La République et la tyrannie du capital, ou le Seul remède à la crise, par Amand Mancel,...

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Saint-Jorre (Paris). 1848. In-8° , 31 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1848
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ET
Montmartre. — Imp. Pilloy frères et Comp., boulevard Pigale, 48.
ET
OU
le seul remède à la crise,
PAR
AMAND MANCEL,
Directeur Général DE LA SÉCURITÉ COMMERCIALE.
Simple et vrai.
PARIS.
SAINT-JORRE, LIBRAIRE, 7, BOULEV. DES ITALIENS.
1848
Le pays était ruiné; le gouvernement avili.
La corruption avait grangréné tout le vieil édifice.
On avait volé jusqu'aux dépôts des caisses d'é-
pargne.
On trafiquait jusque des fonctions de la magistra-
ture,
A l'intérieur, l'autorité était méprisée.
A l'étranger, on n'osait plus se dire Français.
La société était épuisée ; elle périssait.
Le mot Patrie était devenu ridicule,
I1 fallait une purification.
Le sang du 24 février fut le baptême.
On renonça à Louis-Philippe, qui était le démon ;
A Duchâtel, qui était ses pompes;
A Guizot, qui était ses oeuvres.
Le chant des Girondins fut le de Profundis de la
dernière monarchie, et le dernier des trônes fut
jeté au feu par les braves de février sous la colonne
des braves de juillet.
On cria : Vive la République !
_ 6 —
II
Paris était dans l'enthousiasme.
Les mots Pays et Patrie faisaient chaleureuse-
ment vibrer les fibres de tous les coeurs.
Nous étions une nation régénérée,
Il n'y avait plus que des frères.
On illuminait de toutes parts.
Tous les partis n'avaient plus, qu'une bannière
sur laquelle on lisait : Espoir.
Le gouvernement provisoire réunissait toutes les
sympathies.
Dupont (de l'Eure), cet emblème de la loyauté et
de l'intégrité, en avait la présidence,
Lamartine, au coeur généreux ; Ledru-Roilin, dé-
mocrate énergique; Flocon, vétéran du parti.popu-
laire; Louis Blanc, Arago, Marie, Garnier-Pagès,
tous enfin, à titres différents, furent admis par la
nation.
On répétait unanimement le mot Confiance.
Contrairement à ce que l'on pouvait craindre, la
République fut acceptée par tous les départements.
Celui de la Haute-Vienne, grâce au patriotisme des
citoyens Bac et Frichon, l'avait même proclamée
ayant que de la savoir établie à Paris.
L'immortelle proclamation de Lamartine nous re-
leva dans l'opinion des étrangers, et tous les peuples
— 7 —
saluaient avec joie notre nouvel ordre de choses.
L'union existait,
Et l'union donne l'ordre;
L'ordre, la confiance ;
La confiance, le crédit; :
Le crédit le travail ;
Le travail, le bien-être à tous.
L'avenir n'était voilé d'aucun nuage : fraterniser
était la seule pensée de tous les citoyens.
Ne disait-on pas?
« A l'enfance des soins,
« A tous une éducation gratuite.
« Au travailleur valide du travail.
« A la vieillesse du pain et un asile.: »
Madame de Lamartine présenta les orphelins à
l'Hôtel-de-Ville, et la République répondit : « Venez
« à moi, petits enfants. »
On décréta la garantie par l'Etat du droit au tra-
vail et la transformation de l'ancien palais dés rois
en invalides civils.
Le peuple, toujours généreux et désintéressé
après la victoire, répondit par l'offre de trois mois
de misère au service de la République.
Telle était la situation du pays, quinze jours après
une révolution;
Et que l'on ne cherche pas un précédant dans
l'infaillible expérience de l'histoire, cette lumière
qui pénètre dans les temps éloignés et qui fait pro-
— 8 —
phétiser l'avenir par le présent, il n'y en a aucun.
La raison en est simple : tout le monde reconnais-
sait que le temps était venue
C'est pour cela que la famille déchue n'avait au-
cun partisan, ne laissait aucun regret ni aucune
haine. L'oubli remplaçait déjà le mépris.
Instinctivement devinait une grande innovation.
ce n'était point une révolution politique : la mo-
narchie pure, la monarchie mixte; la monarchie
constitutionnelle, l'empire n'étaient plus des mots
français.
Le peuple ! voilà le;principe et la vie!
Plus d'exploitation! plus de privilèges! plus de
titres! plus de noblesse ! plus de bourgeoisie ! plus
de canaille!
Des citoyens des frères
Le culte des intérêts matériels avait amené ce
grand nivellement social
La banque a avili la noblesse sous Louis XV, ainsi
que le disait la duchesse de Choiseul; les banquiers
ont anéanti la bourgeoisie sous Louis-Philippe; c'est
prouvé par les faits.
Craignons que le capital à son tour ne fasse périr
la République. ! :i
La statue du veau d'or brisée, on démandait à sa
place la; statue de la Concorde, c'est-à-dire dévoue-
ment , amour et honneur. La révolution était donc
purement sociale.
— 9 —
III
I1 y aurait ingratitude ou ignorance à le contes-
ter, les hommes, dont le dévouement patriotique
avait accepté le gouvernement provisoire, étaient
tous animés des meilleures intentions. Ils avaient
compris la terrible responsabilité qu'ils encou-
raient ils ne doutaient pas qu'ils y perdraient
leur popularité sinon la vie.
C'est la fatalité propre des révolutions : il leur
faut des victimes, et les premières ont toujours été
ceux qui sont arrivés les premiers; niais le pays
était là, ils ne balancèrent point. Qu'il se consolent
donc des amertumes dont ils sont abreuvés, la pos-
térité leur en tiendra compte !
; Et qu'on le sache bien ! s'ils n'ont fait que peu de
chose, la faute n'en est point à eux.
Tous avaient compris les besoins de notre époque.
Ils savaient qu'il nous fallait une complète réorgan-
isation de nos institutions fondamentales; ils la
voulaient et ils avaient les capacités suffisantes pour
nous la donner fraternelle et juste.
Mais si la force,des choses finit par dompter les
conditions d'être extérieures, et c'est le résultat
que nous devons à la puissance des idées, les condi-
tions d'être intérieures restaient à transformer, et
ceci ne peut être que le fait de la morale,
L'Égoïsme élevait ses barrières.
— 10 -
Force fut au progrès de subir un temps d'arrêt.
La tyrannie du privilège, la tyrannie du nom, la
tyrannie de position étaient vaincues, mais la ty-
rannie du capital opposait sa puissance formidable.
A cette idée de révolution sociale, lés échos cu-
pides de la Bourse firent trembler le passage-de
l'Opéra et allèrent jeter la terreur jusque dans le
bureau sombre et grillagé de tous les banquiers de
Paris.
« Comment! on parle d'augmentation debien-
« être, de facilités commerciales, le propriétaire
« pourra faire produire son champ pour donner du
« pain à sa famille et non au profit du créancier
« hypothécaire, le manufacturier n'aura plus besoin
« du consignataire, le marchand ne sera plus forcé
« de faire billets sur billets, les huissiers né feront
« plus de protêts, le tribunal de commerce ne pro-
t noncera plus de contraintes par corps, les com-
« missair es-priseurs ne vendront plus de mobiliers,
« et j'ai crié : Vive la réforme ! vive la ligne ! Allons !
« vite! fermons la caisse, et vive la .......! ! »
Telle fut la réponse que reportèrent à la Bourse
les échos venus du cabinet sombre et grillagé des
banquiers de Paris.
Et comme il fallait paralyser sans retard dès dispo-
sitions de cette nature, la manifestation du 16 mars,
dite des bonnets à poils, fut immédiatement provo-
quée.
— 11 —
De ce jour la sainte devise de la République fut
couverte d'un voile noir que l'Assemblée nationale
pouvait seule déchirer.
Le gouvernement provisoire le comprit; les plus
courageux parmi ses membres dirent ; Persévé-
rons! les plus prudents répondirent ; Attendons!
De là, division dans le pouvoir, et comme con-
séquence, nullité d'action.
Pour tous ceux qui avaient appelé le 24 février
de tous leurs voeux, ou qui l'avaient accepté fran-
chement .comme un bienfait, pour tous ceux qui
ont aimé la révolution et qui l'ont suivie avec solli-
citude, ces faits sont incontestables et prouvés. Ils
appartiennent à l'histoire.
Et si cet état dechoses s'est continué, c'est que,par
une fatale inexpérience, l'Assemblée nationale nous
avait remis au pouvoir et ces courageux et ces pru-
dents.
Elle avait maintenu la division,et la nullité d'ac-
tion continuait.
Et si aujourd'hui le crédit et le travail sont sus-
pendus, si la misère est à toutes les portes et la
guerre civile dans la rue, c'est, il faut bien le dire,
à la tyrannie du capital que nous le devons.
Pour démontrer la cause et les effets de cette ty-
rannie, nous nous servirons simplement des résultats
que nous avons obtenus dans nos études de circula-
tion commerciale, lorsque nous avons projeté un
— 12—
système de garantie contre les faillites pour le com-
merce.
Mais d'abord, que l'on se persuade bien que nous ne
venons point ici présenter des utopies communistes
qui tendraient à jeter le trouble et l'anarchie dans
la société ; ce que nous désirons, c'est une augmen-
tation générale de bien-être; mais basée sur le plus
grand respect de tous les droits acquis.
Ce que nous voulons, C'est que l'agriculture
marche, que le commerce reprenne, que les ou-
vriers aient du travail, et que la misère disparaisse.
Et nous voulons tout cela parce que nous savons
que tout cela est possible.
Nous le savons possible, sans désordre, sans anar-
chie , sans ruine.
Ce qu'il faut, c'est comprendre et vouloir!
On nous traitera de socialiste ?
Si c'était être socialiste que de désirer le remanie-
ment des institutions, l'abolition des abus, le rejet
du mal, l'édification du bien; oui, nous le serions!
Si c'était être socialiste que d'avoir étudié les res-
sorts usés de notre vieille société et d'en avoir scruté
les vices ; oui, nous le serions !
Si c'était être socialiste que de vouloir, sans nuire
aux riches, sans troubler les heureux, que l'enfant
et le vieillard vivent, que le travailleur ne soit plus
une machine de production, mais bien un capital

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