr
Pour Ubris.
Pour tous ceux qui vivent en prison, « littéralement et dans tous les sens »
De toutes les femmes du bus, je suis la seule à être un homme. Par voie de conséquence, je suis aussi la seule dont la féminité ne soit pas un théâtre clinquant mais une certitude aussi intime qu’incon testable. J’expliquerai un jour, si j’explique, com ment les hommes finissent par devenir des femmes beaucoup plus convaincantes que celles qui ont reçu in utero le petit paquet bien ficelé de leurs attributs anatomiques et y ont vu dès le départ une bonne raison pour ne rien faire, un alibi pour n’être rien. Mais l’heure n’est pas aux explications, et ce que je partage avec les autres voyageuses s’avère beau coup plus consistant qu’une identité sexuelle – fina lement litigieuse chez à peu près tout le monde. Ce que nous avons en commun, c’est une des tination, le terminus de ce bus à trois chiffres qui
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nous largue en vitesse, comme tous les dimanches, ce que je peux comprendre à regarder les autres, le troupeau hâve des Katia, Séverine, Amel, Jessica, Fatoumata, Cindy. On peut faire une exception pour Cindy parce qu’elle n’a pas encore complète ment laissé péricliter sa jeunesse et sa grâce, mais les autres, la grâce, elles ne l’ont jamais eue, et leur jeunesse, c’est maintenant et c’est terrible. Mieux vaudrait pour elles être vieilles direc tement, mais évidemment elles n’ont pas cette chance et il faut qu’elles en passent par là, la jeu nesse comme un mauvais tour qu’on leur joue, avec la soupe des œstrogènes qui leur monte au plafond et qui leur donne, en même temps que des rêves d’amour, cette acné inventive, chacune la sienne, pustules flamboyantes pour Amel, croûtes rosacées pour Jessica, granule livide pour Séverine, sans compter l’eczéma tantôt grisâtre tantôt purpurin de cette pauvre Katia. Seuls Cindy et moi sommes épargnés par les problèmes de peau, et d’ailleurs Cindy est épargnée par tout ce qui rend les autres si pénibles à regarder : les gibbosités indomptables, les cheveux brûlés par les mauvais traitements, les jambes torses, les nuques voûtées, les bassins de guingois, les bouches gercées sous le rouge à lèvres mal choisi et mal appliqué – une nacre grasse qui s’écrase sur des dents abîmées –, et sachez que je n’invente rien
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