La Princesse et le Dragon

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Par l'auteure de la série Les Loups de Huntsville

Pour Juliette, les vacances s’annoncent mal. Non seulement Vincent a osé la quitter, (cet abruti !), mais en plus, elle doit supporter l’évènement le plus grotesque de l’année : le mariage parfait de sa sœur modèle.

Heureusement, à Lisbonne, ville où elle a passé la moitié de son enfance, Juliette retrouve quelques alliées. Entre une cousine délurée, une montagne de pâtisseries et une rivière de rhum, Carla resurgit, et avec elle, le souvenir enfoui de sa première expérience sensuelle.

Face à l’interdit, aux sensations inédites, en plein combat avec ses démons intérieurs, Juliette tente de sortir vainqueur, ou au moins, en un seul morceau...

22 000 mots (novella)


Publié le : jeudi 10 décembre 2015
Lecture(s) : 9
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782924624098
Nombre de pages : non-communiqué
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PrincesseDragon

Résumé

Pour Juliette, les vacances s’annoncent mal. Non seulement Vincent a osé la quitter (cet abruti !), mais en plus, elle doit supporter l’évènement le plus grotesque de l’année : le mariage parfait de sa sœur modèle.

Heureusement, à Lisbonne, ville où elle a passé la moitié de son enfance, Juliette retrouve quelques alliées. Entre une cousine délurée, une montagne de pâtisseries et une rivière de rhum, Carla resurgit, et avec elle, le souvenir enfoui de sa première expérience sensuelle.

Face à l’interdit, aux sensations inédites, en plein combat avec ses démons intérieurs, Juliette tente de sortir vainqueur, ou au moins, en un seul morceau…

De la même auteure
aux Éditions Laska

Les Loups de Huntsville - épisode 1 : Changement de peau



LA PRINCESSE ET LE DRAGON

Ivy Clark

Éditions Laska
Montréal, Québec
Courriel : info@romancefr.com

Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, personnages, lieux et incidents sont soit le fruit de l’imagination de l’auteur, soit utilisés de manière fictive.

Tous droits réservés
© Samira Naghmouchi, 2015

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Design de la couverture : Ivy Clark

ISBN : 978-2-924624-09-8

Anafrodisia

Intimidade

Perversa

Medo

Vazio

Livre

Merci !

Changement de peau (extrait)

L’auteure

Notes (traductions)

Anafrodisia1

L’été annonçait l’ère de paix et la victoire du couple. Moi, princesse immaculée. Lui, guerrier divin. L’équation était simple. Nous nous aimions. Nous avions parlé d’engagements après un voyage à Rome. Emballé, c’est pesé. J’étais prête. J’avais hâte. À vrai dire, je méritais une promotion après trois ans de bons et loyaux services.

En dehors des heures de bureau, Vincent était greffé à sa console de jeu. Nous aimions tous les deux les pâtes au fromage. Parfois, il me laissait la manette et je mettais la princesse en danger dans Mario Bros. Son agenda de trentenaire me convenait. Ma sœur le trouvait répugnant et ma mère était ravie du fait qu’il travaille à la mairie. La semaine passée, mon père a grommelé en le voyant. J’aurais dû me fier aux signes avant-coureurs d’un changement de régime. Il y a trois jours, Vincent s’est barré. Il a vidé l’appartement de son appendice audiovisuel et ramassé ses chaussettes.

Je ne comprends pas. Il n’aurait pas dû me quitter. Moi, Juliette, je connais la récompense attribuée à la vertu. Par habitude, je n’étale pas mes sentiments. J’ai intégré les codes de la féminité. Je suis propre sur moi. Mon humour est délicat. Je n’ai aucun don culinaire, certes, mais, en contrepartie, j’ai hérité d’une patience élastique. Par pudeur, je ne hurle pas pendant les rapports sexuels. J’émets de timides gémissements de satisfaction à intervalles réguliers. J’aspire à une carrière amoureuse honorable. Après des années de recherches, d’efforts et de discipline, j’aurais dû devenir une princesse.

Mais, un matin de juillet, mon armure est tombée et mes certitudes se sont écroulées. J’avais ignoré un paramètre essentiel, mais lequel ?

* * *

Je me bourre de chips sous le regard méprisant de ma sœur, une grande brune musclée à la beauté classique et au style bourgeois qui brasse de l’air, l’oreille collée à son iPhone. La future épouse de vingt-huit ans à la chevelure brillante fait les cent pas dans le salon. Dores gobe des Xanax comme des Smarties et explose son forfait en préparant son mariage. Ma mère lui a déjà dit trois fois de retirer ses chaussures, mais elle ne peut pas ; elle discute avec Patrick, la future victime.

Ma sœur est mon exact opposé. Je suis pâle, elle est bronzée. Je suis triste, elle est joyeuse. Elle a les yeux de lynx de ma mère, j’ai hérité de la myopie paternelle. Elle se marie dans trois semaines et je suis en pleine séparation. Elle est multitâche, je ne lui suis d’aucune utilité. Mon existence est un frein à la sienne. Ma présence la déprime. Je n’en ai cure. Ma douleur est grande. Son bonheur me débecte et ses récriminations m’indiffèrent.

Depuis trois jours, dix-huit heures et vingt-sept minutes, j’attends des éclaircissements, un message de rupture bourré de fautes envoyé par Doudou, que j’ai encore du mal à rebaptiser Micropénis Illettré dans mes contacts. Vincent a officiellement mis un terme à notre relation. Ses raisons sont obscures. Il paraît que rien ne va plus. Game over. Il veut l’amour, le vrai, la passion. Alors, au lieu de me tromper, Vincent me fait une faveur en s’éclipsant. Doudou est tellement honnête qu’il prend la peine de m’expliquer que tout est de ma faute depuis que j’ai démissionné sexuellement.

Le mâle dépose le bilan. Son rapport est une vérité absolue, un jugement sans appel. J’ai beau être stimulante, je suis aussi frustrante qu’une poupée vide qui n’avale pas la bouillie qu’on lui offre. Une femme absente durant les grandes pénétrations n’est pas amoureuse. Cela va de soi. Je lui ai pourtant maintes fois dit que je n’étais pas absente ; je me concentrais sur la réception, c’est différent. Aujourd’hui, je peux me l’avouer : sa performance est comme la traversée du désert. J’ai trop de tact et pas assez d’espoir pour le lui dire.

Vincent ayant du mal à me faire atteindre l’orgasme, je passe beaucoup de temps à le rassurer. D’après lui, c’est parce que je suis incapable de me détendre. Il ne s’imagine pas incapable de me faire jouir. Après tout, un homme, c’est l’équivalent de Dieu, c’est omnipotent. Je ne serai jamais qu’une païenne dotée d’un mécanisme défaillant, une poupée hermétique, impropre à recevoir la lumière d’aussi haut qu’elle vienne. Pour les créatures passives telles que moi, l’orgasme et l’amour sont littérature.

Vincent est un gentil garçon, me disait ma mère. Après trois ans de relation, l’homme a craqué. La miséricorde a ses limites. L’énergumène ne cherche pas à résoudre notre problème, il pose son plat de vérité inconsistant et périmé, et moi, comme j’ai faim, j’avale ce qu’il me sert. J’ai faim de solutions et de détails, car je suis un Pokémon comme les autres, je veux me battre et évoluer.

La situation m’inspire du mépris, tantôt envers lui, tantôt envers moi et graduellement envers ma sœur, qui insiste pour que je me voue corps et âme aux préparations du plus grand évènement de sa vie. Puisque la mienne part en quenelle, je dois me réjouir et contribuer au bonheur d’autrui comme seconde punition. La vie veut sûrement me donner une leçon, mais je n’apprends rien. En tout cas, ma sœur compte ses alliés, et moi, je compte les morts.

* * *

Dores est souriante dans sa décapotable. Elle vient de nous récupérer à l’aéroport de Lisbonne. Sa façon de conduire est le signe d’une grande instabilité émotionnelle. Ma mère lui rappelle une des règles basiques du code de la route, qui consiste à regarder devant soi.

Ma sœur continue de piailler pour la seule personne ayant les nerfs assez élastiques pour l’écouter de bout en bout sans flancher, le mec le plus tolérant de la planète : mon père. À l’arrière, Afonso assure la cohésion du groupe. Il rassure ma mère, au bord de la crise cardiaque, en la laissant arracher ses poils d’avant-bras. Et en plus d’écouter Dores, il acquiesce à la moindre question rhétorique. C’est dire s’il est pour moi l’équivalent d’un saint, un modèle de patience défiant toutes les lois sociales et physiques.

Quand il s’agit de son aînée, Afonso manque de poigne et d’objectivité. Mon père admire sa fille, qui s’en sort admirablement dans le monde adulte. Son nez droit est là pour témoigner de la passation des gènes, tout comme la courbure naïve des sourcils que Dores parvient à transformer en menace vibrante. Pour moi, elle se rapproche plus de l’Antéchrist que de la Vierge, mais à quoi bon chipoter sur la provenance ?

Le Portugal est la destination de nos vacances. Si l’on exclut du mot « vacances » toute notion de repos et de tranquillité. Il s’agit d’une de ces années où l’on a l’intuition que l’été consistera à tolérer ses semblables et à donner son avis sur le climat. Rupture précoce et crise familiale ouvrent le bal.

Je ne trouve aucun partisan ni réconfort au sein de ma famille. Dores ne peut prendre le chagrin de sa benjamine trop à cœur, au risque de réveiller sa sciatique. Elle m’a brièvement serrée dans ses bras musclés pour ensuite partir dans un délire égocentrique et raconter qu’un jour, je trouverai l’homme de ma vie et que je serai heureuse, comme elle. Un jour, moi aussi, je réaliserai le rêve de toutes les petites filles du monde : j’abandonnerai mon nom et mon ambition pour signer un contrat et faire le guignol dans une église. J’ai rétorqué ce que j’espère du fond de mon cœur malade : que l’heureux élu, si je l’envisage un tant soit peu, ne ressemble ni de près ni de loin à son prince en carton. Puis je lui ai demandé si elle savait que Patrick était homosexuel. Ce jour-là, elle m’a rayée de la liste des invités avant que ma mère n’intervienne.

* * *

Arrivée dans la rue typique et escarpée de mon enfance, ma mère se précipite hors de l’engin et interroge son myope de mari :

« Tu crois que c’est la bonne rue, Afonso ? »

À peine a-t-elle retrouvé un rythme cardiaque normal qu’une horde d’enfants de trois à dix-sept ans se rue sur le véhicule. En arrière-plan, leurs parents lèvent les bras au ciel en poussant des cris de joie et de surprise. Les éloges en portugais tourbillonnent dans la chaleur du mois de juillet. Puis c’est au tour de la deuxième vague, plus lente, des adultes de dix-huit à soixante-dix-sept ans, de déferler pour les salutations traditionnelles.

Mes lunettes de vue tanguent sur mon nez et manquent de voltiger entre les parfums sucrés des unes et l’eau de Cologne amère des autres. Les tissus brodés et les poils de moustache me chatouillent. Mes joues prennent feu sous les pincements et les baisers de bienvenue. Oui, oui, c’est la bonne rue.

Difficile pour les non-initiés de faire la différence entre les cousins au premier degré et les voisins. Ils font tous partie d’une grande et même famille qui a pour limite géographique le quartier. Même moi, je pourrais perdre à ce jeu-là, étant donné que j’ai évité plusieurs années les vacances en famille.

Tandis que mes tantes se sont tassées et ridées, mes cousines ont pris de la poitrine et de la masse capillaire. Le passage de la puberté a laissé sur certains de mes cousins des traces qui rehaussent agréablement leur masculinité ; sur d’autres, les effets hormonaux sont certainement temporaires. Grâce aux efforts quotidiens de ma mère, je reconnais tout le monde du premier coup d’œil. Internaute surdouée, elle nous diffuse de sublimes diaporamas créés par ma tante à moustache, veuve et épileptique : Rosa.

Rosa est la plus jeune de mes tantes et la mère de Madalena. Personne, même pas mon père, ne peut rester insensible à l’opulente poitrine de cette dernière. Une grande et forte brune à l’épaisse chevelure, elle est ma cousine préférée, ma complice dans la joie comme dans les bêtises, accro à l’adrénaline et possédant une éthique douteuse : ma vraie sœur.

La moitié de mon éducation s’est faite dans ces rues. Durant mes vacances dans la jungle lisboète, j’ai fait de grandes découvertes biologiques et sociales. Dès ma plus tendre enfance, j’ai été invitée à jouer à l’extérieur avec les mômes du quartier. Il fallait bien que les vacances soient aussi l’occasion pour les parents de se délasser. Dehors toute la sainte journée, nous formions une meute qui luttait contre la famine, la déshydratation et l’insolation tout en harcelant les marchands de friandises.

En raison de ma légendaire maladresse, j’abreuvais régulièrement le pavé de mon sang. Genoux et paumes écorchés, je pleurais de vraies larmes et ralentissais l’avancée de la troupe vers les plus beaux parcs et terrains vagues. Je portais une jupe qui tourne, des sandales qui font mal et du sparadrap sur mes lunettes. Lorsque j’étais blessée, l’alpha de la meute avait le devoir de me maintenir en vie et de me chouchouter. Personne ne pouvait me forcer à manger des insectes morts et je me laissais porter sur plusieurs mètres. Quand on connaît les rues en pente du centre, on ne peut douter de l’ampleur de la tâche qui incombait à l’alpha.

Outre ma propension à me prendre des gamelles, je connus quelques ratés en matière de survie. L’épisode le plus traumatisant reste sans doute la perte d’un haut de bikini emporté par l’Atlantique. L’alpha fut le chevalier qui partit à la recherche de mon soutien-gorge et me le rapporta avant la tombée de la nuit.

J’excellais dans une discipline en particulier : le roulage de pelles. L’année de mes dix ans, j’avais remporté toutes les épreuves du marathon estival. J’en étais fière, vu que je ne gagnais jamais rien en compétition physique. Je savais que ma carrière amoureuse dépendait de ma performance durant les préliminaires et du bonnet C qui pointait sous ma brassière.

Le premier prix était une granita en tête-à-tête avec le chef de la meute. L’alpha avait une tête de plus que moi, un visage androgyne et une casquette déchirée. Un garçon manqué qui répondait au nom de Carla Rodriguez.

Les entraînements intensifs de roulage de pelles se déroulaient derrière la maison des Rodriguez, durant l’heure de la sieste. Jusqu’à ce que Dores me dénonce et que ma mère me punisse en me collant une gifle magistrale qui entra dans le top trois des épisodes traumatisants de mon enfance. Dans la même après-midi, j’ai découvert la sensualité et la transgression. J’avais dix ans et des lunettes bancales. J’ai simplement confondu les genres. La leçon apprise, on ne devait plus m’y reprendre et, surtout, ne jamais en parler.

* * *

Ma chambre n’a pas changé. Toujours le même crucifix au-dessus de la porte et la tapisserie à fleurs oranges.

Trois jours au Portugal et j’ai pris au moins six cents grammes. Au lieu d’apprécier la vieille ville et le soleil, je ne vois que la saturation de l’air et la brique désuète. J’invoque les...

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Fnacbookeur

Cette romance,touchante,aborde habilement les soucis causés par un amour "interdit". L'héroïne est émouvante,son histoire est crédible,prenante. Cette nouvelle est une réussite du début à la fin!

mardi 29 décembre 2015 - 12:41

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