La Question polonaise en face des partis en France. (31 mars.)

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Dentu (Paris). 1864. France (1852-1870, Second Empire). In-8 °. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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LA
QUESTION POLONAISE
EN FACE
DES PARTIS EN FRANCE
PARIS
IMPRIMERIE DE L. TINTERLIN ET Ce
Rue Neuve-des-Bons-Enfants; 3.
LA
QUESTION POLONAISE
EN FACE
DES PARTIS EN FRANCE
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
GALERIE D'ORLEANS, 17 ET 19, PALAIS-ROYAL
1864
Tous droits réservés
AVANT-PROPOS
Tout homme d'un coeur tant soit peu humain, en présence des
événements qui accablent la nation polonaise, comprendra aisé-
ment les souffrances morales qui en résultent pour chaque membre
de cette grande et malheureuse famille.
Ballotée constamment entre l'espérance d'un facile et prompt
secours et les soupçons d'indifférence ou d'intentions hostiles,
tandis que la jeune Pologne va résolument se sacrifier pour la
patrie, la vieille émigration polonaise, assistant de plus près à
toutes les péripéties de la politique européenne à l'égard de leur
cause commune, tombe dans l'abattement du désespoir.
Chez elle l'aide de la France était d'abord une certitude, fondée
sur les sympathies du peuple et sur l'intérêt même du gouverne-
ment français, ensuite un fait probable, ne dépendant que des
événements qui ne tarderaient pas à se produire.
Les sympathies et l'intérêt de la France sont toujours les
mêmes, les événements se succèdent, et la Pologne, après avoir
épuisé ses ressources par des sacrifices immenses de sang et de
— 6 —
fortune, reste abandonnée à son dévouement patriotique, qui
doit la conduire à son dernier supplice.
Il y a bien des hommes qui rangent l'abandon de la Pologne
dans l'ordre naturel des nécessités et des impossibilités.
Ne pouvant pas nous rendre à leur raisonnement, nous en
avons cherché les causes ailleurs. Nous les trouvons dans la dis-
position générale des esprits de notre époque et dans les intérêts
exclusifs de certains partis en France.
Nous présentons le fruit de notre recherche au public, comme
une simple étude de moeurs. Ayant scrupuleusement évité toute
personnalité et toute allusion choquante, nous espérons que, en
raison de la profonde douleur qui l'a arraché à notre plume, il
nous sera pardonné par ceux-mêmes qui croiraient y recon-
naître leurs portraits.
Le 31 mars 1864.
LA
QUESTION POLONAISE
EN FACE
DES PARTIS EN FRANCE
I
Un philosophe, placé dans la sphère élevée de l'indé-
pendance et du désintéressement, contemplant avec calme
le spectacle qui se déroule actuellement dans notre monde
civilisé, que de choses étranges et bizarres ne doit-il pas
apercevoir.
Gouvernants et gouvernés, aristocrates et démocrates,
monarchistes et républicains, dévots et indifférents, comme
éblouis par le vertige, méconnaissent les vérités les plus
simples, les hommes s'agitent et se tourmentent dans un
sens contraire à leurs vrais intérêts.
Le monde moral, il est vrai, depuis la création, ne pré-
sente qu'un conflit perpétuel entre le bon et le mauvais
principe, entre la vérité et le mensonge. Ormusd et Arhi-
man, Dieu et Satan se disputent toujours l'humanité,
et, l'histoire en main, il est aisé de voir que l'esprit des
ténèbres n'a jamais abandonné la partie. Au temps où nous
— 8 —
vivons, il semblerait même que la balance du destin penche
sensiblement de son côté.
Le Messie est venu, et, par sa divine parole, il a consa-
cré la vérité , flétri le mensonge, démasqué Satan et
montré la voie du salut.
Par le sublime sacrifice de son individualité terrestre
accompli sur lé Golgotha, et par sa résurrection, le Christ a
racheté l'homme et scellé le pacte éternel de sa réconci-
liation avec Dieu.
Mais cette rédemption, acte tout à fait individuel, ne
pouvait d'abord qu'être le germe d'une réhabilitation pro-
gressive de l'humanité entière, déposé dans le coeur des
hommes auxquels il confia l'apostolat de sa bonne nou-
velle.
Ce n'est donc que par la force de la divine vérité que le
Christianisme pouvait se propager successivement pour de-
venir la seule et inébranlable base de toute la société hu-
maine ; d'abord d'individu à individu, ensuite de famille
à famille, et enfin de nation à nation.
Ce travail dure depuis dix-huit siècles, et l'histoire nous
montre quelles péripéties, quelles vicissitudes il a fait tra-
verser au genre humain.
Renfermée pendant les premiers siècles dans des groupes
de croyants, la foi nouvelle se manifesta au monde par la
persécution et le martyre; maîtresse des sociétés entières,
elle prend fatalement le feu et le glaive pour instrument de
son action et de son extension ; répandue sur les trois
quarts du globe, elle se nourrit de dissidences et de haines
pour des futilités de forme et au détriment du fond de sa
doctrine qui se résume dans la loi commune de la charité
chrétienne.
Après tant de déchirements et taut de souffrances, où en
sommes-nous à l'heure qu'il est? Le Christianisme, qui a
assuré le salut aux hommes de bonne volonté, en traçant
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la voie certaine qui y conduit, a-t-il produit son dernier
effet sur la vie collective des sociétés humaines ?
C'est ce que nous nous proposons d'examiner dans le
présent aperçu, en retraçant succinctement les faits que
l'histoire nous a transmis dans toute leur irréfragable évi-
dence, et dont l'état de malaise actuel ne fut que le résul-
tat inévitable.
Il serait inutile de remonter ici jusqu'à l'origine des
sociétés qui se sont formées sous les auspices de la morale
chrétienne, en prenant pour base le sentiment de famille
ou de race commune. Dans l'intérêt de notre sujet, nous
n'avons qu'à envisager les actes du dernier siècle et l'état
présent de l'Europe qui en est la conséquence immédiate.
La Pologne, après avoir, pendant des siècles, fidèlement
servi la chrétienté et les intérêts de la civilisation euro-
péenne, se tenant, pour son propre compte, rigoureuse-
ment sur le terrain de la défensive, fut, dans un moment
de défaillance et de troubles intérieurs, envahie par une
nation alors encore étrangère et presqu'inconnue à l'Eu-
rope ; ensuite dépouillée de tous ses droits, de toutes ses
libertés civiles et politiques, enfin déchirée et partagée au
profit de l'envahisseur et de ses complices. Ce crime s'ac-
complit au milieu même du travail que la nation polonaise
avait entrepris pour sa régénération et sa réorganisation
dans toutes les conditions d'une société viable.
On sait quelle était l'attitude du reste de l'Europe chré-
tienne en face d'une pareille énormité. L'Empire turc seul
s'en émut à cause de l'imminence d'un danger plus immé-
diat, dont la destruction d'un État intermédiaire menaçait
sa propre existence.
Le démembrement de la Pologne fut le signal d'une
alliance indissoluble entre les trois puissances co-parta-
geantes; et, malgré les contestations passagères qui pou-
vaient surgir pour des causes toutes locales et très-secon-
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daires, elles sont, jusqu'à présent, restées étroitement
unies dans leur but primitif et essentiel : l'action commune
contre la liberté et contre la France son foyer principal.
La Russie, faisant ainsi un pas de géant dans la direc-
tion tracée à son ambition par Pierre le Grand, s'est vue
tout d'un coup en possession de cette large base d'opéra-
tion sans laquelle elle ne pouvait avoir nulle prise sur
l'Europe. Un pied sur la mer Noire et l'autre sur la Balti-
que, elle s'érigea bientôt en véritable colosse qui, de sa
hauteur, pouvait désormais regarder avec un fier dédain
les deux puissances inféodées dans ses tendances ambi-
tieuses par leur complicité dans un crime qui ne leur valut
que quelques lambeaux de la grande dépouille, sans aug-
menter ni leur force réelle, ni leur influence sur la marche
de la politique européenne.
Mais le terrain qui, dorénavant, devait servir de pié-
destal à ce nouveau colosse, n'était guère propice pour en
faire d'emblée un monument solide et durable :
Le profond sentiment de nationalité du peuple polonais,
les souvenirs ineffaçables de grandeur, d'indépendance et
de liberté que lui léguait son histoire, ainsi que sa foi reli-
gieuse, étaient autant d'éléments volcaniques qui faisaient
de la Pologne un vaste cratère menaçant à tout moment
d'une éruption qui ébranlerait cette oeuvre monstrueuse et
la renverserait de toute sa grandeur postiche.
Il fallait donc, pour conserver le fruit de son iniquité,
déblayer le terrain de tous les obstacles qui en rendaient
la possession incertaine et éphémère.
Pour arriver à leurs fins, les spoliateurs de la Pologne
employèrent successivement tous les moyens que peut
inspirer le génie du crime: d'abord astuce et mensonge,
ensuite oppression et compression, enfin violence et
cruauté.
Croyant que le sentiment national et le souvenir histo-
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rique ne trouvaient d'écho que dans le coeur de la noblesse,
qui, dans les derniers temps de la décadence polonaise,
s'était laissée aller aux extravagances du faste et de la va-
nité, c'est à elle que l'on s'adressa d'abord en caressant
ses mauvais instincts.
On sait qu'avant 1772, à part quelques familles descen-
dant des princes Varègues ou Jagellonides, qui ont con-
servé ce titre, et de princes ou comtes du Saint-Empire
nommés par les empereurs d'Allemagne, mais dont les
titres resteront toujours équivoques au point de vue pa-
triotique, toute la noblesse polonaise ne formait qu'un corps
de chevalerie d'une parfaite égalité de droits.
Bientôt après le partage, l'Autriche présenta à l'ambition
et à l'opulence de la noblesse polonaise un leurre en lui
offrant les titres de comte et de baron contre une taxe assez
forte (20 à 40 mille florins) ; elle y entrevoyait le double
avantage de se concilier un parti oligarchique et de créer,
en même temps, une nouvelle ressource à son trésor.
La Russie et la Prusse suivirent son exemple. De là vient
cette traînée de comtes et de barons polonais qui, depuis
le dernier siècle, promènent leurs titres tout improvisés
à travers l'Europe, et qui, avant cela, n'étaient que de
simples gentilshommes favorisés par la fortune.
L'oppression et la compression du sentiment national
s'exerçaient simultanément par les trois puissances co-par-
tageantes ; chacune selon son génie et selon ses moyens :
Impositions directes exorbitantes sous le titre de capi-
tation, d'impôt foncier et mobilier, sans compter mille
autres exactions indirectes, onéreuses et vexatoires qui
pesaient sur tout le monde, et tout particulièrement sur les
Israélites : entraves de toute espèce appliquées au libre es-
sor de l'industrie, dans le but d'empêcher le développement
de la richesse et avec elle celui des forces vitales d'un pays
conquis dont la soumission définitive n'était point assurée.
— 12 —
Le gouvernement russe débuta dans la dénationalisation
de la Pologne par l'incorporation de la plus grande partie
de ses provinces dans son empire ; il la continua depuis
par l'exil et la déportation en Sibérie des citoyens suspects
de patriotisme; ceux d'Autriche et de Prusse par la sup-
pression de la langue nationale dans toutes les administra-
tions et dans toutes les écoles du gouvernement, et de plus
par l'intrusion de toute une population de fonctionnaires
allemands qui s'abattirent sur ce malheureux pays comme
une nuée de sauterelles sur une plaine exubérante de séve
et de prospérité.
Malgré tous ces efforts, communs aux trois puissances,
la Prusse seule réussit à dénationaliser, en partie, quelques
contrées de ses provinces polonaises. Le contact immédiat
des frontières de l'ancienne Pologne avec l'Allemagne lui
rendait le déversement des flots de populations allemandes
beaucoup plus facile.
Les massacres d'Human en Ukraine, préparés par Ca-
therine II, les sanglantes saturnales de la jacquerie gali-
cienne, organisées par le gouvernement autrichien en 1 846,
et la conduite de la Prusse envers les habitants du duché
de Posen, en I848, témoignent assez jusqu'où pouvait aller
la cruauté des trois puissances.
Leur conduite actuelle envers l'insurrection polonaise
n'est que l'application des mesures conçues et concertées
d'avance pour le cas échéant.
Depuis le premier partage de son antique patrimoine,
la nation polonaise n'a rien perdu du sentiment de son droit
ni de sa profonde conviction qu'un jour viendra où justice
lui sera rendue, pourvu qu'elle ne cesse de travailler elle-
même au redressement des torts qui lui ont été faits sous
les yeux de l'Europe impassible.
Jusqu'à présent, de génération en génération, on a vu
son corps dépecé se réunir en fantôme sanglant pour re-
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vendiquer ses droits sacrés et imprescriptibles dans une
lutte à outrance, mais inégalé et accompagnée de sacrifices
presque surhumains.
Dans le désespoir de ses défaillances, outre son Dieu,
dans lequel la nation polonaise a toujours conservé une
confiance inébranlable, elle ne pouvait tourner ses regards
suppliants que vers la France. Mais, hélas! ne refaisons
pas ici le triste récit des consolations qui lui vinrent de ce
côté-là; désormais, elles font partie de l'histoire des deux
peuples.
Qu'il nous soit permis seulement d'analyser les causes
ou les prétextes qui ont si mal servi la Pologne auprès de
son alliée naturelle.
II
Pour éviter les redites, cornées depuis longtemps aux
oreilles d'un monde blasé, passons rapidement sur les pre-
mières phases des événements qui permettaient à la France
de venir, sans difficultés insurmontables, au secours de la
Pologne. Elles ont chacune amené leur expiation pres-
qu'immédiate pour constater que l'état de la Pologne a
toujours exercé une grande influence sur les destinées de
la France.
Jetons d'abord un voile sur la conduite, bien connue, de
Louis XV, à l'égard de la Pologne à l'époque de son pre-
mier partage ; la révolution et la chute de la monarchie
la suivirent de près.
Au traité de Bâle, sous le Directoire, la France eut une
bonne occasion de dicter aux puissances, contre lesquelles

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