La prophétie d'Opoul

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Julien, le héros du livre, résuma ses vacances : « Le vingt-trois août, rendez-vous programmé depuis dix ans avec le vieux fantôme d’une dame morte d’un coup de foudre, au sens propre du mot. Le vingt-quatre, c’est à mon tour d’en être victime, heureusement au sens figuré ! Le vingt-cinq, je suis fiancé ! Le vingt-six, ma fiancée tombe dans le coma et une ravissante petite fille de quatre ans m’adopte comme papa ! Ajouter à cela une entrée en fraude dans un service de réanimation, une histoire de grenats du Canigou, ma fiancée qui ressuscite... Ah ! J’allais oublier : je suis l’exécuteur testamentaire de ma lointaine aïeule Jehanne de Trencavel officiellement décédée le huit juin 1343, mais officieusement dans la nuit du vingt-six au vingt-sept de ce mois. Il y a de quoi écrire un roman ! »


Publié le : mercredi 5 février 2014
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EAN13 : 9782332656209
Nombre de pages : 152
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ISBN numérique : 978-2-332-65618-6
© Edilivre, 2015
dicace
À Monique, mon épouse qui a su m’aimer depuis près de cinquante ans et qui m’a transmis le « virus » de l’écriture. A mes fils et à mes belles filles, Jean-Christophe et Jana, Éric-Olivier et Camille. À mes petits-enfants Emily et Philip. À Patrick et Raymonde, à Charlotte et Christian mes premiers lecteurs enthousiastes. À ma famille. À mes amis. À mes nombreux élèves de nos cours de théâtre durant vingt-deux ans. À tous mes futurs lecteurs auxquels j’espère apporter quelques heures d’évasion dans le royaume de l’imaginaire.
Chapitre I Le six juin 1342
À huit heures, en ce beau matin de juin, il régnait une grande effervescence dans la cour du Palais des rois de Majorque à Perpignan. Deux ans plus tôt, le roi Jacques III avait nommé son fidèle compagnon Guillaume de Trencavel gouverneur de la forteresse royale d’Opoul située à la frontière nord du royaume. Guillaume inspectait les deux chariots lourdement chargés. L’un contenait des vivres et l’autre du matériel militaire : dix arbalètes à étrier avec leurs flèches, deux à tourniquet, des frondes, des casques, des crocs neufs, quelques boucliers avec écusson royal et des cordes de chanvre. Une dizaine d’hommes de troupe commandés par un capitaine, allait accompagner le convoi à pied. En tête de cortège, deux chevaux attendaient leur monture. Guillaume enfourcha le premier, suivi de peu par une belle jeune femme brune qui attirait les regards. Jehanne de Trencavel était la cousine de Guillaume. Elle avait supplié son cousin de l’emmener, car elle supportait mal l’étiquette rigide du palais régie par « les lois palatines ». Celles-ci, rédigées en latin par le souverain lui-même, devaient être apprises par cœur par les plus de trois cents membres de la cour. Depuis six mois, Jehanne était demoiselle d’honneur de la reine Constance, mariée à l’âge de trois ans alors que Jacques III en avait neuf. Le convoi s’ébranla lentement. Chaque chariot était tiré par deux bœufs. La descente du Palais vers le fleuve côtier, le Têt, était périlleuse, vu l’étroitesse des rues sinueuses et encombrées de la métropole du Roussillon. Perpignan, capitale du royaume et cité prospère, abritait de nombreux drapiers. Il fallait à chaque instant rentrer les étals dans les échoppes exiguës pour laisser passer les lourds attelages. La porte de Vernet qui sera démolie quarante ans plus tard pour faire place au Castillet, monument emblématique de la ville, fut enfin franchie. La troupe se trouva en dehors des solides remparts. Le passage à gué de la rivière présentait moult difficultés, mais grâce à l’habileté des bouviers et la force des soldats, les chariots se retrouvèrent sur la route de Salces. Par ce temps sec, ils ne devraient plus rencontrer d’autres problèmes jusqu’à l’étape du soir. Jehanne admirait la campagne de la vaste plaine, bordée au sud par la masse sombre des Albères et à l’ouest par la masse plus claire des Corbières. Le sommet du pic du Canigou au sud-ouest était encore couvert de neige. Jehanne retrouvait les sensations de son enfance, elle qui, toute jeune, chevauchait pendant des heures autour du modeste château de ses parents à côté d’Ortaffa. Elle était une femme libre et cultivée grâce à l’éducation éclairée de son honorable précepteur qui avait en charge ses cinq frères et sœurs. Elle avait refusé tous les prétendants que sa famille lui présentait, mais savait qu’à bientôt vingt ans, il lui faudrait se plier. Vers midi, le convoi atteignit les rives de l’Agly, dernier fleuve côtier à traverser avant l’arrivée à Salces. Heureusement, un vieux pont de bois épargné par les crues du printemps permettait d’éviter le passage à gué toujours périlleux pour les chariots aux grandes roues de bois cerclées de fer. Une halte fut organisée pour le repas des hommes et le repos des attelages. Jehanne avait remarqué qu’un des soldats la fixait du regard depuis le départ. Cet arbalétrier de haute taille et d’allure négligée portait une large cicatrice sur la joue droite. Jehanne eut un mauvais pressentiment. Elle alla s’asseoir à côté de son cousin et engagea la conversation. Guillaume lui confia ses inquiétudes sur l’avenir du royaume convoité par le puissant voisin espagnol. En effet, le roi d’Aragon et de Catalogne, Pierre le Cérémonieux, cousin et ennemi juré de Jacques III, était sur le point de terminer la conquête des iles Baléares. Guillaume pensait que celle du Roussillon allait bientôt commencer. Jehanne écoutait et ses réponses montraient sa culture politique, rare chez les femmes de cette époque. Guillaume, étonné par la justesse de ses propos, ne regrettait pas d’avoir emmené sa cousine. Elle lui tiendrait compagnie pendant son séjour à Opoul qui allait durer un mois.
Une heure plus tard, le convoi reprit son chemin et le reste du voyage au milieu des champs, des vignobles, des oliveraies et des vergers, se passa sans encombre. Vers dix-huit heures, le château de Salces était en vue. Ce château, dont il ne subsiste de nos jours que quelques ruines, n’a rien à voir avec l’immense forteresse qui fait maintenant le bonheur des touristes. En effet, ceux-ci envahissent chaque été les merveilles d’architecture des Pyrénées Orientales et en premier lieu le fort actuel. Celui-ci, chef d’œuvre de l’ingénieur Francisco Ramiro Lopez, ne sera construit qu’un siècle plus tard. Le village de Salces, dont le nom vient des sources salées qui jaillissent dans le lac marin du même nom comptait à l’époque à peine une centaine de maisons d’agriculteurs et de pêcheurs. Guillaume supervisa l’installation de la troupe et invita sa cousine et le capitaine à l’auberge. Une « bollinade » d’anguilles de l’étang combla leur appétit, aiguisé par le voyage en plein air.
Chapitre II Le sept i 
Uès l’aube, Guillaume et Jehanne, qui avaient dormi à l’auberge, rejoignaient le château. Les chariots avaient été déchargés. Faute de route carrossable, c’est avec une caravane d’ânes et de mulets qu’ils allaient poursuivre le voyage. Tous les habitants du village étaient assemblés pour voir ce spectacle si inhabituel. Pendant plusieurs minutes, quelques dizaines d’enfants entourèrent la troupe. Quelques jurons bien sentis du capitaine ramenèrent l’ordre. La montée sur le mauvais chemin muletier et sous un soleil de plomb était harassante. Il fallait gravir plusieurs centaines de mètres de dénivelé dans un paysage chaotique de roches et d’éboulis. La végétation devenait de plus en plus rachitique et sèche. La garrigue sentait bon le thym, le romarin et le serpolet. En milieu de matinée, Jehanne s’écarta du petit groupe pour assouvir un besoin naturel. Le soldat balafré la suivit discrètement et quelques minutes plus tard, la jeune femme poussait un cri strident en voyant bouger un buisson non loin d’elle. Ce cri fit fuir le voyeur et Jehanne regagna la caravane sans avoir pu identifier le coupable. Elle resta désormais sur ses gardes. Après avoir franchi trois lignes de crête, Guillaume ordonna la halte pour déjeuner. Ils étaient arrivés dans le petit village d’Opoul qui ne comptait à l’époque que quelques pauvres habitations. La partie la plus pénible du voyage allait commencer. Ils devaient ensuite gravir un dénivelé de plusieurs centaines de mètres pour atteindre le haut plateau calcaire sur lequel avaient été construits la forteresse et le village fortifié de la Salvaterra « la terre qui sauve ». Ûn siècle plus tôt, Jacques Ier, premier roi de Majorque avait ordonné de bâtir cette citadelle sur les ruines d’une fortification des Wisigoths. Il avait fallu octroyer de nombreux privilèges pour faire venir dans cet endroit aride, quelques centaines d’habitants représentant tous les corps de métier. U’énormes citernes en pierres maçonnées recueillaient l’eau des rares pluies sur ce plateau si sec. La montée avait été épuisante sous un soleil haut sur l’horizon, mais le spectacle naturel était grandiose. Le regard embrassait toute la plaine du Roussillon, du cap Creus en Espagne jusqu’à la côte catalane et l’étang de Salces. La grande falaise, surmontée de la muraille blanche entourant le village fortifié, fut gravie dans un dernier effort. Tous les habitants s’étaient rassemblés pour accueillir Guillaume et sa petite troupe. C’est au milieu d’une belle cohue que Jehanne et son cousin franchirent la porte de la forteresse ceinte de son propre rempart. Le capitaine de la garnison, qui avait passé tout l’hiver dans ce nid d’aigle, les conduisit dans leurs chambres situées dans les étages du donjon. Il redescendit ensuite pour donner les consignes à la relève. Guillaume le rejoignit quelques minutes plus tard pour présider un conseil de guerre et informer de la situation la troupe sur le départ. Elle allait regagner Perpignan afin de défendre la capitale contre le puissant roi d’Espagne. Jehanne fit monter sa malle de voyage et donna ses instructions à la servante attachée à son service. Elle gravit l’escalier en colimaçon jusqu’à la terrasse qui dominait un vide impressionnant. Elle se pencha entre deux créneaux, mais eut vite un petit mouvement de recul, car saisie d’un léger vertige. L’expédition dans les plaines de son cher Roussillon et les contreforts des Corbières l’avait rendue heureuse. Elle humait l’air du soir rempli des parfums de la garrigue. Ûn dîner en l’honneur de Guillaume et de sa cousine avait été organisé par le capitaine. Aussi, Jehanne fit extraire de sa malle l’une de ses robes de cérémonie, en velours bleu. Elle se fit coiffer et poudrer puis sortit d’un petit coffre un superbe collier en or, héritage de sa grand-mère. Elle mit également à son annulaire droit la bague en or sertie d’un gros grenat rouge sombre, présent de ses parents pour ses dix-huit ans. Quand elle entra dans la salle au bras de son cousin, on entendit un murmure d’admiration. Tous les regards se fixèrent sur ce magnifique couple aux habits princiers. Ils prirent place sur
les sièges réservés aux hôtes d’honneur. Alors commença le ballet des serviteurs apportant de nombreux plats de poissons, volailles et de rôtis de toutes sortes. Les verres furent remplis des vins du pays, muscats sucrés et vins rouges gorgés de soleil. On fit honneur aux desserts : gâteaux au miel, fruits, abricots bien mûrs et cerises bien écarlates. Les troubadours et les ménestrels se succédaient pour distraire les convives.
Chapitre III La pr phtie
ne diseuse de bonne aventure qui n’avait pas été conviée, bouscula un valet et entra dans la salle. Cette femme de taille moyenne s’avança en boitant. Elle portait une robe en velours rouge passablement usagé. Ses longs cheveux bruns paraissaient mal contenus par un foulard autrefois rouge vif, mais maintenant devenu terne, noirci par le temps. Son regard noir, souligné par un grand trait de khôl, se posa d’abord sur le curé du village et elle l’invectiva : – Eh ! Curé, il ne faut point confondre servante et épouse ! Sinon, l’enfer te guette ! L’homme d’Église fit un signe de croix et détourna son regard sous les rires de l’assistance. Elle poursuivit son tour de table en gratifiant chaque convive de quelques prédictions sans importance. Arrivée devant Guillaume elle entra en transes.  i au   ra   ti    i       tu ha ra   r   t i et te  pa        aCtalognes, une tu feras ! La femme fut prise d’un tremblement encore plus fort. – Je vois un terrible malheur. Tu vas tuer l’assassin de ta cousine !Elle se tourna alors vers Jehanne qui blêmit. Jehanne, tu vas mourir et tu vas vivre en même temps aussi longtemps que Mathusalem ! Ton destin est d’unir Maury à Finestret le deux novembre 2007 et la pierre précieuse après neuf mois enfantera ! Trente ans plus tard, l’enfant sauvera le monde et toi tu sauveras la pierre verte le vingt-six août de l’an de grâce 2012 pour quitter cette terre. Ta gloire sera au royaume des cieux ! La bonne femme fut alors prise de convulsions. La bave sortait de sa bouche… Guillaume fit un geste de la main. Deux soldats se précipitèrent, mais c’est un corps sans vie qu’ils emportèrent rapidement au dehors de la salle. Le curé fit moult signes de croix afin, dit-il, de chasser les démons qui avaient possédé la sorcière… Un troubadour chanta quelques poèmes d’amour, mais la soirée s’acheva vite dans un climat lourd. Guillaume raccompagna sa cousine à sa chambre. Il essaya de la rassurer en lui démontrant qu’elle ne pouvait pas mourir et vivre en même temps, mais le cœur n’y était pas, car la prédiction concernant la fin du royaume de Majorque lui semblait inéluctable. Jehanne s’enferma et trouva difficilement le sommeil tant elle songeait aux mots gravés dans sa mémoire.
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