La Révolte du Maudit - Réédition

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Le cruel gourou « Dix-sept Démons », leader d’un groupe de rock métal et fondateur de l’Église du Maudit, parviendra-t-il à réaliser ses projets diaboliques ?

D’une écriture crue, violente, d’une terrible justesse contrastant avec des passages poétiques, l’auteur nous entraîne dans les dérives sanglantes d’une secte satanique contemporaine.

Ce roman noir, original tant par son intrigue que par son style, se veut une mise en garde des dangers d’un courant destructeur plus que jamais d’actualité.


Publié le : mercredi 23 septembre 2015
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EAN13 : 9782332990280
Nombre de pages : 250
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ISBN numérique : 978-2-332-99026-6
© Edilivre, 2015
Merci à Nicole et à Jean. Toutes les personnes, entreprises et sociétés citées dans ce roman sont fictives, nées de l’imagination de l’auteur,ettoute ressemblance avec des personnes, des entreprisesetdes sociétésexistantesneseraitquepure coïncidence.
1
Il était dix-sept heures environ lorsque la camionnette grise s’immobilisa au début de la ruelle. Nin tira le frein à main et sauta sur le trottoir. Avant de s’arrêter, elle avait déjà jeté un coup d’œil sur la façade, au deuxième. Les volets de fer étaient tous clos, mais le signe de reconnaissance accroché à la gouttière se balançait au gré de la légère brise. Nin était nerveuse, elle avait bien dix minutes de retard. La porte d’entrée s’ouvrit et Dix-Sept Démons en sortit, portant un sac à dos noir. Aussitôt Zepar, équipé lui aussi d’un sac noir déboula de la Place de la Cathédrale. Ils s’embrassèrent rapidement en chuchotant quelques mots avant de sauter prestement dans la cabine. Le fourgon démarra et disparut à l’angle du square, laissant flotter dans l’air moite et oppressant de ce dimanche de septembre un nuage bleuté puant le diesel. Le quartier était toujours désert. Là-haut, le volet de fer s’entrouvrit légèrement, une main diaphane détacha le symbole et le fit disparaître à l’intérieur. On referma sans bruit. Ne restait plus qu’un bout de fil de fer nu accroché au chéneau.
2
Elle embraya et passa la première tout en zigzaguant sur le chemin boueux entre les immenses flaques d’eau qui brillaient dans le faisceau des phares. Dix-Sept Démons lança : – Même d’ici, on ne voit rien ! Pas la moindre lumière ! Cette planque est vraiment parfaite ! Nin ne répondit pas, trop concentrée à éviter les nids-de-poule. – Dépêche-toi j’crève de faim ! – Oui, Maître ! Impossible d’avancer plus vite mais pour rien au monde elle n’aurait osé protester. Elle aurait voulu, elle aussi, pouvoir rouler plus rapidement, pressée d’arriver à la ferme pour se sécher devant la grande cheminée, et aussi pour quitter l’habitacle qui puait les cheveux gras mouillés et les vêtements sales humides. Ils revenaient d’une messe noire célébrée dans les environs de Massiac avec de jeunes adeptes des bleds avoisinants. Un violent orage avait éclaté juste au moment précis où Dix-Sept Démons était en train de baptiser un néophyte de la secte satanique. Des trombes d’eau et d’énormes grêlons avaient jailli du toit pourri de la vieille chapelle en plein sur le Maître qui avait été contraint de modifier le déroulement de la cérémonie diabolique. Les participants avaient longtemps claqué des dents, non pas tant à cause de la pluie glacée que des éclairs aveuglants qui avaient zébré les ténèbres dans un fracas assourdissant sans discontinuer pendant près d’une heure. Quand le calme était enfin revenu Dix-Sept Démons, bien que trempé jusqu’aux os, avait insisté sur la puissance infernale du Maudit qui venait de se manifester en présence des membres paralysés de frayeur. Enfin la camionnette entra dans la cour de la ferme isolée. Les lourds battants de la grange vétuste qui servait de garage s’ouvrirent l’un après l’autre, poussés par Valefor qui avait longuement guetté leur arrivée. Déjà Dix-Sept Démons avait sauté à terre et fonçait vers la cuisine. Un délicieux fumet emplissait la pièce sombre éclairée seulement par des chandeliers chargés de longues bougies noires. Les flammes vacillèrent sous le souffle de l’air frais qui s’engouffrait par la porte laissée ouverte derrière lui. Il inspecta rapidement les lieux. Le feu dans la cheminée, le repas qui mijotait sur l’antique fourneau à bois, la table dressée impeccablement, la place de chacun, tout avait été soigneusement préparé selon ses ordres. – A table, je crève de faim ! aboya-t-il tandis que ses acolytes pénétraient dans la pièce en laissant des traces de boue sur le sol fraîchement récuré. L’illumination des chandelles projetait des ombres inquiétantes qui glissaient le long des murs et s’enfuyaient sur le plafond bas aux poutres sombres. Les crânes humains qui ornaient la pièce semblaient ricaner entre les symboles mystérieux disposés partout dans l’antre, entre les croix chrétiennes pendues à l’envers au milieu des pochettes de CD et des posters de groupes au look effrayant. Valefor s’appliquait à les servir. Tout en avalant gloutonnement le ragoût de bœuf sauce au vin rouge, le chanteur dévoila le programme des répétitions du lendemain : – Ok, maintenant écoutez ma dernière démo ! conclut-il la bouche encore pleine tandis qu’il connectait une clé USB à la puissante chaîne stéréo. Déjà il avait saisi la télécommande et grimpé le volume au maximum. Un coup de cymbale retentit dans les énormes haut-parleurs. La batterie cogna quelques mesures faisant vibrer la table avant que les guitares ne se mettent à hurler. Nin se raidit, tout son être parcouru d’un long frémissement. Les cris gutturaux que Dix-sept Démons assénait par-dessus le playback réveillèrent des émotions charnelles enfouies au plus profond d’elle-même. Instinctivement elle posa sa fourchette tout en repoussant son assiette. Dix-Sept Démons c’était son Maître, son Amant, son Gourou, mais aussi son Leader,
chanteur de Black Metal hallucinant ! Levé d’un bond, à présent il débitait son texte en le ponctuant de gestes obscènes, ombre démoniaque gesticulant devant l’immense cheminée rougeoyante. Les vieilles tomettes tremblaient sous les coups de la grosse caisse et les déflagrations répétées de la basse. Break inattendu. Court silence, mais déjà la batterie reprenait son rythme binaire assourdissant. Dix-Sept Démons en profita pour entamer une longue suite d’incantations maléfiques. Les syllabes rauques traînées en longs feulements dans une langue inconnue, répétées inlassablement, s’incrustaient dans les cerveaux, s’enfonçaient dans les méandres du subconscient. Nin, Zepar et Valefor se trémoussaient autour de la table massive tandis que le chanteur déchaîné screamait à en perdre haleine, à deux doigts de la transe. Soudain Valef trébuche et s’affale lourdement sur les couverts. L’assiette encore à moitié pleine de Nin s’envole et se fracasse sur le sol. Un jet de sauce éclabousse les bottes du Maître qui appuie rageusement surstop.Son regard enflammé transperce le guitariste qui se relève en titubant. Dans le silence brutal empli soudain d’acouphènes stridents, Valefor bafouille, bredouille des excuses. D’un signe, le Maître lui ordonne de s’agenouiller devant lui. « Nettoie ! » L’esclave se met aussitôt à lécher les bottes souillées jusqu’à ce qu’elles brillent comme un miroir, reflétant la danse des flammes. – Tu passeras la nuit dans la cage, Valefor, ça t’apprendra à être maladroit, imbécile ! Puis le Maître se lève, déboutonne sa chemise, exhibe son torse moite luisant devant l’âtre. Échevelé, haletant, il fixe le brasier en dansant d’un pied sur l’autre comme un boxeur en plein combat. Soudain il se plaça en face du grand miroir et poursuivit son étrange ballet, rejetant ses épais cheveux bouclés sur ses épaules noircies de tatouages. Les muscles saillaient dans la pénombre. Nin ne put s’empêcher d’admirer ce corps sauvagement puissant, dégoulinant de sueur. Elle sentit qu’elle mouillait déjà. Dès que Valefor eut terminé sa corvée, Zepar l’embarqua sans ménagement pour aller l’enfermer dans la cave sous la vieille remise au bout de la cour. Dehors la température était fraîche et le guitariste puni savait ce qui l’attendait : une nuit entière recroquevillé, nu, dans la cage exigüe aux barreaux rouillés. Seul, désespérément seul. Un peu plus tard, à peine le gourou avait-il claqué des doigts que déjà Nin et Zepar s’approchaient et se jetaient à genoux devant lui. Longtemps ils l’adorèrent en scandant d’étranges incantations, avant de se laisser imposer les mains après un interminable rituel. Tandis qu’il débitait des imprécations aux consonances âpres, peu à peu les têtes des disciples se mirent à dodeliner, les yeux clos. Deux cobras entièrement soumis. Vers minuit, dans le flamboiement des dernières bûches, ils s’offrirent à tous les caprices de Dix-Sept Démons. Puis ils s’effondrèrent, allongés, inertes sur le sol, comme des offrandes à la Terre. Un dimanche soir ordinaire au buron.
3
Octobre 2011, près de Bourbon l’Archambault
Guillaume De Vinck jura : il lui fallait refaire son nœud de cravate. « Mince, déjà que je suis en retard ! » Fébrile, il recommença. A bouts de nerfs, il quitta la spacieuse chambre à coucher et dévala l’escalier en emportant son sac de voyage à bout de bras. Moins d’une minute plus tard il franchissait le portail de sa propriété et fit rugir le puissant moteur de la Grand Cherokee qui s’élança sur la départementale. Soleil et averses de pluie fine alternaient en ce vendredi d’automne, les nuages blancs chassés par le mistral contrastaient avec l’azur bleu indigo qui apparaissait dans les trouées baignant le paysage d’une subtile clarté argentée. Le PDG de la société Vincsa était bien trop absorbé dans ses pensées et dans la conduite de la jeep pour entrevoir, ne fût-ce qu’une seconde, le tableau vivant surnaturel qui s’étalait dans la vallée. Pied au plancher il dépassa en quelques secondes une petite bagnole rouge qui traînait derrière un tracteur et sa remorque, réussit de justesse à se rabattre sans emboutir un puissant break qui avait surgi en face, juste dans la courbe. Son cœur affolé bondit dans sa poitrine, il avait vraiment eu chaud ! Coup d’œil furtif sur le tableau de bord, au moins dix minutes de retard. Donc pas question de baisser l’allure. Le péage franchi il enclencha le régulateur de vitesse. Bien calé dans le confortable siège de cuir, il se détendit et se mit à rêvasser. Comme le temps avait filé depuis sa jeunesse ! Son service militaire terminé, tout s’était enchaîné à un rythme d’enfer. Un peu comme si une force invisible lui avait ouvert les portes l’une après l’autre, le guidant étape après étape. D’accord, fallait le reconnaître, il était bel homme, yeux verts qui contrastaient avec ses cheveux bruns épais, sourire éblouissant sur la peau mate héritée de sa mère d’origine italienne, démarche féline, et de plus doté d’un charisme hors du commun. Ajoutez à cela une bonne dose d’intuition. Il possédait cette capacité extraordinaire de « voir venir » et pouvait, la plupart du temps, jauger ses interlocuteurs en un clin d’œil. Tous ses dons l’avaient énormément aidé pour créer sa « petite entreprise », comme le chantait si bien Bashung à l’époque. Mais quand même, un fils d’ouvrier émigré qui réussit autant de trucs en si peu de temps, franchement, fallait être né sous une sacrée bonne étoile, ou comme on dit dans le Sud, il avait la baraka. Et quand on l’a, elle ne vous quitte plus. C’est ce qu’il avait cru dur comme fer pendant longtemps. Jusqu’au jour où tout s’était effondré. Son épouse d’abord. Il y avait eu ce flottement bizarre, ce vacillement trouble au sein du couple. Dans un premier temps, il avait attribué sa baisse de libido au fait qu’elle restait désespérément stérile. « Mais t’inquiète pas Chérie, ça va déjà venir ! Regarde ta sœur, pendant deux longues années, rien, absolument rien. Et puis soudain : coucou, qui voilà ? Amandine, un beau bébé tout rose ! Tu sais ce que tu vas faire ? Tu travailleras moins, tu t’accorderas du bon temps, piscine, sorties entre amies, une petite cure par-ci par-là ! » Mais une fois de plus elle s’était effondrée et il avait fallu patiemment la consoler. Maintenant qu’il y repensait, il réalisait à quel point, inconsciemment, ça l’avait arrangé de ne pas avoir eu d’enfant à cette époque-là. Ses discours de l’époque finalement, c’était juste des arguments qui lui permettaient de disposer de davantage de temps. Passionné par le management de sa petite société en pleine expansion, les semaines, les mois filaient comme l’éclair. Son agenda se remplissait chaque année davantage. Alors, pourquoi se compliquer davantage la vie avec des marmots dans les jambes ? En réalité, il
avait pris goût à la saveur duPouvoir. Et la course au pognon faisait partie du jeu. C’est ainsi que naquit en lui l’idée de ne pas avoir d’enfant du tout. Il s’était mis à jouer la comédie, laissant croire à Christelle que lui-même était réellement affligé de cette situation familiale. « Bien sûr que je veux tout tenter ma Chérie, mais je t’en prie, essayons d’abord la manière la plus naturelle possible. Et si vraiment rien ne se passe, alors oui, d’accord, on ira voir des spécialistes ! » Occupé du matin au soir par les projets passionnants qu’il concrétisait, il passait de moins en moins de temps chez lui. Les week-ends suffisaient à peine à récupérer. Et pour être franc, s’il avait habilement courtisé Christelle R., fille d’un riche commerçant issu de la bourgeoisie locale, ce n’était pas par un pur hasard, encore moins sur un coup de foudre. Les intérêts financiers et les relations potentielles qu’il allait pouvoir nouer avaient joué un rôle certain dans son choix… Beau parleur plein d’assurance, il n’avait eu aucune peine à la séduire, et en quelques mois elle en était tombée éperdument amoureuse. Puis il y avait eu ce qu’il appelaitlacatastrophe, qui avait ravagé en un clin d’œil son existence bien organisée.
C’est à ce tournant de son existence qu’il avait rencontré ce type étrange, un soir d’automne pluvieux sur l’A 41, en rentrant de Genève où il était allé démarcher. Épuisé après une journée harassante passée à chercher des débouchés en vain, il s’était arrêté pour avaler un sandwich. Sous la lumière crue des spots, le restoroute découvrait son aspect impersonnel. Guillaume avait choisi une table d’angle, le regard perdu à travers la vitre ourlée de gouttelettes ruisselantes tandis qu’il mastiquait sa baguette. Les voyageurs entraient, achetaient à la hâte et repartaient aussitôt dans la nuit humide. Lui, De Vinck, épuisé, aurait voulu pouvoir dormir là, sur ce coin de table. Mais il fallait rentrer jusque chez lui près de Moulins… Rouler encore tous ces kilomètres pour retrouver quoi ? Une maison froide et hostile, avec en prime le miroir de la salle d’eau qui lui renverrait son visage blafard aux traits tirés, aux cernes gonflés. Soudain il était apparu. Grand, la trentaine, les épaules carrées, cheveux bouclés luisants de pluie, de grands yeux noirs brûlants, T-shirt en V sur un torse puissant. À peine entré, l’inconnu avait parcouru la salle d’un long regard acéré avant de se diriger vers lui. Guillaume cessa de mâcher, le sandwich au bout de sa main. – Salut ! avait-il lâché d’une voix rocailleuse en jetant son Perfecto sur le dossier de la chaise en face. Encore un café ? Déjà il se dirigeait vers le comptoir sans attendre la réponse. Quand il était revenu avec un plateau encombré de boissons et de sandwiches, il avait déposé une tasse fumante devant De Vinck interloqué. – C’est ma tournée ! avait-il annoncé dans un large sourire, découvrant une dentition de loup étincelante sous sa fine moustache noire. – Je crois qu’il y a erreur… Vous devez me confondre avec une autre personne, nous ne nous connaiss… – Pas d’erreur du tout ! On ne se con-naît pas ! avait-il articulé en appuyant sur chaque syllabe. Jamais vu, pour sûr ! Mais t’as une tête sympa. Et t’as l’air si malheureux… En plein dans le mille. Guillaume s’était étranglé, renversant un peu du café bouillant sur sa chemise blanche. – Quel est ton nom ? avait aussitôt questionné l’inconnu en lui tendant la main. Surprenant Dix-Sept Démons… Chanteur et leader d’un groupe de Hard Rock, il l’avait entraîné dans le monde souterrain du Death Metal, un univers peuplé de personnages effarants, souvent effrayants, couverts de piercings et de bijoux-symboles sur fond de tatoos sombres et agressifs, adeptes de croyances d’un autre âge. Un Monde inattendu qui avait rapidement fasciné De Vinck, autant par leurs mœurs relâchées que par leur passion du hard rock.
Et lorsque, après quelques soirées-beuveries pimentées par des groupies en chaleur, Dix-Sept Démons lui avait demandé s’il voulait bien sponsoriser et manager son groupe, De Vinck n’avait pas raté l’occasion. Ça ne pouvait pas mieux tomber : un bon plan inattendu pour relancer les ventes de ses boissons énergisantes. Et si le pseudo du chanteur hardeux l’avait choqué dans un premier temps, il avait très vite saisi que ce nom composé pour le moins curieux collait parfaitement à l’époque. « Comme le temps a filé depuis ma première rencontre avec Dix-Sept Démons l’an passé ! » Plus d’un an maintenant qu’il ramait comme un forcené pour éviter le naufrage. Mais grâce à la proposition de Dix-Sept Démons il tenait peut-être le moyen qui allait lui permettre de remonter enfin la pente. Et ce matin précisément, il était en route pour présenter le projet qui allait sauver son entreprise. Il était temps ! Ses associés avaient exigé des explications détaillées quant aux derniers résultats franchement catastrophiques ainsi qu’un solide plan de redressement. Sans quoi… Le regard rivé sur le bitume, la bouche sèche en repensant à tout ça, il faillit rater la sortie d’autoroute.
4
Enfin l’entrée de Sisteron ! Zepar avait conduit depuis la ferme du Cantal sans interruption. « Pas trop tôt ! » Son dos lui faisait mal, et en plus il crevait de faim. En traversant Aubenas, il avait timidement demandé à Dix-Sept Démons « si ça serait possible de faire un petit break qu’en penses-tu ? », mais au regard noir que le Maître lui avait balancé il avait compris qu’il valait mieux piloter le fourgon jusqu’au bout du voyage sans poser de question. Le Peugeot à peine garé, Dix-Sept Démons descendit en criant : – Allez viens, bouge-toi bordel de merde ! Ils partirent à pied et atteignirent les ruelles du centre en moins de cinq minutes. Le signe de reconnaissance était planté dans un vieux bac à fleurs vide fixé sur le rebord d’une fenêtre au troisième étage. Donc on les attendait comme convenu, tout était ok. L’immeuble était vieux, crade, l’humidité rongeait le bas des murs. Des objets usagés encombraient la plupart des balcons aux balustrades rouillées. Ils pénétrèrent dans le couloir à peine éclairé par une ampoule nue qui pendait au plafond du premier. Une odeur de moisi, de fumée froide, de graillon imprégnait les murs, un chien se mit à aboyer derrière une porte, suivi d’un ricanement guttural. Ils grimpèrent les escaliers poisseux presque à tâtons du deuxième au troisième. Dix-Sept Démons frappa plusieurs coups selon le code convenu contre la dernière porte du fond à gauche. Naberius et Ba, les fidèles responsables de la chapelle de Sisteron les accueillirent avec des bières belges et des joints tassés. Il y avait les trois nouveaux disciples, des jeunes d’une vingtaine d’années, tous de la région. Regard brillant de vice, air fourbe, taillé à la hache, « prédestinés à devenir mes gardes du corps » pensa le gourou tandis qu’il leur expliquait les différents courants du satanisme. Plus d’un quart d’heure déjà qu’ils écoutaient, buvant les paroles du Maître qui parlait sans discontinuer. – Donc vous avez pigé l’orientation de l’Église de Lavey, pas de question ? Ils hochèrent la tête ensemble. – Pigés aussi que nous sommes ici (il désigna une bulle entourée de rouge sur la feuille de papier quadrillé qu’il poussa dans leur direction). Ici, dans le vrai Satanisme, pas dans la mièvrerie qu’on rencontre là par exemple ! ajouta-t-il en pointant son doigt en haut de la page. Ok ? Ils approuvèrent à nouveau. – Retenez surtout ceci : Anton Szabor Lavey a fondé l’Église de Satan le 30 avril 1966, la nuit des Walpurgis à San Francisco. Selon lui Satan est une force de la nature. Auparavant, vers 1950, il avait déjà créé l’Ordre du Trapèze. Comme chez nous, il y a une hiérarchie, mais la différence essentielle avec le Satanisme de Lavey et l’Église du Maudit, c’est que nous, nouscroyonsSatan et en voulons le glorifier. Le Maudit est l’un de ses lieutenants à qui nous avons juré fidélité. Notre but principal est defaire avancer le Royaumede Satan. Aux côtés de l’Église philosophique Luciférienne, de l’Ordre du Dragon Noir et d’autres mouvements sataniques. Puis le gourou changea de ton. D’une voix mièvre, il entama un résumé des origines de la Wicca en complément de son exposé sur les différents courants du satanisme. – La Wicca, très en vogue aujourd’hui se répand depuis les années 70, grâce à certains mouvements féministes américains, en parallèle avec le New Age. Issue de « l’Ancienne Religion », on retrouve des éléments de la Wicca dans les mythologies grecque, latine, slave, celtique notamment. Le wicca, sorcier, (au féminin la wicce), a un rôle semblable ou très proche de celui des chamans, des druides et autres sorciers. Chaque wiccan écrit son « livre », journal quotidien qu’il tient à jour. Souvent aussi apparaît la croyance en la réincarnation. Cette religion païenne inclut magie blanche et magie noire. Quant au credo «Fais ce qu’ilte plaît », il est, comme vous le remarquez, proche du nôtre. C’est en fait un culte à la Nature, au Feu, à l’Eau, à la Terre, à l’Air et également à l’Esprit.Tout est Un.On y
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